‹ Le jardin passionnéChapitre 59 sur 95 · J'AI TOUJOURS PREFERE · texte numérisé non relu

J'AI TOUJOURS PREFERE

J'ai toujours préféré l'espace à l'altitude, Les plaines et les mers aux monts vertigineux, Et j'ai mieux fait chanter en moi leur solitude Que l'essor qui me lance au ciel infructueux.

O cimes! je suis trop terriblement humaine Pour monter avec vous vers le vide et le haut ; Quand le flot m'aiguillonne et l'horizon m'entraîne, C'est l'espoir de toucher mon rêve qu'il me faut.

y ai toujours préféré... 145

Je sais qu'au bout du ciel comme au couchant des ondes, La nature et le sang échangent leurs ferveurs. Loin du stérile abîme où s'évitent les mondes. Je songe à l'union des sèves et des cœurs.

La distance que l'œil ou le pas peut abattre, L'eau que le vol aigu de la proue orne et mord, Disent à mon désir d'errer ou de s'ébattre ; Il a besoin du nid, du feuillage et du port.

H aime les douleurs où son deuil se retrouve Et la joie allumée aux veines des vivants. La tendresse et la faim, le ramier et la louve, Les rumeurs de la source et le réveil du vent.

Mais vous, les pics dardés, au front du précipice, Et que le jour, en vain, dévore de clarté Vers quoi vous jetez-vous qui ne leurre et punisse, Qui ne soit désolant, muet et tourmenté?

Vers quelle nostalgie et vers quelle promesse Tendez-vous vos forêts, vos rocs et vos volcans? Votre jet est divin, qui jamais ne s'affaisse, Mais j'aime mieux la mer et ses bleus ondoiements.

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