PREMIÈRE PARTIE
Et tous à son approche^ alouette ou milans. Merle ou moineau rieur ou hibou qui larmoie^ Cygne aux ailes de neige, aigle aux ongles sanglants,
Tous, Voiselet timide ou les chasseurs de proie,
Les doux chanteurs de l'ombre ou les affreux hurleurs,
Tous ils criaient vers elle en proclamant leur joie.
Les sifflements perdus des reptiles siffleurs S'enlaçaient, tout au fond des broussailles, sous l'herbe. Au gai bourdonnement des frelons clans les fleurs.
Et tous les bruits montaient, liés en une gerbe, La ramée elle-même en ses rameaux touffus Murmurait à voix basse un son dans le grand verbe.
Un frémissement vague agitait les hauts fûts; Les feuilles sur leur tige, incertaines et lentes. Se balançaient au vent comme des mots confus.
Des millions de fleurs, sur tous les brins des plantes, Jetaient partout dans Vombre à leurs lèvres en feu Le soupir embaumé de leurs âmes tremblantes ;
Et la rose ou les lis, émus d'un tendre aveu,
Mêlaient un mot timide au rire ardent du merle.
Tout chantait vers l'Amie ainsi qu'aux pieds d'un Dieu.
Le soir, en V effleurant comme un flux qui déferle, Refluait, gemmé d'or, en somptueux jusant, A chaque flot limpide égrenant une perle.
La lune amie, à son front pâle se posant. Comme une sœur au doux sourire qui se péniche. Descendait autour d'elle, heureuse en la baisant.
Et devant moi, dans l'ombre, elle était toute blanche.
JV
Toute blanche dans Vombre, elle était devant moi; Sa blancheur éclatait sous le feuillage sombre; Et mon âme frémit d'un ineffable émoi.
Le sol fuyait en bas comme un vaisseau qui sombre» Et j'ouvris mes deux bras vers elle éperdument ; Et je vis tout à coup qu'elle venait dans l'ombre.
Elle venait à moi comme on vient en dormant^ Sans un appel lointain de la voix ou du signe, Sans un bruit, sans un geste et sans un mouvement,
Elle venait à moi selon la droite Ihgne;
Et l'on eût dit qu'un fleuve invisible au flot lent
Soulevée à son flux la portait comme un cygne.
Son blanc voile étendu sans un souffle y tremblant, Clair ainsi que la neige où la clarté miroite, Traînait dans Vherbe pâle avec un reflet blanc;
Et la robe enserrée à sa poitrine étroite,
Sans frisson ni soupir au long des grands plis longs.
De sa gorge à ses pieds tombait rigide et droite,
Blaiiche en son voile blanc de la tête aux talons, Comme un mort qui s'éveille enlinceulé de toile, Elle glissait dans l'ombre aux sentiers des* vallons;
Et sous le soir, au blanc nuage du blanc voile. Dans le nimbe irisé d'un merveilleux halo. Son regard immobile était comme une étoile.
Droit en son chemin sûr au fil tracé de l'eau.
Elle glissait ainsi, lente et mystérieuse,
Sous l'yeuse au front noir, sous l'orme ou le bouleau;