MUSIQUES
Très souvent tu pressais, le soir, Contre ton âme délicate, Des musiques de désespoir, Ni concerto d'or ni sonate ;
Ni le grand rythme rugissant, Le bûcher qui gronde et se brise Et dont les flammèches de sang Déchiraient Wagner à Venise ;
Musiques... 153
Ni les tièdes bleus de Schubert Dont les tendres ailes blessantes Touchent au long du jardin vert Les chapeaux fleuris des amantes;...
Ni Mozart qui va vers le ciel, En passant par les bergeries, Et Beethoven, ce Daniel Des passions et des furies ;
Ni ce qu'il flotte de beauté Sur les romances des lagunes, Ni le golfe où Naple a jeté Sa forme en fleur de jeune lune.
« O mène-moi je ne sais où, » Dis-tu le soir à la musique ; Et tu presses Schumann le fou, Le sauvage et le volcanique,
Ah ! c'est Schumann l'exaspéré Que tu mets sur ton âme fine, Puisqu'il pousse un cri plus pourpré Que la chaleur de ta poitrine ;
Puisque affreusement triomphal Il exalte l'horreur de vivre Et qu'aux lieux où tu suis son mal L'amour même a peur de te suivre.