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NI CE SOIR

Ni ce soir, ni demain, ni plus tard, ni jamais

Je ne serai la même.

C'est fini ce plaisir, ce deuil où tu n'aimais

Que moi, la très extrême.

Toujours au fond du cœur, et pour le monde entier,

Je demeure excessive.

Je sais encor me tordre et jouir et crier

Sur tout ce qui m'arrive

Ni ce soir...

Je sais lever les bras et retomber encor

Aux plis de mon ivresse, Et pleurer si le soir a moins d'arôme et d'or

Pour vêtir sa tristesse.

Je sais de quelle voix dire au tombeau : « Je suis

Une triste poussière ; Dans mes jours les plus chauds je compte sur vos nuits

De froidure et de pierre ! »

Par les jardins peuplés de sources et d'odeurs

Et que la lune arrose, Je sais attendre avec les deux mains sur mon cœur

Quelque ineffable chose.

Je sais trouver au bord de tout ce qui me plaît

Une mélancolie.

Je sais que je vivrai ma fièvre et mon regret

Tout le long de ma vie.

Je sais des jours blessés de poignards, des jours fous,

Et ceux qui saignent, pire, Amers, mouillés et gris, comme un lit de cailloux

D'où la mer se retire.

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26 Z^ Jardin passionné

Mais ce souci m'a prise et ne me quitte plus,

Pas même une seconde.

Le besoin de jeter mes vœux irrésolus

Dans la douleur du monde ;

Le désir qui me porte ainsi qu'un tourbillon

De pluie et de nuée Vers la cime où, le soir, la triste Passion

Palpite exténuée.

Je ne veux plus de toi, ni de moi, ni de nous.

J'irai par les orages Voir comment la chaleur de ses faibles genoux

Dévore les visages.

Et je mettrai ma bouche entre ses doigts crispés

Par tant de violence Que j'y boirai le suc des jours qu'elle a trempés

Dans sa magnificence.

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