‹ Le Jargon et jobelinChapitre 14 sur 34 · BALLADE II · texte numérisé non relu

BALLADE II

Coquillars [arvans] à Ruel, Men ys vous chante que [gardez', Que n^ laissez et corps et pel, [Comme list Collin Pescollierj.

40 Devant la roe [à] babiller Il babigna pour son salut.

Passages corrigés. — 36. Enarvans. — 37. Gardes. — 39. Qu'on fist de Colin lescailler. L'éd. Trepperel de 1497 imprime lescallier ; il ne s'en fallait plus que d'une lettre pour arriver à la véritable leçon. Colin de Cayeulx, dont il s'agit ici, était en effet un écolier clerc, qui mérita la corde par de grands crimes, et fut pendu en septembre ou octobre 1460,

Essai de traduction littérale. — I. Coquillars qui vous ébattez à Ruel, — je vous chante d'éviter ma porte (ou ma corde) — de peur d'y laisser corps et peau — comme fit Colin l'écolier. — Devant la roue de torture, — il supplia pour son salut. —

I. Celle-ci est encore irrégulière, mais ne présente pas les monstrueuses incohérences de la première. Les couplets, à la vérité, sont dissemblables, mais le dernier quatrain de chacun d'eux se raccorde par la persistance d'une double rime en u : Salut, suc — grup, suc — duc, suc; — à l'envoi^ plue et suc. Prononcez: salu, grii, du, plu et su.

iio LE JARGON DU XV^ SIECLE.

Pas ne sçavoit oingnons peller, — Dont [remboureux] lui rompt le suc

Changez [vos] andosses souvent, 45 Et [tirez] tout [de raiz] au temple;

Et [eschequez] tost, en brouant,

Qu^en la jarte ne soiez emple ;

Montigny y fut, par exemple,

Bien ataché au hallegrup; 5o Et y jargonnast il le tremple, —

Dont [Femboureux] lui rompt le suc.

[Gailiieurs] faitz en piperie Pour ruer les ninars au [foing],

43. Lamboureux. — 45. Et tires tout droit au temple. Ce vers, trop court et inintelligible, se restitue à peu de frais en substituant à droit, qui se prononçait dreit, les deux mots homophones : de raiz. (V. reiz et temple au vocabulaire.) — 46. Escheques. — 48. Régnier de Montigny, jeune homme de grande naissance, fut pendu pour divers crimes, malgré les lettres de grâce qu'il avait obtenues de Charles VII. J'ai publié les principales pièces de son procès devant le parlement de Paris. — 51. Lamboureux. — 52. Gailleurs. — 53. Au loijîg. La correction se justifie par une locution proverbiale (v» Foing du vocabulaire) et par l'emploi du mot loing en rime au septième vers de ce même couplet.

Il ne savait pas peler les ognons — ■ dont le bourreau lui rompt le suc.

II. Changez souvent de pourpoints, — et métamorphosez-vous des pieds à la tête — et gardez-vous tout en courant — d'être trop larges du garrot. — Montigny y fut, par exemple, — bien attaché au gibet — et y jargonna en tremblant — dont le bourreau lui rompt le suc.

III. Trompeurs consommés en piperie — pour dépister les niais, —

Il« BALLADE DE VILLON. m

A [Passault] ! tost, sans suerie.

55 Que [le] mignon ne [soit] au gaing Farciz d^un [lourd] plumbis à coing Qui [serre et] griffe au gart le duc, Et de la dure si très loing, — • Dont [Pemboureux] luy rompt le suc.

60 [Princes,] arrière [de] Ruel !

Et n^eussiez vous denier ne plue,

Qu^au giffle ne laissez [la pel]

Pour [Pemboureux] qui rompt le suc.

54. A la sault. — 55- -^^-^ mignons ne soient. — 56 et 57. — Les mots entre crochets sont hypothétiquement suppléés pour compléter la mesure et avec la certitude de ne pas altérer le sens. — 59. Lamboiireux. — 60. Prince erriere du. — 62. Lappel. — 63. Lamboureux.

à l'assaut, vite sans effroi — De peur que le compagnon ne soit, à l'automne, (ou bien : n'ait pour tout gain de se trouver...) — farci d'une longue chaîne plombée — qui serre et fixeau jardin l'oiseau de nuit (le pendu) — et l'enlève loin de la terre, — dont le bourreau lui rompt le suc.

Envoi. — Prince, retirez-vous de Ruel, — n'eussiez-vous argent ni pitance, — ne laissez pas au gibet votre peau — pour le bourreau qui rompt le suc.

BALLADE IIP

[Espelicans] 65 Qui en tous temps

Avancez dedans le pogoiz Gourde piarde, Et sur la tarde Desboursez les pouvres nyois; 70 Et pour soustenir voz pois,

Les duppes sont privez de caire, Sans faire haire, ^

Passages corrigés. — 64. Spelkans.

Essai de traduction littérale. — Ecornifleurs, — qui en tous temps — buvez dedans les cabarets — bonne boisson — et la nuit venue, — dépouillez les pauvres niais ; — et pour soutenir vos exactions, — les dupes sont privées d'argent — sans se plaindre —

I. Cette pièce n'a rien delà ballade; c'est visiblement une chanson, une sorte de rondeau, avec reprise et coda; le premier vers de chaque couplet est alternativement masculin et féminin; quant aux cinq derniers vers qui tiennent la place de l'envoi, ils forment un demi-couplet d'une coupe particulière. Les deux premiers vers réunis doivent compléter un vers de huit pieds. Cette chanson est obscure qyant à l'enchaînement des idées; elle ne se comprend même qu'à la condition de considérer le troisième couplet et l'envoi comme une sorte de réplique aux deux premiers, ceux-ci s'adressant h. la maréchaussée, et le reste aux voleurs.

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