X*^ BALLADE DE VILLON
< Vive David, saint archquant la baboue, ^ lehan mon amy, — qui les faeilles desnoue. ^ Le vendengeur, beffleur comme une choue, 325 Q LOing de son plain, de ses flos curieulx, î^ Noue beaucoup, dont il reçoit fressoue, •-^ Jour verdoiant, havre du marieux.
Envoi. — Vive David, le saint homme de l'arche, qui accroche au gibet, — Jehan, mon ami, — le babouin, dénoueur de bourses. — Le vendangeur, voleur comme une corneille,. — Loin de la plaine, et de la foule curieuse — Nage beaucoup, dont il reçoit frisson — Jour verdoyant, embrassement du bourreau.
Outre l'acrostiche donné par l'envoi, et qui forme Villoni ou Villon, en négligeant, comme de nombreux exemples permettent de le faire, le dernier vers du refrain, ces six vers renferment une certaine quantité d'anagrammes fort curieux. Je ne citerai que les plus parfaits.
Le premier vers, Vive David, contenant trente et une lettres^ donne, lettre pour lettre :
1° Uiide qui habet auriculas audiat bona. u Donc, que celui qui a des oreilles écoute de bons avis. »
2" Au bachelier avoquad suivant bandit.
Le deuxième, contenant trente-deux lettres, donne, lettre pour lettre :
Deles huy, fille que aimons ne nous aime.
Le troisième, contenant trente-trois lettres, donne, lettre pour lettre :
F. de Moncorbeulh, fere vengence me vueui.
Le quatrième, qui contient trente-deux lettres, donne, lettre pour lettre :
i" François Villon, loing de eulx despess.
ijô LE JARGON DU XV« SIÈCLE.
Ce qui, par un changement qui se peut tolérer, de l'avant-dernier 5 en r, donnerait :
François Villon, loin de eiilx, despers, c'est-à-dire désespéré.
2" D. François Villon des Loges, U. P. S., en exil.
c'est-à-dire :
D(ominus) François Villon des Loges, V(niversitatis (Parisiensis) S(cholaris)^ en exil.
On conviendra que celui-ci est à la fois des plus corrects et des plus intéressants.
Le cinquième, qui contient trente-deux lettres, donne, lettre pour lettre :
Escoute H ouvre du bon poète François.
Le sixième, qui est le refrain, et qui contient vingt-sept lettres, donne, lettre pour lettre :
Heureux aima, or devint à dur jour.
BALLADE XP
[Ce] devers [coys], par un temps du vernas, Yeiz abrouer à la vergue cygault 33o Marques de plant, dames et audinas,
Et puis marchans tous telz que au mestier fault.
Gueulx affinez, allegrucs et floars, Mareux, arvés, pimpres, dorlotz et fars.
Passages corrigés. — 328. Se. Ouay.
Essai DE TRADUCTION LITTÉRALE . — I. Eli ce joli cabaret, par un temps du printemps, — je vis arriver à la vergne cygault — Filles d'affaires, dames et grands seigneurs, — et puis marchands tous tels qu'il en faut pour notre métier . . — Gueux malins, allègres et [loueurs, — trompeurs, badins, pimpants, élégants et facétieux, —
I. La cinquième et dernière des ballades inédites du manuscrit Stockholm. C'est la plus fruste de toutes. Elle est en dix vers au lieu de onze au couplet. Les rimes se correspondent régulièrement ; à remarquer que les rimes en as se confondent avec les rimes en ars, Vr de \ars étant muet. L'envoi de la Ballade manque. J'ai déjà remarqué , dans le Discours préliminaire, p. 4.7, que la scène d'ivrognerie, de jeu et de danse, suivis de vol, que retrace cette ballade, facile à comprendre malgré de nombreuses lacunes, est identiquement celle dont on trouve ^le récit en prose dans le livre de Pechon de Ruby, sous le titre d'une aventure du capitaine Charles, à Moulins en Bourbonnais.
i3« LE JARGON DU XV SIECLE.
335 Qui, par usaige, à la vergne jolye Abrouerent au flot de toutes pars, Pour maintenir la joyeuse folie.
Pour mieux abbatre et oster le [brouUas,] Adraguerent de guoble maint crupault, 340 De rumatin, et puis mol sucre gras, Truye maris, sans avancer ravault.
Babillangier sur tous fais et sur ars.
Tant qu^il n'y eust de Tarton sur les [cars],- 345 Brocquans, dorlotz, grand guain, aubeflorye Que tout ne fust desployé [et] en pars, Pour maintenir la joyeuse folie.
Pour mieulx polir et desbouser musars On polua des luans bas et hault