I20 LE JARDIN DÉSERT
Toute douleur, tout deuil me trouveraient de glace.
Ma jeunesse est ainsi prématurément lasse;
Elle n'a même plus la force de sentir.
Le Rêve, souverain cruel, me rend martyr,
Je suis sa proie et sens ses griffes sur mon être.
Son poison toujours plus âcrement me pénètre,
Anesthésie en moi le courage et l'effort.
Me donne un peu comme un avant-goût de la mort.
Et mon âme, sans rien jamais qui la ravive.
S'annihile et s'en va sans but, à la dérive.
Le Rêv'e a déformé mon âme d'isolé,
Et quand, quittant le ciel de printemps étoile
Où, si loin du Réel, elle se pacifie.
Je redescends dans la raison et dans la vie.
J'ai le sentiment d'être en pays étranger.
Il me faut me reprendre alors et me changer.
Non, je ne saisis plus aucun humain langage.
J'ai perdu la mémoire. Il me semble être en cage.
Tout homme m'inquiète et je lis dans ses yeux
Qu'il me regarde ainsi qu'un monstre curieux.
En moi somnolent tant de tristesses encloses.
Et je ne m'entends plus vraiment qu'avec les Choses.
LIt toujours cette pluie au dehors qui larmoie! Le jour baisse. Mais l'ombre, incertaine, atermoie, Hésite avant d'entrer, tâtonne. On est transi. Il stagne dans la salle une odeur de moisi Qui vous obsède, vous assoupit, vous pénètre. Dans son fauteuil de tous les jours à sa fenêtre. Pelotonnée, ainsi que la chatte en son coin. Madame, captivée, achève avec grand soin Le Ménologe du Carfnel, en trois volumes. A côté, Pélagie, épluchant ses légumes.
Nous apprend le dernier menu du receveur, Le récent coryza de Mère Saint-Sauveur, L'achat, par le Curé, d'un bâton de réglisse. Et la bisbille du sacristain et du suisse. Et moi, je suis là, gourd, l'œil vague, comme si. Rêvant d'un Ailleurs frais, et ne trouvant ici Que la routine dont s'engrise mon veuvage, Mon âme s'absentait et partait en voyage.
ES comédiens seuls échappent à la vie Par la facticité dont s'imprègne la leur. Leur personnalité toujours se modifie, Disparaît, ou du moins prend une autre couleur. L'acteur vit chaque soir un immortel poème, S'embarque pour ailleurs, s'évade de lui-même. Transformant tous les jours son cœur, son idéal. En plein décembre il peut se croire en floréal; Plus favorisé, plus heureux que le poète Qui. n'entrevoit de clairs décors que dans sa tête,
LA JEUNESSE EN PROVINCE I2f
Il reste au milieu d'eux, chaque soir différent. La passion bouillonne en lui comme un torrent; Oui, chaque soir il aime, il sanglote, il s'immole. Meurt pâmé dans les bras d'une sublime idole; Il change constamment de défauts, de vertus, Il est Rodrigue, il est Oreste, il est Titus. Il est ces demi-dieux. 11 parle leur langage. Ainsi, du terre-à-terre odieux se dégage. S'absente d'ici-bas et s'enfuit n'importe oij. Il souffre dans sa chair, il se donne, il est fou, Il gémit, il pantelle, est tous les soirs un autre. Et, marquis ou laquais, vieux bandit, saint apôtre. Il échappe au Commun, se dévêt du Banal; Le rôle qu'il compose est son plus sûr fanal, L'Ami, la Raison d'être et la Joie et la Trêve, Et par-dessus sa vie il marche dans le Rêve.
Ou bien alors : le cloître et son austérité. On échappe au Réel aussi par ce côté, A ce Réel qui heurte et froisse et déconcerte. Qu'on doit être bien dans sa cellule déserte. Tertre de songe, où l'on se détache de tout!
Dans la sérénité l'àme alors se dissout, Converse avec les Saints, imagine des êtres. Le Rêve et le Repos demeurent nos seuls maîtres; Vivant, on est vraiment le collègue des morts. Détaché de ce monde, on le suit du dehors. Évoluant vain, vide, et se croyant folâtre. Moine ou comédien! Le cloître ou le théâtre : C'est seulement ainsi que l'on peut vivre ailleurs Et se blottir en des songes intérieurs : Oui, par là seulement le dégoût s'atrophie. Mais surtout s'élever, et dominer la vie.
'^!)^^^^f^^Olfr:C5C^
J E me souviens de tels endroits dans tel voyage Qui paraissaient autant de décors de bonheur, Mais où je n'ai passé qu'en morose flâneur, Chargé du lourd manteau de mon récent veuvage.
Je vois le sable fin d'une plage jaunir Où j'ai langui d'ennui toute une après-dinée. Où ma pensée, à la dérive, abandonnée, A contourné longtemps le lac du souvenir.
