IS
Que le grant Cau ne vous fasse essorer,
le traduisant par un alexandrin,
Que soleil ou Prévôt ne vous fasse essorer.
Après legrand-Prévôt viennent les sous-ordre, les subalternes. Ceux-là, selon les textes, tous dilTérant, sont les Spelicans ou Espellcans.
Il est indispensable ici d'ouvrir une parenthèse.
A Paris, on ne commence à se servir de Timprimerie, inventée à Mayence, en i55o par Jean Gutemberg et perfectionnée ensuite par Jean Fust et Pierre Sclioifl'er qu'en 1470 et ce, grâce au vouloir initiatif de Louis XI.
Dévoré du noble désir d'innover, l'infatigable activité de ce large esprit prépare un monde nouveau, entrej^renant la réalisation du rêve de Gharle magne « qui voulait faire de la France une Athènes chrétienne » ; il tente l'unification des Coutumes du royaume, rédigées en langue française, l'unification des monnaies, des poids et mesures, — Dès 1461, pour garantir le titre del'ai'gent, il fait poinçonner les pièces d'orfèvrerie — ébauche l'organisation des Postes, — 23o courriers à ses gages portent chaque jour ses ordres — conçoit la première idée d'Expositions indus-
trielles, — 11 envoie les commerçants Jean de Beaune et Jean Brieourt, de Tours, à Londres avec a5.ooo écus de produits français, épicerie, draps et toiles, pour les comparer et échanger — fait casser par son Conseil l'Arrêt du Parlement ordonnant saisie de tout livre imprimé, paye 2.420 écus ce qu'il peut faire retrouver en Angleterre de la bibliothèque de Giiarles V et, en 1469, autorise les trois allemands Ulric Gering, Martin Krantz et Michel Freiburger à installer une imprimerie dans la Sorbonne, sous la surveillance du prieur Jean de la Pierre et du docteur Guillaume Fichet.
Villon, par conséquent, n'ayant point été imprimé de son vivant, nous avons traduit ce mot de Spelicans ou Espelîcans par espions de cans, nous autorisant des perpétuelles variantes des copies et des éditions pour couper- en deux ce mot à'exemple unique et y voir, à travers le sanscrit spaça, espion (avec le préfixe E : faisant partie de, une déformation voulue et raisonnée de l'anglais espial, espion, de litalien spiave, de l'allemand sp'dhen ou de l'espagnol espiar au même sens, — Pour dire examiner , Plaute emploie espicio pour adspicio. Pour dire espion, Rabelais se sert dCespies et despial — nous autorisant surtout de Villon lui-même en sa Ballade
de l'Appel, à laquelle un autre ordre d'idée nous ramènera tout à l'heure, et où, lui que la nécessité de la rime ne gène jamais par cette raison qu'il est poète, déclare, dans Y Envoi, qu'un peu plus il était pendu
Comme ung e»pie,
comme un espion ou, selon certains commentateurs, comme un épieur, ce qui, pour la racine ici proposée, est tout un.
SousLouisXIII, de petits bâtiments servant aux escadres de barques d'Avis et d'éclaireurs, étaient nommés des espies et, si l'on s'en rapporte à Albanès en ses Mj'stères du collège, Pion ne serait pour l'écolier qu'un diminutif d'espion.
Enfin, pour justifier notre décomposition du mot Espélicans, nous nous autoriserons par analogie de celle du mot engoulevent, nom pour ainsi dire générique alors chez les gueux et dont notre « crève-la-faim » moderne peut être considéré comme un juste équivalent. En Provence, avaler se dit encore aujourd'hui angouler, de in gula, d'où in gula ventuin, «en gueule vent » — et c'est la raison pourquoi Rabelais, dont le Gargantua engoule d'abord cinq pèlerins (xxxviii), nomme p]ngoulevent son capitaine de
chevaux-légers, oiseaux de guerre envoyés en éclaireurs (Pantagruel, xxvi). — En ses Misérables, Hugo appelle Fauchelevent un cliarretier.
De l'ait, ces Espélicans, sans uniforme, sans la cornette dénonçant les soldats du guet, sont mouchards, agents provocateurs, rusés matois plus pervers et redoutables que chat noir en la nuit ou cliat blanc sur la neige, habiles à faire parler malgré eux et par traître surprise ceux qu'ils flairent et recherclient pour les livrer, quand passe la Seyme, patrouille de sept hommes, six soldats et un caporal, à l'un des deux cent vingt archers du prévôt.
