‹ Le jardin des ronces, 1889-1899Chapitre 11 sur 54 · SONNET A MARIE · texte numérisé non relu

SONNET A MARIE

Non, ce n'est pas pour tes beaux yeux, — Où plus d'or qu'en ma bourse brille - Ni pour ta manière gentille De vaincre au jeu malicieux...

Ni pour le pli tant gracieux De ta lèvre, aimable Marie, Ni pour ton sein, coupe chérie.

Ni pour la nuit de tes cheveux,

SONNET A MAniE

Que je t'aime et que je t'admire, Que je t'esAime encore plus, Et qu'il me plaît de le le dire

En des vers qui seront peu lus :

— Si je l'aime et si je l'admire C'est pour son cœur, et rien de plus.

A Lucien Hubert .

Ceux qui n'ont aucune amitié, Mes chers amis, me font pitié :

Ils ne sont pas du tout poètes. . .

Ne blaguez pas les bons amis, Plutôt que d' vous r'fuser un louis, y en a qui s fraient couper la lête !

Si vous êtes à l'hôpital, Couché par un terrible mal.

Vous désespérez comm' sœur Anne.

N' vous croyez pas abandonné, Vos amis, quand ils s'ront pannes.

Viendront boire votre tisane !

S'ils sav'nt que vous êt's le vainqueur D'un' femme qui vous tient au cœur, En votre absence ils la pelotent...

Si vous prenez des airs jaloux, Les bons amis se f...icli'nt de vous Quand ils ne f...lan(iu'nt pas d' calottes

Si vous leur prêtez un bouquin,

Ils vont le laver chez Sapin,

Pour dix sous, quinz' sous, vingt sous, trente.

Mais s'ils en tirent quarant' sous.

Le soir vous les rencontrez saouls.

Tout comme s'ils avaient des renies !

Si vous leur prêtez un faux-col,

Navré de les voir sans licol,

Ils vous eraprunt'nt votre chemise...

Vous leur prêtez voir' culbutant !

Ils vous r rendnt sal', c'est em.. .bêlant :

Moi, j'appeir ça de la traîtrise !

Si vos amis n'ont pas mangé,

Discrèt'raent vous leur allongez

Deux sous pour prendre un boudin d' table.

Ils vous quitt'nt le ventre épaissi,

Ils ne vous dis'nt mêm' pas merci :

Ça vous dégoût' dôtr' charitable 1

Mais si vous leur ollrez un bock, Ils trouvent que la bière est toc.

Tout en vous laissant six soucoupes...

Ils fument tout votre tabac, Vous leur montrez leur raanqu' de tact Ils se font servir une soupe !

Si vous publiez un roman,

(Afin de vivre honnêtement).

Ils s' cramponn'nt à vous coram' un' pieuvre.

Vous donnez votr' livr' par paquets

Que vous retrouvez sur les quais :

Us déshonor'nt votr' chef-d'œuvre 1

Si l'on vous joue à l'Otléon.

Il leur faut deslog's de balcon, On ne voit qu'eux dans le théâtre...

S'estiraant encor mal placés, Ils tienn'nt des propos déplacés :

Sur trois act's ils en bêchent quatre !

Si vous n'avez pas de succès.

Ils vous évit'nt, ils sont vexés.

Ils n'ont aucun' mansuétude...

Si l'on vous lou' dans les journaux,

Ils rappliqu'nt à l'heur" du Pernod,

Pour n'en pas perdre l'habitude !

Si vous êt's élu député,

Député d' la majorité.

Au mépris de la bienséance,

D'vant les soldats, d'vant les huissiers,

Ils s' perraett nt de vous tutoyer,

Juste un jour de grande séance !

34 LE JAUDIN DES UONCES

Si vous mourez, ils n' sont en deuil,

Et ne suivent votre cercueil,

Que pour manger votre fromage...

Pour arroser leur oraison,

Us boiv'nt à perdre la raison,

En supputant votre héritage !

XÏII

Non, les amis n'existent pas !

J'en prends à témoin Moréas Qui n'a sur lui qu'un seul cigare...

Pour entret'nir ces niendigots.

Ne leur donnez plus vos mégots :

Mieux vaut passer pour être avare !

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