Devant l'infini gris d'une mer qui moutonne
Je fus visité par de vieux airs de jadis
Qui m'ont redit des chants de jeunesse, assourdis
Par le brumeux rideau de mes brouillards d'automne.
J'ai senti revenir des émois par milliers, Des visages d'antan, rayés de ma mémoire. Comme si l'on m'avait entr'ouvert une armoire Où sommeillaient dix ans de ma vie oubliés.
Cela s'éparpilla doucement sur la grève Avec le rythme ailé d'un vol de goélands. Et mon âme, elle aussi, prenait de chauds élans Vers le ciel gris perlé que déployait mon rêve.
Je partis. Je portai vers d'autres coins mes pas, Laissant partout de mes tristesses égrenées, Et toujours il me semble, après bien des années, Qu'une part de mon cœur s'afflige encor là-bas.
Tu me poursuis toujours avec des regrets vagues, Nid de rochers, modeste éden d'intimité, Où vraiment un lambeau de ma vie est resté. Oasis de grisaille au sein glauque des vagues!
AIME ce gris-de-fer des ciels bretons, ce gris Avant-coureur de deuil, ce gris chargé de pluie, Teinte de l'horizon trop vaste qui s'ennuie; Gris d'un pastel ancien aux brumeux coloris;
Gris que jamais soleil trop éclatant n'enflamme, Couleur de mon amour sérieux, tendre et fort, Couleur de mon pays natal, couleur du Nord; Gris couleur de ma vie et couleur de mon âme;
Couleur de regrets vains, couleur de temps jadis, De l'idylle d'antan que nous avons pleurée, Qui s'éteint au foyer du souvenir, cendrée, Tandis que meurt au loin un sourd De profundis ;
Couleur du cher paquet de lettres que l'on brûle. Où tient notre roman; gris couleur de vieux vers Qu'on relit à trente ans et qui, jadis si verts, Ont pris dans nos tiroirs des tons de crépuscule;
Couleur de nos hivers moroses d'internat, Quand le soir nous pleurions tant de larmes amères. Pour n'avoir pas quelqu'un qui remplaçât nos mères. Qui vînt border nos lits et qui nous câlinât :
Temps d'exil où notre âme était comme orpheline. Où Ton croyait vraiment n'avoir plus ses parents. Où l'on ne nous parlait qu'à mots indifférents Sans qu'une voix eût des douceurs de mousseline.
ip LE JARDIN DESERT
Ah ! ce gris cher, ce gris profond, ce gris marin, Accoutumé décor où s'attriste mon rêve.
Ce gris fuyant d'un jour velouté qui s'achève, Gris couleur de tourmente et couleur de chagrin,
Ce gris où parfois un son d'angélus qui tinte Fait courir un frisson qu'on dirait de remords. Ce gris dont se revêt le ciel le jour des Morts, Ma solitude en est implacablement teinte!
LXIÏ
l^E jour agonisait. On était en décembre. L'ombre s'agglomérait lentement dans la chambre, Blutant d'un rideau gris de silence et de paix Les meubles estompés par ses réseaux épais. A cette heure, noyé sous un dru crépuscule, De moins en moins précis, chaque objet se recule, Semble ainsi qu'au travers d'une glace sans tain. S'atténue et se fait plus vague et moins certain, Si bien qu'on le dirait tout prêt à rendre l'âme. Sur les derniers tisons du fover, une flamme
iH
Se tordait, sur le point de mourir, elle aussi, Projetant par la pièce un reflet adouci. Baignant d'une lueur rose les objets proches. Au dehors s'épanchait l'affliction des cloches Dont ce coin de province était tout contristé. Dans le jardin, avec opiniâtreté, Une averse tombait, incessante, glacée, Emprisonnant, dans son filet d'eau, la pensée, L'accaparant et la vêtant de crêpes gris. Les arbres frissonnaient, se tassaient, rabougris, — Tel vraiment un infirme en loques qui marmonne. Miséreux, avant l'air de demander l'aumône, Avec des tremblements frigides de vieillards, Squelettes recouverts de haillons de brouillards. Dans la pièce, aux fauteuils attaqués par l'usure. Stagnait comme une rance odeur de moisissure. Une mélancolique odeur de temps jadis Qui semblait chuchoter en mots très assourdis Des récits, avant la nuance de l'opale. D'une vie isolée, exilée et si pâle!
L'esprit visité par les pensers indécis
LA JEUNESSE EN PROVINCE I ] f
Qui s'estompaient en moi, je me tenais assis,
Les pieds au feu, voguant sur un lac de silence,
Et mon âme étirait sa lourde somnolence.
Ce temps ne me causait maintenant plus d'émoi :
Ne pleuvinait-i! pas aussi toujours en moi?
Les yeux distraitement fixés à ma fenêtre,
Justement, je songeais que, de même, en mon être
Il bruinait, comme il bruinait au dehors.
