‹ Le jardin passionnéChapitre 61 sur 95 · NEIGE D'ORIENT · texte numérisé non relu

NEIGE D'ORIENT

Neige de nos jours clairs, ô neige d'argent rose, Fume en vapeur d'or violet vers le soleil. Ta pâle sœur du Nord, sur qui le vent se pose, Ne sait pas la clarté de ton levant vermeil.

Ta pâle et triste sœur qui, près du Nord bleuâtre, Voit la lune au nuage épais briser son arc, Ou bien entend gémir au craquement de l'âtre Hamlet, prince de Danemark.

Tandis que toi, ma neige, à la joue enfantine, Tu ris de te coucher sous l'arbre étincelant. Tu portes tout le ciel, et sais, ô très divine, Semer de l'éblouissement.

L'azur qui te regarde et l'air qui t'illumine S'étonnent de te voir si semblable à leurs eux. Les rameaux sont des lis ouverts et la colline L'éclat d'un sein harmonieux.

Ah ! quand tu fais si bien savourer à la terre L'orgueil délicieux d'oublier le printemps, Quand ta robe de nacre ondule et se resserre Au souffle irisé des instants ;

Quand tu t'assieds très blanche au doux blanc des terrasses Pour écouter le froid se taire dans ton cœur ; Quand le beau marbre heureux de tes bras dans l'espace Imite une fumée en fleur ;

Quand, pour mieux amuser ta souple insouciance, Tu jettes des jardins par-dessus nos jardins ; Quand le remous léger du jour que tu nuances S'échappe en pleurant de tes mains.

Neige d' Orient...

Je te dis : « Viens, revêts de tes doigts magnifiques Tous les tombeaux et les bûchers qui sont en moi, Et traîne ton silence au milieu des musiques Dont j'ai le délire et l'effroi. »

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