AH! QUE FAIS-TU
Ah ! que fais-tu par les nuits d'août quand les jonquilles
Dorment si peu Qu'on sent passer, dolente à travers murs et grilles,
Leur âme en feu ?
Que fais-tu, toi, pour qui l'été tendre et trop rose
Portait trop loin Ce grand désir d'aller vers l'introuvable chose
Dont j'ai besoin?
Ah! que fais-tu tout seul dans la chaleur profonde
Comme un trépas Quand l'air avide tient tous les jardins du monde
Entre ses bras ?
Des violons crieurs enveloppent la ville
De rythmes mous ; La volupté plie en tous lieux, âpre et docile,
Ses beaux genoux.
Une douleur très fraîche et pourtant très connue
Monte du sol ; La lune attend bien seule au ciel et bien aiguë
Le rossignol
On sent l'Asie à je ne sais quel triste arôme
Qui fait mourir Et tout vivant paraît son propre et clair fantôme
Pris de désir.
Les œillets ploient aux bords des terrasses d'argile ;
On songe à tout Ce qui fut faible et ce qui fut lourd et fragile.
Par ces nuits d'août,
Ah! que fais-tu..* 67
Rien ne demeure en nous qui ne s'ouvre et se lève
Et veuille aussi Pousser son souffle extrême et dénouer son rêve
Tendre ou noirci.
Tout est dehors, parfums, âmes, fureurs, silences.
Ah ! que fais-tu Pour ne pas dire : « Hélas! sur tant de violences,
Mon cœur s'est tu ! »
Quand les lèvres des nuits dans les jonquilles pleines
Puisent leur mal Et que la lune aiguë est luisante aux fontaines
Comme un métal ;
Quand tu tresses tes mains autour de ton visage
Tranquille et fort, Comment ne dis-tu pas dans ta brûlante rage :
« Je suis un mort? »
fo