Mon âme était vraiment un ciel de jour des Morts,
Un ciel humide et terne, un ciel gris, d'où la pluie
Larmoie incessamment, un ciel froid qui s'ennuie,
Un ciel en deuil, un ciel où s'affligent les glas.
Un ciel de crépuscule en novembre, un ciel las
Dont la tristesse augmente au son gourd de la cloche,
Où maint De profundis s'égoutte ou s'effiloche,
Un ciel comme une tombe, un ciel comme un linceul,
Un ciel qui souffre et qui gémit d'être tout seul,
Étant veuf à jamais de soleil et d'aurore.
Ainsi ma vie éteinte et que rien ne colore!
Ma vie en rêve; ainsi mon âme toute en deuil
Dont l'amour ne vient plus enguirlander le seuil
De ses tièdes, de ses embaumantes glycines;
Mon âme d'isolé, sans sœurs et sans voisines, Ame en exil, à qui tout paraît étranger, Où, quand il ne pleut plus, il commence à neiger, Ame qui ne connaît que l'hiver et l'automne. Ame rase et sans fleurs, àme-lande bretonne. Qu'habite un opalin et douteux demi-jour. Ame veuve à jamais de jeunesse et d'amour.
LXIIÏ
HORREUR d'agir, l'amour du rêve et du silence, Une âme presque éteinte et comme en sommolence, Se leurrant toujours d'un mirage mensonger, Où sans cesse le spleen vient se faire héberger. Quelquefois, étant en veine de songerie, J'évoque toute mon enfance défleurie Et ma province et ma jeunesse sans fanal, Roman d'un isolé, roman vide et banal.
Sans faits, roman oi^i rien de saillant ne se passe. D'un être vraiment hors du temps et de l'espace.
Et je redis mon long chapelet de chagrins.
Les ennuis sous mes doigts se succèdent en grains
Qui deviennent plus gros lorsque j'avance en âge.
Rosaire de soucis. Navrant pèlerinage.
Nul coin d'églogue, en cet interminable exil.
Sur mon jardin, pas un tiède rayon d'avril,
Rien qui rompe jamais, rien qui diversifie
Le gris définitif qui surplombe ma vie.
lyc;S'
Saison passée
EL qu'un berger enfui d'un jardin de \\'atteau Rêveur comme une femme, ardent comme un poète, Le mois d'Avril, paré de son pourpoint de fête. Dévale cà pas légers tout le long du coteau.
Sous le ciel pâle encor, qu'un brouillard d'aube blute. Dans une fraîche odeur de rosée et de thym Ce Merlin l'enchanteur enchante le matin, Et le monde s'éveille aux concerts de sa flùtc.
Aux concerts de sa voix les cœurs sont réveillés; Clitandre redevient amoureux de Florise; La vierge laisse errer son âme dans la brise, Et les taillis en fleurs ont des frissons mouillés.
On sent qu'une ère exquise et nouvelle commence. Pour une lie où fleurit l'amour nous embarquons. La guitare en sourdine éclôt sous les balcons. Chérubin pour Rosine apprête sa romance.
Cet étourdi d'Avril, en prodigue berger. Nous jette à pleines mains les fleurs de sa corbeille. Nous prêche la bonté, la joie, et nous conseille De ne plus nous abattre et nous décourager.
L'angélus de l'aurore, à travers la vallée. Ébranle l'air limpide et l'azur indulgent : Chantez, cloches d'Avril; chantez, cloches d'argent. Chantez mon allégresse et ma peine envolée!
Et que votre chanson console, apaise un peu Ceux qui sont seuls, ceux dont Tàme souffre du jeune. Que loin de leur ciel gris votre aile souple et jeune Les emporte gaîment vers un horizon bleu.
1 OUR dire votre grâce aimable et dédaigneuse,
O vous dont l'amitié m'est comme une veilleuse,
Qui vous êtes prescrit l'affectueux devoir
De baigner de mon âme en deuil le nonchaloir,
De calmer mes naïfs émois de sensitive
Par le muet avis d'une main moins furtive.
Ou par un coup d'oeil moins ondoyant ou moqueur,
Et d'abréger un peu le carême d'un cœur,
O vous dont, par pitié, l'indulgence déguise.
J'évoque un frais pastel de défunte marquise.
Comme ceux que La Tour a signés de son nom, Qui m'apparaît, sortant d'un fouillis de linon, Le visage éclairé d'un sourire très pâle Qui vous entoure et vous réchauffe comme un chàle. Et dans lequel on a moins froid, on a moins peur; Visage qui recule au fond d'une vapeur. Douillet, fragile, et dont le charme s'imprécisc. Presque ennuagé dans une pénombre grise, Tel que l'amour fondant et flou que je me sens Pour vous, ma grande sœur aux gestes caressants, Poussière de jeunesse et de douceur railleuse, O vous, dont l'amitié m'est comme une veilleuse.
