Broullart. — 344. Cas, — 352. Ses
qui, selon Tusage, à la vergne jolie, — arrivèrent au flot de toutes parts ^ pour maintenir la joyeuse folie.
IL Pour mieux abattre et ôter le brouillart — Ils burent mainte rasade de vin, — de liqueurs, et puis « mol sucre gras » (quelque chose comme des confitures), de la truie de mer,
qu'on prit sans appât Bavarder en jargon sur
tous faits et sur arts — jusques il n'y eut plus de pain sur les charrettes — (bijoux, rubans, grand gain, matinée fleurie (ou linge blanc !) — que tout ne fût déployé et partagé — pour maintenir la joyeuse folle.
III. Pour mieux voler et dépouiller les imbéciles, — on remua les dés (ou les caries), —
XI" BALLADE DE VILLON. ij;^
35o Tant qu'il n^ eust de vivres en caras.
Puis feist on faire asault avecq ung sault.
Après, doublant de [ces] anges Passault,
On verroulla et serra les busars
Pour mieulx blanchir et desbouser coquars. 355 Là ot ung gueulx son endosse polye
Qui puis alla empruncter aux lombars,
Pour maintenir la joyeuse folie.
353. Je crois bien lire basars dans le texte ; mais je n'ose pas l'affirmer, quoique le sens ne soit pas altéré par cette lecture.
jusqu'à ce qu'il n'y eût plus de vivres sur les charrettes ; — ensuite Ton dansa; — puis, redoutant d'être attaqué par les sergents, — on verrouilla et serra les sacs de butin, — pour mieux voler et dépouiller les dupes. — Là fut volé le pourpoint d'un gueux, — qui depuis alla emprunter aux usuriers — pour maintenir la joyeuse folie.
DU
L'tttérisqne iodiqne ks mots d'exemple uniques, c'est-à-dire doat je ne conatts pas d*esemple en dehors dn texte des onze ballsdes de Jargon.
* ABROUART, n. pr. Le brouillard, voyez Broue et
Brouer.
Qaant Abrouart sur la sorne a broaez.
Bsllade VUI.
Mot d^exemple unique. Personnification du brouillard, cirée du verbe Abrouer ci-après.
La langue ancienne, ordinaire ou jargonnesque, possède une série de formes exprimant le brouillard^ parallèles aux formes modernes : brouer à côté de brouiller; abrouer à côté A^abrouUer qui serait aujourd'hui abrouiller s'il subsistait dans la langue, etc.
Tant est Titan de broullas abroulU,
MOLIMET, p I}6.
Abrouller donnerait Abrouillart; à* abrouer dérive naturellement Abrouart.
i^a LE JARGON DU XV« SIECLE.
Ce genre de personnification par allitération était de mode chez nos anciens poètes; c'est ainsi qu'Eus tache Deschamps a tiré à*entroingnîer ci-aprés : Entroingniart :
Et Entroingniart a entroingnié.
Abrouart est celui qui abroue comme Entroingniart celui qui entroingne; RoUart celui qui roue; Rijiart celui qui rifle, etc.
§ Abro et bro^ bord, région, dans les langues celtiques, conservés dans le dialecte romano-castrais, suggèrent un double sens qui sera discuté sous le mot Broue.
ABROUER, V. n. Arriver, par extension de brouer ciaprès.
Veiz abrouer à la vergne cygault...
Abrouerent au dot de toutes parts.
BaU. XI.
Cf. avec la forme abrouller^ qui signifiait proprement brouiller :
Tant est Titan de broullas abroidU»
MOLIIIBT, p. 156.
Abro et broj bord, région, dans les langues celtiques et dans le dialecte romano-castrais. Abrouer signifierait directement aborder, arriver, et latéralement abrouillerj c'està-dire entrer dans le brouillard.
§ Rabrouer est le contraire d'arriver; c'est rebrousser (chemin) ou repousser (quelqu'un) ; cela est si simple que cela saute aux yeux. Quant à l'étymologie forgée par Diez de re et de brave^ j'avoue que je ne la comprends pas.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i^j
ACOLLEZ, part. pi. Pris au col, se. pendu, qui a subi Taccolade du bourreau.
Oà acole^ sont doppes et noircix.
Bail. I.
Où acolU{ sont vos ainsnez...
Eschec qu*acolU^ ne soiez ' ~ Par la poe du marieiuc.
Ott acolU^ sont caolz et agarcis.
Bail. VII.
Le sens primitif de la langue esc prendre au col ou embrasser.-<4rro/ ou jcro/ii^f^^ terme de chevalerie. — • Accollement, Saintré, 511. — Accollerye, dans Roger de CoUerye, p. 181. — Accolées dans Villon et dans Martial d'Auvergne.
Le sens spécialisé du Jargon se dégage des deux exemples suivants : f Paludament... accolant à un large fermai! d'or ff , c*esc-à-dire un manteau saisissant le col par un large fenxuil d'or. Alector, f*» 18 v®. — • Ils furent dcolés d'un baudrier militaire, i Godefroy, annot, sur Charles VL p. 565. Du baudrier qui accolle à la cravate de chanvre, la liaison esc visible; Villon l'indique dans son Grant Testament lorsqu'il souhaite à maistre Francoys de la Vacquerie
... Un hault gorgerin d'escossojs Toutesfois sans orftverie. . .
Voyez aussi le mot Baudrouse ci-aprés.
* ADOUBTER, v. a. Redouter.
Pour tant se font adoubter et cremir Angles bossas, rouastres et staricles.
Bail. VIII.
i^+ LE JARGON DU XV« SIECLE.
Mot d'exemple unique. C'est cependant un pur latinisme : addubitarej qui est de la langue de Titc-Live, de Cicéron et d'Horace. Douter en vieux français signifiait craindre ; le Jargon de Villon employé adoubter au même sens. Pareillement, en latin, dubitare et addubitare n'avaient qu'un même sens auquel le français moderne est revenu, celui d'être incertain, incrédule, défiartt.
* ADRAGUER, v. a. Abreuver, boire.
Adraguerent de gaoble maint crapault.
Bail. X.
Mot d'exemple unique. — Voilà un mot d'apparence parement jargonnesque, et qui cependant dérive des plus hautes sources de la langue. Je n'en connais pas, il esc vrai, d'autre exemple français que celui que je viens de citer ; mais le glossaire de Du Cange nous donne, en basse latinité, adragarcj se. adaquare^ aller à l'eau, abreuver, t Et si locus unus adragandi in stagno ipso impleretur luto vel aliâ causa, ipsi homines ipsius civitatis Arelati possent in alio loco dlcti stagni adragare seu abrevare. i Charte de 1321.
L'étymologie indiquée par Du Cange est incontestable ; la pure latinité emploie adaquare pour abreuver, arroser, faire provision d'eau : adaquandi causa ^ dit César en ses Commentaires; adaquatus est un abreuvoir. Adaquare devait donner adaiguer ou adaguer; Vr intercalaire ne s'explique pas phonétiquement; peut-être cependant par confusion avec adrayar^ acheminer (La Curnc et Borel); mais il faut accepter le fait, bien établi par des textes inattaquables. Je vais plus loin, et je me demande si ce n'est pas d*adraguer qu'il faut tirer Fétymologie de drague
et de draguer^ assez mal établie sur le drag anglais, qui lui-même peut venir des langues romanes. La charte de 1321 prévoit le cas où la partie de Tabreuvoir réservée pour adraguer viendrait à se remplir de limon; n'est-il pas possible que la signification d'adraguêr ait passé de la prise d^eau au travail de curage qui la rendait possible^ Ce qui esc ceruin, c'est que la drague s'est appelée d'abord hau~ drague j b. latin haudraguia; OQ avait le verbe holdragier^ qui est bien prés d^ adraguer et qui se traduit en français moderne par draguer : t Nous pooins et devions faire Ao/dragier et retraire le bray de l'iaue de Somme. • Du Cange sous Braïum. Tab. Viced. Pinconicus, 1268.
c Adagar^ 9daq\izTC, • Grammaire provençale ^ms^Bibl, nac 7534 latin.
c Teneantur adducere aquam Jarroni versus Massiliam ad orcos et blancarias adaguandas, • Siat, de Marseille^ ap. Du Cange, v* Blancarius,
Le verbe adraguer ^ combiné avec le gier jargonnesque (voyez Gier)^ se retrouve comme suit :
Et la marque, suivant le gaing choisie, Adrague en gier, pais dist. • •
Bail. IX.
AFFECTEZ, part, passé pi. de affecter ^ forme moderne de qfaiter. Instruit, exercé, dissimulé, rusé, frauduleux.
Croqaenrs de pain et plommeors affecte^
B«ii. vm.
ff L'aprentis demande comment on doit loirrer un faucon nouvel affaitU. • Modusy i^ %i. — « Denrées et marchandises faulsesou affeciiei, vins affectiei 1 (frelatés). Ordonn.
t. VIII, p. 676. — f Le cauteleux Sinon, affaiu de par les
Grecs... ouvric le ventre du grand cheval, donc il saillie Pyrrhus. • J. Le Maire, Illustn des Gaules, liv. II, p. 254. — f £c pour les rendre plus fins ec affettei par le moyen de la compagnie, pour ce que les jeunes gens semblent comme s'entraguiser Tesprit. • ApoL pour Hérodote, p. 90. — • Le jeune fils estoit bien affetté et faisoit toujours quelque singerie, i Bon. Desperiers, I, yy. — • Vous estes une affeiée ; vous faites quelque mechanceterie avec cet homme de là-haut. • Moyen de parvenir , p. 53.
. . . Le plus saige.
Le plus preux et plus afecté
Y a esté prins et guetté.
Rom. di U Rosi, V. i $89-91.
f Affaicté. Efirontément rusé. • Monet.
Coquillart a écrit au même sens yeux affedej pour yeux trompeurs, expression qui se retrouve dans le grand Corneille :
Et sous Tindigne appas d'un coup d'œil affeu, J'irois jusqu'en leurs cœurs chercher ma seureté!
Rodoguut, act. UI, se. nu
Voir, pour les variantes Safaité à affecté, La Curnc de Sainte-Palaye, v® Afaité.
Mais il survint on affecté marrontle...
RaB., I, p. 12.
< Les affetteries des primpreneaux. i Les Jeux de Vln^ connu, p. 358.
AFFINE, part. m. Fini, achevé, et par extension subtil, trompeur.
Gueulx affine^, allegrucs et floars.
BalL XL
L'expression est restée dans la langue avec fini au lieu àiij^né; un gueux ^/ii. f Ce sont quelques ^n^j gens, je ày fins à dorer, ^Aj comme une dague de plomb, ^;i^ non afinei^ mais affinans^ passez par estamine fine, • Rabelais, III, 105. — < Il prend à gentillesse quand il le veoid affiner son compaignon par quelque malicieuse desloyauté et tromperie. • Monuigne, I, 107. — f II ne faut jamais tromper ni affiner; mais bien se fault-il garder de Testre.» Charron, Sagesse, p, 252. — • Pour m'engarder d'estre qffiné... des mattois qui mattent, je voudrois entendre leur jargon. 1 Bouchet, III, 129, — f Un bon Panadou de mattois ayant esté condamné à avoir les deux oreilles coupées... Vous avois-je pas bien dit qu'il y en auroit d'o^/ie^^ et qu'on ne verroit rien, et qu on perdroit ses peines? • Bouchet, III, 46. — c Pitheus luy persuada, ou bien par quelque ruse Vaffina. • Amyot, Thésée, 4. — 1 Les Lacédémoniens, dissimulant le malcontentement qu'ils avoient de se veoir ainsi affinei par luy, le renvoyèrent sain et sauf. > Amyot, Themist, 37. • Tu n es pas fyn assez de V affiner. • Palsgrave, 446.
• • • Maître. Mitis Pour U seconde fois les trompe et les affine,
La Foxr., U\>, 111, 18.
Vous voulez Ta'afiner, mais c'est peine perdue.
P. CoRNULU, Milite, «et. IV, se. 11.
Pour fin que vous soyez, monsieur, on vous afine.
Th. Coakbilli, P Amour à la made, act. IH, se. 11.
♦ AGARCIS, part. pi.
Où accolez sont caulz et agarcis.
Bail. VII.
i^a LE JARGON DU XV« SIÈCLE.
La phrase se construit ainsi : où les càulx (les fripons) sont pendus et agarcis.
Mot d^exemple unique. La prononciation ancienne agassiij laquelle se conserve sous forme de nom propre (l'illustre naturaliste Agassiz), offre quatre sens qui conviennent également au sujet :
lo Semblables à la pie [agasse^ agace ^ agache^ agacie, ital. gaija) juchée dans les hautes cimes;
20 Devenus hagards par la pendaison ;
3<» Glacés, refroidis; de Titalien ^^lâcci^ ;
4<* Jugés, condamnés.
