PREMIÈRE PARTIE
Toutes les bêtes, hors des feuilles, follement, Blanches sous la lumière au seuil des halliers pâles, Ululaient à la lune ou fuyaient en bramant.
Un appel hésitait à la gorge des mâles; Des ris ou des sanglots couraient indéfinis; La femelle en tombant râlait d'amoureux râles.
Les broussailles criaient sous les poitrails unis;
Des corps fiasques roulaient dans les thyms ou les mauves;
Des frémissements d'aile erraient au bord des nids.
Lézards dans l'herbe, oiseaux, légions des grands fauves,
La feuillée abritait en se penchant sur eux
Tous les corps qui s'aimaient au fond de ses alcôves.
Gazon frêle ou buissons se soulevaient fiévreux; La sueur aux rameaux pointait en gouttelettes; La sève en frissonnant montait aux brins heureux.
Dans Véglantine émue et dans les violettes,
Un parfum consumé, myrrhe, encens ou benjoin.
Semblait fumer encore aux fines cassolettes;
Des arômes puissants planaient dans V ombre au loin Sur les souffles vaincus des roses étouffées. Des arômes puissants de fruit mûr et de foin ;
Et la feuillée en fleur apportait par bouffées.
Du fond des vastes bois pleins d'un murmure aimant,
Les fumets répandus des bêtes échauffées.
L'air ambré me mordit à la gorge âprement; Mon souffle épais râla sur ma lèvre enflammée; Et mon sang chaud battit comme un flux écumant.
Mon œil à demi clos se voila de fumée
Le grand soir étoile roula trouble et blafard;
Et je cherchai des yeux la pâle Bien-Aimée,
Elle appaymssait blanche à travers le brouillard. Une étrange rougeur était sur son front mièvre; Et je vis qu'un nuage ombrait son clair regard.
Des frissons de baisers s'éveillaient à sa lèvre.
Et toute la forêt suspendue à nos fronts
Nous saisit l'un et l'autre en ses vents lourds de fièvre.