PREMIÈRE PARTIE
La fleurette à nos pieds agita ses fleurons; Nos cheveux caressés au brin tombant du saule Enlacèrent en eux lianes et liserons.
Des oiseaux qui passaient touchèrent notre épaule; Des corps impétueux surgirent aux fourrés, Daim fuyant qui g émit , tigre ardent qui miaule;
Et tout autour de nous les fauves effarés,
Frêles ou forts ensemble et tremblants ou féroces.
S'allongèrent, crispant les râbles aux jarrets.
Sous les sentiers herbeux bossués d'âpres bosses, La terre maternelle émue aux grains naissants Tressaillit elle-même au chant prof ond des noces;
Et la nuit nuptiale où fumait un encens.
Tout entière agitée en un long dithyrambe.
Nous entraîna toue deux dans ses chœurs bondissants,
La forêt crépitait comme un brasier qui flambe; Des mots balbutiés volaient autour de nous; Des haleines de feu m'effleuraient à la jambe;
Des visages d'horreur, des éperviers, des loups, Mufle sanglant qui mord, bec crochu qui dépèce. Me brûlaient de leur souffle en s'allongeant aux cous.
Et je fus entouré d'une buée épaisse ; Et je sentis monter en orage à mes reins L'effluve impérieux qui ruait toute espèce;
Et le frémissement de tous les corps étreints. Qui courait d'herbe en herbe aux sèves éternelles. Me souleva du sol à la cime des brins.
Un nuage de sang passa dans mes prunelles; Et je sentis monter à mes reins résolus L'effluve impérieux des volontés charnelles.
Alors des doigts onglés grincèrent aux talus; Une joie infernale éclaira des yeux jaunes; Une bave écuma sur des mufles velus;
Et j'entendis sonner le rire aigu des Faunes,
Je me ruai d'un bond sous le soir obscurci; Et la sève de l'arbre et le sang de la bête Étaient entrés en moi qui me ruais ainsi.
Et feus honte en mon âme et je baissai la tête. Mais rAmie était là, présente au fond du soir; Sa chair mystérieuse attendait ma conquête ;
Et son sein glorieux prêt à me recevoir
Était plein de parfums comme une fleur offerte.
Je me ruai, pareil aux bêtes, sans rien voir.
Je me ruai, front bas, vers sa bouche entrouverte. Son souffle qui courait parmi mes cheveux fous M'emporta frissonnant comme une paille inerte.
Le mystère du soir était penché sur nows...
Je me ruai sur elle, éperdument farouche...
0 nuit, couvre-nous bien, nuit clémente aux époux!
Berce-nous dans ta joie et bénis notre couche, 0 nuit voluptueuse où tout veut épouser!... Et mes lèvres en feu volèrent à sa bouche.
Mais à Vinstant suprême où j'allais m'y poser. Sa chair que j'effleurais évita ma venue. Et je sentis fuir à mes lèvres son baiser.
Sa douce haleine en vain saisie et retenue,
Loin de mon souffle avide aux deux la poursuivant,
S'échappa dissipée aux brises de la nue;
Et mes bras, dans le soir rempli d'elle, au devant De sa chair espérée ouverts pour une étreinte, N'enlacèrent au loin que les fuites du vent.