PREMIÈRE PARTIE
Et le bouleau d'argent, l'orme ou la noire yeuse, S'écartant sur sa route aux deux côtés du val. Ouvraient 'plus largement sa route glorieuse,
La forêt caressée à son essor égal,
Tout entière à son front frissonnante et penchée.
Se déployait sur elle en un dais triomphal.
Les arbrisseaux tremblaient de l'avoir approchée; Les brins d'herbe inclinés sous son pas ferme et doux Jetaient au devant d'elle une épaisse jonchée.
Les fleurettes, du fond des ronces et des houx, Sur chacun de ses pas se pressant envieuses. Refluaient autour d'elle en un profond remous;
Et, bruyères, muguets, trèfles ou scabieuses. Toutes en refluant, pleines de longs baisers, Cherchaient ses pieds encore à leurs lèvres pieuses.
Derrière elle, les grands fauves apprivoisés Léchaient tous ses chemins de leur langue inquiète Et flairaient dans ses pas les arômes posés.
De tous les nids, des vols vibrants aux cris de fête, Oiseau-mouche, hirondelle, épervier, rossignol. Tourbillonnaient sur elle en couronnant sa tête.
Et la terre joyeuse, émue au fond du sol,
A son divin passage émue et soulevée.
En tressaillant sous elle accompagnait son vol.
Violette en la mousse, étoile aux deux, couvée. Tous les êtres qui sont semblaient l'apercevoir Et saluaient d'un cri sa tardive arrivée.
Mais elle, inattentive à tous les chants du soir. Seule à travers la nuit comme une âme étrangère, Passait sans rien entendre et passait sans rien voir.
Elle allait lentement dans l'herbe et la fougère; Elle allait droit à moi dans l'herbe où f attendais ; Aux rayons de la lune elle passait légère.
Elle venait à moi sous l'ombre du grand dais; Et la lune entourait sa nocturne effigie. Elle venait sous l'ombre et je la regardais.