‹ Le jardin passionnéChapitre 6 sur 95 · O SILENCE, O DOUX FRERE · texte numérisé non relu

O SILENCE, O DOUX FRERE

Au lac dont la douceur toujours est de se taire, La lune, aigrette d'or du ciel, s'effile et luit, Sois doux à ma faiblesse, ô silence, ô doux frère, Oui me donnes la main, et marche sur tout bruit...

Un rien me briserait ce soir, hors ton étreinte. Le tremble a trop souffert, vois-tu, d'avoir tremblé ; La force de son souffle a flétri la jacinthe, La plaine au loin gémit sous le poids d'or du blé.

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18 Z* Jardin passionné

Les beaux bras de l'azur qui portaient la lumière Tombent divinement lassés aux étangs froids ; Avec tout ce qui fut flamme et chaleur plénière Le soir fait de l'amour et du bleu sur les bois.

O silence! le soir fait du triste et du tendre Avec les plis soyeux de ta robe à ses pieds, Il fait son ardeur toute avec des voix en cendre, Et ton haleine avec le sommeil des rosiers.

Sois lent à me parler, toi qui sais tant me dire! Et serre bien tes bras autour de mon destin. Je te suis... tu prendras le sentier qui soupire De se tuer là-bas dans le noir du ravin.

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