I* et 2^ Dans les deux premières acceptions, le pendu est comparé à un oiseau (y. ci-après Duc, Gart et Juc, c'està-dire hibou, jardin et perchoir), puisque l'épithète hagard s'applique écymologiquement et techniquement aux oiseaux de proie qui ont mué dans la haie {haga) et non en domesticité. Littré, V® Hagard,
Au fait de la pendaison se rapporte l'espagnol agarratj t empoigner, gripper, accrocher, de garras, griffes ou < ongles, serres d'oiseaux de proie • (Oudin), qui nous ramènent à hagards. Ce dernier sens est consacré par le slangj qui conserve agaie^ avec la double signification de astonished et de open-^yedj c'est-à-dire étonné et yeux ouverts.
3* Le sens de refroidi s'appuierait sur l'italien agghiac" ciarej geler, engourdir, dont le participe passé agghiaciati donnerait facilement en français agassis ou agassés. En argot moderne, refroidi veut dire mort, et refroidir^ tuer.
4<^ Il reste à considérer une quatrième hypothèse; agard et agarder ont signifié jugement et juger : — c Encore tel agard appela ; et par le plée del appel fuit tiel
agârde repellé ec assency. • Britt., Lois dAngL^f'^ 252 r*. — ff Si la justice lui agarde plus que le pleyntyfe, etc. •
Peut-être agarcis serait-il simplement le participe passé, irr^uliérement construit, iïagarder; Tirrégularité semblerait moins inacceptable si Ton considère que tf^ard^r est le même mot que tswarder^ qui faisait feswari à la première personne de l'indicatif présent; on peut donc supposer, au même temps, la forme fagars, d'oii aurait été tiré, sans trop de peine, le participe passé agarsij c^està-dire jugé.
J'enregistre, à titre de curiosité, le passage suivant de Rabelais : t Panta en grec vault autant à dire comme tout, et Cruel en langue Hagarene vault autant comme altéré. • Rabelais, I, 228. On peut croire, par le rapprochement de hagarene et de gruel^ qui paraît tiré de gru, fruit vert de la forêt quel qu'iisoit (La Curne), qu'il faut entendre ici la langue de ceux qui vivent sauvages et isolés dans les bois, comme les oiseaux dits hagars. Il est vrai que plusieurs auteurs appellent agarène la langue des Sarrasins, du nom d'Agar, mèredlsmaël, de qui Ton fait descendre ces peuples; Rabelais lui-même écrit (t. II, p. 359) : c Inscriptions... en langue arabicque, a^dr^ne^sclavonique et aultres. >
AJUIER, v. a. Aider, et ici au sens d'ajuster :
Ajuie^, taillez et chaussez vos besicles.
Bail. VIII.
Au sens d'aider :
De S1111 seigneur merci crier Qu'ils ajueat à délivrer.
Ce. iesiuct it Norm., I, 180, ▼. 28a).
Si 11 truvez ki très bien It aîut. *
ChuMsom de RclaMd,r, 781.
« Affuscês V02 bezicles. i Ràbel., Progn. pantagr.j III, 233. — c Chaussez vos lunettes • se trouve dans la Comédie des proverbes ^ p. 20.
S La confusion entre les verbes ajuier et ajuster peut s'expliquer par la prononciation ancienne de ce dernier, qui était ajuter ; or ajuter est une des formes d'aider par l'italien ajutare, le provençal ajudar et le berrichon agider,
* ALLEGRUCS, allègres. C'est une mauvaise transcription de aie gris j participe passé du verbe alegrer ou alaîgrirj rendre joyeux.
Gueulx affinez, ail f grues et floars*
Bail. XI.
J'enregistre le mot parce qu'il se lit ainsi au manuscrit Stockholm; on voit cependant que le vers pourrait être sans aucun changement de mesure ni de sens :
Gaenlx affinez, aile gris et floars.
Somme toute, allegruc n^est qu'une faute du copiste très incorrect à qui l'on doit le manuscrit Stockholm.
f Fist à maint rei lor anui, et alegroit Jacob en ses oeuvres. • Livre des Machabées^dz,ns La Curne. — • Leurs corps evidentement alaigrii, • Rabelais, II, 502.
S Voyez plus loin sous le mot Hallegrup.
ANCE OU ANSE, subsc. fém. L'oreille.
Car vendengenrs, des ances circoncis.
S'en broaent du toat à néant.
Bail. I.
Et vendengenrs^ des ances circoncis,
BaU. VU.
Comment eschappas-ta? — Ce fot Ponr ane once.,.
Et de paour d'estre circoncis Des ances, saultaj la fenestre.
Vie iê tûwct Christophe,
En latin et en anglais comme en français, les oreilles sont visuellement comparées aux anses d'un pot qui esc la técc, et réciproquement Ton die < les oreilles d'un pot 1. Le lacin ansa signifie oreille (d'un soulier) dans Valerius Flaccus; ansaawriculœ, c'est le bout de Foreille. < Anse, dit Cotgrave, the handle or eare of a poc. 1 — c A pot vithout an ear. 1 Swift, apud Johnson, v<> Ear, Cette double signification est consacrée dans la langue littéraire par les exemples suivants : c Bien accomparoic telles manières de gens à des vases à deux anses, qui se transportent aisément par les aureilles là où Ton veult. 1 Amyot, Mauvaise honte, 24. — < Que toutes choses ont deux anses et deux visages, qu'il y a raison partout. 1 Charron, Sagesse, II, 2. — 1 Ainsi voyons-nous de prxsent les précepteurs et paedagogues esbransler les testes de leurs disciples (comme on faict un pot par les anses) par vellication et érection des aureilles. • Rabel., I, 213. £c si Ton vous dit que anse vient du germain asa, n'en croyez rien.
L'usage de couper les oreilles aux malfaiteurs était en
iSa LE JARGON DU XV« SIECLE.
pleine vigueur au temps de Villon, c Barthélémy Haultbert, du pays de Poulaine, et Nicolas Prine, teinturier du pays de la haute Allemagne, puis naguères essorillis et bannis de ce royaume. • Comptes de la prévôté de Paris pour 1460. Sauvai, III, p. 362, — • En France seulement on exécute les condamnez à mort après disner, et on fouette et essoreille les autres criminels le matin. Les autres nations font le contraire. • Bouchet, III, 37. — Brantôme raconte Phistoire d*un Espagnol condamné à Tessorillement. Le bourreau lui releva les cheveux et ne trouva point d'oreilles. — t Cuerpo de tal ! • s'écria le condamné, c estoy obligado à dar orejos coda martes? Suis-je obligé de fournir des oreilles tous les mardis? n Rodom, esp,j 32. — c Nous trouvons que lesanciens, quand ils vouloient saluer, prenoient les oreilles de ceux à qui ils avoient envie de faire la révérence, et puis les baisoient; ceste manière de baiser estant appellée olla^ en prenant la teste pour le pot, et les oreilles pour les ansesj comme nous trouvons en Clément Alexandrin. • Bouchet, III, 50. Anse garde encore la signification d'oreille au vocabulaire des Mercelots.
ANDOSSE ou ENDOSSE, subst. fém. Le vêtement qu'on endosse, veste, pourpoint ou armure.
changez vos andosses souvent.
Bail. U.
Là ot iing gneulz son endosse polje.
Bail. XL
Il n'a tirandes ne endosse,,.
An moins en aurons nous V endosse.
Mût. de U Passion.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. isi
Or taillé avons quelque endosse.
Mut. du Vttm* Test.
Brayhanlt t^rone sur son endosse.
Je suis en ce bois tout transj Dont j'ai faict endosse de vert...
J'anray le jorget et Vendosse.
Vit it smnct Christophe.
Dans le livre du Jargon, c'est le dos lui-même ou l'échiné; G)quillart l'emploie dans cette acception {Mon. du gendarme cassé) ^ I, 151, ainsi que Bouchet,III, 130.
La transition du verbe au substantif est facile à saisir par les exemples suivants :
Là vôssiez tant haubert endoser.
Rome.f p. 8$.
Les restements de toile qn'Englois 7 aporterent, Ilbssns les armeiires moult bel les endossèrent,
Goisc., 21486.
§ Le mot endosse se trouve dans le Dictionnaire de T Ac a demie française, au sens que lui ont donné M*"* de Sévigné (lettre 42a) et Marivaux dans l' Epreuve j (se. xviii}, celui de peine et de responsabilité.
ANGE, ANGEL, ANGLE, subst. masc. Ces diverses formes sont celles du mot ange en français. Sergent ou archer, tout agent de la force publique.
Et par anges snivans la paillardie.
Bail. I.
Les angel{ de mal tous rons.
Bail. m.
iSi LE JARCON du XV« SIÈCLE.
De ces anfrtls si graeelisses.
Bail. IV.
Mestant à jus la riiflene Des angel^ et leurs assosez.
Bail. V.
Anges bossas, ro\ilstres et staricles...
QyC anges n'y ait Ati claves empoué.
Bail. Vin.
Après, doubtant de ces anges Tassault...
Bail. XI.
... Si le roaastre et ses anges Nous troavoient à la gourde pie...
Prends-toi bien garde da roaastre Et des anges,.,
VU de sainct Christophe.
Anges bossus de la ballade VIII doit se traduire par sergents de malheur, sergents pestiférés, la boce étant le bubon symptôme de la peste, t Bossa^ tumor, tuber, gallicè ^oxje^ propriè de ulcère pestifero quod It^ bojiam vocanc. > Du Cange.
Les anges bossus de la ballade VIII sont un synonyme exact des angels de mal tous rons de la ballade III.
« Ange^àzn^ quelques provinces, signifie sergent. > Diccionnaire de Trévoux. — « Ange de grève ^ sergent de police à Strasbourg. • La Curne. — • Crocheteur à Paris, facchino, • OuàïnyCurios.fr.jp. i3,etCotgrave,v® Grève, — Ange de grève j signification injurieuse comme gibier de potence dans Bonaventure des Perriers, t. Il, p. 6j.
C'est positivement un sergent dans Rabelais, au passage suivant qui paraît n'avoir pas été saisi par les commentateurs, à propos d'un des chicanoux si maltraités par le seigneur de Basché: f Jeapperçoy clerement qu'il m'a cité en ange et daubbé en diable. • Rabelais, II, 325.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i$s
Co^ave donne au pendu lui-même le nom à* ange de grève : < One chac hangs in cheynes, or an a gtbbet, a good vhile after he is dead. •
L'éc]rmoIogie ^ange^ qui signifie au propre envoyé, ambassadeur, du grec «tY'^^^i explique la qualificacion donnée aux sergents de police et en général aux envoyés de la justice. Le titre à' ange a été porté par les papes, par les archevêques, les évéques et même de simples abbés : « Leone, Christi famulus, religioso presbitero et monacho, •et per divinâ clementià coangelico abbate ejusdem monasxerii (de Subiaco). > Charte de 956, citée par Muratori, dans Du Cange, v^ Angélus,
Les ambassadeurs impériaux ont été qualifiés angélus imperii, Ekkekardus junior decasib. S. Galli, cap. ult. Ibid,
ff En comparant l'office de nos sergens ou de nos huissiers à celui àtz Intelligences spirituelles qui, dans TEcrixure, annoncent à la terre les ordres du ciel, on a désigné «t Ton désigne encore dans quelques provinces un sergent, un huissier, par le mot ange. • (La Curne.) Calvin envoie hardiment les impies t au feu éternel, lequel est préparé au diable et à ses anges •• Inst.jp. 112.
Le mot ne serait pas digne du Jargon s'il ne renfermait, en double sens, une allusion à la potence. Le grec àrfi%i^^ étrangler, a fourni le latin angere^ d'où le français tire angéer^ angier et anger^ dans le même sens ; plus angine ^ angoisse et angon^ qui signifie crochet. De même dans les langues germaniques, to hangj angl., pendre, et angel^ ail., crochet. Ces divers vocables justifient largement le nom à^angelsf angles et anges donné aux messagers de la justice humaine qui conduisent les gens au crochet ou angon qui les angue.
ANS, subsc. pi. C'est le mot de la langue ordinaire; vos anSj pour votre vie, vou8-mé(ne. Il est écrit emps ou ens dans plusieurs des exemples qui suivent; cette forme s'explique par Phomophonie, mais le sens n'est pas douteux.
Et que vos emps n'en aient pas da pis.
BaU. L
Voz ans n'en soient rouppieax.
BaU. V.
Voz ens soient assez hardis.
Bail. VL
En ceste vergne où vostre an vealt loirrir.
BaU. VUI.
9 Arij zincalo; subst. pi. Things, matters, cosas. En grec moderne ov (being, existence). • Borrov. Cette explication conviendrait aux passages allégués ci-dessus; mats ce n'est qu'une concordance curieuse.