E me fais des sujets de bonheur et de peine Avec ces mille riens dont l'existence est pleine, Car j'ai soif de sentir; il me faut des émois. J'ai vécu pendant des semaines et des mois Sur un regard d'amie ou bien sur une lettre, Sur un sourire un peu plus doux qui vous pénètre. Une main dégantée avec un baiser lent.
Un poignet qu'on étreint dans la fièvre, en tremblant, Sur un coin où j'allais comme en pèlerinage, Sur tel vieux souvenir d'enfance qui surnage.
Sur un lied entendu, sur un portrait d'absent, Sur une maisonnette entrevue en passant Cachée et favorable au bonheur qui s'abrite, Sur un gant ramassé, sur une marguerite. Sur une odeur furtive et tiède de cheveux; Et, quand je serai dans la tombe, je ne veux Que ces mots d'oraison funèbre que j'envie : « Une fleur, un baiser, ce fut toute sa vie. »
v3a tête est fine, fine, fine :
Vous croiriez, en son frais atour.
Voir devant vous une Dauphine, Car elle est fine, fine, fine.
Ainsi qu'un pastel de La Tour.
Son àme est blanche, blanche, blanche La contempler, c'est l'outrager :
Car, plus que l'oiseau sur la branche, Sur elle, blanche, blanche, blanche, Tout regard doit être léger.
Sa voix est tendre, tendre, tendre, Et, quand elle prie ou défend, Vous la prendriez, à l'entendre.
Tant elle est tendre, tendre, tendre.
Pour la voix d'un petit enfant.
v3a tendresse m'est douce ainsi qu'un crépuscule Qui feutre un horizon boisé de tulles noirs. Et, grâce à sa clémence, en mon àme circule Le calme qui régit la pénombre des soirs.
Elle me rend le goût du bien, me pacifie. Sa tendresse m'exhorte au travail, à l'effort; Elle m'emmène loin, au-dessus de la vie, Et c'est dans sa pitié que ma peine s'endort.
Par elle je me sens meilleur. Elle m'emporte Loin des torpeurs, loin du dégoût, loin du péril. Sa tendresse est aussi câline qu'elle est forte. Son cœur a la fraîcheur d'une aurore d'avril.
Je m'effrayais de tout, comme l'herbe qui tremble Quand un souffle descend la pente du coteau. J'ai moinsfroid, j'ai moins peur quand nous sommes ensemble Sa tendresse m'entoure à l'égal d'un manteau.
n ST-c E donc qu'à tel point j'aurais pu me méprendre ? Laissez-moi vous en faire ingénument l'aveu : Pourquoi jouer avec un ami pareil jeu?
Au lieu de calmer sa blessure, c'est l'étendre.
Le sourire un peu plus câlin, la voix plus tendre,
Le regard moins furtif en me disant adieu :
On donne tant parfois en accordant si peul
Je vous en veux pourtant de ne pas le comprendre.
A l'âme non guérie encor d'un mal récent,
Au cœur dolent, au cœur pâle et convalescent,
Une amitié de femme est bienfaisante et douce,
Comme est douce — de quelle enfantine douceur! — La grâce enveloppante et molle d'une sœur A la langueur de la poitrinaire qui tousse.
Vç^ UELQUEFOis, au plus doux de notre causerie, Quand j'ai l'illusion qu'enfin elle me tient, A tel petit sourire un peu dur qui lui vient, Je sens comme un recul qui nous désapparie.
Je reste alors plus triste et plus désemparé : Je tombe brusquement du haut d'un si beau rêve. Sans doute, c'est un rien, mais un rien qui me grève D'autant plus lourdement que j'ai plus espéré.
SAISON PASSEE I^f
Mon nom dit d'une voix qui me semble ironique,
Des yeux secs quand mes yeux cherchaient des yeux mouillés,
Et voilà, comme un vol d'étourneaux effrayés,
L'essaim peureux de mes tendresses en panique.
Il ne faut que sa main pour calmer mon émoi.
Quand nos cœurs sont trop loin, notre main les rapproche,
Et vous autorisez un fraternel reproche
Pour pouvoir l'accueillir en vous moquant de moi.
Vous raillez mes terreurs selon vous enfantines : « Suis-je assez hors d'état d'avoir des amitiés! Je ne mérite point que vous me répondiez... » Et moi, contrit, honteux, les yeux sur mes bottines,
A vos raisons j'oppose un muet abandon; Mon regard attendri vous enveloppe toute. Mais mon âme frileuse a peur au moindre doute. Et l'offensé finit par demander pardon.
1 L m'est doux d'avoir tort quand elle me querelle. J'aime à l'intercéder : elle aime à pardonner. Je serais moins honteux d'être dupé par elle, Et j'en rougirais moins que de la soupçonner.
