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LA TACHE DE L'IN&TITUTEUR

‘Faire aimer l'agriculture, c'est sttnher la jeunesse nu sol de la patrie! O0, E, D.

A—Donner le goût de l'Agriculture aux enfants.

C'est une nécessité et un devoir: nécessité pour enrayer l’exode des fls de cultivateurs vers les villes; devoir, parce que le pays subit, en ce moment, une crise économique due à l’augmentation du coût de la vie.

Cette crise s’explique en ce sens quela population urbaine ayant augmenté considérablement et celles des campagnes ayant diminué beaucoup, la demande est devenue considérable et la production n’est plus assez forte pour subvenir à cette demande; de là, la hausse des denrées alimentaires, car il n’y a pas assez de cultivateurs dans le pays pour fournir les produits de la terre aux consommateurs.

Le jour où l’enseignement donné dans nos campagnes encouragera nos fils de cultivateurs à l’agriculture cela aidera beaucoup à accroître la production et à équilibrer l'offre et la demande. Quoique cette crise ne soit pas tout à fait due à la dépopulation des campagnes, nous pouvons affirmer que cette dernière a favorisé grandement le malaise actuel.

Donc, à vous instituteurs de donner le goût de l’agriculture aux enfants dès leur bas âge, et cela, jusqu’à la fin de leur stage scolaire.

Pour faire aimer l’agriculture eux enfants, vous devez d’abord commencer par l’aimer vous-même, c’est-à-dire en goûter les beautés et les charmes, comprendre les avantages qu’il y a pour les fils de cultivateurs à demeurer eur la terre et à continuer la profession lucrative et honorable de leurs parents.

N'oubliez pas que c’est à l’école que l’enfant reçoit ses premières impressions, et, Dieu sait combien ces impressions sont vivaces. De plus, c’est à l’école que naîtra chez l'enfant le goût d’une vocation qu’on lui aura appris à aimer et à respecter et dont on lui aura fait comprendre les avantages.

Maîtres et Maîtresses, vous savez que le jeune enfant est naturellement porté vers le beau, le vrai. Utilisez ce penchant pour lui faire admirer la beauté de la vie rurale, lui faire goûter les travaux des champs. Il importe que l’enfant n’ait pas peur de la terre, c’est pourquoi il doit s’initier de bonne heure au travail du sol, son gagne-pain futur.

Il est facile, chaque année, de doter l’école d’un “Jardin Scolaire,” d’y faire travailler les élèves les plus âgés et d’y intéresser les tout petits.

Vous développerez le goût de l’agriculture chez les plus jeunes élèves en leur répétant souvent que les travaux des champs sont intéressants, nécessaires à la santé, qu'ils élèvent l’âme et fortifient le corps: en leur faisant admirer un beau coucher de soleil, le chant des petits oiseaux; en leur disant que l'air qu’ils respirent à la campagne est pur et vivifiant, tandis que celui des villes est rempli de poussières et de germes malfaisants, etc.

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0 a tant de manières de développer chez l'enfant le goût de la campagne

l'esayez, mettez-y ur peu de votre âme et de votre ardeur, et vous réussirez au delà de vos espérances.

Il importe que l’enfant sache que la profession de cultivateur est noble, honorable utileet payante: c’est cela qu'il faut graver à jamais dans l'esprit de la jeunesse.

Si vous agissez de la s , le pays vous devra beaucoup, et vous-mêmes, vous vous sentirez heureux et fiers d’avoir contribué à une œuvre aussi nécessaire que patriotique.

B—Donner aux enfants les ‘notions fondamentales" essentielles de l'agriculture

. “A nous instituteurs de diriger d’une main sûre et ferme le courant de l'instruction populaire vers l’agriculture. Efforçons-nous d'inspirer à la génération nouvelle l'amour du trav:il des champs; faisons pénétrer dans le coeur de chaque enfant un amour vrai pour le sol natal.” C.-J. Magnan, Inspecteu

Nos écoles élémentaires rurales sont surtout fréquentées par des fils et des filles de cultivateurs; d’après la vocation de leurs parents, ces enfants (sauf quelque-uns) sont donc naturellement aptes à devenir cultivateurs ou fermières. Ayant passé leur jeunesse sur la ferme, ils se sont familiarisés avec les travaux des champs, c'est-à-dire qu’ils ont déjà fait l'apprentissage de leur futur profession.

Pourquoi ne pas utiliser ces premières notions agricoles ?

Il est nécessaire que le fils du cultivateur apprenne à lire, à écrire, à compter, mais il ne faut pas que l’enfant des campagnes reçoive un enseiynement identique à celui de l'enfant des villes. Des notions générales d'agriculture ont donc leur piace dans le programme d’enseig'ioment de nos écoles rurales. Lisons ce que dit à ce sujet M.F. Daude:, dans son livre “L’Enseignement de l'agriculture à l’école primaire’';

“Lorsque l’homme des champs envoie son enfant à l’école et le confie à l'instituteur de sa commune, c’est afin qu’il reçoive cette instruction première el nécessaire aux actes les plus simples de la vie, et qu’il app'enne, suivant la formule traditionnelle, à lire, à écrire, et à compter, maïs, n'est-ce pas aussi d’une manière générale afin qu'on lui rende son fils plus apte à l'aider dans la carrière agricole et à la pratiquer dans l'avenir avec intelligence et amour ?”