* Le mot ans a été employé dans le même sens qu'au Jargon par nos plus anciens poètes :
Jeu li dirai : « Senhor, merce, non sia Qu'el mai segle turmentiei totz mes ans.
PuaaB Vidal.
On disait de même : ton corpsj ses corps^ pour coimême, lui-même, etc. Voyez Aiol^ v. 3373, 5613, etc. On trouve aussi dans le Roman de Rou :
Le fist à son ens se mal non, Et en tonte religion.
Mais il ne faut voir ici dans ens qu'une contraction arbitraire de esme^ estime, avis, opinion.
ANTONNER, v. a. Marier à Féglise (ou autrement).
Antonne^ poix et marques six à six.
Bail. VII.
Entonne est traduit par église dans le Jargon : t Les unes pour ficher aux ratichons (prêtres) dans leurs ent<mn€s. » Il y a lieu de croire que Téglise est ainsi désignée parce qu'on y chante la messe, entonner étant le double synonyme de chanter et de boire, parce que les chantres sont réputés bons buveurs :
Bon chanteur et bon entonneur»
Ovide travtsH, fabl. VH.
ff Ce grand musicien estoit excellent par-dessus tous les autres en Fart d* entonner, » Les Av, d^ Italie de M. d'Assoucy, chap. i*'. — i II eust esté bon chancre, il entonne bien. ■ Oudin, Curios.fr, — • Dumesnil chantre, a/i/onneur de vin. > Calendrier du pire Duchesne^ ^79^»
En jargon blesquien et en argot moderne, Vanticle, Yen" tijfe ou VentiMe (la vieille) est pris tantôt pour la messe, tantôt pour Téglise. Ambie anticle^ en blesquien, signifie excommunié, qui fuit la messe. Antif et anticle sont deux vieilles formes d^antique. Or le livre de l'argot donne entiche pour entife^ comme synonyme d*entonne, église. Enfin, comme pour mieux assurer notre explication d^antonner^ Vidocq enregistre amtij^er pour marier :
Ahl si j'en défouraille, Ma largue yentiflerai.
AS jorgoe ) wnmjurau
ChnuoH ff argots
Ainsi le parallélisme est complet : antiffie, église, tîM^r, marier; antonne^ église, antonner^ marier.
an»
Le slang confirme le sens des deux mocs légèrement altérés; car, dans le langage des voleurs anglo-américains, autum signifie une église et autumed marié.
*ARCHQUANT. Ce mot singulier, qui devait se prononcer arquant ou archant^ ne s*explique que comme la qualification du roi David, qui dansait devant l'arche. (Voyez David et Davyot.)
Vive David, saict archquant la baboue.
Bail. X.
Cependant, si nous lui cherchons une signification double et faisant équivoque, comme il convient aux mots de la poésie jargonnesque, nous trouvons d'abord le latin jmgere^ dresser, lever tout droit, arrigens au participe présent; d'où arrectaria^ jambage ou montant d'une machine, degré d'une échelle ; et arrectarius. Arrectarius asser. Varr. Pied droit, jambage, montant. Puis l'italien ûrnjjûr^^ dresser, bander, tendre tout droit. N. Duez. En espagnol, arrechar a la même signification, et harser^ arrechado^ dressé j harsé, etc. Ces difiérents vocables aboutissent à une idée de gibet. David, patron dés Gueu^, serait donc ici considéré comme celui qui les mène à la potence, et archquant signifierait pendant, accrochant au gibet ; ce que confirment f arroquer^ v. a. (patois normand des environs de Bayeux), accrocher. » Duméril, Dict, du pat, normand; et f arokerj accrocher ». Gloss. picard de Corblet. Un sens dérivé d'arroquer est presser, accabler :
Se demeslant ainsi d'une presse guerrière Qu'un sanglier arroqué dans une fondrière.
R. Bblleau, Birgtrtes,
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. ijs^
*ARD£RIE,subsc. fém. pour harobrie. Attachement^ ligature.
Dangier de grap en arderie Fait aim sires faire la moae.
Bail. VI.
Mot d^exemple unique. — Est resté, sous la forme hardgrieydzns la technologie (c'est le sulfate de fer des émailleurs). La hari est le lien d^osier qui attache les fagots, et par extension la corde dont on atuche et étrangle les criminels. Harderj en terme de chasse, c'est attacher les chiens quatre à quatre ou six à six ; et par extension les pendus.
Vons nous voyez cj attachez cinq^ six,
a dit Villon dans sa ballade des Pendus.
Si la forme hardene ne subsistait pas, on aurait pu, dans le doute, considérer arderie comme un substantif formé du verbe arder^ brûler, dont la langue moderne ne conserve que le participe ardent. Le vers ci-dessus se fût alors traduit par danger «S être étranglé sur un bûcher; mais on rencontre partout au moy^ti kgtardéeur^ardeor^ardour^ ordure y ardeure et ardeur; d'où l'on peut conclure que arderie n'existait pas en ce sens, puisqu^on n'en connaît pas d^exemple.
^ARERIE, subst, fém. Littéralement labourage; par extension, navigation et voyage.
Qn'ostac n'embrone vostre arerie Où accolez sont vos atnsnez.
Bail. V.
Mot d^exemple unique. — Du verbe arer^ labourer.
i6o LE JARGON DU XV« SIECLE.
calqué sur le lacin arare. — f Cestuy jour ec les deux subséquents ne leurs apparue terre ne chose aultre nouvelle. Car aulcres foys avoient are ceste routce. t Rabelais, II, 273. — c Arer^ terme de marine, chasser sur ses ancres. • Trévoux. — • Aretj labourer, ainsi employé dans tous les poètes du moyen âge. Se prend au figuré pour un labourage qui se fait en terre vivante et animée, t Gloss. du Roman de la Rose,
Et vont comme foli maleoreux Arer en U terre déserte Oa leur semence va à perte.
Rom. dâ la Rost, v. ao,4sa'4.
Are^, ponrDien! barons, are^f Et V02 lignages reparei:
Se ne pensés ferme àL*a,rery N'est riens qui les peut reparer.
Rom, d* la Rost, v, ao,$ 13-16.
Voyez ci-après Emboureux,
Areur^ laboureur.
Arearj v. a. Ane. port. Errer à l'aventure. Jal,
Arrie,
Com lait en arriV on en mestier.
Le Dictionnaire manuscrit de La Curne (Cab. des mss.) donne ce vers comme extrait du manuscrit de Ph. Mouskes fr. 9634, p. 64.5. Mais l'mdication est fausse. Elle n*a pas été reproduite dans Téd. de M. Faivre.
* ARLON YNS, subst. pi. Intraduisible par diverses raisons.
Elle est brouée entre $e$ arlonyns.
BaU. IX.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i6i
Laissant en réserve la valeur propre du mot, la phrase s'incerpréce de trois façons connexes : i Elle est partie, ou abordée, ou mouillée entre ses. . . >
Je ne saurais préciser l'étymologie de ce mot, d'exemple unique. Il se rapproche cependant d*arlotuSj b.-lat., coquin, d^où arlotta, coquine, prostituée. Je me borne ici à transcrire quelques exemples.
« Arloty arlotuS) coquin, homme sans aveu. • Raynouard, II, 122. Du Cange. — t N'en déplaise à Pihau, à Arlod, ny à Villon, ny à Ragot, ny à Moret, ny à Chicot. • Brantôme, I, 175, c. i.
t Harlotie, s. f. Paillarde, meretrice, g..., p... Harlotterye^^. f. paillardyse ». Palsgrave. Synonyme de strumpet. Harlot et strumpet subsistent avec les mêmes significations dans l'anglais moderne. Il est à remarquer que Palsgrave ignorait que le mot fût aussi français qu'anglais, puisqu'il ne le donne qu'en cette dernière langue.
ff Arlotto^ ital. Goulu, gourmand, escornifleur, plaisant, falot, bouffon, droUe. — Arlotta^ gourmande, goulue ; une bonne drollesse; une p t N. Duez.
Arlotj romano<a$trais.' Fille perdue.
Arierij niçois. Jeune homme gai, badin, d'humeur enjouée.
S Je. trouve la forme orlot dans les vers suivants cités
par La Curne comme extraits des redi de l'Académie de la
Cmsca :
Ane persona tant avara No créi que nuz home viz, Com al vieil 0r/or mescheins Naimerié ab triste cara.
-• Unde venitis vos àlii arloti et ribaldi? Vos mali ûr-
lotij in fide mea, Ixû de corpore. » Lett. de rém., 1377. — t Iceluî Pierre appela le suppliant arlot^ cacaîn, bourc, qui vaulc autant à dire en langaige du pays de par-delà, garçon, truanc, bastard. • Lett. de rémiss., 141 1.
La transition à^arlot à arionyjij sans être inadmissible, fait cependant difficulté; elle supposerait au moins une forme intermédiaire, arlone^ dont je ne connais pas d'exemple.
Harele ou harelle^ assemblée illicite, conjuration (lett. de rém. de 1343 et 1424); Aare/eicr^ séditieux {ib.^ 1396), en leur cherchant un sens applicable à la ballade IX, ne fourniraient pas une résolution étymologique plus satisfaisante.
Un seul mot se rapproche i^arlonyn^ c*est l'allemand harieirij pluriel hàrleinen^ petits cheveux. Je n'insiste pas.
* ARPES, s. pi. pour Harpes. Griffes, grilles, barreaux.
Prince des gayenlz, en les arpes Voz contres ne soient grefiîz.
Bail. V.
L'argot moderne a les arpions pour les pieds, assimilés à des crochets, comme la griffe du chien en vénerie. (Y. ci* après Espince et Picans.)
Arpoy gaffe et griffe. Arpions , griffes. Rom.-cast.
Harp^ une femme en slang.
ARQUES ou ARCHES, subst. pi. Coffres-forts, cassettes.
Prince froart, dis des arques petis.
Bail. L
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i(!|
Souvent aux arques A leurs marques Se laissent tous desbouser...
... Que lors faisons La fée aus arques respons...
BaU. III.
Saupîcquetz fronans des gours arques.,.
Pour doubte de frouer aux arques,,.
BaU. IV.
D'ung roi li sovenoit qui tenoit si grans marches Qui fist par bel Kens faire quatre petites arches.
GiBABT DB ROSSXIXOII, 287 1-2.
Le» moignes de laiens enkenbelerent, Lor escrin et lor arces tous detfremerent.
Jhl, ▼, 785-6.
Latin, espagnol et italien, arca^ coffre ; en provençal, archa et arqua ^ français moderne, arche. L* arche d'alliance était le coffre qui renfermait les tables de la loi. Cotgrave traduit le français coffre par l'anglais arke.
Arche a été quelquefois masculin, comme le montre Texemple suivant, où il est question d'une arche de pont, ce qui ne fait rien pour le genre du mot :
si qu'un arche de pont cheî dedens le gué.
GuBscL., 19, s 3 2.
Arques petis est donc correct. La signification spéciale de ces deux mots réunis nous est donnée par Oudin dans son Dict. espagnol : f Arca pequena^ cassette. •
ARTON, s. m. Pain.
Tant qu'il n'y eust de Varton sur les cars.
BaII. XI.
i64 LE JARGON DU XV* SIÈCLE.
Artois^ dans Pechon de Ruby; artis^ artie^ pain, dans Ollivier Chereau. Du grec 4pTc;. CelthelUnisme ou étymologie des mots français tirés du grecj par Léon Trippault ; à Orléans, par Eloy Gibier. 1581, in-8°, p. 27.
De Varty esc venu par extension et agglutination le langage lartyj synonyme de Jargon, • qui n'est commun qu'à ceux qui en triment sur le ligourt et le passe ligourt i . D'Assoucy.
On trouve dans la xerigonia espagnole : artifcra et artife^ pain ; artiferoj boulanger.
* ARVANS, part, présent pi. Folâtrant, faisant des
sottises :
Coquiilars àrvans à Ruel.
Bail. n.
Le vieux texte godiique donne enarvans. Il fallait donc retrancher une syllabe; la suppression ne pouvait porter ni sur coquiilars ni sur à Ruel, car nous savons par ces vers du Grant Testament :
Si vous allez a Montpipeau Ou a Ruel, gardez la peau^
que Villon faisait Ruel de deux syllabes. Restait enar^ vans; je le réduis à arvans, qui me procure du moins un sens plausible et se relie à un autre mot jargonnesque (V. ci-après Arvés).
Arvans paraît être le participe présent pluriel et arvés le participe passé pluriel d'un verbe arver^ qui n'a pas laissé de traces authentiques; mais nous trouvons dans N, Duez Vïtalienarvej traduit par jeux, sottise, badinerie; et M. Francisque Michel a enregistré arvéj comme synonyme de dupe, sans alléguer d'ailleurs aucun exemple.
