LE MOIS EST LA
Le mois est là, Des belles Reines-Claude On sent fleurir la fleur en grappe et chaude Du catalpa.
L'oriental Et si poignant plaisir de vivre Traverse l'herbe et le grand tilleul ivre De faire mal.
Le mois est là,.. 137
On brûle au loin Des tas dorés de paille sèche ; Le croissant de la lune aiguë ébrèche La meule au foin.
La clarté vit Sa vie éparse, souple et faibie, Ce que tu tiens en main, c'est un peu d'hièble. Tout est petit,
Tout est étroit Quand je songe à mon désir large.
C'est un rosier que déjà l'ombre charge, Là, près de toi.
Ah! j'ai pitié De nos pauvres chères jeunesses !
C'est du jasmin tout nouveau que tu blesses Avec ton pied.
Que ferons-nous, Dis, de nos jeunesses dissoutes, Quand nos ardeurs se rendormiront toutes Sur nos genoux?
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I38 Le Jardin passionné
Parleras-tu Alors des belles Reines-Claude?
C'est du soleil, ce dernier feu qui rôde Sur mon bras nu.
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LE DOUX CONVOLVULIS.
Le doux convolvulis d'albâtre aux veines roses Vient d'ouvrir dans le jour sa lèvre au goût amer. Sur le bord de l'allée, à l'ombre en feu des roses, Il regarde vers l'aube, il joue avec de l'air.
Quand nous étions enfants, sur le bord de l'allée, Nous nous couchions pour voir le doux convolvulis, La feuille terne et simple et la branche étoilée. Leur souffle est faible, mais ils sentent le jadis.
Ils sentent par le sable où leur blancheur se presse La puérilité de nos mains au sang frais Et ce que nous jetions de rage et de tendresse Dans le vent de la plaine et le vent des forêts.
Alors déjà nos doigts trop amoureux de chaînes Se laissaient enlacer par les rameaux lieurs, Mes chers convolvulis d'albâtre aux belles veines, Vous nous touchiez alors sans fièvre et sans frayeur.
Vous nous faisiez, avec vos rondes coupes pâles, Des colliers embaumés, des bracelets d'odeurs. Ah ! si vous aviez su qu'un jour, ivres de râles, Nous porterions des cris et des fers sur nos cœurs.
Ah ! si vous aviez su que nous sommes des êtres Qui ne peuvent garder que pleurs entre leurs doigts, Et qui tous les matins, pour mieux rire aux fenêtres, Tuent le songe, oiseau rose, assoupi sur leurs toits.
Ah ! si vous aviez su que nos mains violentes Déchirent tour à tour la joie et la douleur, O faiblesse, ô frisson tout blanc des fines plantes, Vous auriez murmuré : « Ces enfants nous font peur ! »
Le doux convolvulis
Le doux convolvulis d'albâtre aux veines roses Vient d'ouvrir dans le jour sa lèvre au goût amer. Sur le bord de l'allée, à l'ombre en feu des roses, Il regarde vers l'aube, il joue avec de l'air...