BEAU DESIR
Les jours mous et flottants où Ton voit en soi-même
Tous les jours effacés, Les jardins morts de Rome ouverts aux jeux extrêmes
Du rêve et des passés,
Le doigt du temps fougueux, la main douce des ombres
Sur les yeux et les cœurs, Le manoir de la lune entre les tilleuls sombres
Et surchargés d'odeurs,
Beau désir 49
Les vaisseaux malheureux d'avoir su bien entendre
Les sirènes chanter, L'air des soirs sur les mers où soupirait Léandre,
L'amour, divin danger,
Les fleuves oubliés dont l'eau légère ignore
Le nom jadis charmé, La brise aux pieds d'argent qui baisait dans l'aurore
Le voile de Phryné,
Le bruit vain d'un rosier sans fleur, la mort soudaine
D'un jet d'eau qui montait, Le départ d'un amant, les lèvres d'une reine,
Le souffle et le duvet,
N'ont pas votre tristesse et votre ardeur qui touche
Inexorablement, Beau désir qui passez hardi, libre et farouche,
Le matin dans le vent,
Qui passez sur l'arôme et l'éclair des rosées
O beau cerf bondissant, Et qui serez au soir une plainte arrosée
Et de cris et de sang.