ACTE I COLLÉ
Moi... rien.
LÉVEILLÉ
Si fait, pardon... Je n’ai pas mes oreilles dans ma poche.
COLLÉ, l’examinant.
Elles n’y tiendraient pas 1
Et j’ai bien entendu... Jardinier Galant...
collé.
Qu’est-ce que ça vous fait ?
l’éveillé.
Puisque vous le prenez sur ce ton, apprenez que je suis chargé de saisir le susnommé, partout où je le rencontrerai...
COLLÉ, à part. ■
Un agent!... qui m’aura suivi ! Je suis perdu !... (tl cherches dissimuler son paquet de livres et regarde autour de lui.) Si je pouvais... (il aperçoit la hotte d’André.) Ah !...
L’ÉVEILLÉ
Ainsi, monsieur... si vous connaissez le jardinier Galant... nous allons en causer ensemble, à moins que mieux n’aimiez venir en parler chez monsieur le commissaire...
COLLÉ, vivement.
Chez le... non, non... (il a marché à reculons avec précaution et, sans être vu de L'Éveillé, il a saisi le moment, et glissé rapidement le paquet de livres dans la hotte; — s’avançant vers L’Éveillé.) Maintenant je suis prêt à vous répoudre.
L’ÉVEILLÉ, tirant un calepin de sa poche avec importance.
Très-bien 1 son signalement ?
COLLÉ, étonné.
Son signalement!-...
L'ÉVEILLÉ
Sans doute... Il est essentiel de connaître sa physionomie...
COLLÉ
Sa physionomie...
l’éveillé.
Parbleu !... il a beau être jardinier... et déplus galant... il n’en a pas moins une physionomie, ce bonhomme, (a part.) Dieu ! que ces bourgeois sont donc hôtes !...
COLLÉ
Ah ! bien ! bien ! je comprends !... (niant.) Ah ! ah ! ah I L'ÉVEILLÉ.
Vous riez !...
COLLÉ
Oui... je ris de la bêtise...
l’éveillé.
Que vous venez de dire...
COLLÉ, à lui -même.
Que je viens d'entendre.
L’ÉVF.ILLÉ.
Voyons... là, franchement... quel homme est-ce?... c’est un grand ?
collé.
Non... il est petit!...
C’est-à-dire plus facile à prendre !...
COLLÉ
Ah ! mon Dieu! oui... si petit qu’il tiendrait dans la poche... L’ÉVEILLÉ.
C’est une façon de parler...
COLLÉ
Comme vous dites.