‹ Le Jargon et jobelinChapitre 3 sur 34 · I. Recueil de 1585, p · texte numérisé non relu

I. Recueil de 1585, p

ment son industrie, soit qu'il n'eût pris sa maîtrise que de soi-même, soit qu'il eût été chassé de la confrérie authentique des grands et riches merciers , mêlant sa vie errante d'expéditions aventureuses sur le bien d'autrui. La vie du mercelot était fort dure; tantôt couchant dans les bois, tantôt sur les prés, maraudant les volailles, poulets et chapons, dérobant le linge et les hardes, et allant aux foires, où l'on rencontrait des gains de toutes façons.

J'en ai dit assez sur leur division par classe de pechouns, blcchcs et camelotiers. 'L.Qpechoun, après sa première balle et son premier voyage, était candidat au premier grade de la Gueuserie. Après la foire, il payait un festin à ses supérieurs, et sur la fin du repas, qui se donnait le plus souvent la nuit, le plus ancien des supérieurs faisait une harangue concernant les droits et devoirs de la confrérie. Le pedioun, tête nue, lève la main et jure qu'il ne déclarera point les secrets aux petits mercelots non initiés. On lui présente un bâton à deux bouts et une balle, pour montrer qu'il sait charger la balle sur son dos d'une main, tandis que de l'autre il se défend contre les chiens; on lui apprend l'escrime du bâton; et le voilà passé hlcche,

Villon dit positivement qu'il exerça comme mercelot, dans le cours de sa vie hasardeuse :

Moi, povre mercerot de Rennes.

G tant testament.

2' Soldats. — L'élément principal de l'armée des Gueux, le plus ancien, le plus nombreux et le plus redoutable, c'est le soldat mercenaire. Le mercenariat remonte fort loin chez nous : on le trouve contemporain des origines de la féodalité. Guillaume de Jumièges parle de troupes soldées en l'année 1047 ; dès le commencement du xii^ siècle, les historiens signalent des bandes d'aventuriers, à la fois soldats et

brigands, qui, en paix comme en guerre, désolaient les campagnes. On les appelait cotereaux dès 1128^ Vers 1183, l^s peuples se liguèrent par associations jurées pour l'extermination de ces brigands ; les Confrères de la Paix leur livrèrent une véritable bataille près de Châteaudun : « En cette année furent occis, en la contrée de Bourges en Berry, sept mille hommes et plus, appelés cotereaux, brigands, gens de compaignie, pillards, robleurs, larrons, c'est tout un ; et sont gens infâmes et dissolus et excommuniés. Ils ardoient les monastères et les églises où le peuple se retraioit, et tourmentoient les prestres et les religieux, les appeloient cantatours'Ç'àx dérision, et leur disoient, quand ils les battoient, cantatoiirs, cantez^ ».

On ferait un gros volume des ordonnances rendues contre les routiers, depuis l'ordonnance de saint Louis, datée de Paris avril 1228, pour qu'ils soient chassés du Languedoc, jusqu'à l'établissement de l'armée régulière, qui ne fut pleinement réalisé que deux cent vingt ans plus tard.

Les guerres continuelles, les conquêtes, les ruines de toutes sortes qu'engendra la lutte acharnée des couronnes de France et d'Angleterre, augmentaient de jour en jour le nombre des nobles sans patrimoine, parmi lesquels se recrutaient les chevaliers d'aventure. Du Guesclin ne fut que le plus vaillant et le plus patriote des routiers, jusqu'au jour oià le roi de France lui confia l'épée de connétable.

Le mal alla croissant pendant le cours du xiv^ siècle. Les mesures édictées par les Etats de Chartres en 1367 demeurèrent impuissantes. Sous le règne de Charles VI, le fléau des compagnies armées redouble d'intensité et prend décidément le caractère de pur brigandage. Par exemple, Froissart nous apprend qu'en 1400 une troupe de ces Gallois qui, amenés en France par Edouard III d'Angleterre, s'étaient répandus

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