On ne saurait trop «cognoistre quand pipeur jargonne», trop fuir les moutonniers, pareils à ce malotru de Changon, forts à vous compromettre en procès, ni trop éviter de se laisser entefver par ces enterveu.x, expression que nous avons traduite par tire-aveux, y reconnaissant le mot aujourd'hui revenu d'Angleterre chez nous, mais jadis importé par nous en Angleterre où l'on en a fait interçieiv, connue on a fait reporter de notre l'apporter, dans le sens où le prennent les enfants, comme on a fait attorney de notre atourné, budget de notre boiigecte, ticket de notre étiquette et Jlirt de notre Jleureter. A pro-
pos de ce dernier mot, Baluze, en son Histoire (T Auvergne, cite un exemple de floretas employé au sens d'amoureux propos et remontant à 1484.
En employant enterçer, entervcnx, Villon ne fait du reste que se servir d'un mot déjà vieux en notre langue puisqu'on trouve chez Rutebeut entervéer, savoir, comprendre, de inter, entre, et ceer, voir, simple dérivé de videre.
Rien de surprenant, l'Anglais avait pendant près de vingt ans occupé la capitale et le Connétable de Richemont n'était rentré dans Paris désert que le vendredi de la Qnasimodo, 20 avril de l'an 1436. Sur les 15.799 niots du Dictionnaire anglais de Johnson, paru en 1^55, 4.812 viennent du français.
En leur ronde, ces agents, ces angeh — ange s'est conservé au même sens : ange gardien, le sergent de ville « protégeant » un ivrogne — parviennent-ils à saisir leur proie, ils vous passent aux mains les menicles, les menottes, les poucettes, vous engriUonnent les doigts, — nous avons toujours le cabriolet, encorde à boyau, qui coupe, ou en fer tressé, qui broyé — vous fixent aux pieds les farfjea, les fers, les ceps, instrument fermé à clé sur la cheville, puis, la prison s'ouvre, et commence, dans les cachots massifs où l'on vous met au hJoc^ le dur séjour sur les
« giivyons de feiivre » sur les Joncs, paille gluante des cachots.
Parmi les obligations du chanibellagc, nous trouvons celle de garnir les appartements de fein^ve, l'hiver, de jonc, l'été. (1068 — Charte de Guy, comte de Poitou, citée par Bignon en ses notes sur Marculphe, Liv. I, eh. i3, page 474édition de i6i3) — Aux classes, les écoliers étaient assis sur de la paille qu'on appelait du feiirre, doù rue du Feiwre ou du Fouarve. — Rabelais nomme feun-e, la paille. — En plusieurs de nos provinces, on distingue encore la paille ou écorce enveloppant le grain, du fenrre, le tuyau même, et de Yestrain ou gros feurre, et le gluy, défini par Furetière, abbé de Chalivoy et de l'académie française, « une grosse paille de seigle dont on couvre les granges et les maisons des païsans en plusieurs provinces, >/ (c'est le chaume), est resté le nom d'une grosse paille de seigle. A Nantes, on nomme des Graux une bouillie de blé noir. La glu se l'ait avec les baies du gui.
Après quoi, sinistre figure, apparaît le tourmenteur, préposé à la question et autres épouvantements.
Sans parler des bagatelles préparatoires telles que la ceinture à pointes comme celle trouvée au château de Pérussac, près Prémirol et conservée
au musée de Cluny (n° 3,C)^S), nombreux, variés, inimaginablement imaginés, ingénieux, terribles sont les supplices dont le gibet soulage, et le gibet lui-même a ses variantes.
A Londres, pays des chevaliers du brouillard, sous Henri VIII, dit Reginal Pol en ses Lettres, « le bourreau, expert aux raffinements, savait, d'un doigt exercé, arrêter le nœud coulant au moment propice pour suspendre les étreintes et multiplier les baisers de la moi't . »
Le blasphémateur, marqué au front d'un fer chaud, a, pour la récidive, langue et lèvres percées au fer rouge. Chaud, rouge, n'omettez pas la nuance.