On pourrait, faute de mieux, rapporter la formation
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i6$
à'arçer à un verbe latin barbare, arvare^ labourer, travailler, tiré à^arvum. Le sens s'appliquerait assez à nos deux exemples du Jargon : t Coquillards travaillant à Ruel > et « trompeurs travaillés > , c'est-à-dire consommés dans leur an.
Si la trace authentique du verbe arver nous échappe, nous avons du moins le substantif arve^ tiré du bas latin arva : f La ruisselée qui est entre nos vignes de rousées et Varve Thomassin Geelin. > Du C, Glossaire, v° Arva,
ARVÉS, adject. pi. Badins, facétieux. V. ci-dessus
arvans,
Mareux arves, pimpres, dorlotz et fars.
Ba!l. XI.
M. Francisque Michel donne arvé, s. m., avec la signification de dupe, sans alléguer aucun texte, ce que je][regrette, puisque ce mot ne m'est encore connu que par le manuscrit Stockholm.
ASSEGIER, V. a. Ancienne iotm& à* assiéger.
Plantes ailleurs; contre^ assegier.
Bail. V.
Qaand le gosier est assegis.
Bail. IV.
.... En Saragoze vous viendrat aseger.
Chanson àt Roland, XXXV.
Dés or est Paris assegie^.
Bemoit, V. 4003.
Dame en cui est toute honors assegie,
Thibault, chanson iv.
j66 le jargon du XV" SIECLE.
f David se cureçad forment, e asséjad la ciced. > Rois, 137. — • Et il les avironerent toc en tor e les assegierent. > Aîachab.j I, ch. vi. i Et bien cuidoit certainement que ce fussent Grieu qui le venissent assegier. » Villehardouin, CLXII.
Assetjafj provençal et catalan.
§ A remarquer que assegier, comme tous les verbes en ier, a deux conjugaisons parallèles : assegier, assegir, et celle-ci fournit le participe assegis du second exemple.
L'édition Trepperel donne assiegis, au lieu d'assegis, dans le second exemple tiré du Jargon.
* ASSOSEZ, adj. pi. Sujets.
Des angelz et lears assost\.
Bail. V.
Mot d'exemple unique.
On pourrait croire qu^on a devant soi une forme du participe associé, se rapprochant de Pespagnol moderne asociado. C'est ainsi que l'a compris La Curne. Cette supposition, fortifiée par une variante de Tédition Trepperel qui donne associe^, n'altérerait pas le sens du passage; mais elle rendrait le vers trop long et ferait également difficulté au point de vue philologique.
Le latin subjecti, assujettis, sujets, a donné en vieux français la forme sosgis (prononcez sôgis) :
K' à tout le inonde sais sosgis»,»
J'ai apris
A estre à bone amors sosgis.
Ane. poe. fr. antérieures à 1300. La Curne.
• Ne pourra vendre ne assubgîr les fiefs. » Coût, général, I, 801.
Et souigiei (prononcez sougei) :
A cni doi ge estre sou^gie^ se à Dieu non?
Psautier, f» 72.
Assougir. Froissart, poés. mss., p. 399, c. i. Assubjîr, Laurière, GI. du dr. fr.
Sosget (sôgec), provençal.
Ce petit nombre d'exemples permet de discerner la valeur d'assoseiy qui me parait signifier assujettis^ c'està-dire sujets^ et qui devrait être régulièrement écrit : as' sougiej (prononcez assougei). Nous tenons d'ailleurs ici l'expression technique^ qui se retrouve, en langage moins archaïque, dans la Fie de saint Christophe :
... Le roastre et ses subject^ Me mirent aux cotfres massis.
On voit qu'en 1489 les correcteurs de l'édition Pierre Levet ne comprenaient déjà plus les vieilles formes de la langue, et qu'il faut se garder de toucher, sans de bonnes raisons, au texte du Jargon, si altéré qu'il paraisse et qu^il soie en effet.
ASTÉS ou ASTEZ, subst. m. Anciennes formes d'été^
^ison.
Qu'en aste^ ne seye en sûrie...
BalU V.
Les anciennes formes françaises sont esred et ester {Ch, de Roland) et estes (Coucy).
i(S8 LE JARGON DU XV" SIÈCLE.
Asté^ berrichon, signifie été et sécheresse; c'est une forme très voisine du provençal estât ^ latin œstatem.
Le vers ci-dessus forme équivoque avec enastei^ mis au bout d'un pieu, se. pendus, qui fournit un excellent double sens. (V. ci-après Enastei,)
ATASTER, V. a. Sentir, attoucher.
Pourtant se font ataster et cremir.
Bail. vm.
Vint atastant sire Combers
Aa lit. . •
FàbU dans La Carne.
Taster vient de taxitare^ itératif de taxare^ dont un des sens est toucher. Adtaxare^ d'où ataster^ serait donc identique à attoucher; ici le mot est pris dans le sens usuel et n'a rien de jargonnesque. D'ailleurs, il reproduit littéralement Titalien atastare ou attastare^qnï signifie /oucher et éprouver, N. Duez.
AUBE, subst, f. Matinée, point du jour. Pièce de tissu
blanc.
Brocquanz, dorlotz, grand gnaia, aube florye.
Bail. XL
Bien que le mot ne soit pas de Jargon, il trouve place ici à raison de quelques particularités qui s'y rattachent.
L'aube se dit non seulement de la première blancheur du jour, mais aussi de tous vêtements blancs, et même d'un linceul. Dans le Jargon espagnol (Oudin) alba veut dire un drap de lit, ce qui n'a rien de particulièrement jargon* nesque. La signification de tissu blanc était générale, et
Foa peut admettre que Vaube en Jargon désignait toute espèce de linge.
Dans cette seconde acception, Vaube Jlorye de l'exemple ci-dessus, au lieu de signifier matinée joyeuse et fructueuse, se relierait aux premiers mots du vers, brocquans^ dorloti^ c'est-à-dire bagues et rubans, et voudrait dire lingerie volée. Ce qui sera justifié au mot Jlorye ci-après.
f Le fils de Clovis mort fut en aubes (vêtements blancs des enfants) assez tost après son baptisement. • Chron. de S. Denis, t. I«', f» 11. — c Maudite soit l'heure que je fus oncques née, et que je ne mourus en mes aubes. • Quinje joyes du mariage^ p. 2j.
A grant oanor antierrés fa...
Rice tombe et moait rice aube,
Ph. Mousxes, ms. p. 330.
* AUDINAS, subst. pi. Prêtres, seigneurs et magistrats ; gens qui disent ou à qui Ton dit audinos^ la finale étant altérée pour la rime :
Marques de plant, daines et audinas.
Bail. XI.
Audinas^ prière, t Te rogamus, audi nos. • — t La laisse dire ses audinos. • Bouchet, IV, 183. — « Le mary qui avoit accoustumé de s'endormir en disant ses audinos. • Ibid.^ I, 206. — € Philippin. Aga. queusi queumy? Te rogamus^ audi nos. — Alaigre. Voicy le jour du jugement, les bestes parlent latin. > Comédie des proverbes j p. 68. — c Ladicte bonne femme, disant ses gaudez et audinos,.., f Rabelais,!, 271.
AVANCER, V. a. C'est le mot de la langue usuelle, avec quelques nuances archaïques.
Espelicans Qui en tous temps Aponce^ dedans le pogois
Gourde piarde.
BaU. m.
Que voz ens soient si hardis Que de leur avancer la droe.
BaU. VI.
Pour avancer au polliceur de pye.
Bail. L\.
Trujre maris, sans avancer ravault.
Bail. XL
Dans le premier exemple, avancer signifie prendre (de la boisson) ; dans le deuxième, faire prendre (une drogue) ; dans le troisième, employer; dans le quatrième, rattraper en prenant de V avance. Ce sont des sens généraux analogues à ceux du verbe italien accommodare.
Me sot Simon cuer embler Ke, se pitiée ne ttCavance,.,
Poét, mss, La Curne.
I Et pour ce soit à présent expédient que lesdits chaussetiers, pour V avancement des personnes, les facent ec vendent toutes garnies, t Lettres de Charles VI, 2} octobre 1398, rec. du Louvre, IX, 301. — t II payera cent solz d'amende, dont le royaura les deux pars, et les gardes dudic mestier, le tiers pour leur paine de les avancier et visiter les euvres. 1 Lettres de Charles VI, 16 mai 1408. Rec. du Louvre, IX, 332.
Avancieres se dîsaic d'un officier public donc le devoir écaîc de dénoncer les crimes, ec sans douce aussi des gardes de& métiers, chargés de rechercher ec de constater les contraventions. Note de Leber. Coll. XIX, 497. — Avancieresy procureur fiscal, promoteur. Lacombe. Dans cette acception, on retrouve Tidentité d^avancer avec procurer, Vavancieres (forme moderne avanceur) est un procureur.
fl Avançar ^TLYoïroM estre de reste. Ce mot est italien et receu en Espagne entre les marchands. 1 Oudin.
BA6IGNER ou BABINER, v. n. La seconde forme reproduisant la prononciation exacte de la première. Litcéralement remuer les babines^ par extension parler, raconter, babiller, supplier, avouer.
Et hahignt^ toosjours aux ys Des sires pour les desbouser.
Bail. I.
Devant la roe à habiller, Il hahigna poar son salut.
Bail. II.
Berart s'en va chex les joncheurs Et hahine qu'il a plongis.
Bail. IV.
L'on n'atendott que le telart
Pour te pendre hault comme ung lart
Nonobstant tout ton habinagt.
VU it saint Christophe.
Dans le premier exemple, babigner veut dire marmotter, supplier, demander Taumône; dans le second, implorer ou avouer ; dans le troisième, bavarder en suppliant. La
17a LE JARGON DU XV« SIÈCLE.
pensée du premier exemple est clairement expliquée dans ces deux vers :
Pour babiller piteusement
Et joncher beau, c'est mon mestier.
Mir. des enfant ingratz.
Sçais tu qu'il est, ne me babilles Meshuy de ton bée et me paye.
Palhelin.
f Butiner j muover le ganascie • . Oudin.
Le zincalo possède le verbe babihar^ que Borrov traduit c to excinguish, apagar i (éteindre, étancher, calmer).
Babines, babeines ou babaignes est le nom vulgaire donné aux lèvres de divers animaux, particulièrement du singe qui remue continuellement les siennes. (V. ci-après Mouargie et Moue,)
Babouin^ d'après M. Littré, voudrait dire autant que lippu. (V. ci-après Baboue.)
BABILLER, v. n. Mot de la langue usuelle que le Jargon rend également par babigner, (V. ci-dessus.)
Devant la roe à babiller Il babigna pour son salut.
BaU. IL
Pour babiller piteosement
Et joncher beau, c'est mon mestier.
Mir des Enf, ingraix.
Scez tu qu'il est? Ne me babilles Meshuy de ton bée, et me paye.
Palhelin, v. IS7I-2.
En argot moderne, la langue se dit la babâlarde et un
confesseur esc le babillard^ celui qui fait babiller. Vidocq. La racine du mot et le mot lui-môme se rencontrent dans beaucoup de langues européennes; allem* anc. et inod, y bable/ij babelen^ babbeln; hoIL, babbelen; angl., to habble; dan., bable; island., bab.On y peut voirune onomatopée ; c'est le sentiment de Diez ; d'autres font venir habU et babiller de la tour de Babel. Cette ét/mologie, proposée et soutenue notamment par Grocius, a pour elle Tautorité de M"» Pernelle ; •
c'est véritablement la tonr de Babilone,
Car chacaa 7 babille, et tout du long de l'aune.
Tartuffe, k. i'*. '
Sans remonter à la langue universelle donc babiller serait un vénérable débris selon Grotius, contentons-nous de remarquer que le mot a des racines fort bien établies dans la langue grecque. L'interjection grecque Bâ^ signe d'étonnemenc, qui a passé dans notre langue (bah !), redoublée en BaCa (Ba6ai Tc5 Xo<fcu! Oh! quel discours! Platon), conservée par le latin Babx (Babx! nunc demùm animus mihi in cuto est loco. Plaute),est un radical onomatopique qui se retrouve dans les verbes Bae», Bdî^w, BaSdCu, parler ec babiller j bégayer comme les petits enfants; d'où BflESoÇ et BaScuTTiç, babillard j et Bx&ov, bambin. L'italien possède babbolare^ etc. Ces étymologies me paraissent méricer de prendre le pas sur les mots tirés des langues germaniques. (Voy. Baboue ci-après.)
