‹ Le jardin passionnéChapitre 45 sur 95 · ET QUE LE RYTHME · texte numérisé non relu

ET QUE LE RYTHME

Quand l'heure tout à coup troublée et parfumeuse Ouvre en tremblant les bras du songe aventureux Et que le rythme ému des valses enlizeuses Soupire autour des cœurs comme un soir amoureux,

Quand les lustres, fruits d'or des beaux vergers nocturnes, Sont luisants sur les yeux et chauds au fond du sang, Et qu'au silence égal des couples taciturnes Tourne tout le désir des âmes et des sens.

Et que le rythme...

O jeune foule en fleur à qui l'été sait rire Et qui ne trouvez pas ses parfums trop nombreux, Beaux danseurs émouvants qu'un seul espoir déchire Et que l'heure au passage appelle des heureux.

Je sais que vous criez, je sais que vous vous dîtes, En vous-mêmes, toujours avec le même cri : Quel soir loin de ce soir dans l'air des clématites Serons-nous sans secours, sans force et sans abri ?

Ah ! quel soir serons-nous des choses plus oisives Que la feuille et le vent l'un à l'autre appuyés Pour voir parmi le bruit des fleurs que l'aube avive Pleuvoir les pleurs d'amour sur nos mains et nos pieds ?

Quel soir loin de ce soir nous dira nos faiblesses Et cette violence éparse autour de nous, Par qui déjà le rythme est si sauvage et laisse Ce tremblement de fièvre errer sur nos genoux ?

Nous ne verrons les jours qu'à travers leurs mensonges ; La force de souffrir a fait frémir nos jeux. Soir, dis-nous dans quel soir plus brûlant tu nous plonges, Au vol des violons vifs et vertigineux.

.~<MV/Li

no Le Jardin passionné

Dis-nous, amour, terreur, vie et vouloir des êtres, Quand tiendrons-nous ta tête au travers de nos cœurs ; Quel soir loin de ce soir où s'écrase aux fenêtres La musique de fête et de vague fureur ;

Dans quel lieu désolant ou quelle chambre haute Viendras-tu, furieux ou bon tendre ou mauvais, Jeter, soif du passant ou bien lampe de l'hôte, Ton secret et ton cri, ta brûlure et tes rais ?

Dis-nous dans quel tombeau coucheras-tu nos joies Ou dans quel paradis de nos douleurs, Amour ; Quel soir, loin de ce soir sur qui la valse ondoie, Supplierons-nous la nuit d'assassiner le jour ?

Page 1