JE ME RAPPELLE TOUT
Je me rappelle tout : le toit de vif étain Sur le vieux cloître byzantin
Le jour inondé d'or, l'arc roussi des collines, Le ciel baisé des branches fines.
Et sous nos pas, flambante et large à l'infini, La terrasse de bois jauni.
L'air affaibli n'était plus qu'un frisson de rose Contre l'église bleue et rose ;
io6 Le Jardin passionné
Je te disais alors sur le balcon roussi O mon cher amour, c'est ici
Que l'on se meurt le mieux des voluptés mortelles Dont je m'exalte et tu chancelles.
O respirons tous deux les lèvres dans le vent, Ce cimetière âpre et vivant.
Ce soleil qui frissonne et tire encor des pierres Un parfum de folles prières.
Je ne serai pour toi qu'un jour de ton destin Dans le vieux cloître byzantin ;
Tu ne mettras sans doute aux flammes de ma vie Que cette heure où mon âme crie.
Nous aurons des tombeaux tristement séparés, Nous qui nous serons tant pleures,
Nous ne garderons rien du monde et de nous-mêmes, De ce soleil aux feux extrêmes,
Ni du balcon de bois jauni par la clarté De l'église couleur d'été.
Je me rappelle tout...
Nous ne serons, hélas ! que des morts sous la terre, Du sommeil et de la poussière.
Nous ne serons, hélas ! que des ombres sans mains Pour ressaisir les jours humains.
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