MONSIEUR
«Je puis vous donner tous les renseignements que vous pourrez désirer sur la Poire d’Angora. Elle n’a aucune analogie avec la P. de Livre, encore moins avec la Belle Angevine. L'arbre est très-facile à reconnaître, au milieu d’une plantation, à ses grandes feuilles arrondies, très-luisantes, et ressemblant à celles du Poirier de Curé ; leur développement devance de huit à dix jours celui de toutes les autres variétés ; ses rameaux sont très-gros et trèsdiffus. Ses fruits sont de première grosseur et rappellent un peu la forme d’un Léon Leclerc ; leur queue est aussi longue, mais plus grosse. Ces fruits
P. D'ANGORA
sont, je crois, uniques par leur coloration, qui, avant l’époque de leur maluturité, est absolument celle de la petite Poire de Cire. Leur chair est demifondante, ou plutôt cassante , et leur maturité a lieu vers la fin d'octobre. »
La première mention de la Poire d’Angora appartient à Tournefort, qui l’observa aux environs de Brousse. « Le 2 novembre, dit-il, nous partimes d’Angora pour Brousse... Beibazar (1) est une petite ville bâtie sur trois collines à peu près égales, dans une vallée assez resserrée. Les maisons sont à deux étages , couvertes assez proprement avec des planches ; mais il faut toujours monter et descendre. Le ruisseau de Beibazar se jette dans l’Aïala après avoir fait moudre quelques moulins et porté la fertilité dans plusieurs campagnes partagées en fruitiers et en potagers. C’est de là que viennent ces excellentes poires que l’on vend à Constantinople sous le nom de Poire d'Angora ; mais elles sont fort tardives, et nous n’eûmes pas le plaisir d'en goûter... » (Tournefort, Relat. d’un Vogage du Levant, vol. IF, p. 464.)
Pour compléter l’histoire de cette belle Poire, je transcris la lettre que M. Léon Leclerc, ancien député de la Mayenne, adressa au président de l’Académie des Sciences de l’Institut, le 15 janvier, et qui fut communiquée dans la séance du 4 février.