Je ne quitterai pas le mot babiller sans y rattacher une explication intéressante pour la langue spéciale des gens de théâtre. On sait qu^à la Comédie-Française 00 a dit long-
174 hE JARGON DU XV« SIÈCLE.
temps le grand trottoir pour désigner les rôles importants du grand répertoire. C'est tout simplement un emprunt au Jargon des matois du xvi« siècle : c le babil ^ c'est le rr^^ rouir; un andre qui va sur le trotouër, c'est une femme qui va babiller • . Tel est le renseignement positif que nous fournit Bouchet en sa XV* serée (III, 131), intitulée d^s^ larrons, des voleurs , des picoureurs et des mattois, qui contient un pedt vocabulaire du Jargon des matois vers la fin du XYi* siècle, après le siège de Paris par Henri IV.
♦ BABILLANGIER, v. n. Fréquentatif de babiller par l'adjonction du gier jargonnesque qui se retrouve dans les cinq ballades inédites du manuscrit Stockholm. (Voy. Gier.)
Bahillangier sur tous fais et sur ars.
Bail. XL
BABOUE, s. f. Le singe, c'est-à-dire le pendu qui fait la grimace ou la moue au haut de l'arbre ou de la potence. (Voy. Mouargie et Moue,)
Vive David saint archqnant la haboui.
Bail. X.
Et si doit-on tondis du pot verser, vins et vaisseaaU l'un l'autre requérir; Les requérants y doivent obéir.
Sans refuser, tout boire, et sans escroe. Ainsi se doit cet ordre maintenir Qui s'appelle l'ordre de la baboue,
EvsT. Dbsck., f> 241, col. 2.
(La Curne a lu inexactement escroc et baboc.)
« Et trouvons en Théocrite qu^une femme nourrice me-
nasse son enfant de la Babouè ou du Marmot 1 . Bouchet, IV, 68. — t Panurge luy feist la babou en signe de rîsion. • Rabelais, II, 468. Le même auteur nomme la babou parmi les jeux de Gargantua, I, 81. — c Faire la babou. • Cotgrave.
Babouinj le singe, paraît être un diminutif masculinisé de taboue, Littré adopte pour l'origine de babouin le mot bàppe qui voudrait dire mufle dans les patois allemands. Je préfère à cette dérivation problématique les mots grecs que )Vi cités sous babigner et babiller; et surtout B«6iov, que nous conservons sous la forme de bambin. Un babouin a dû très facilement se comparer à un petit enfant.
Au grec BôCiov nous rattachons aisément, avec le bambin français, ses homotypes le bambo et le bambino italiens, Tanglais baby, firancisé en bibéj etc.
Même origine pour la babbole italienne dont nous avons fait babiole^ et pour le provençal baboyos^ sornette, enfantillage, etc. (Dict. de Jean Boudo sur les poésies de Goudelin, édition de 1638.}
Baboj langue d'Auvergne, être imaginaire, très laid et très noir, dont on fait un épouvantail pour les enfants, t Noir comme babo. • Barbaou en breton, même signification. — Babooûp niçois. Faire babooû^ c'est poindre et disparaître subitement, se cacher et reparaître.
La série des mots italiens fournie par N. Duez est : babbo^ P^P^) iQOt d'enfant \ babettOj babbino^ même signification ; babbione^ gros singe, babouin ; bamba, poupée ; bambinoj bambina, petit garçon, fillette, etc. c Andare à Babbo riveggoli •, aller au diable, nous ramène au sens d'épouvantail.
Baburrusj c'est-à-dire stulius. Isid . i o, 3 1 ; ital. , babbaccio^
babbêOj habbuino ; esp., babia ; latin, babuîus pour fatuus dans Apulée (Diez, p. 40).
A côté de babouey substantif, le vieux français avait baubej qui est le balbus latin, bègue; et bauboyer^ bégayer, qui rendent exactement le grec Bajib€axô;, bègue, et Ba{&- CoXiCiiV) bégayer. Bien que Forigine et le sens s^écartent de babouej je suis obligé de faire état des dérivations de bai^ bus^ à raison d'une autre interprétation possible du pas-« sage qui m'occupe. On pourrait lire en effet:
vive David saint archqaant! La baboue Jeaa mon amjr, qui les feuilles desnoue.
ce. qui se traduirait : c Vive David, le saint de Tarche, qui mène à la potence. Là balbutie, Jean mon ami, celui qui dénouait la bourse du prochain, t Jean mon ami est une locution proverbiale, une sorte d'exclamation, qui n'entre pas dans la construction de la phrase. Baboue serait, dans cette hypothèse, la troisième personne de l'indicatif présent du verbe baboyer^ balbutier et faire la moue.
fl I blaber^ I put forthe the lyppe, as one dothe his tonge in his heed.' J« baboye^ prim. conj. as la langue luy baboyt en la teste: his tonge blabred in his heed. • Palsgrave, 456. — c I falter in • my speaking, as one dothe that is drunken. Je baboye^ prim. conj. His tonge bcgynneth to falcer, he hath dronke a lytell to moche : Sa langue se commence à baboyer ; je pense qu'il a ung peu trop beul 1 Palsg., 545.
BANC, subst. m. C'est proprement le banc, c'est-à-dire la. sellette où s'assied Taccusé, peut-être la prison.
Qa'aa mariage soies sur le banc Plus qa'ung sac n'est de piastre blanc.
Bail. I.
Bancoj prison, en argot espagnol. Franc. Michel.
fiAUDERIE, subst. f. Finesse,» subtilité hardie et
joyeuse.
Prince, cil qui n'a bouderie Pour soi eschever de las oe.
Bail. VI.
Prestre se tu pour ta prestrie Es baaSy bien peas par bauderie En plour tourner ton chantuaire.
Alain Chaatiii*
L'allemand bald^ hardi; anglais, bold; prov., baui; italien, baido, a donné en français baud et baude^ avec la signification de hardi et joyeux ; d'où esbaudir et ribaud encore en usage; ital., ribaldo.
Portant chère hardie et bauie.
ViLtoM, Gr, Test,
Baudir, v. a. c Et ainsi baudiras tes chiens et en vauldront mieux. • Modus et Racioj fo 28 v». En cette acception de vénerie, baudir signifie non pas réjouir, mais aguerrir les chiens, les rendre hardis, ce qui est conforme au sens primitif du mot.
Baud emportait avec soi comme une senteur d'obscénité. Palsgrave donne baudeman et baudewoman pour maquereau et maquerelle.
Enfin, dès le xvi* siècle, le Jargon réformé appelait baude le mal de Naples, qu'on nommait aussi le mal Sainct Baude,
la
♦ BAUDROUSE, s. f. Mot d'exemple unique. — Lanière de cuir ou corde pour la pendaison. On pourrait ici comprendre c le fouec •, punition fréquemment et publiquement appliquée aux malfaiteurs.
Plus n'y vaalt qne tost ne happez La baudrouse de qaatte talle.
Bail. W.
Cette signification est attribuée au mot baudru dans plusieurs dictionnaires d'argot, c Tu as eu la tapette et Vbaudru, I Le déjeuné de la Râpée ^ p. 6.
Baudrouse^ comme baudru^ se rattache visiblement à bauldrier et bauîdroye^ qui, en vieux français, désignent d'une manière générale les objets quelconques faits de cuir baudroyé. t Mes souliers de baudrier • , dit la chanson d'un barbier de Paris (Chansons nouvelles, Jehan Bonfons, 1 548). Ailleurs le baudrier est une ceinture de cuir à usage de bourse. < Bien faschés d'avoir si mal employé l'argent de Itnrbaudrier •. Brant.,Ca;7./r.^t. IV,p. 315. La partie du corps sur laquelle porte le baudrier en recevait aussi le nom par extension : Nui ^^ baudrej^ de la ceinture, du milieu du corps. Benoît, III, p. 206, v. 37433. H suit de là que la baudrouse peut se traduire par fouet, lanière de cuir ou baudrier. (V. ci-après, \^ Talle.) Mais il se peut que la baudtose désigne ici soit im baudrier de cuir où se rattachait la corde qui servait à pendre, soit cette corde elle-même. Voyez les mots Quatte et Talle.
M oit ot longe le barbe dusqa'al neu del haudrê.
Aiol,, ▼. S737.
Une troisième version se présente, qui changerait Tas-
pecc de la figure sans modifier le sens du vers. Un ancien instrument à cordes s'appelait la baudose (probablement la joyeuse, de bauld et baulde, hardi, joyeux, libertin); il y aurait, en ce cas, comparaison entre les piliers du gibet et une guitare à quatre ou plusieurs cordes, donnant • la belle mélodie » qui célèbre, dans la ballade Vil, les noces des befieurs avec la potence. A cette acception se rattache la baldosa, qui est une danse ainsi désignée par N. Duez dans son dict. italien. Il est clair que le nom de rinstrument et criui de la danse ne font qu^un.
Baudrouse^ si on lisait baudose ou baudouse^ comme cidessus, suggéreraitaussi l'idée d'un mot hybride, baîd-house^ la maison de débauche, par antiphrase^ pour le gibet. L'emploi du moi gauldouse {y. ci-aprés)^ c'est-à-dire la maison de joie ou la bonne maison, donne quelque crédit à cette hypothèse. On trouve dans Palsgrave bordeUhouse^ qui est bien autrement anormal.
BAY, s. m. Je crois que c'est le mot bec écrit comme on le prononçait avec la finale muette.
Broiunt au bt^ à tous deax walcqaerins.
BaU. IX.
Quant il trait le bai sans le marc.
Le Jus †saitui NicbcUu
Dans le premier de ces deux exemples, le rétablissement du mot bec ferait disparaître l'hiatus; bai^ en ce lieu, n*cst donc qu'une faute de copiste.
La prononciation bé est affirmée par ce quatrain que cite Littré :
i8o LE JARGON DU XV« SIÈCLE.
Quand il pleut à la Saint MeHard, Il pleut quarante jours plus tard;
A moins que saint Barnabe
Ne lui tape sur le bé.
Dans le deuxième exemple, il faut lire le brai^ c'està-dire l'orge broyée pour la bière, t Troys molins, dont Tung nommé le Molin Braserec, n'estoit qu'à modre braie^ grain à brasser cervotse ou goudalle. i Du Cange sous Brace,
BEC, s. m. Dans une des acceptions ordinaires du mot, par lesquelles on assimile le nez et la figure d'un homme au bec d'un oiseau, telles que clore le bec à quelqu'un, se prendre de bec, etc. (V- ci-après Rebecquer.)
Luex au bee que ne soies greffis.
BaU. I.
Luez au bec que roastre ne passe.
Bail. VII
Nous 7 allons Iner au bec,
Mist. de la PastioM,
Tournez toudis le bec par devers France.
EosT. DitCH. mt. f> io6, col. i.
c Ils avoient le bec au vent pour cirer à leur païs. ■ Le Jouvence! j ms. p. 567. — c Crestien penront par le bech. » Machaut, ms. f* 230.
c Que le maulubec vous trousque I • Rabelais, I, p. 7. — I Quand la neige esc sus les montaignes : la fouldre, Tesclair, les lanciz, le mau lubecj le rouge grenat, le tonnoirre, la tempeste, tous les diables sont par les vallées. 1 Ibid,, II, 136.
c Maulubec ou mauloubetj ulcère ou chancre fort dange-
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i8i
reuz; malaubec m, die le Rabelaesiana, éd. Louis Janet, Palis, 1823, c. III, p. 656. Je traduirais plutôt, par décomposition, mou lu becj mauvaise lumière à la figure (voyez Luer).
BEFFLEUR, s. m. Trompeur, escroc; spécialement
celui qui trompe avec la parole, et, à ce titre, supérieur
aux voleurs vulgaires qui se bornent à dérober avec la
main.
Là sont beffleurs an pins hanlt bout assis.
BaU. I et VU.
Le vendengenr heffleur comme une choue.
Bail. X.
C'est Barrabas
Qui se dit le roi des heffleurs,
Misi. i» la Passion, 4* journée.
Par tons nos dieux, maistre heffleur, Vous venez à la befflerie,,.
Je snis Gonrnay, où beffleurs vont d'aguet.
Mist. dm F, Ttsiament.
Car je maintiendrai par les dieux Devant tons qne tn l'as besfflée.
Mît, dts En/ans ingratt,
... Tons gens dateurs sont diaboliques, Je les maintiens pour beffleurs impudiques.
ROGKK Dl COLLBaYB.
Gueux mttouflez, frapars escomiflez, Beffle{, enûezy ^goteurs de tabus.
