BALLADE X
Brouez, benards, eschequez à la saulve.
Car escornez vous estes à la roue.
3oo Fourbe, joncheur, chacun de vous se saulve. Eschec, eschec coquille se s^enbroue !
Cornette court nul planteur ne se joue. Qui est en plant en ce coffre joyeulx, Pour ces raisons, il a, ains qu^il s'escroue,
3o5 Jour verdoiant, havre du marieux,
Essai de traduction littérale. — I. Fuyez, benards, fuyez dans la forêt; — Car vous seriez écornés à la roue. — Fourbe, trompeur, que chacun de vous se sauve. — Garde à vous, garde à vous, si votre coquille (ou votre barque) s'échoue. — Que nul trompeur ne se joue à la cornette courte (des archers). — Celui qui est en plant en cette joyeuse prison, — il a pour toute destinée, à moins qu'il ne s'échappe — le jour qui fait verdir (celui de la pendaison) et pour refuge l'embrassement du bourreau.
I. Celte quatrième ballade inédite serait entiéremeiU régulière si efle avait dix vers au couplet au lieu de huit. On verra que l'envoi contient la signature de Villon, outre plusieurs autres singularités.
i{+ LE JARGON DU XV« SIECLE.
Maint coquillart^ escorné de sa sauve, Et desbousé de son cuer ou [sa] poue, Beau de bourdes, blandy de langue fauve, Quidant au ront faire aux gremes la moue, 3 10 Pourquarre bien, affin que on ne le noe. Couplez vous trois à [ces] beaulx sires dieux, Ou vous aurez, [o] le rufïle en la joue, Jour verdoiant, havre du marieux.
Que stat plain en gaudie ne se mauve.
3i5 Luez au becq que Ton ne vous encloue.
C^est mon advis, tout autre conseil sauve,
Car quoy ! aulcun de la faulx ne se loue.
La fin en est telle qu^elle deloue.
Car qui est grup, il a, mais s^est au mieulx, 320 Par la vergne, tout au long de la broue.
Jour verdoiant, havre du marieux.
Passages corrigés. — 310. Pour quarre. — 3 [I. Ses.
IL Maint coquillart, écorné de sa sève, — et dépouillé de son cœur et de sa main — beau de mensonges, caressé par la langue des fauves, — craignant de faire la moue au gibet dans la ronde des pendus — se défend de son mieux, de peur qu'on ne l'étrangle. — Luttez trois contre un contre les archers — ou vous aurez, avec l'aquilon sur le joue, — le jour qui fait verdir et l'embrassement du bourreau.
III. Que celui qui est sur terre et en joie se tienne tranquille, — Eclairez au bec que l'on ne vous emprisonne, — C'est mon avis, tout autre conseil mis à part. — Car quoi ! aucun ne se loue de la faux. La fin en est telle qu'elle déconseille (de s'y exposer) — Car qui est pris, il a, s'il est au mieux — par la ville, tout au long de la nuée, — le jour qui fait verdir et l'embrassement du bourreau.