L'hérétique est brûlé vif — et l'hérésie est facile en ces temps d'ignorance où nul n'est censé ignorer Aristote (la lumière de Platon ne devait éclairer que le siècle suivant), personne n'ayant le droit de penser, même sans s'en douter, autrement que ce grand maître d'école du Moyen- Age, traduit par un païen, disciple de l'arabe Abou- Bekre, l'arabe Aboul-Walid-Ibu-Boschd, vulgairement Averrhoes, au xiii'^ siècle de l'ère chré tienne. (La première édition d' Aristote est de 1497, celle de Platon, de i5i'3).
Notez, le comique jamais ne perd ses droits, que cet Aristote faisant loi au quinzième siècle,
au treizième était anatliématisé. Un Concile tenu à Paris en 1210, le vingt-et-unième en cette ville, ayant en ellet condamné les erreurs d'Amauri, clerc de Chartres, mort depuis peu, et quatorze de ses Disciples à être brûlés le 20 décembre, avait aussi condamné au feu la Métaphysique d'Aristote, apportée à Paris et traduite de Grec en Latin, avec défense de la transcrire, de la lire ou retenir, sovis peine d'excommunication.
Les Dieux changent !
Un premier vol, vous voilà des ences circuncis, les oreilles coupées. A remarquer que le mot anglais eut- signifie oreille et anse. Hideux supplice encore en usage au dix-huitième siècle. Sous Guillaume III, Daniel de Foé, l'auteur de Robinson, n'eut-il pas les oreilles coupées? — pour un pamphlet !
Un deuxième vol entraine l'amputation d'un membre (au choix de qui ?), un poignet, le plus communément, et le coupable va désormais avec son moignon, le bras sans nuiin. privé de proue.
Au troisième vol, pendaison.
Qui vole en une église ou, de nuit, soustrait cheval ou jument, aveuglé .
A l'incendiaire, les yeuxsontrt/vacAi'.s. Encore une nuance.
Pas de potence pour les faux-monnayeurs, la
chaudière dliuile bouillante établie au lieu dit « Place aux pourceaux », située sur cette intéressante Butte saint Rocli dont l'avenue de l'Opéra est venue aplanir tous les souvenirs,
La femme d'un voleur ou d'un assassin, par ce seul fait qu'elle est sa femme, brûlée \i\e.
Et, singulière clémence rappelant les Instituts de Tamerlan et la loi Bérenger, clémence qu'on est surpris de rencontrer en ces coutumes barbares, la mère une première fois infanticide est livrée à la justice ecclésiastique qui enjoint la pénitence ordonnée par les Canons. La récidive, — la seule idée de prévoir pareil cas peint toute une époque — la récidive, par exemple, mène au bûcher « comme coutumière du fait ».
Le vingt-deuxième Canon du Concile d'Ancyre, en Galatie (3i4), condamne l'auteur d'un homicide involontaire à sept ans de pénitence (ce qui équivaut à sept ans de surveillance).
Comme clerc non marié de l'Université, Villon relevait de cette justice ecclésiastique, les Ecoles de Paris étant encore régies par les Règlements du Cardinal-Légat Robert de Courçon, édictés au 23" Concile de Paris, tenu en août I2i5, privilège très à considérer, cette juridiction se montrant aussi indulgente et bénigne que la juridiction criminelle était sévère et cruelle. Et s'il fut néan-
moins condamné, (fest hélas, que «toujours nont pas clercs le dessus ! »
En dernier ressort vient maître Henry Cousin, tourmenteur-juré de la prévôté de Paris, le bourreau, dénommé Yeniboureux ou renihoureiix parce qu'il vous passe au col le « gorgerin d'Ecosse », cache-nez funèbre, la iatale cravate dont l'huis est de chanvre, vous étouflant dans la filasse, vous livrant aux affres de l'agonie, vous mai'iant avec la mort, service rendu à la société qui vaut au marieux , à l'exécuteur, de s'adjuger, maigre prise, la défroque de l'exécuté, lequel n'a le plus souvent ni robe ni pourpoint, d'hériter des objets volés (étonnante jurisprudence) et surtout le droit de haçagT, c'est-à-dire l'autorisation de prélever, non avec la main, vu l'ignominie de son utile profession, mais à l'aide d'une sorte de croc, crochet ou cuillère, le hai>et, une poignée, la hcwée, sur les grains se vendant aux marchés de la capitale. — En Angleterx'e, quiconque entrait à la Tour devait son manteau au geôlier.