Rabblais, I, 19$.
i Je vous prie de croire que j'ay le cœur trop bon, pour me laisser beffler et nasarder de la façon. • Les après disnées du seigneur de Cholieres. — Le maréchal de Villeroy s'en servait encore : c II ne contoit à Sa Majesté touchant
i8a LE JARGON DU XV« SIECLE.
les affaires d'Espagne que des niaiseries ec balivernes, afin de le beffler et Tamuser. * Villeroy, Mém.^ t. II, p. 84. — Sully, dans La Curne, c. VII, 192.
c Beffier, To deceive, mocke or guU, vith fair vords. » Cocgrave. — Oudin, dans ses Recherches itaHennes et françaises (2« partie, p. 52, c. 2), traduit besjler par beffare, c'est-à-dire gausser, railler, bejfler. — t BeM^r^ mener un homme par le bout du nez, le tourner en ridicule, le tromper. • Dict. de Trévoux.
On a voulu le dériver de l'anglais befool^ qui a la même signification; c^est une confusion. On dit en anglais boMer, ce qui est le mot exact et la prononciation française, écrits avec les caractères anglais.
Littré, sous Bafouer j donne anc. fr. baffe ei beffle; provençal et esp.,^â/iz; ital.,^ejftf^ moquerie; esp.,^e/âr^ railler; befa, lèvre du cheval ; befar^ remuer les lèvres. On trouve bufeor dans les anc. poés. av. 1300, citées par La Curne.
Ital., Beffe^ moqueries :
N' ho' 1 danno e le biffe,
Prov, ital. 1;;$.
Du Cange a recueilli les éléments d'une étymologie plus rationnelle que befa; c BifaXj mendax, befan'us^ bilinguis, fallax. • Papias. — t Bifarius, vel duas linguas habens. • Vet, Gloss. S.^Germ,, n. 501. Le beffieur serait celui qui a la langue double, c^est-à-dire qui a deux pensées et qui trompe.
Scherz enregistre t befferen^ v. a., species delicti •, d*après une phrase d'Ulrich de Hutten ainsi conçue : • Sie betrigen, sie befferen, sie stelen, sie lingen, sie fels-
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i8)
chen die sigell. > Scherz ajoute : c f. idem quod wider^ beffèiij be/ienj oblatrare • .
BELISTRIEN, s. m. Même signification que belistre.
Belistriens perpétuels des prez...
BelistritnSy porteurs de veroniclef .
Bail. VIII.
Qu'en dy tu, he, belitrien?
Forcé du patti tt de la tarU,
Belistre^ s. m. Mendiant, gueux qui vit d'aumône ec de
rapine.
Et puis Dieu sçait la mocqnerie Qui en trotera par les champs Entre hilistres et meschans.
Mir, d*s Enf, ingrait.
Quant me veiz tu? — A la belistrt.
Mût. du y, Tutament,
f Un belistre de soldat, son hosce. « Montaigne, III, II, 5. — • L'imposture d'une bellistresse, • Paré, XIX, 22.
Il y a une scène Atz beïistres dans le Mist, du V. Tes^ tament.
Belistreriej s. f. Mendicité, gueuserie.
Ce seroit une seigneurie
Que le train de bilistrerie;
Ung chascun vouidroit caymander...
Tottsjours avoye en fantasie
De le voir une fois rendu
A l'ordre de htlistrerie.
Mir. des Enf. ingratz,
Rabelais écrit belistrandie au même sens : La belis^ trandie des Mille Souldiers en son facétieux catalogue de la librairie de Saint-Victor, I, 249.
Belistrer^ v. n. Mendier, gueuser.
Non de vouloir chez toi les flatteurs rencontrer Qui te feront un jour ainsi qu'eux belistrer.
ROMSAKD, 5K>9.
ff Faindans qui vont belistrans d*hMÏs en huis. > Scrapar., t. II, p. 391.
BENARDS, s. pi. Prononciation parisienne de bemardsj synonyme de sot, dupe, niais.
Brouez, benards, eschequez à la saulve.
BaII. X.
Benards, vous estes rouges gueux.
Bail. IV.
Et pour ce, benard{, coquillars...
Bail. m.
Prince, benardi en esterie...
Bail. V.
L'édition Trepperel donne bernardi au lieu de benards dans l'exemple ci-dessus, tiré de la ballade III du Jargon.
On le claime en disant bernart.
Edst. Desch., ms. f» 2it, col. 4. ,
Le Roman de Renart appelle un mouton bernard et qualifie l'âne Bernard l'archiprestre.
c Lambert, Lambert, tu as enchanté ou ensorcelé mon frère; il est tout bernard de toy. » Du Cange sous Ber^ narius, lettre de rémission, 1397. — « Mais que ledit Bernart estoit bien coquart, bernard et tout sot, car iln'estoit si mauvaise cornardie que sotie. 1 Autre lettre de 1391. —
f Mais, sire hemardy ces diables de ravisseurs n^avoientils pas un nez au visage^ 1 La Comédie des Proverbes ^ p. 25.
Les Parisiens, grasseyanc comme les Anglais de nos jours, prononçaient hetnards. On trouve, il est vrai, le mot hé-narde pour qualifier une serrure qui s'ouvre des deux cotés (Trévoux et Littré) ; mais c'est encore une forme de bemarde : t Icelle Marion s'en coury à Tuis, qui fermoit à serrure bemarde. 1 Du Cange, Bernarius, — Bernard^ dit Littré y signifiait niais, sot, et Ton a nommé bernarde ou bénarde une serrure, moins bonne, moins sûre que les autres. •
Dans l'exemple tiré de la ballade III, benards prépare et redouble le sens de coquUlars. (V. ce mot.)
n ne serait pas impossible qu'à bernard se rattachât le verbe berner. Mais les matériaux manquent pour vérifier la conjecture.
Bernari a aussi la signification de langage ou même de
Jargon :
... si Diez me gart.
Vous parlerez d'autre hemart.
Fabliaux mss. de Saint-Gernuio, p. t86.
Il semble qae vont m'apregniez, Fait-ily à chanter le hernart, Aias me lairroie à ane hart Lacer el col que gel preisse.
Ib., f* 35a.
BENDEZ, imp. de bender, ancienne orthographe de bander, v. a., tendre, raidir; par extension, résister, se prdmimir. C'est du langage ordinaire.
Bindei vous contre la faerie.
Bail. V.
i86 LE JARGON DU XV" SIECLE.
Il est inutile de citer ici les nombreux exemples de bender par un e; il suffit de rappeler quelques textes pour le sens :
• Et estoit grant pitié, car le père contre le fils, le frère contre le frère estolent bandei. • Juvénal des Ursins. Chron,^ i4>7- — ' ^^ ^^^ faultes nous sommes bandei à notre escient contre les reigles de la raison. • Montaigne, I, 54. — c Je m'estonne, dit-il, comment les Italiens se bandent contre moy. > Ibid,^ III, 90.
Qui voadroit se bander contre une loi si forte?
Régxiib, Sat, m.
Saint-Simon, Voltaire et P.-L. Courier l'ont employé en ce sens.
♦ BERARD ou BERART, s. m.
Berart s'en va chez les joncheurs.
BaU. IV.
Berard, se vous puist, renversez.
Bail. V.
Les éditions anciennes impriment indifféremment Berart ou Berard et Berouard. Mais le sens indique deux mots distincts. Berart paraît être le sobriquet de l'agent de police, du faux frère qui s^introduit chez les joncheurs pour les trahir et les dénoncer.
Berrej berri^ verrat. Lat., verres,
BEROARD, s. m. Bandit, de Tordre des soldats maraudeurs.
Car le bizac avoir ad vis Fait au heroars faire la moue.
Bail. VI.
... Hé ! povre beroardj Ta sentence e$toit déjà preste.
Vie de suint Christopht.
Voilà un de ces mots à double sens qui donnent tant de richesse au vocabulaire restreint du Jargon, que Bouchet com> parait aux langues hébraïque, grecque et latine (III, 129).
Le sens propre de beroard^ c'est un soldat, un homme d^armes, et même un guerrier vaillant :
Chascnn deïst : « Veela, je croj, on berruier, »
Brun di la Momtagnb, 307$.
Du Cange contient Tardcle suivant : t Berroerii. Ber^ rorieri, Birri. Sbirri, Berroaru, — Beroarios armigeros vesticos de eodem panno. Muratori, t. IV, 78. 1 Les beroars de Muratori sont des hommes d^armes portant un uniforme. Du Cange ajoute : • Italis quae vox interdum sicarios^ sceleratos et ruptuarios sonat, interdum apparitores. • Ainsi ce sont chez les Italiens tantôt des sergents, des sbires,, tantôt des routiers, autrement dit des brigands militaires.
L'italien moderne conserve berroviere et birroviere signifiant archer ou sergent. Au xvir siècle, N. Duez lui donne le sens qui appartient aux deux exemples de Jargon allégués ci-<ies8us : c i<» Fendeur de nazeaux; un filou; un couppe- jarrets ; 2^ serviteur de magistrat, comme bedeau,, sergent ou archer. »
On trouve la forme berrois traduite par berruyer dans La C. Poe. nus* av. 1300.
Le sens positif est authentiquement établi par les exemples qui précèdent. Le beroard est un soldat brigand, comme \cs/euiliards (Y. Feuille; consultez aussi le Discours préliminaire en tête du présent volume). Mais une autre
i88 LE JARGON DU XV« SIECLE.
signification figurée et parallèle nous apparaît, si nous considérons les différents aspects de la famille de mots qui se rattache au verbe brouer qu'on trouvera ci-après. Brouer est le verbe le plus employé dans le Jargon ; on en pourrait dire ce que Figaro disait de goddem! que c'est le fonds de la langue.
Brouer, c'est la forme verbale de broue et de brouée, à savoir du nuage, du brouillard, si favorable aux exploits des mauvais garçons.
Le pacois du Berry donne berouée pour broute, et le patois bas-normand berrouasser pour brouasser, D*oli cette hypothèse, conforme au génie du Jargon, que les beroards seraient les gens de la berouée^ les compagnons du brouillard, ou enfin les soldats du brouillard, si l'on veut fondre les deux acceptions en une seule.
* BESISSES, s. pi.
De vos farges ferez hesisses^ Tout debout et non pas assis.
Bail. IV.
J'ai expliqué, dans mon Discours préliminaire, le système de redressement qui me fait adopter besisses au lieu de besifies, donné par les anciens textes. La rime appelait impérieusement besisses pour rimer avec eclisses qui ne souffre pas de changement. Mais besisses, au premier abord, ne semble pas plus intelligible que besijies. Un pas> sage de Guillaume Guiart m'a mis sur la voie d'une interprétation plausible. La voici :
Cil des galies font hesistre
Qui es haus mas pas ne mcssiéent.
GuiiL. Court, ad. a. 1304.
Du Cange (sous Besistre) en donne Texplication suivante : c Faire besistre^ fune, quae naucis issas vel drissas dicicur, uti. • Ce qui permet de traduire ainsi les vers de Guillaume Guiart : • Ceux des navires mettent en mouve* ment les drisses (pour élever les voiles) qui ne messaientpas dans les hauts mâts. • On comprend maintenant l'image employée par le Jargon : c Vous ferez besistre^ vous serez hissés au bout de vos chaînes {id est pendus) tout debout, et non pas assis. »
Reste à identifier besistre avec besisses. Cela ne me paraît pas faire beaucoup de difficulté.
Du Cange tire besistre des cordages appelés en bas latin issas ou drissas^ en marine moderne drisse, cordage destiné à hisser un mât, un pavillon, une flamme, une vergue ; de ^liare^ it., dresser (Littré). La forme issa a donné hisser; esp. et port., issar; ital.^ issare; germ. et anc. Scandinave, Ai Jâ ; suédois, hissa; celt., Aùje/t; danois, heise; aoc. angl., hoyse; angl. mod., to hoyse et to hotst, Jal, dans son Dict, de marine, rapporte sous drisse les anciennes formes hissas, issas, yssas.
Avec la drisse l'on hisse.
En rivière on dit drisser.
La voile qu'il fant hisser Donne son nom à la drisse.
G. Bi LA Lamoillk. Long, ies marms, p. 388.
Le faisceau de ces formes différentes, à quelque langue qu'elles appartiennent, aboutit à la terminaison unique en isse, qui justifie pleinement besisse.
Nous arrivons donc à ce résulcat curieux que la forme, ainsi reconstruite, est évidenmient préférable au besistre de Guillaume Guiart.
§ J'ajouceraî, pour ne rien omettre de ce qui peut aider le lecteur à se faire une opinion par lui-même, et en même temps à mesurer les difficultés d'un travail comme celui-ci, deux indications qui se réfèrent à d^ autres origines :
Après foaldre esclitre, Tempeste behistre Que leur administre Mars le fier ministre.
MouMET, p. 145, L'J, B, C, tauvaige.
Les grands meschiefs et les bihisus Que de voit faire assés tost tristes.
Hisi, dit trois liarut, mt. p. 346.
