‹ Le jardin des ronces, 1889-1899Chapitre 10 sur 54 · LES BIGORNEAUX DE L'ÉCOLE ROMANE · texte numérisé non relu

LES BIGORNEAUX DE L'ÉCOLE ROMANE

(Aiu : La Visite présidentielle. — Jacques Feiiny.)

A Albert Mcrat.

ÉLÉMAQu' c'est Jean Moréas, JA L'esjîoir de la jeun' République ;

^ I II nous fui donné par Pallas

Pour vaincre V parti symbolique.

11 aiiu' ses soldats comin' ses fils, lAli! les Romans, quell" chouett" famille!) S'il n'en a pas tout ù fait six.

Qu'importe, puisque leur nom brille !

^lais, il mang' trop de bigorneaux, Disant d'un' voix aromatique :

« Moi, j' suis r champion d' la Rénovation de l'Art Poétique. »

20 LH JARDIN DKS RONCES

Lors, il met son monocle et sort Fumer un tout petit cigare ; Puis il revient, criant si fort Qu'il en va réveiller Pindare !

« Votre uniforme il est trop court, Dit-il à Duplessys (Maurice) ; Vous maigrissez de jour en jour A fair' la guerre aux Symbolisses !

Vous êt's sourd comme un (Edgar) Poé, Dit-il àMaurras, le critique, Moi, j' suis r champion d' la Rénovation de TArt Poétique. »

Lors, il met son monocle et, fier

De sa moustach' très héraldique,

A tous il serre la cuiller.

Puis, prenant un ton didactique :

A de la Tailhède (Raymond)

Il dit : « Vous êtes un lyrique.

Nous somm's Français, les autr's ne sont

Qu'esthèt's de New- York d'Amérique... »

Puis il remang' des bigorneaux.

Disant, d'un' voix aromatique :

« Moi j' suis r champion d' la Rénovation de l'Art Poétique. »

LES BlGOnXEAUX DE l'ÉCOLE HOMANE 21

Lors il met son lorgnon et tord.

Avec un geste hiéralicjue Qu'envierait le prince Victor, Sa moustache bien romantique :

« L'on dit que j'imite Ronsard ?

Ronsard, il avait du génie !

Malherbe? Il est venu trop tard ; Racine? Il fit Ip/iigdnic...

Lamartin' n'est pas un grécolatin, Baud'laire est germanique.

Moi, j' suis r champion d' la Rénovation de l'Art Poétique. »

Lors, il met son monocle et Court Rejoindre son lieut'nant de police Qui vient de surprendre un Concourt Prenant des nots comm' La Palice :

« C'est pas lui qu'il faut arrêter, Dit-il, c' n'est qu'un naturaliste.

Mais René Ghil et A. Retté, Et tout' la bande symboliste! »

A son lieut'nant d' polie' Raynaud Il dit, de son œil magnétique :

« Moi, j' suis r champion d' la Rénovation de l'Art Poétique. »

Lors, il met son monocle et va Porter à sa vaillante armée L'ordre express de crier : Vive A.

France! A bas Stéphan" Mallarmé... e !

Il dit : « Verlaine c'est incontestablement un grand Poète, Mais nous, qui somm's sur l'Hélicon, Nous n' voyons pas 1' besoin d' l'Hyraette...

— Or il mangea tant d' bigorneaux Qu'il en devint diabétique, Et mourut sans voir la Rénovation de l'Art Poétique !

LES KFllEBES

[Air connu.)

A Aime Passe rea:/

Ils sont plus pàl's, plus beaux Que les fill's de Lesbos, Ils sont jaloux des femmes.

Ils ont des airs mutins, La dcraarch' des Irottins, L'âme et l'œil des catins, Ces petit's femmes !

Refrain :

Trabadja la moukère, Trabadja bono.

Trabadja sens devant derrière, Trabadja sur 1' dos.

Imberbes ou rasés, Parfois même frisés, Ils s'en vont dans la vie.

Mais comme il faut bouffer, Sans plus philosopher, Dam ! ils se font... aimer :

Lutl' pour la vie !

Refrain :

Trabadja la monkère, Trabadja bono.

Trabadja sens devant derrière, Trabadja sur V dos.

Ils promènent leurs pus, D'puis les Panoramas Jusques à la Bastille.

Quelques-uns vont s'asseoir Aux Champs-Elysé's, l'soir ; D'autres font le trottoir A la Bastille...

Bcfrain :

Trabadja la moukère, Trabadja bono.

Trabadja sens devant derrière, Trabadja sur 1' dos.

LES ÉPIIÈBES 25

Les nuits de bals masqués (1), Attifés et musqués, S'amènent les éphèbès.

Ils soignent leurs dessous, Ils offrent pour cent sous, Leur pièce de dix sous :

V'ià les Éphèbes!

Refrain :

Trabadja la moukère, Trabadja bono.

Trabadja sens devant derrière Trabadja sur 1' dos.

Ils sont garçons de bains D'hôtels ou d' marchands d' vins ; Y en a qu'ont la peau noire !

En Afriqu' les Arbis

(11 ... Les étudiants, leur cavalcade finie, se sont rendus à Bullier. Le bal de la Mi-Carèine. dans cette salle, a une réputation spéciale. Le Tout Paris qui s'amuse s'y retrouve, et on y voyait, hier soir, particulièrement les demi-mondaines les plus huppées. Mais le spectacle qui les avait attirées manquait.

Un député avait protesté, au lendemain du mardi-gras, que Bullier eût été ce soir-là le rendez-vous de moeurs inavouables. Il avait menacé d'interpeller le ministère si le même fait se reproduisait à la Mi-Caréme. 11 n'aura pas l'occasion d'intervenir. En effet, à la porte, la consig-ne avait été donnée formelle de ne laisser pénétrer aucun homme déguisé sous des vêtements de femme. . . [L'Éclair, 24 mars 1900.)

26 LE JAIIDIN DES ItONCKS

Préfèrent aux liuuris Les p'tils chbebs des gourbis A la peau noire !• Refrain :

Trabadja la nioukère, Trabailja bono.

Trabadja sens devant derrière, Trabadja sur 1' dos.

Ni le vent, ni les flots N'ont pour vous, matelots, Plus d'attraits que les mousses.

L'impression qu'ils me font, Couchés dans le faux pont, C'est qu'en terr' jaune vont Mat'lots et mousses.

Refrain :

Trabadja la moukère, Trabadja bono.

Trabadja sens devant derrière, Trabadja sur V dos.

Au bahut, sans façons, Pions et jeun's garçons Savent jouer aux dames.

Fidèles à Sapho, Vieux, ils vont ru' Duphot Car, toujours, il leur faut Un jeu de dames.

LES EPUEDIvS

Refrain :

Trabadja la moukère, Trabadja bono.

Trabadja sens devant derrière, Trabadja sur 1' dos.

VTli

A Gythère inconnus, Ils furent bienvenus De Goniorrhe à Sodoiue...

Courroucé, 1 Eternel Dit : « Ce péché mortel Mérit' le feu du ciel...

Mort à Sodoine I »

Refrain :

Trabadja la inoukère, Trabadja bono.

Trabadja sens devant derrière, Trabadja sur 1' dos.

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