Notons qu'au premier dizain de la Ballade I, rapport délicat prouvant quel ciseleur était Villon, — L'étonnant et harmonieux enchaînement des soixante-et-un sixains du Dialogue de Mallepaj'e et Baillevant , 366 vers sur 6i rimes, coupe de son invention valant pour le moins les lerza-
rima, est là pour le prouver — celui-ci, rapprochant le Bejffleiir, voleur au boniment, de ce havage ou droit au grain, transposant une lettre, écrit Bleffeiir, évoquant ainsi la vieille forme Bleif, bled. — Le sanscrit nous donne Bali-âdi, aliment premier. — Respectant l'idée charmante du poète apportée par cette métathèse, nous avons traduit blefleur par glaneur et havage par le pain du bourreau.
« Gibet n'est que pour malheureux », dit un vieux proverbe. xVjoutons donc que le premier exemple en France d'un seigneur condamné au supplice infamant de la corde est celui de Remistang, sous Pépin, et que ce genre de châtiment ne fut aboli que par François F"", comme en fait foi un Edit du ii janvier 1535 lui substituant la roue, de beaucoup plus douloureuse, horrible et barbare que la potence, arhor infell.x. comme l'appelle Tite-Live.
Villon, d'une époque dont les mœurs sont incompréhensibles et comme indéchiffrables poumons, nous demeure peu et mal connu mais, incontestablement, fît sur ses contemporains une vive impression et laissa « son bruit », trace durable dans les cœurs aussi bien que dans les esprits. Si ses vers restèrent sur les lèvres des hommes, sa vie « de bohème >/ eut de nombreux imitateurs,
j'allais dire des disciples, et longtemps, très long-temps, la tradition Yillonnesque demeura populaire.
Jehan Bouchet, procureur à Poitiers, vaste esprit ouvert à toutes les connaissances comme à toutes les spéculations, amateur éclairé des choses intellectuelles, — il était ami de Rabelais — auteur d'une trentaine de volumes de Chroniques et de Poésies, parmi lesquels Les Annales d'Aquitaine, son meilleur ouvrage historique. L'amoureux Transy, Les Triumphes de la noble et amoureuse Dame et l'art de Jionnestement aymer, et surtout de Satires de haut intérêt, né en 1476, mort en i55o, avait été contemporain du héros des Repeues Franches et, se ressouvenant, eut pu dire de lui ce qu'il dit de tant d'autres, « j'ay veu ». — Qui sait même si le récit traditionnel des légendaires aventures du poète parisien n'ouvrit pas les yeux du « traverseur des voyes périlleuses » sur ce qu'il appelle « les dangiers de l'imberbe et folle jeunesse » et ne lui inspira pas l'horreur, ou tout au moins la crainte « des accidents des choses mal régies » pour le tourner vers « les choses moralles et historialles? ^
Au milieu du xv!!!*" siècle, Golletet, soupirant « après le curieux et tant désiré Dictionnaire de l'Académie », constate qu'on dit encore « C'est un Villon ». « il ne fait que villonner ».
Je donne ici de beaux conseils sans doute : Les ai-je pris pour moi-même ? Hélas, non !
dit le bon La Fontaine en ses Aveux indiscrets. Ainsi Villon. Pas plus qu'un autre, il ne se sent homme sans défaut, lui de tous le plus imparfait ; ni d'acier ni d'étain, il est pécheur et le sait bien, mais s'il a toutes hontes bues, nécessité seule l'a lait condescendre au mal. Pourtant, en ses deux Testaments, souventefois, comme dansle Jargon, en belles leçons aux Enfants perdus, il conseille à ceux de mauvaise vie d'éviter d'être de la confrérie.
— Dupes, — pour Villon, qui a la morale lacédémonienne, les dupes sont quelquefois les volés, mais bien plutôt ceux des voleurs assez niais et maladroits pour se laisser prendre — dupes, à l'iniproviste greffis. (sanscrit, grah, prendre et upa, en dessous ; hollandais, grijpen) au gart, grippés, saisis au garot ainsi que par la catharreuse grippe qui, elle aussi, rend tout roupieux, mis comme oisillons en cage, on vous verra semblables
Aux pigons qui sont en l'essoine Enserrez soubz trappe volière,
en vain criant : Haro ! la gorge m'ard ! Puis, \\
coups d'eseoui'gon serez battus " coumie à ru telle », couime toile au l'uisseau. Pour un plaisir, mille douleurs ! Est-ce pas payer plus cher encore qu'aux usuriers de la rue des Lombards ? Beaux enfants, chacun de vous m'écoute ; si vous allez vous ébattre à Montpippeau ou à Ruel, gare à votre peau (i). Potence n'est pas un jeu et, le mauvais coup l'ait, repentailles sont vaines. Perdre corps et âme pour si peu ! Vin ne se boit deux fois, vite argent s'apetisse et ne repousse pas. Jamais mal acquis ne profite !
