‹ Le jardin passionnéChapitre 17 sur 95 · BEAU DESIR · texte numérisé non relu

BEAU DESIR

Les jours mous et flottants où Ton voit en soi-même

Tous les jours effacés, Les jardins morts de Rome ouverts aux jeux extrêmes

Du rêve et des passés,

Le doigt du temps fougueux, la main douce des ombres

Sur les yeux et les cœurs, Le manoir de la lune entre les tilleuls sombres

Et surchargés d'odeurs,

Beau désir 49

Les vaisseaux malheureux d'avoir su bien entendre

Les sirènes chanter, L'air des soirs sur les mers où soupirait Léandre,

L'amour, divin danger,

Les fleuves oubliés dont l'eau légère ignore

Le nom jadis charmé, La brise aux pieds d'argent qui baisait dans l'aurore

Le voile de Phryné,

Le bruit vain d'un rosier sans fleur, la mort soudaine

D'un jet d'eau qui montait, Le départ d'un amant, les lèvres d'une reine,

Le souffle et le duvet,

N'ont pas votre tristesse et votre ardeur qui touche

Inexorablement, Beau désir qui passez hardi, libre et farouche,

Le matin dans le vent,

Qui passez sur l'arôme et l'éclair des rosées

O beau cerf bondissant, Et qui serez au soir une plainte arrosée

Et de cris et de sang.

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