Besis signifie voisins dans le patois de Cahors. Borel sous Glouper. On pourrait comprendre, à la rigueur : f Nos chaînes voisineront entre elles tout debout. » C'est coujours la même idée de pendaison.
J'enregistre, pour être complet, d'après Eust. Deschamps, une locution proverbiale : ba siferej^ qui paraît signifier : vous aurez beau faire (ms. 840, f^ 220, c. 4). La Curne Ta reproduite inexactement sous la forme de be siferei.
Enfin, il faut tenir compte d'une famille de mots de l'allemand du moyen âge recueillis par Scherz :
Besessy possessio ; besessen^ obsessus ; besetierij affirmer en justice ; convincere, obsidere, vindicare, concedere, legare ; besitien^ possidere, supersedere.
On traduirait alors 1 vous prendrez possession de vos fers, tout de bouc, etc. ••
BIGNER ou BINER, v. a. litt, fendre, cogner, par extension aller et venir.
Bigne^ la mathe sans targer.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. jpi
Biner j rouchi, s'enfuir, s'en aller prompcement. — Debl- Aer^rouchi, même signification. — S*esbigner^ fr. moderne, etsbignaj napolic, même signification.
Vojant qu'on crie à la garde,
S*esbign€. en disant...
Et l'amant, qui se sent morveux, S*eshigne,..
DlSAUGUlS.
Je crois que c'est purement le mot biner^ donner un second labour à la terre. L'homme qui s'enfuit laboure la terre avec ses deux pieds.
Et voilà mon ami le guet Soudain de brouer le terrien,
a dit Coquillart, jouant sur brouer et labourer, (Voyez infrà au mot Brouer^ et aussi les mots Rebigner ou Rebiner.) Bigne et bignon pour tumeur me paraissent se rattacher à cette origine unique. La note de Génin sur s^exbigner {Récr. philol.j II, p. 104.) me paraît donner à côté.
t BinaTj V. a, zincalô. To sell, vender (vendre). » Borrov.
Biner j dans les poésies du capitaine Lasphrise, signifie
embrasser :
viens çà, mauvaise.
Mon esmoy, Bine moy A mon aise.
J0I7 poulet Mignardelet..., Sors vistement, Furtivement,
cps LE JARGON DU XV< SIÈCLE.
Pour que ta bines Ses sœurs poupines.
Hé mé mé, bine moj, bine moj, ma pouponne.
Mais le verbe biner employé par Marc de Papillon p« raît en rapporc avec une série de mots obscènes signaléj par Ménage, v® Binne, d'où binette^ très antérieure à 11 perruque de ce nom, inventée par le sieur Binet vers la 6^ du xvir siècle.
BIS, adj. gris brun. Le mot est ici de la langue ordinaire et n est employé dans les exemples qui suivent que par une sorte de quolibet pour jouer sur le mot blanc, qui signifie argent (Voyez Blanc).
Enterv^ez tousjours blanc pour bis»
Bail. V.
Prenez du blanc, laissez du bis.
Bail. VI.
Seroit ce tout ung, bis ou blanc?
Misi. iê U PasÛM,
Cis mos les a tous abaubis, .
Cis mos abati blans et bis.
PotL. MOUtKKS, ▼. 3I,90$-é.
J'y vois trouble, car es yenlx ay U taye, Et n'y congnois le blanc d'avec le bis»
JlHAN CULLAD.
■ J'ay bien occasion de vous suivre... et à faire service à la noble assemblée, à bis ou à blanc, à tort ou à droit. » Satire Ménipp.j p. 97. — • A bis ou à blanc, in quai si vcçlio modo, ad ogni modo. • Qudin. — • Faire une chose à ^ix
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. xp)
OU à blanc , c'est-à-dire de gré ou de force. • Dicc. de Trévoux. — f Et comme il nous viendra à la main, soit à tort ou à travers, kbisouk blanc. • Com. des Prov,^ p. 69. Bis s'est dit pour byssus, lin ou chanvre, (V. Eust. Deschamps, ms. P>» 345, c. a, et 545, c. 2.) Par extension fourrure, de là le sens obscène. Bis^ gros bis^ etc. Romina^ grobisj c'est-à-dire Robin à la grosse fourrure.
La belle fille entre les bras Et river le ^i^ a plaisance.
Farct de folle Bohanee.
Bis. Cunnus. Vie généreuse. — t Je fus tout étonné comme n'ayant jamais rivé le bis. 1 Ibid. — • River le bis à la mille. • Bouchet, III, 129-30. — t Sais-tu bien river le bis? • Com. des prov.^ p. 69. — Devenu bihu dans le Jargon de l'Arg. réf.
Diez me paraît avoir indiqué la véritable étymologie de bis par byssuSy d'où le port, bugio^ bis ; berr., bège^ fauve; esp., bap; it., bigio; bas latin, bisus et busiusy fauve, roussâtre.
« Bis (zincalô), vingt, tventy, • Borrov.
* BISANS, part. pr. plur. employé substantivement. Les vents du nord qui noircissent le visage des pendus (voy. Halle)^ et peut-être, par équivoque, les pisans ou
carcans.
Plantez anx harmes vos picons De paonr des bisans si très durs.
BaIK L
Il est à remarquer que la bise, en provençal bisa et biia^ est devenue en haut allemand bisa ec pisa^ ce qui fortifie
Téquivoque entre bisans ec pisans (Voy. Pisans). — Bisains septentrionaux, Perceforest, t. IV, f* 60.
Bise y pise. septentrio.
Quoi qu'il en soit, bisans est évidemment le participe pr. plur. du verbe actif è/W^ qui signifie noircir, dessécher, détériorer. Litcré. Guillaume Guiart (ms. f«3i7r% ap. Li Curne) emploie biser pour viser. Peut-être n'est-ce qu'une faute de lecture, le b initial se confondant facilement avec le V gothique.
Biser en rouchi, c'est fendre l'air avec rapidité.
Être mis à la bise^ c'est justement être pendu :
Se n'eusse en mon a.^sez De Lierait tôt à ma devise, Ge le feisse mettre a la bise.
J'avoie si la chose emprise Qu'en el bois le féisse prendre Et à un chesne moult haalr pendre.
Renart, II, joc.
Voy. Veni (mettre au) qui a la même signification. BISAC ou 6ISART, subst. masc. Le vent du nord ou la bise qui soufHe sur les pendus.
Car le bisac avoir ad vis Fait au beroars faire la moue.
Bail. VI.
On lit dans diverses éditions le bisarij qui est précisément le soufflet ou l'éventail :
Chacun fait le bi^ard, Portant la queue du regnard.
Tbrttor itt ttntemts doras»
Bisard, soufflet de cheminée. Vidocq.
Que le biiac de la ballade VI soit le 80u£9ec qui donne le vent ou bien le venc lui-môme, la signification du vers n'en est pas changée,
Biiarrado^ coup de vent. Rom.-cast.
^BIZOUART, subst. masc. Je crois qu'il taut le traduire comme synonyme de bis au sens obscène indiqué plus haut sous ce mot.
Et retraitez se le hi^ouart saince.
BaU.IX.
On lit dans Bouchet, à propos de cenaines garnitures de toilette, qui ne datent pas, comme on voit, d'aujourd'hui : t Les femmes ayant froid en cette parde à cause du vent de bise^ qui le plus souvent souffle là. • IV, 171.
On peut aussi le rapprocher de brichouard en Pexemple suivant : f Vous cuydiez taster et esprouver le grand brichouard de noscre hoste de Sainct Michiel. 1 LXV* Cent nouvelles nouvelles»
Briche, brichette^ brinche^ brighette^ bringette^ signifie verge et bâton; voy. La Curne.
Chouart^ mentula. Vie généreuse et Dict. fr.-it. d^Oudin. f Et si mon chouard eût été comme il est. > Vie généreuse.
Je ne répéterai pas ici ma traduction; c'est assez d'écrire une fois ces explications scabreuses, mais nécessaires.
On pourrait, sans parvenir à se soustraire d'ailleurs aux mêmes idées, considérer biiouart comme une forme de biiartj soufflet de cheminée, vent du nord (voy. ci-dessus Biiac)\ c*est-à-dire 1 rétrogradez si le soufflet nettoyé, autrement dit si la bise souffle. >
S Biiouart a été souvent employé dans une acception
iç6 LE JARGON DU XV« SIECLE.
"très diflférente, qui se rattache à la présente étude, bien qu'il n'y en ait pas d'exemple dans les œuvres du Jargon : I BisouartSj merciers, porte-balles du Dauphiné, vêtus d'une grosse étoffe de couleur bise, qui vendent des petits livres et des bijoux, en latin biiordi,» (DeTAulnay, d'après Le Duchat, Gloss. de Rabelais, éd. Janet, 1823.) Deux étymologies pour une; mais n^ insistons pas sur le latin biiordij qui est de pure fantaisie. — t Biiouart. A paultrie fellov, \(^ho in a long packe or maund hath almanacks, books of nevs, or others trifling workes to sell. • Cotgrave. — Dans la Prognostication pantagruelinej Rabelais énumére les gens soumis à l'influence de la lune; ce sont : • bisouarsy veneurs, chasseurs, etc. • , III, 243.
Dans le Jargon cité par Bouche t, beiardetj c'est mourir; cil est beiardé^ il est mort •. Bouchet, III, 131.
BLANC, subst. et ad), masc. En blason comme en Jargon : Targent.
Advisez moy bien tost le blanc.
Bail. I.
Entervez tousjours blanc pour bis...
Prenez du blanc^ laissez du bis.
Bail. VI.
Boyrons noas plus? — Quant on vouldra; J'ay toujours mon blanc à ma tasse.
Actes des Ap6tres,
Par extension, blanchir signifie enlever l'argent :
Pour mieulx blanchir et desbouser coquars.
Bail. XI.
Et, par voie de conséquence, un homme blanchi j c'es>
à-dirc volé et ruiné, devient blanc à son tour, c'est-àdire innocent, puisqu'on n'a pas saisi de butin dans sa
bourse :
Qu'aa mariaige soiex sur le banc Plas qu'ung sac n'est de piastre blanc.
BaU. I.
Parmj le col soy je pendu
S'il n'est blanc comme ang sac de piastre.
PatbtUut V. 366-7.
Tont son bien avoit despendu ;
Par ainsy mourut le folastre
Aussi blanc comme un sac de piastre.
Cl. Marot.
Blanc (être), innocent. Rom.-castr.
t Mis au blanc, ruiné, ridotto in asso. 1 Oudin. — 1 Je me ruay dans la case d'un pauvre manant, et non content de l'avoir mis à blanc^ je violay sa fille et sa femme. • Courrier polonais j 2® partie, 1649, P» 5 et 6. — t Car ils ne vous eussent laissé aller en si bon équipage que vous estes, mais vous eussent mis au blanc. • Le facecîeux reveille matin des esprits melancholiqueSj 1654, p. 2{^.. — I De sorte qu'à entendre parler cet homme, on auroit cru que je l'a vois mis au blanc, • Av. du ch. ^Àssoucy^ ch. II.
Il a existé diverses monnaies de billon appelées blancs^ notamment les grands blancs de treize deniers et les petits blancs de cinq deniers, qui, sous la forme de pièces de six blancs, valant trente deniers ou deux sous et demi, ne furent démonétisés que dans les premières années du règne de Louis-Philippe.
BLANCHIR, V. a. C'est le verbe actuel, qui, au
i.;8 LE JARGON DU XV« SIECLE.
XY® siècle, conscicuaic un néologisme et commençaic à
remplacer l'ancien verbe blancher^ blancheierj blanchoyer,
devenir blanc; spécialement éclater de lumière, reluire au
soleil.
Qa'enastés ne seye en sùrie
Blanchir vos cuirs et essorger.
Bail. V.
Pour mieux blanchir et desbouser coqoars.
Bail. VI.
Par ceste barbe que veez hlancheier.
Roi, V. 261,
Quant voi les prés florir et blanchoier.
Ane, po. fr. dans La Curoe.
De toile sont vestn que je voi blanchoier,
GaucL., 23219.
Le plus ancien exemple de blanchir fourni par Littré esc emprunté à Froissart, au sens de disculper : 1 Qu'on ne dise mie que je le blanchisse trop pour faveur ou pour amour que aie à lui. • II, III, 61. La Curne n'enregistre le, mot qu'à partir du xvi* siècle, d'après les Mémoires de Sully.
Palsgrave, en plein xvi® siècle, ne connaissait du mot blanchir qu'une acception tout à fait extraordinaire, ou du moins dérivée de très loin. Il faut citer : c I am vithin f syght, as a shyppe is that cometh -vichin the kenning. I Je blanchis ^f ai blanchy^ blanchir^ seconde conjugaison, t We vere vithin syght tovardes the coste of Dover, t tvo houres byfore daye : nous blanchissions vers le ■ costé de Dover ^ deux heures devant le jour i, p. 431. Ce dernier membre de phrase exclut môme Tidée de lumière dans cette acception du mot blanchir.