Ne vous étonnez point si j'eus hier la crainte Que mon remerciement ne vous désemparât. Par générosité ma raison s'est contrainte, Et m'acquitter trop vite eût été d'un ingrat.
Hlle aime à varier nos coins de rendez-vous. Très délicate, à ma ferveur elle ménage Plus d'un but dans Paris pour le pèlerinage Où flotte un souvenir affectueux et doux.
Mais il me semble, tant ma tendresse est profonde, Qu'il vaudrait mieux toujours choisir le même endroit. Abriter son bonheur en un réduit étroit, Mais plus grand à nos yeux que le reste du monde.
Oh! oui, n'avoir qu'un même et minuscule nid, Où tout seul, oubliant les choses de la terre, Je viendrais quelquefois chercher par quel mystère Un si petit espace ait tenu l'infini.
1ER, avec un gentil geste, Pour me punir sans doute, elle a Caché sa main nerveuse et preste Dans son manchon de chinchilla.
Et ma main qui souvent braconne A fait alors un fort plongeon Pour quérir cette main mignonne Dans la tiédeur de ce manchon.
Et cette main récalcitrante Aux vilains doigs coalisés, Je l'ai couverte de vingt, trente.
De cinquante, de cent baisers.
ous m'avez reproché d'un petit air boudeur, Avec un gentil geste amical d'offensée, Vous m'avez reproché quelque billevesée, Et trois jours vous m'avez montré de la froideur.
Trois jours aussi je vous bannis de ma pensée.
Et puis un soir, — vous plus tendre, moi plus grondeur,
Ma main dans votre main a glissé sa tiédeur,
Ma main plus douce après qu'elle vous eut blessée.
Et nous avons connu le câlin abandon Et le plaisir de nous demander le pardon D'une voix humble, mal affermie et qui tremble,
Convenant qu'en dépit de leurs graves péchés
Il faut bénir les jours qui voient deux cœurs fâchés
En faveur de l'instant qui les remet ensemble.
AI souffert trop longtemps de ne souffrir jamais. De tous les maux du cœur l'atonie est le pire. Quand un spleen vague et sourd vous mord comme un vampire, Une douleur aiguë est le meilleur des mets.
Et tu m'as pris, tourment d'aimer qui m'affamais. Tu pèses sur mon front d'un tyrannique empire; Et ma peine est plus forte et ma langueur empire Mais je t'ai défié : c'est bien; je me soumets.
Ah! de ces deux enfers passant une âme au crible,
Ou de ne point aimer, ou d'aimer l'impossible,
Ah ! n'est-ce pas que c'est le second qui vaut mieux?
Tout, plutôt qu'une vide et froide indifférence! Du jour où j'ai trouvé l'infini dans vos yeux, J'ai senti la douceur d'aimer sans espérance.
ftÈt^3>î<T^^
Lorsque vous me parlez, je vous réponds à peine. Je suis auprès de vous : il suffit; c'est assez. Ce que formuleraient tous les mots prononcés Vous rendrait-il jamais ce dont j'ai l'âme pleine?
Il est des coins du cœur qu'il vaut mieux deviner. A vous de les trouver. Prenez : je vous les laisse, Et, soit raffinement de ma part, soit faiblesse. Le langage m'effraie : il peut tout profaner.
Pardon encor, pardon toujours de ces peurs folles Ce que je sens pour vous esi grave et sérieux. Notre tendresse émue apparaît dans nos yeux : Ne la rabaissons pas au niveau des paroles!
v^ u A N D je rencontre avec d'autres ma « sœur aînée » Je ne puis réprimer un petit pli d'ennui. Nous sommes différents en présence d'autrui : Nos yeux sont prisonniers, notre voix enchaînée.
Ce n'est point que je sois ombrageux ou jaloux, Mais il n'est de possible entre nous qu'un seul thème. On veut être oublié des autres quand on aime : Ce que nous nous disons ne regarde que nous.
l68 LE JARDIN DÉSERT
Notre aube d'amitié fondante et fraternelle S'exerce à d'enfantins dépits, d'innocents jeux : Un mot venu de moi lui paraît outrageux; Moi, je feins de douter qu'on puisse croire en elle.
On se gronde; on se boude; on mime un froissement. Nos yeux, qui font semblant de se fuir, se poursuivent, Et par degrés l'ami et l'amie en arrivent A l'instant souhaité du raccommodement,
Qu'on retarde d'ailleurs le plus longtemps possible Afin d'en escompter plus longtemps la douceur : Prétexte à prendre en ces jeux de frère et de sœur Une voix plus câline, un œil moins impassible.
Elle feint quelquefois soudain la dureté Et s'oblige, plus froide, aux rigueurs simulées; Je reçois des sermons en brusques giboulées Pour un mot par trop tendre ou par trop effronté.
Unisson de nos cœurs! Ferveur simultanée Dont l'inavoué même a son sens et son prix, Que nul n'a pénétrée, où nul n'a rien compris. Pénombre de tendresse! Amour de sœur aînée!
