JE VOYAIS ROME
J'avais si peur de vous, Amour ! Je voyais Rome Se lever toute blanche avec ses grands feux, comme Un cœur d'où monte et luit le jet des passions. Et flamme aux toits, soleil sur fenêtres et cimes Redire au sang du ciel la beauté de ses crimes. La pente était myrteuse et rose où nous allions.
La campagne, où les lacs et les aqueducs pâles Voyaient le soir rapide aux glissantes sandales
Je voyais Rome... 69
Se jeter d'onde en onde et rouler d'arc en arc, N'était plus qu'une cendre oiseuse et qui s'irise ; Et, serrés par l'odeur des ifs et du cytise, Les palais se perdaient dans le bleu de leurs parcs.
Les fontaines au loin, de leurs voix confondues, Se disaient en pleurant le secret des statues Qui blêmissaient dans l'or de l'obscure tiédeur. La pente où nous allions était myrteuse et rose ; Je me sentais votre ombre, hélas! et votre chose, Amour. J'avais si peur de vous, alors si peur!
Je me disais : « Il a tenu sous ses pieds fauves Toute la cité d'or, toutes les plaines mauves ; Il a tenu les chars sous ses pieds et les dieux. Quesuis-je,moi,pourlui?Moinsqu'uneombre,unefemme, Du trouble et de l'orage, une poussière en flamme, Un cri que roule et mord le néant furieux.
Que suis-je?Un désespoir qui s'embaume et qui brûle Comme l'ambre et le fond de ce grand crépuscule. Que suis-je?Un peu d'orgueil sur beaucoup de douceur. Le geste et la clarté d'une fumée en fuite Celle qui veut sans cesse et souffre tout de suite Pour ne jamais laisser se reposer son cœur... »
yjil/l