Pour donner à l’enfant des notions générales d’agriculture, point n’est besoin d’être agronome, cultivateur, agriculteur-praticien, non. Si l’enseignement de l’agriculture exigeait ces conditions, il serait impraticable à l’école primaire.

Ce qu’il faut à l’instituteur, c’est de la bonne volonté, de l'étude personnelle et de la persévérauce. Avec cela, il y a moyen, je crois, de faire quelque chose de bien.

Comprenons-nous bien: c’est un enseignement général, ce sont les notions essentielles qu’il convient de donner aux élèves. A ce propos,

voyons ce qu'écrivait M. F. Schollaert, Ministre de l'Agriculture de la Belgique, le 17 septembre 1898, dans une circulaire officielle, sur l’enseignement de l'Agriculture à l’école primaire:

“L’Enseignement de l'agriculture, réduit aux notions fondamentales essentielles, enseignées au moment le plus favorable par l’expérimentation ou l'observation directe, peut être réalisé intégralement dans toutes les écoles pour lesquelles il est obligatoire, et sa réalisation intégrale, bien loin de nuire à l'étude des autres matières, devient, au contraire pour l’enseignement de cellesci, autant que pour l'éducation générale des diverses facultés, un adjuvant précieur.

“L'école populaire rurale remplira sa mission si elle sait inspirer aux enfants l'amour du travail agricole et leur inculquer la ferme conviction que ce travail n’est vraiment agréable et rénumérateur que lorsqu'il est intelligent, c'est-à-dire basé sur des notions théoriques éxactes.”

En résumé, l'enfant de nos campagnes doit prendre à l’école le goût de l’agriculture, et recevoir du maître et de la maîtresse les notions générales de cette science qui lui serviront toute sa vie. Pour enseigner ces notions fondamentales le maître pourra utiliser le petit manuel des FF, de l’Instruction Chrétienne: “L’Agriculture dans les Ecoles”. Ce manuel est adapté à notre province; ilest à ia portée de toutes les bourses et de toutes les intelligences.

11 doit aussi utiliser “L’Enseignement Primaire” qui, dans sa “Partie pratique”, fournit chaque mois des exercices et des problèmes agricoles.

Les Règlements refondus du Comité Catholique du Conseil de l’Instruction publique de la province de Québec, qui se trouvent dans toutes les écoles sous contrôle, contiennent les grandes lignes de l’enseignement de l'agriculture dans les écoles primaires pour les degrés élémentaire, modèle et académique.

Cet enseignement sera donné proportionnellement à l’âge et au degré d'avancement des élèves: par exemple, aux plus petits on explique l’agriculture sous forme de leçons de choses, aux élèves plus âgés on donne un enseignement plus détaillé et plus à leur portée; d'année en année on développe cet enseignement jusqu’à la fin du cours primaire.

Ainsi, une douzaine de leçons au degré inférieur, une quinzaine pour le degré modèle, une vingtaine pour le degré supérieur, chaque année, durant le cours d’études primaires, seront suffisantes pour atteindre le but en question.

Si cela était fait dans toutes les écoles rurales, ce serait une belle semence qui, plus tard, produirait une ‘ructueuse moisson.

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C—“Ruraliser” l’enseignement et tenir les enfants dans une atmosphère “terrienne’’

“Depuis quinze ans et plus, tant dans mes mppegte que dans mes circulaires, je me suis effcrcé de convaincre les Commissions scolaires et les instituteurs de l'avantage qu'il y aurait de donner, de vive voix, des notions d'agriculture aux enfants, même aux plus jeunes des écoles rurales.” (Boucher de LaBruère, Surintendant de l’Instruction Publique.)

Ceci veut dire que le maître ou la maîtresse peut utiliser toutes les matières enseignées pour s’en servir comme d'instruments propres à faço:ner l'esprit des enfants, de manière à leur donner une “mentalité terrienne’” si je puis m’exprimer ainsi.

C’est ce que l’on commence à faire à la campagne, dans quelques Académies de Frères: v. g. à l’Académie Commerciale et Agricole des Frères de l’Instruction Chrétienne, à Saint-Casimir.