Devant ces vers où cet amour se dévoila Les gens ricaneront : « Us se content fleurette. » Laissons calomnier leur faconde indiscrète. Qu'on ne lise pas dans nos âmes : tout est là.
JL/ L L E est si bonne, elle est si tendre, elle est si douce. Que j'ai peur quelquefois qu'elle ne m'ait aimé Que pour bercer mon mal d'une chanson de mai Fraîche comme un ruisseau qui filtre dans la mousse.
Oui, j'ai peur de n'avoir gagné son amitié — Elle est si douce, elle est si bonne, elle est si tendre Que parce qu'elle a cru devoir me faire entendre. Me voyant seul, un mot d'espoir et de pitié.
Elle a craint que ne vînt pour mon âme l'automne Sans qu'une jeune fille en ce monde moqueur Eût cherché d'un regard le chemin de mon cœur : Elle est si tendre, elle est si douce, elle est si bonne.
Un moi vous n'avez vu qu'un pauvre enfant malade, Convalescent encor d'un chagrin tard enfui : Il lui fallait un bras fidèle comme appui Pour lui faire trouver l'existence moins fade.
Et jamais vous n'avez rien eu de plus pour lui : Telle une guitariste égayant d'une aubade Le sultan morfondu qui s'étire, maussade. Grisé par l'opium et somnolent d'ennui.
Je ne m'abuse point et sais ce qu'on me donne : Votre amitié pour moi n'est guère qu'une aumône. L'acte de charité d'une âme de douceur.
Mais la mienne est plus tendre à la fois et plus forte J'ai cru longtemps aimer en vous ma grande sœur Et n'ai compris qu'hier que la sœur était morte.
Il me souvient qu'un soir de neige, un soir d'hiver, Nous avons soulevé les rideaux de ma vie, Et, tel qu'un frère à sa grande sœur se confie, Je vous ai dit mon deuil et mes chagrins d'hier,
Et comme je sentais m'abandonner la sève, Comme je me laissais par l'angoisse régir. Et comme imaginer me tenait lieu d'agir, Comme je préférais à l'action le rêve,
SAISON PASSÉE lyf
Comme mon pauvre cœur s'alimentait de peu
Et comme je vivais replié sur moi-même,
Ayant perdu la foi puisque nulle ne m'aime :
— Quand on n'est pas aimé l'on ne croit plus en Dieu,
Comme je me créais avec tout des souffrances, Comme un sourire, un geste ému, comme un regard M'étaient parfois des coups atroces de poignard. Et vous me caressiez de douces remontrances.
Je vous disais qu'un rien suffit pour me froisser. Comme un rien peut suffire à froisser une soie. Je vous disais qu'un rien me donne de la joie. Que c'est le ciel pour moi qu'une main à presser.
Et vous m'encouragiez de vos mains protectrices. Avec votre bonté de sœur, vous compreniez Qu'on se sente plus seul sous les ciels printaniers Quand le soleil d'avril rouvre nos cicatrices.
iy6 LE JARDIN DÉSERT
Qu'on prête les vertus qu'on leur désire aux gens, Meublant de qualités l'âme la plus déserte, Que, d'un ami, le moindre oubli vous déconcerte. Vous me morigéniez de sermons indulgents.
Réveillais-je dans vous une peine endormie?
Un souvenir lointain revenait-il en vous?
Car vous m'avez tendu vos yeux cléments et doux,
Vos profonds yeux, vos yeux d'enfant, vos yeux d'amie.
Communion des longs regards silencieux!
Fin des après-midi brumeuses de décembre! Ah ! toute la tristesse éparse dans la chambre Etait passée en nous pour aimanter nos yeux.
\J 'ai vécu tout ce jour de vos mains dégantées. J'ai vécu par vos mains d'enfant, vos chères mains, Me rappelant leur pâle émoi, leurs jeux gamins. Ces mains, ces pauvres mains que j'avais contristées.
Je les serrais sans rien dire, et c'était si doux. Car elles prolongeaient l'infini du silence. Et mon cœur, traversé comme par une lance. Sans le secours des mots s'offrait tout bas à vous.
lyS LE JARDIN DÉSERT
Et, VOS mains, je les ai pieusement baisées,
Vos mains moites, vos mains blanches, vos mains d'enfant.
Vous avez fait d'abord le geste qui défend,
Mais mes lèvres déjà les avaient épousées.
Un reproche câlin atténuait sa voix.
Douceur : être grondé par la voix de l'amie!
Je croyais, en ce soir fugitif d'accalmie,
Qu'on prononçait mon nom pour la première fois.
Un pli de lassitude amollit son sourire : J'avais été, 'pour elle, ironique, inhumain. Le reproche passa de sa voix dans sa main, Et sa main acheva ce qu'elle n'osait dire.
