BALLADE I
A Parouart, la grant mathe gaudie, Où accoliez sont [duppes] et noirciz, Et par anges, suivans la paillardie, Sont greffiz et prins cinq ou six :
S Là sont bleffleurs au plus hault bout assis Pour le [havage], et bien hault mis au vent.
Passages corrigés. — 2. Duppex, — 3. Et par les anges. — ^. Pour le evaige.
Essai de traduction littérale. —I. A Parouart (le gibet de Paris), la grande réunion joyeuse — Où les condamnés sont pendus et noircis, — Et par les sergens qui poursuivent le crime — Sont accrochés et pris cinq ou six : — Là sont les voleurs au plus haut bout assis — Pour le droit du bourreau, et bien haut mis au vent. —
I. Les six premières ballades sont données ici d'après l'édition gotUqoe de Pierre Letet, in-4', Paris, 1489, sauf les passages corrigés, dont le texte primitif est transcrit au bas de chaque page.
s. La ballade l n'a de ballade que le nom ; les règles de ce genre de
lotf LE JARGON DU XV' SIECLE.
[Eschequez] moy tost ces coffres massis, Car vendengeurs des ances circuncis [S'en brouent] du tout a néant.
10 Eschec, eschec pour le fardis.
Brouez moy sur [ces] gours passans, Advisez moy bien tost le blanc, Et pietonnez au large sur les champs.
7. Eschiques, — 9. Sen brou et, — II. Broues, — 12. Advises, — 13. Piétonnes.
Fuyez vite ces cachots épais, — Car les pendus à oreilles coupées — S'en vont de tout à rien. — Garde à vous, garde au fardeau qui pèse au bout de la corde (c'est-à-dire à vousmêmes).
II. Accourez à moi sur de bons souliers (ou bien : tombez-moi sur ces riches passants); — emparez-vous vite de l'argent, — et enfuyez-vous au large sur les champs, —
poésie n'y sont pas observées. Les trois couplets ne riment pas entre eux, et l'envoi est monorime.
Le premier couplet se compose de neuf vers de dix pieds suivis d'un dixième vers octosyllabique formant refrain. Le second couplet présente le croisement irrégulier de huit vers de huit syllabes avec deux vers de dix, le troisième contient neuf vers octosyllabiques coupés par un vers décasyllabique. Quant à l'envoi, sur cinq vers, on en compte quatre de dix syllabes et un de huit.
J'avais4>résuroé que cette pièce était faite de morceaux rapportés et que les couplets deux et trois, malgré la parité du refrain, ne continuaient pas le sens du premier couplet. Ma conjecture a pris un nouveau degré de vraisemblance depuis que j'ai découvert dans le manuscrit Stockholm cinq ballades inédites, dont la première peut être considérée comme donnant la version primitive on bien corrigée de la ballade l qui nous occupe ici. (Voir la ballade VII, première des cinq inédites.)