Ciardez-vous bien de ce mau hasles Qui noircist gens quand ils sont mortz ; Eschcvez-le, c'est mauvais mors, Passez-vous-en mieulx que pourrez.
Montfaucon, c'est la Roquette, à la différence qu'au lieu d'être « raccourci », on est " allongé », les pieds éperdus cherchant en vain le sol. Aussi le gibet et la peau, le pel, ne faisant qu'iui, l'idée du pendu revient-elle sans cesse dans les Ballades
fl) Simple rapprochement. — Le nom seul du hameau de Montcoupeau près Montmirail (Marne), qui s'élève à 205 mètres, épouvantait jadis les criminels car c'est là qu'on les pendait et la route y conduisant s'appelle encore le Chemin de Justice. — Le coupeau, comme on sait, est le sommet d'une montagne.
(lu Jargon, avec le ressouvenir symbolique, qui s'impose, de toutes les expressions habituelles aux tanneurs, « aux bons mièges », artisans mégissiers faisant des cuirs ce qu'ils veulent, les étendant sur les chevalets pour les parer — d'où paroiiart, le piédestal, le dé en maçonnerie dans lequel était fixé l'arbre peu ou prou dégrossi servant de potence — et les exposant à tous les vents pour les blanchir et essorer.
Gomme nous avons l'écorché de Michel-Ange, nous avons le long sire mal assis, le pendu de Villon, car le poète sait à fond l'anatomie du lamentable trenible-au-vent qui, le veuille ou non, farci, comme l'oiseau de proie captif, d'ung lourd plumhis à coing, saisi à lajarte, à la gorge, pris du tremple et roupieux, pris de la tremble et roupie au nez, loin de la dure, au-dessus de la terre et dominant la foule, éprouve les affres de la suerie, — « Puy sue Dieu sçait qvielle sueur ! » — langoisseuse agonie où le gosier, mis à siège, est en proie à Varderie, à l'incendie, — Arsure, brûlerie, se trouve en Monstrelet relatant l'incendie du château de Pierrefonds en i^ii, par le comte de Saint-Pol, envoyé de Charles VI, dont les hautes chambres furent arses — faisant au plus endurci faire la baboue, moue de baboui^i, avant que, le suc rompu, l'épine dorsale brisée
il reçoive la giffle du riifjle ad t'/.s, le visa^^e souflleté de toutes les intempéries.
A rapprocher, la page où l'abbé H. J. Dulaurens, en son Compère Mathieu, illustré par Cliasselat, qui est de 1766, nous montre la fin lamentable du père de son Jean de Domfront, « auquel il prit un resserrement de gosier accompagné d'empêchement à la déglutition, d'engorgement dans les vaisseaux capillaires, de sifllement aux oreilles, de battements dans les artères temporales, à quoi succéda une suffocation qui lui ôta la vie malgré la précaution qu'on avait prise de l'élever à plus de douze pieds de haut afin qu'il fut moins gêné par la presse. »
Quant à en appeler au Parlement d'une sentence du Ghâtelet, c'est contre tout usage établi et nul n'y avait même songé avant Villon.
Longtemps, malgré vouloir des rois, malgré l'Ordonnance donnée à Grémieu par François P"" en 1 536 et réitérée en 1.542, portant que « pour le regard des matières criminelles dont procez auroyent esté faits extraordinairement les appelans de sentences de torture, banissement, amende honorable, dernier supplice ou autre peine afïlictive de cors, données par les Prévosts ou autres juges supérieurs seront menez ès-Gonciergeries des Gours et Parlemens esquelles lesditcs causes
d'appel seront la eonnoissance en appartiendra aiisdits Baillis, Séneseliauxou a leurs lient enans», malgré lOrdonnance de Henri II en i549, longtemps, — plusieurs siècles ! — les bons juges résisteront, ne voulant tenir compte de l'appel.