La main : sa douceur moite et son intimité!
On a l'impression, un peu, qu'on se possède.
La main : ses lents baisers de sœur, sa langueur tiède.
Elle vous fait vraiment vivre d'éternité.
Je regardai son fin visage de madone Que l'ombre en s'aggravant me voilait à moitié. Et, plus émue, avec ses beaux yeux de pitié, Elle fit, sur mon front, le geste qui pardonne.
Minute rare! Mais aussi quels lendemains!
De mon cœur vide et nu, morne comme un dimanche,
Un spleen inexorable obstinément s'épanche.
C'est pourquoi, tout ce jour, j'ai vécu de vos mains.
ANS la chambre que la fin du jour embrumait Avant l'intrusion de la lampe indiscrète, Lorsque le crépuscule hivernal nous transmet Des conseils d'abandon, de paix et de retraite.
Tristes tous deux, les yeux noyés, nous nous taisions.
Une même pensée intime était la nôtre,
Et, l'esprit caressé des mêmes visions.
Nous étions là, muets et graves l'un et l'autre.
SAISON PASSÉE l8l
Je me levai. J'allai sans parler, lentement, Vers le fauteuil où mon amie était assise. Attiré malgré moi comme par un aimant.
L'ombre faisait la chambre un peu plus indécise.
Et solennellement je me mis à genoux.
Je me réfugiai, dolent, sur sa poitrine. Qui me berçait de la tiédeur de son remous. De sa main montait une odeur de mandarine.
Et cette main joua d'abord dans mes cheveux. J'entourai de mes bras son cou, je pris sa tête, Je murmurai dans son oreille des aveux. Je lui dis les tourments de ma vie inquiète.
Je lui dis — ce fut un moment délicieux — Ma solitude, et mon malaise, et ma détresse. Elle planta dans mes prunelles ses beaux yeux : Puis elle m'étreignit de toute sa tendresse.
'ai souffert, tout ce jour pâle de février, D'un mot qu'elle m'a dit, d'un regard ou d'un geste : Un rien peut causer tant de mal lorsqu'il atteste Le conflit de deux cœurs faits pour s'apparier.
Faible comme un enfant, tremblant comme une feuille, Quand elle est loin de moi, je n'ai qu'un seul désir : La voir, être auprès d'elle, avec elle, et saisir Le bonheur, comme un fruit savoureux que l'on cueille.
SAISON PASSÉE l8]
Je veux l'entendre et veux la voir : j'en ai besoin. Mais, à peine auprès d'elle, un rien me déconcerte. Telle phrase m'effraie à l'égal d'une alerte. Assis à ses côtés je m'en sens loin, bien loin.
Et puis, il faut partir. Adieu! L'on se sépare.
Le temps presse. Le monde est là qui vous attend.
La minute a passé que l'on espérait tant.
On n'est pas l'un à l'autre. Et la vie est barbare.
Seul dans ma chambre et l'àme en deuil, je la revois. Le sens de sa parole un peu mieux se dégage. J'interprète avec plus de sang-froid son langage. Je trouve une douceur plus émue en sa voix.
Son âme m'apparaît plus exquise et plus belle. Nous sommes mieux d'accord. Je lui dis mes secrets. Elle comprend ma peine : et je m'en sens si près Que je souffre à mourir d'être séparé d'elle.
Ainsi, nos cœurs jumeaux, l'un de l'autre imprégnés, Ayant le son pareil de deux semblables cloches, Unis, se sentent loin; distants, se sentent proches : Ils ne sont confondus qu'en étant éloignés.
1 ENDANT le bal, les menuets Nous vêtaient, musiques vieillottes.
Sur le balcon tous deux muets Nous avions fui les menuets Et désavoué les çavottes.
Une senteur de mimosas
Vint nous baigner de sa bouffée;
Et sur ma tête tu posas
Dans une odeur de mimosas
Ta chère tête ébouriffée.
La sourdine des violons
Nous bourdonnait un air de fête;
Tu me tendis tes cheveux blonds,
Sur un motif de violons,
Tu me tendis ta chère tête.
Et *)e te donnai des baisers Parmi la pénombre opportune.
Aux accords volatilisés Succédèrent nos longs baisers.
Nos longs baisers au clair de lune.
u fond de l'avenue où nous nous attardons, Muets tous deux, les yeux perdus, les mains unies, Par ce soir embrasé propice aux abandons, Le jour et le printemps mêlent leurs agonies.
Je pense à tant de soirs gaspillés loin de vous. L'attente de vos mains mettait en moi des fièvres. J'étais traqué par des pensers malsains et fous. Je pense à tant de soirs perdus loin de vos lèvres.
Je pense à tant de cœurs tristes de jeunes gens Qui souffrent comme j'ai souffert longtemps moi-même Et qui n'ont pas encor, pour les rendre indulgents, Contre le leur, un cœur de femme qui les aime.
