‹ Le jardin passionnéChapitre 5 sur 95 · LA LETTRE OU J'AI DONNE MA VIE · texte numérisé non relu

LA LETTRE OU J'AI DONNE MA VIE

La lettre où j'ai donné ma vie

Dort close aux pierres d'un grand mur.

L'avril et l'orage en folie

Ne troublent pas son tombeau sûr.

C'est une morte âprement chaude ; Elle a fait peur, il a fallu , Et dans la détresse et par fraude, Murer son cœur, son souffle aigu.

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Il a fallu mettre des pierres Autour du sang qui la remplit, Et que l'odeur des sapinières Ne vienne pas jusqu'à son lit.

Doigts qui savez comment on brise Et comment on déchire, ô doigts Qui touchez sans deuil ni surprise L'air vide des anciennes voix.

Doigts pour qui l'azur et la cendre Sont un même et futile jeu, Ah ! vous auriez mieux fait d'étendre Sa flamme en un linceul de feu.

Les pierres s'écrasent sur elle.

Et tous les jours vont lui disant :

« Celui que ton désir appelle D'un éternel soulèvement ;

« Celui qui, sous les sapinières, Pressait ton sein passionné, N'ose point déranger les pierres Du tombeau sûr qu'il t'a donné. »

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