‹ Le jardin passionnéChapitre 32 sur 95 · LA PROIE D'UN DIEU · texte numérisé non relu

LA PROIE D'UN DIEU

Laisse, ô laisse-moi dire, avant que la mer monte, Ce qui fait la splendeur et le feu de ma honte... J'aurai le temps, après t 'avoir conté cela, De dire au jour qui vient : « Me voici ! la voilà! » Celle qui, chaude encor d'une divine injure, Depuis qu'elle a vécu l'âpre et sourde aventure, Ne veut rien voir, ne veut rien faire et ne sait rien... » Je me crie à moi-même avec fureur : « C'est bien ! » Que mes sœurs maintenant d'une blancheur plus digne Passent dans le verger, le jardin et la vigne ;

La Proie d'un dieu... 83

Qu'on m'arrache des mains le chaste et doux fuseau ! Je ne sais plus ourdir de fleurs ni de réseaux, Car il me semble, avec les fils fins et les tiges, Tresser des corps heureux unis dans les vertiges. Ah ! morsure ! ah ! fureur de la divinité, Soir du passionnant et trop perfide été, Et vous, ô trop rapide et brillante, ô venue Du dieu qui m'a dit : « Sois palpitante et sois nue ! » Il me faut vous songer sans cesse et vous revoir... Car, sans cesse appuyée à la douceur de choir, Je frémis fièrement de l'offense enflammée. J'attendrai tous les jours tout le jour. La fumée Rose et jaune du soir me verra qui l'attends, Et l'été me verra, l'hiver et les printemps, Les roses, les pressoirs, les ifs et les colombes, Ce qui sort des berceaux et ce qui rentre aux tombes, Sans plainte et sans pudeur, sans force et sans remord. Ah! j'attends que le dieu vienne me prendre encor!...

-PWMïi

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