‹ Le jardin passionnéChapitre 94 sur 95 · LA CHAMBRE EST PALE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE EST PALE

La chambre est pâle et mollement féroce, Oui te ressemble, où le soir tu t'en viens. O soirs aigus, forts comme un coup de crosse, Et sur l'unique amour les mille riens.

Les mille riens que je dis pour paraître, Heureuse aussi, tendre et sans peur de toi, Quand j'ai le cœur plus tremblant que le hêtre Plus vif que l'onde et plus triste qu'un roi.

La Chambre est pâle. .. 221

Mets ton manteau sur la dormeuse chaude. Des seuls rayons qui viennent jusqu'ici Dans les bois l'ambre a chassé l'émeraude ; Je te parais très tendre, heureuse aussi.

Je sais tes jours fous d'ombre et d'aventures, Comme une tente où dort un beau sultan, Comme un oiseau bercé par les mâtures, Comme une perle aux plis bleus d'un turban.

Mais serre-moi sur tes yeux tyranniques. Ton âme est loin... qu'importe! serre encor, Car, tout brûlé de fièvres magnifiques, L'automne heureux marche en ses jardins d'or.

Car je suis là pour vivre l'heure belle, L'heure blessante où monte un goût de mort ; La chambre est pâle et mollement cruelle, L'automne heureux marche en ses jardins d'or.

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