A preuve « lArrest donné en la Chambre de <(■ l'Edit, le 28 janvier 1G06, pour avoir Lieutenans « du Bailly de Gaen au siège de \ ire fait exécu- « ter nonobstant l'Appel la sentence de mort par « eux donnée contre Guillaiime le Croix, furent « iceux interdits et suspendus pour un an de « l'exercice de leurs offices et en grosses amendes, « et le procureur du Roy suspendu pour six mois, « pareillement avec amende, sans toutesfois note « d"infamie ».
« Sans toutefois note d'infamie ». En attendant, Guillaume le Croix est exécuté !
Lui premier, Villon, « se bandant contre la tricherie d'un jugement arbitraire », osa pousser le cri « J'en appelle ! >/ en l'éloquente Ballade signalée plus haut
Cuydez-vous que, soubz mon cappel, Ny eust tant de philosophie Comme de dire : '< J'en appel? »
Et voilà comment, en réclamant l'appel — « Es-
toit-il lors temps de me taire ? « — le poète, audacieux faisant l'aire aux lois un pas immense, a contribué, lui coupable, à humaniser la justice, à civiliser les codes.
Avant de finir, citons quelques mois, identiques ou analogues à ceux du Jargon, employés, soit au sens identique, soit en un sens analogue, par Rabelais.
Affaicté, plein de zèle ; Affiner, Afjinenra, ti'omper, trompeurs; Allegrer, rendre léger; Arei', labourer ; Bélistres, gueux ; Boiiclei^ fermer; Coqiiart, sot; Cor/îe/^^, coifture s'attachant « sous le menton » et aussi corde « servant à pendre » ; Disparoir, disparaître et Apparoir, apparaître au gibet (Au gibet? à Paroir?); Drue, l'herbe ( épaisse ) ; Embourer , Eniboiireux, bourrer, rembourreur ; Einpas, entraves, liens ; Endossure , dernier vêtement, terme d'architecture ; Entonner, boire et chanter ; Escorné, vil, méprisable (de l'italien Scorno) ; Escornijlé, bafoué ; Espies, Espial, déjà cités, espion ; Essors, qui prend le vol ; Fée, charmé, ensorcelé ; Galler, se divertir ; GalUer, viveur: Gaultier, mauvais plaisant ; Gcmon, gosier (jarte) ; Grupper, accrocher; Herpe, harpe ; Hurtis, choc; Jus, H bas ; Momerie, mascarade ; Mont-joye, nionti-
cule ; Pardonnigère , colporteur de pardons ; Pallandreries, peaux; Piot et Pj'ot, vin claii^et; Piper, Piperie, tromper, tromperie ; Quérir, Querre, chercher ; liez, ras; Rifler, érâfler; Rouart, rouenr, bourreau ; Ruach, soufle, vent (de l'hébreu) ; Ruer, frapper, se jeter sur; Saulve, sauf; Songears, sondeurs; Veronnique, représentation du Christ sur un linge ; Yssir, sortir (ys, porte).
Cette Interprétation, quoi qu'en vers, n'est point une belle infidèle, ces vers étant un calque, ce qu'en peinture on nomme une copie exacte, faite aux carreaux, où tout, rigoureusement, est respecté, l'idée et la forme, la rime et le mot, le mètre et le nombre et jusqu'aux ellipses, aux allitérations, aux assonnances, avix eftets obtenus k l'aide du heurt, du tintinnabulement des lettres, consonnes ou voyelles, par le grand artiste que fut Villon.
Le souci et la difficulté ont été pour nous de n'être pas moins intelligibles que le texte du jargon que nous avons tenté d'interpréter en français de i4fio.
Sur 354 vers, aucun mot moderne équivalent n'existant qui donnât à la fois et le sens et la rime, nous avons dfi changer 4 rimes produisant
24 vers et, en réalité, i8 seulement, le vers de Refrain, changé en deux ballades, se répétant quatre fois pareil, nous attachant à toujours conserver le sens strictement exact comme en ce vers de la Ballade VI, deuxième huitain :
Prenez du blanc, laissez du bis ï traduit par
Ne prenez pas objets sans prix.