La brise nous apporte une odeur de tilleuls. L'allée ombreuse est comme une longue chapelle. Nous sommes plus voisins en nous sentant plus seuls Et c'est notre bonheur qui fait la nuit si belle.
Le jour et le printemps touchent à leur déclin. Nous laissons notre rêve errer au fil de l'heure, Pensant, pour exprimer notre abandon câlin, Que la voix du silence est encor la meilleure.
ANS la nuit, comme d'un encensoir qu'on balance. De chauds parfums montaient du calice des fleurs. La lune nous baignait de ses molles pâleurs, Et le parc s'emplissait de rêve et de silence.
L'ombre noyait autour de nous les frondaisons. Un frisson secouait le tilleul et le tremble : Et vous me caressiez de ce regard qui tremble, Car nous sommes plus près lorsque nous nous taisons.
IÇO
La nuit d'été chantait comme une symphonie, L'eau du lac reflétait tout l'infini du soir, Et j'étais à vos pieds un infini miroir Réfléchissant l'azur de votre âme infinie.
Et cette âme de sœur tendre qui se penchait
Vers ma pauvre âme en deuil comme une jeune veuve
M'était une douceur si soudaine et si neuve
Que seul l'eût pu chanter quelque magique archet.
Je ne savais que vous contempler et me taire; Je ne savais que lire au profond de vos yeux; Je ne savais que vous adorer, très pieux; Et mes rêves grisés s'embarquaient pour Cvthère.
Mes rêves s'en allaient au château des baisers. Mes rêves s'en allaient au parc de la folie, Votre tête inclinait sa finesse apâlie.
Et la brise jouait dans vos cheveux frisés.
La brise, tel un sylphe amoureux qui badine, Soulevait vos cheveux frémissants à demi. Le parc semblait toujours plus noir, plus endormi. La tendresse en nos cœurs musiquait en sourdine.
Ah! si l'âme des morts, après qu'elle a quitté Notre monde, revient quelquefois sur la terre. C'est l'âme de Mozart, éparse en le mystère. Qui pénétrait la nôtre en cette nuit d'été.
V^u'elles sont loin déjà, ces fins de jour d'hiver Qui nous enveloppaient d'un affectueux chàle! Nos deux souffles jumeaux s'envolaient en spirale, Et nous étions glacés par le brouillard amer.
Les passants se faisaient plus rares dans la rue Où des lueurs de gaz s'allumaient par endroit. Le lien entre nous devenait plus étroit : Nous avions oublié la ville disparue.
La brume nous cachait à tous, nous isolait. La rumeur des faubourgs était confuse et brève. Nous étions habillés de silence et de rêve. Et je passais mon bras sous votre mantelet.
Je vous disais des vers, parfois une folie.
Vous m'adressiez de longs sermons remplis d'humour.
Je voyais votre fin visage à la La Tour
Me sourire dans l'ombre avec mélancolie.
Vos traits par le brouillard étaient pastellisés. Votre tête d'un tulle était atténuée :
Je ne distinguais plus si c'était la buée Ou la molle vapeur de vos cheveux frisés.
Ah! qu'elles sont loin, ces heures de crépuscule Que j'eusse tant aimé ne jamais voir finir! Les voilà dans la nuit et dans le souvenir, Et tout soir qui s'achève un peu plus les recule.
Le temps fuit devant nous tel qu'un chevreuil blessé. Ah! que la vie est triste! Ah! comme tout est triste! Ah ! comme on ne peut rien ! Comme rien ne subsiste ! On ne voit son bonheur que lorsqu'il est passé.
Ah! je vous entendrai longtemps, petite amie, Dans ces brouillards d'hiver me chapitrer tout bas. Mes pas vont adopter le rythme de vos pas. Votre voix dans mon cœur va rester endormie.
Le pli de votre bouche en moi demeure, tel Qu'il m'apparut, quand il me vêtit comme un chàle, Me rappelant, terni par cette brume pâle. Le sourire adouci d'un fragile pastel.
^^mmwmmm
E me souviens d'un soir où vous avez pleuré. Et je n'ai pas pressé votre tète apâlie. A peine si j'osai, d'un regard timoré, Caresser vos chers veux avec mélancolie.
Sur un décor d'hiver, je me souviens d'un soir Où vous vous sentiez plus abattue et plus seule, Où vous étiez, après des nuits de désespoir, Blanche comme une enfant morte qu'on enlinceule.
Je me souviens d'un soir où vous avez pleuré. Et j'aurais dû vous prendre en mes bras, ma chérie, Avec un mot d'amour tendrement proféré.
Et vous bercer longtemps de ma câlinerie.
Mais je n'ai pas posé mes lèvres sur vos yeux : Quel baiser eût suffi pour calmer vos alarmes? Sans parler, sans agir, je les recueillais mieux : L'infini de mon cœur buvait toutes vos larmes.