‹ Le jardin des ronces, 1889-1899Chapitre 41 sur 54 · LA VERITE · texte numérisé non relu

LA VERITE

... C'était lo 2 j.iuviiT, à huit heures du matin... le vent soufflait : ji' grelottais.

u Quand on est innocent on ne tremb le pas », dit le brigadier Muchielli.

Je vois que l'arcusation de judaïsme devient sérieuse. . .

Albert Glationy.

(Le Jour de l'an d'un vagabond. — 1869.)

A Pierre Quillard.

C était par un beau soir équivoque crautorane,

La Belle aux cheveux d'or Me dit : « Je suis la dame voilée en personne

Que nul ne connaît : Or

Si tu voulais me faire un' chanson sur Dreyfusse, — Car tu as tant d'esprit ! (sic)

Je te l'achèterais ce que tu voudrais, fût-ce A n'importe quel prix!

142 LE JAUDix Di:s nONc:i:s

— Une chanson? oui, mais... ne faul-il pas encore

Que Ton sache de quoi Il retourne dans celte affaire que V « Aurore »

Conte avec tant d'émoi ?

Que, Madame, quelqu'un, ce soir, me vienne dire

« Ce Dreyfus a trahi ? »

Si je réponds : là où ? il voudra me maudire... Laïtou, laïti !

Certes, l'opinion publique est alarmée

A cause de Dreyfus :

Il ne faut pas toucher à l'honneur de l'armée ! — Mais au nôtre non plus.

C elui-ci, sans respect pour la chose jugée.

Va, criant sur les toits :

« La Justice, j'en ai la preuve, s'est trompée.

Lazare, lève-toi ! »

Et cet autre répond : « Si vous avez la preuve,

De grâce, montrez -la!

Ce n'est pas dans votrfe discours que je la treuve

Ni dans le tien, Zola. »

En deux camps, aujourd'hui, les Français se déchirent;

Et Drumont, Rocheforl, Clament tous les matins, d'une voix en délire :

« Vive l'Etat-Major ! »

LA VÉIMTK 143

Pendant ce temps, Drcyfiis-M.iiliitm <[iii osi un frère

Pour celui <|ue l'on sait, Dénonce Esllicrazy dans le dessein de faire

Reviser le procès...

Il faudrait, pour narrer celte histoire, la plume

De Terrail du Ponson, Mais pour la bien chanter, je ne vois, dans la hrume,

Que Raoul du Pouclion.

D'ailleurs il est un point, Madame, qui me blesse :

Je ne veux point d'argent!

Pour me faire chanter, ma Muse me caresse...

En ferlez-vous autant ?

— Ah ! me répondit-elle, ali I si tu veux me faire

(Il en est temps encor) Jouir d'une chanson sur cette souibre affaire,

T'auras... ma Toison d'or! »

Le lendemain matin, je trouvais dans l'alcôve.

Dormant à mon côté, La dame dévoilée, issant dun peignoir mauve

Où chantait sa Beauté...

J'avais couché, Madame, avec la Vérité ! NoTembrc 1897.

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