VII« BALLADE DE VILLON
Dance plaisante et mets délicieux.
Car coquîUart n'y remaint grant espace, Que vueille ou non ne soit fait des sieurs. Mais le pis est mariage : m^en passe.
200 Rebourcez tous quoy que Ton vous en dye,
Car on aura beaucop de vous mercys.
Ronde n'y vault nen plus que en Lombardie.
Eschec, eschec pour ces coffres massis !
De gros barreaulx de fer sont les châssis. 2o5 Puisque à Gaultier [si] serez ung peu mieulx,
Plantez picquons sur ces beaulx sires dieulx.
Luez au bec, que roastre ne passe.
Et n'abatez de ces grains neufz et vieulx.
Mais le pis est mariage : m'en passe.
Passages corrigés.— 201. Cf. le quatrième vers de la Ballade des pendus dans les œuvres de François Villon. — 205. Sf.
danse plaisante et mets délicieux, — car le coquillart ne jouit pas long temps de cette fête; — que veuille ou non, il sera fait seigneur. — Mais le pis est pendaison : je m'en passe.
II. Rebroussez chemin, quoi que Ton vous en dise — car on aura beaucoup pitié de vous. — * La danse ici ne vous servirait pas plus qu'en Lombardie (c'est-à-dire pas plus qu'à emprunter de l'argent). — Gardez- vous bien de ces cachots épais. — De gros barreaux de fer sont les châssis. — Puisqu'il vaut encore mieux être gueux que pendu, — ne portez pas la main sur ces beaux écus ^ Éclairez au bec, que le prévôt ne passe — Et ménagez ces écus neufs ou vieux. — Mais le pis est pendaison : je m'en passe.
laô LE JARGON DU XV" SIECLE.
210 Que faictes vous? toute menestrandie. Antonnez poix et marques six à six, Et les plantez au bien en paillardie.
Sur la sorne que sires sont rassis, Sornillez moy ces georgetz si farciz,
21 5 Puis eschequez sur gours passans totis neufz. Se seyme oyez, soiez beaucoup broueulx ; Plantez vos histz jusques elles rappasse, Car qui est grup, il est tout roupieulx. Mais le pis est mariage : m^en passe.-
220 Prince planteur, dire verte vous veulx : Maint coquillart, pour les dessusdis veulx, Avant ses jours piteusement trespasse Et à la fin en tire ses cheveulx :
Mais le pis est mariage : m'en passe.
III. Que faites-vous ? Rien que de la musique (métier de ménestrel, synonyme de gueuserie). — Mariez (à Téglise) voleurs et filles six à six — et les caressez en paillardie légitime. — A la nuit, lorsque les archers se reposent, — dépouillez-moi ces pourpoints si bien garnis; — puis sauvez- vous sur bons souliers tout neufs. — Si vous entendez venir la ronde du guet, — cachez-vous avec soin. — Tenez-vous cois jusqu'à ce qu'elle ait repassé; — car qui est pris, il est tout penaud. — Mais le pis est pendaison : je m'en passe.
Envoi . — Prince trompeur, je veux vous parler franc : — maint coquillart, pour avoir souhaité ce genre de vie, — trépasse piteusement avant d'avoir rempli ses jours — et à la fin s'en tire les cheveux; — mais le pis est pendaison : je m'en passe.
BALLADE VHP
225 Vous qui tenez vos terres et vos fiefz Du gentil roy Davyot appelle, Brouez au large et vous esquarrissez Et gourdement aiguisez le pelle
23o Pour les esclas qui en peuvent issir.
[Regardz] ce jour où Ton fait maint souppir, Ajuiez^ taillez, et chaussez vos besicles.
Passages corrigés. — 229. Le vers manque dans le manuscrit Stockholm. — 231. Le vers commence dans le manuscrit par une abréviation incertaine qui peut donner regardz ou regardes; mais ia mesure du vers et le sens appellent seulement regards.
£SSAI DE TRADUCTION LITTÉRALE. — L VoUS qui tenez VOS
terres et vos fiefs — du gentil roi nommé David, — enfuyezvous, dispersez-vous — et arpentez vivement le grand chemin — De peur des éclats qui en
peuvent sortir. — Par crainte du jour où l'on fait tant de soupirs, — ajustez, taillez et chaussez vos besicles —
I. Cette seconde ballade inédile, qai devrait comporter onze vers au cooplety et qai n'en a qae dix, offre dans les cinq premiers vers de chaque couplet on mélange irrégulier de rimes simplement astonantes en é et eo cf. Aa troisième couplet, on ne trouve même plus que des rimes tne\.
Car en aguect sont pour vous engloutir Anges bossus, rouastres et staricles.
235 Croqueurs de pain et plommeurs affectez, Gaigneurs aussi, vendengeurs de costé, Belistriens perpétuels des prez, Qui sur la roue avez lardons clamez En jobelin, où vous avez esté
240 Par le terrant, pour le franc ront quérir. Et [qui] aussi, pour la marque fournir. Avez tendu au pain et aux menicles :
Pour tant se font adoubter et cremir Angles bossus, rouastres et staricles.
245 Rouges goujons, [fargez], embabillez. Quant Abrouart sur la sorne a brouez, Gueulx gourgourans par qui gueulx sont gourez,
245. Forges. — 246 et 247. J'ai transposé ces deux vers conformément au sens probable.
car en aguet se tiennent pour vous engloutir — sergens pestiférés, bourreaux et geôliers.
II. Mangeurs d'hosties et adorateurs rusés d'images de plomb -^ filous aussi, et coupeurs de bourses — mendiants perpétuels des campagnes — qui avez senti les lardons de la roue et vous êtes plaints — en ce langage du jobelin où vous avez été — par le pays, pour mendier de l'argent — et qui aussi, pour entretenir la fille, — vous êtes fait mettre au pain sec et aux fers — c'est par vous tous que se font redouter et craindre — sergents pestiférés, bourreaux et geôliers.
III. Malins garçons, rusés, à la langue bien pendue, — quand le brouillard a dispersé dans la nuit — les gueux architrom peurs par qui les gueux sont trompés (les sergents). —