TOUT LE MANTEAU
Tout le manteau qui flotte au ciel va choir, Et nous verrons rire la lune nue.
Partez, brouillard, vers votre bleu manoir; Laissez-nous seuls avec cette inconnue !
Neuve pour nous et douce infiniment, Jamais, ô lune, ô jamais vous ne fûtes Aussi donnante et blanche qu'à présent, Où vous jetez sur toutes nos minutes Le froid désir de votre corps luisant. ]
Mais vous luisez sur nous en pure perte ; Nous n'avons pas le temps de nous pleurer. Le Rêve assis à sa porte entr'ouverte Nous a fait signe, et nous allons entrer.
Il a ce soir ses airs de somnolence, Mais sous le toit tout rougi de pavots. Les yeux perdus, il roule, il tourne, il danse. Adieu, la lune, adieu. Nos doigts dévots Touchent l'air pâle où tremble du silence...
Et nous restons... Vaincu, le brouillard choit; Il va dormir, Dieu sait où... La brume erre. Et nous restons, ô Rêve ! sous ton toit, Qui tient enclos tous les vins de la terre.
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