‹ Le jardin fruiter du muséum (volume 3)Chapitre 21 sur 38 · P. FORTUNÉE · texte numérisé non relu

P. FORTUNÉE

de taches fauves, quelquefois si étendues qu’elles donnent au fruit la couleur du Messire-Jean; œil petit, placé au fond d’une cavité trèsprofonde en forme d’entonnoir, entouré de zones concentriques ferrugineuses, à divisions lancéolées, aiguës, persistantes ou caduques; cœur arrondi, se confondant avec la chair; lacune centrale divisée en lamelles; loges assez larges; pepins brun noir.

Car d’un blanc jaunâtre, d'apparence grossière, ferme ou demicassante ; eau abondante, parfumée, rappelant la saveur particulière a la Bergamote, mais plus acide et astringente.

Cette Poire doit être cueillie une des dernières et peut même rester sans inconvéuient sur l’arbre jusqu'aux premières gelées; conservée alors au fruitier, elle acquiert des qualités qui la placent, malgré son acidité astringente, au rang des meilleurs fruits d’hiver. Elle réalise aujourd’hui les vœux de La Quintinye, qui s’écriait à la fin du XVIF: siècle : « Plût à Dieu, füt-il bien vray, qu'il y eût effectivement une espèce de Bergamotes tardives, autrement Bergamotes de Carême, et que tous les ans on en püt sûrement avoir jusqu’à la fin de mars, comme il s’en rencontre quelquefois! En ce eas-là nous aurions de quoy nous vanter d’avoir au moins pour quatre ou cinq mois de l’année le véritable trésor des fruits ! »

« Cette précieuse variété a été vantée et dépréciée outre mesure ; c’est un bon fruit d'hiver, qu’il suffit de placer convenablement pour n’avoir qu’à s’en louer. Lorsque l’arbre se trouve en bon terrain, les fruits acquièrent une grosseur moyenne, mais ils se gercent et restent petits dans les sols argileux et froids. Le reproche sérieux qu’on peut lui adresser est de se rider fortement pendant l'hiver, comme cela se remarque du reste pour la Royale d’hiver et la Bergamote de Pâques. Les Fortunées, ainsi ridées, ne se gâtent pas, mais elles sont peu présentables; cependant il n’est pas rare de leur voir reprendre leur première fraicheur ; on dit alors que /a Poire a fait son eau. » Prév., Pom. Seine-Inf., p. 94 [1839]. — Journ. F1. et Pom., XII, p. 258 [1843-44]. — Bivort, 4/6. pomol., IL, p. 79 [1849].

« M. Sireaux, jardinier en chef de S. A. S. M. le duc d’Arenberg, me communique la note suivante au sujet de la Poire Fortunée : « Ge fruit a été découvert vers 1828, aux environs d'Enghien (Belgique), par M. Fortuné Deremme, dans une haïe de son jardin. Parmentier, auquel il en fit goûter en hiver, parvint à le faire servir sur la table royale d’Angleterre. Cette circonstance mit l'arbre en vogue et en fit vendre les jeunes individus greffés dans l’année au prix de 25 francs. »

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