Il est relativement facile de “ruraliser”’ l’enseignement: à l’école, il y a tant d’occasions de donner le goût de l’agriculture aux enfants: par exemple dans le choix des lectures, des dictées, des rédactions, des problèmes, des phrases d’analyse, dans les leçons de choses, jusque dans l’histoire du Canada, etc., ete. Le maître peut donner une “couleur agricole” s’il le veut, à chaque matière enseignée. (1)

En un mot que tout soit agricole! Que l’on trouve le moyen de parler de l’agriculture souvent, que l’on ne perde pas une occasion pour faire aimer, respecter cette noble profession et en démontrer les avantages aux enfants. De plus, au printemps, l’institutrice peut établir un jardin scolaire, ce qui ne pourra que faciliter sr ,

Ensuite, si c’est possible, visite *: élèves les plus âgés, une ferme bien tenue dans le voisinage; trouve: : .ltivateur de bonne volonté qui expliquera aux enfants les diverses cuitures, les variétés de plantes, le soin des animaux, etc. Avec les plus jeunes élèves, le maître ou la maîtresse pourrait faire une pro-enade dans les champs en végétation, au moins deux fois durant l’an: &e. Là, faire admirer aux petits enfants les œuvres du Créateur, leur faire aimer la beauté des champs, et les mille et une choses qui rendent la vie de la campagne si agréable et si attrayante. Tout ceci impressionnera les enfants, car leur âme est bonneet leur cœur estsensible. Je cite tous ces moyens, car plusieurs instituteurs et institutrices m'ont dit en avoir obtenu les meilleurs résultats.

Enfin, les maîtres et maîtresses peuvent collectionner des images et des gravures représentant des scènes champêtres qu'ils exposeront souvent devant les enfants; que ces tableaux et images agricoles soient le sujet de

leçons de choses et un moyen de leur parler souvent de la Terre et de ses beautés.

() Voir “L'Enseignement Primaire’’ qui, depuis vingt ans, publie chaque mois, dans la partie pratique, une Section agricole.

Commencez à collectionner les différentes e:)\ces de graines de semence chez les cultivateurs et les ménagères agricoles; demandez aux commissaires d'écoles! d'acheter, pour quelques sous, chez les pharmaciens, des petites bouteilles spéciales afin d’y déposer ces échantillons, et rien de plusifacile pour le maître que d'écrire sur une étiquette, le nom des variétés

de graines recueillies.

Faites venir aussi les catalogues des maisons de commerce qui s’occupent de la vente des instrun.ents aratoires. Au bout d: quelques années, l'école sera pourvue d’un vrai petit ‘Musée Scolaire agrico pe,

CAUSERIE ET LEÇON DE CHOSES LEg GRAINES

Matérl.—Des grains: de blé, mais, avoine, fèves, pois, ete. Une fève en germination.

Maîtresse. Je vous ai demandé de m'apporter quelques graines pour notre leçon d’aujourd’hui et vous m'en avez remis chacun une poignée. C’est trop. Nous allons en examiner quelquesunes. Remarquez d’abord leur variété. ‘Très peu se ressemblent, quoique toutes soient également utiless Ncmmons-les. Voici: Élève—Une fève. Un pois-—Maîtresse. Bien. Ces graines sont sèches. En avez-vous cueilli à l’état frais ?—R. Oui, M......... Elles sont enfermées dans une gousse. Maitresse.—Oui, et voilà pourquoi on les appelle des légumineuses. À quoi servent-elles ? R.—On les met dans lasoupe. On en fait des ragoûts. Des purées.—Maitresse. Continuons. Voici ?—Elève. Un grain de blé. Du maïs. Del’avoine. De l’orge—Maîtresse. Ces graines sont-elles aussi enfermées dans des gousses? R. Non, M , elles poussent dans les champs et sont disposées en épis.— Maîtresse. Voici un épi de blé presque mûr, un autre d'avoine. Voyes cette fine tige qui les porte et ces jolies petites feuilles, flexibles comme des rubans. Toutes ces plantes . “ -ilent des graminées, et elles sont bien utiles. Avec le blé on fait du pain; le maïs sert à nourrir les porcs et la volaille, l’avoine est pour les chevaux. Il existe encore d’autres graines utiles et d’autres dont on ne se sert pa. Touies les plantes, sans exception, ont des graines. Lorsque la fleur est tombée, le fruit pousse, et il contient des graines ou semences qui, en tombant dans la terre, deviennent à leur tour de nouvelles plantes. Voyez cette fève que j'ai mise dans ce pot, il y a qu:lques jours. Je i’enlève doucement de terre. Qu'’estil arrivé?—R. M , elle s’est crevée et il lui a poussé deux feuilles-—Maîtresse. Eh bien, presque toutes les graines se comportent ainsi dans la terre. Celles que nous ne mangeons pas sont semées.— Elève. Oui, M , j'ai vu ma mère semer les pois et les fèves au jardin Et mon père jette le blé à poignées dans le champ; puis ce blé pousse et on le coupe quand il est mûr. C'est le bon Dieu qui fait pousser les graines ?—Maîtresse Oui, mon enfant, et - 18 sa volonté les graines sècheraient dans le sol. Remercions-le de ses bienfaits et de celui-là en partic'ilier. :

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