A la troisième strophe de la IP Ballade de Stockholm, nous avons traduit :
Gueulx gourgourans par qui gueulx sont gourez,
par
Gueux grommelants par qui gueux sont gourés,
car, si le verbe gourer, tromper, n'existe plus, le substantif goure signifie encore aujourd'hui en pharmacie toute drogue falsifiée (mot celtique : gaél, Gaorr, ordure), et aussi une attrape, et l'adjectif ^•o«/'ettr,^oKre«.s'6', désignant celui ou celle qui falsifie les drDgues ou qui trompe, qui attrape en un petit commerce. — Nous avons dit que Villon savait tous les patois, turc, même. Or, ce
vers, « Giieulx gourgouraas par qui gueulx sont gourez » offre l'exemple d'un de ces redoublements si fréquents dans la langue turque où l'on répète les substantifs, les adjectifs et même les adverbes pour donner au mot plus de force.
Les rimes changées sont les suivantes et l'on voudra bien considérer que l'une d'elles, arquer, revient trois fois, une autre, marque, deux fois.
Dans la Ballade III, Arques et Marques, Hurmes et Grumes ; dans la Ballade IV, Arques et Marques, Harpes et Arques; dans la Ballade V, le mot du refrain, J/aWewx, remplacé par Bourreau donnant le sens exact sans la rime et, naturellement, ses quatre correspondants : Roupieux, (deux fois) Curieux, et Em,boureux ; dans la Ballade VIII (Stockholm), le mot du refrain, S f arides, remplacé par Sicaii'es, donnant le sens exact sans la rime et, naturellement toujours, ses quatre correspondants : Besicles, Menicles, Bouticles et Véronicles.
Nous avons osé traduire Staricles par « Forts sicaires » (assassins gagés), en nous appuyant sur la racine Str exprimant l'idée de force et d'action violente, et en dérivant le sens du mot à travers Str, jeter à terre, tuer, Stâ, tenir ferme, et stœra, sanscrit, forcé, cTspîo;, fort, inflexible, iTxjpw-rjÇ,
celui qui met en croix, n-.rjx^;^;'x//M, étrangler, Stare, se tenir, Strangiilare, étrangler (toujours la pensée du gibet), strugg-le, anglais, lutte.
Enfin, dans la Ballade X, premier vers du deuxième huitain, une rime à laquelle nous n'avons pas satisfait. Sauve. Ce mot ainsi écrit, au temps do Villon, rimant en Auve, nous l'avons simplement traduit par Sève, sens exact, les cinq autres rimes correspondantes épuisant les consonnances possibles en anve que nous avons tenu à conserver.
Dans la Ballade II, nous avons traduit :
Changez vos andosses souvent Et tirez tout du raiz au temple
par
Changez vos costumes souvent
Du rez de chausse au front du temple
et demandons à ce sujet place pour remarquer que, non loin de Busset, sur la limite de TAUier et du Puy-de-Dùme, sont un village nommé Les murs du Temple et une montagne nommée le Ret du sol, une légende rapportant que les Templiers purgèrent le pays d'un despote fortifié sur cette montagne « et qu'ils rasèrent son château à ret de sol ».
Intéressante serait Tétude de l'incessant changement de la prononciation. Ainsi la forme des caractères se modifie de règne en règne sur les monnaies et les médailles.
Comme enfant de Paris, observe Marot, Villon, qui n'abandonne jamais la rime riche, prononçant a pour e (ouvert , fait rimer haubert et appert avec part, diadème avec «me, terre, serre et enquercr avec barre et farre, tertre avec Montmartre, Ro- bert avec Lombart, perde avec garde, Colin Galerne, verne et gouverne avec Marne. Desportes, La Fontaine écrivent treuve pour trouve. L'accent parisien — ce qu'on appelle aujourd'hui le « Raglagla de la Bastille » — disait alors, et parfois dit encore, seuf pour soif, sercher pour chercher, parde pour perde, guières pour guère, farrer pour ferrer, oue pour ou, quie pour qui, etc. Jusqu'au milieu du xvi* siècle, on prononça le q comme le k, c'est-à-dire comme le kappa grec, disant kamkani pour quamquam, kiskis pour quisquis, koké pour (juoque, etc. De Qua hinc, qiiâ hac, nous est resté cahin-caha, qui s'écrivait kahinkaha au xvii" siècle.
C'est Ramus qui réforma ces manières de parler dont nous n'avons pas à nous montrer surpris plus que de rai- son, nous qui prononçons femme
comme gamme, aloi^s pourtant que le mot s'écrit comme gemme.
Et maintenant, voici le singulier Sermon sur la montagne — gibet, de l'arabe djebel, montagne (Les Siciliens appellent \'^\\\sl Mongibello) — Sermon où sont édictés les Commandements du Crime.