Cependant on lit dans Benoît cité par Crapelec {les Poètes français j.i, II, p. 54):
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i99
Denx le missel d'an fontenil Où eu blanchisseit un cheinsil.
C'est bien ainsi que Francisque Michel Ta imprimé, vers 31225 de la Chronique des ducs de Norm.y t. IT,p. 555.
Mais blanchir rapproché de cuirs a une signification spéciale; il veut dire tanner, corroyer, i Blanqueriusj co-
• riarius; gdH.^corroyeur, tanneur, • NuUus bîanquerius aui deat de cxtero emere herbas incameratas seu mixtas vel
• de eis operari, et quisque qui cordoanum apportaverit
• seu adobaverit, etc. • Statuts de Marseille^ apud Du Cange. — • Blancaria officina coriaria, ubi aptantur et
• subiguntur coria, vel ars ipsa coriasubigendi. » Du Cange. — • Teneantur adducere aquam Jarreni versus Massiliam
• ad ortos et blancarias adaquandas. • Ibid, Blanchtr^ subst. masc. Tanneur de petits cuirs.
On trouvera au mot Essurger, ci-après, un rapproche* ment qui expliquera peut-être la singulière acception donnée par Palsgrave au verbe blanchir.
BLANDIR, V. a. Flatter, caresser. Vieux verbe hors d'usage, mais du meilleur aloi.
Qui sur les dois fais la perle hlandir.
Bail. VIII.
Beau de bourdes, hlaniy de langue fauve.
Bail. X.
Tant les hlandi et losenga.
Lai de Milion.
. . . Dame Hersent leur vint devant, Si les a blandi{ et proiez.
Renari, 457.
Es grans cour.s fault souvent faire le sourt... Autrui hUniir, rk-,^«»«i»«
aoo LE JARGON DU XV« SIECLE.
Du latin blandirij même sens, f Suaviter blandùur sensibus noscris volupcas. • Cic.
Traduit par palpare dans saint Bernard, Serm. fr,j ms. p. 38. — < A^ré%\t blandit ec assouagea de belles paroles. » Chron. de Saint-Denis ^ I, 176.
Je ne te loseing ne blandis,
Fabl. mss. 7218, f> 6a y*, c. x.
Baisier, blondir et soulassier.
Rebianditj flatter. « Pour reblandir le menu peuple d'un mot plus doux, nous disons trois estats. » Pasq., Rech.. II, 7. — Réclamer, demander par grâce, terme de coutume : t Reblandir le seigneur du fief. • Nicot. — « Re- <i bîandir le bétail qui a été pris en dommage par le « seigneur, i Cotgrave. — Reblandissement^ terme de coutume, action de reblandir.
BLEFFLEUR, subst. masc. Trompeur, voleur.
Là sont hleffleurs au plus hault bout assis Pour le havage, et bien hault mis au vent.
Bail. I.
— Ce sont bUffeurs, — Il est ainsi,
Et narquins
Ce sont bleffeurs — de si pou eschiquez.
ru dt sainet Christophe,
Bleifj pour blé, en vieux français. Bleffeur est évidemment le même mot que bejleur par métathése d'une lettre (Voy. plus haut Beffieur). Mais, considérant le rapport de bleifj blé, avec le havage^ droit du bourreau sur les grains mis en vente au marché (voy. ci-après ffjyjge), il faut respecter ici la diction bleffleur et y reconnaître la délicatesse de touche des docteurs du Jargon.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. aoi
Blefferij lacrare; alias bîaffen, blaffen, ail. du moyen âge. Scberz.
BOSSU, adj. Pesciféré, atteint de la bosse ^ ^oce ou bubon pesdlenciel.
Anges bossus, rouastres et stancles.
Bail. Vin.
Autrefois, boce ou clou. Eust. Desch., f> 390, c. 2. — t £t en y mourut de Z^oce... plus de vingt mille personnes. • Froissart, II, III, 30. » — f Et tantost lui vindrent quatre bocesy dont elle fut très bien guérie. • Cent Nou9. LV. — A aussi le sens de montueux, montagneux. Le capitaine Lasphrise prend à témoin c le bossu Daulphiné », p. 117.
BOUTICLE, subst. f. Forme ancienne et régulière de boutique^ au sens primitif d'officine en général, sans acception particulière de ms^asin ni de lieu fermé.
Se vous estiex happez en teiz houticUs.
Bail. VllI.
f — Item que toutes filles de mauvaise vie ou femmes communes diffamées vx}isent tenir, tiennent et facent leurs bouiicles es lieux à ce ordonnés. > Ord. du xiV siècle citée par Du Cange, v» Botigia, — Buticle. Du C. sous Buiicula. — Est devenu boutanche en argot.
BRIS, subst. masc. Rupture.
Et leur monstrez des trois le bris.
Bail. I.
aoa LE JARGON DU XV« SIÈCLE.
C'csc-à-dire montrez-leur comment on brise les chaînes (trois j prononcez très pour traicti).
N'est-ce pas là le bris de ce colosse epars Que Vulcain va brasiant en mille et mille pars.
G. Dorant, à la suite de Bonnkfoks, p. 21a.
Ma vie, au moins, en ce naufrage, Fera bris contre un bel écueil.
Am, de TristâMf p. 73.
f Un ours chassé, ayant six ou sept bris et tronçons de piques et hallebardes. » Mémoires de Sully, t. !«', p. 125.
• — Le repas finy Pantagruel prya un chascun soy mettre en office et debvoir pour reparer le ^rij, » II, p. 358.
Autre leçon. Etant donné que le vers se prononce, sans tenir compte du sens ni de l'orthographe : Ei leur montre des très le bri^ on pourrait restituer le vers sous cette forme :
Et leur monstre z d'estrez le bric y
c'est-à-dire i faites-leur voir promptement le tour, trompez-les rapidement et solidement •. (V. Estrei.)
Bric^ bryy brice^ briche^ broy, broyon^ signifient un piège à prendre les oiseaux ou toute autre béte :
Pour prendre au bric l'oiseau niée et foiblet.
Cl. Marot.
De bricj piège et tromperie, se sont formés le substantif bricon^ trompeur, fripon, coquin, et le verbe bricomter^ tromper.
La consonne finale étant muette dans bric comme dans bris , il y a homophonie entre les deux vocables. La rime en bris militerait à coup sûr pour le sens de rup-
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. aoj
ture, si je ne trouvais bricy piège, rimant avec vis dans deux vers cités par La Cume, y* Bric :
Pins m'a surpris votre vis Qn oisel qui est pris au bric.
Poé, mu, avant 1500.
BROCQUANS, subst. pi. Bagues, joyaux.
BrocquanSy dorlotz^ grand guain, aube florye.
Bail. XI.
S'il a au doigt quelque brocant.
Mût, du y. Test.
Brocante^ une bague, dans le livre du Jargon et dans le poème de Cartouche.
Les brocquans ou petits objets plus ou moins précieux, que les modernes appellent bibelots, sont Tobjet môme du commerce des brocanteurs. L'étymologie de cette famille de mots est fort incertaine, comme on s'en convaincra en consulrant le dictionnaire de Littré et la petite dissertation de F* Génin {Récréations philologiques y t. II, p. 6i ii 6^). Constatons seulement ici que le bas latin possédait abrocamentumj brocantage, et abrocator^ brocanteur. Vabrocator du bas ladn est devenu le broker (qui serait en français broqueur) des Anglais. Je ne me hasarde pas à trancher entre les opinions diverses. Pour moi, je m'en tiendrais à Tétymologie la plus simple, qui est la broche ^ venue de l'adjectif latin brocchus ou brocus, qui qualifie, d'après Nonnius, une bouche à dentition proéminente, et, d'après Plante et Varron, les dents saillantes et pointues, type primitif de la broche. Les menus objets , spécialement les bagues, sont enfilés sur des broches, comme on le peut
vérifier à la devanture de nos bijoutiers ; de même, les petits effets de commerce sont qualifiés broches dans le commerce de la banque, parce qu'on les perce et les attache au moyen d'un poinçon et d'un bout de cordonnet pour en faire une liasse qui arrive à la somme suffisante pour constituer un bordereau d'une certaine valeur. En banque, comme en bijouterie et en industrie, une broche ou brocante est un objet menu et de mince valeur.
BROUE, subst. fém. Nuée, petit nuage blanc. Par la yergne, tout aa long de la broue*
Bail. X.
« Broue^ a little vhite cloud. • Cotgrave. — • Broe, écume, de l'irlandais braud, » Dumeril. Dictionnaire du patois normand, — Italien, broia,
Broia oscura.
Tre di dura.
Prov. iial, 1$$$.
Broue et brouie ont donné au jargon Abrouart^ abrouer^ broueux, enbrouer et peut-être beroards (voy. ces mots).
Mais à la signification nuée se juxtapose un autre sens, venu peut-être d'une autre étymologie, et fécond en nouveaux développements : BrOj en celtique, signifie région, champ, bord, d'après Borel et Ducange, v^ Broya, Le patois romano-castrais donne abro pour abord. Littré considère broue comme étant une autre forme de broyé, qui lui-môme vaut autant que braye, et braye ne serait autre que bray ou brai; ainsi broue, broyé, braye et brai sont quatre mots qui signifient fange, boue, terre grasse :
f Retirer le bray de l'yau de Somme. • Du Cange sous Brayum,
Réduisant ces différents vocables au sens primitif de bro^ région, champ ou bord, le vers ci-dessus voudrait dire : « par la vergne (ville), tout au long du pays ••
Brouéej subst. fém. Brouillard, brume du matin et du soir.
Tous mes gains ont pris la hrouée.
VU d* sainct Christophe,
C'est un vieux mot de la langue. Au xv® siècle, on le trouve dans Charles d'Orléans :
Vea que des cy et desjâ Court merveilleuse hrouée,
Charles o*Okl., rondeau.
Lui donnant au matin Du jus incarnadin Pour charmer la brouée.
J. LE Houx, IV,
Et la brouée et les frimas.
SciKROX, Firg. trav., 1. le.
XVT® siècle. • Ils abusent de l'ignorance comme d'une brouée pour cacher leur impiété. • Calvin., Instit.j 23. — c Qu'il ne chasse toutes ces brouées de calomnies. • Id,y 163. — f II demandoit si c'estoit de peur que les ennemis ne le trouvassent qu'il s^alloit ainsi cachant dedans les nues et les brouées, 1 Amyot, Fab,^ 13. — 1 Et se leva de la rivière un gros brouillas, de sorte que toute la campagne estoit couverte de brouée, » Id. Timoléon^ 36, — t Ainsi ressembloit proprement aux brouées que l'on voit ordinairement autour des crouppes des montagnes. > Id. Flami-
so5 LE JARGON DU XV« SIECLE.
niusj j. — i Et bon vin, s'ils en peuvent fournir, à fin de charmer la^roi«e.* Amb. Paré, XXIV, 7. — t Ces raisins ne craignent pas trop les broutes ^ gelées, ni eschaudures. 1 O, de Serres, 149.
Alors la nege espesse et les froides hrouées,
Bkiv,
Brouée et broue^ son prototype, appartiennent incontestablement à la môme racine que brouas, brouillas et bromllard^ qui ont la môme signification. On dit la berouée en berrichon. M. Littré adopte, d'après Diez, une racine allemande broden^ vapeur chaude, fumée, en anglo-saxon, brodh; mais que serait devenu le d^ qui est dur et équivaut à un r .^ Du Cange range cette famille de mots sous bruma, qui se prononçait brouma; et cette seconde étymologie^ sans me satisfaire entièrement, me parait cependant meilleure que l'autre, puisque Vm est une consonne faible, qui s'efiace plus facilement qu^une dentale comme le d ou le t. — D'après les anciens étymologistes (voir Ger. Vossius, Etym. ling, lat,)^ bruma se dit pour brevissima (dies)^ c'est-à-dire le jour le plus court de Tannée ou le solstice d'hiver ; de môme en français, brume signifie le plus court jour de l'hiver. (Nicot, Monet, Oudin.) t Cela escoit au temps de la brume ^ environ le quatorzième décembre, au soltisce hyvernal. > Alector^ ^* 75* — « Sept jours devant et sept jours après ^rezcm^^ jamais n'y ha sur mer tempeste. • Rab.^ III, 26. Or brouée^ avec Vu consonne, donne bravée et se rapproche visiblement de Torigine latine.
Recevoir la brouée ^ dans le Langage du Jargon^ signifie ôtre fouetté, au propre recevoir l'averse, le brouillard. Ceci fortifie le sens de rabroué, (V. ci-après sous Brouer,)
BROUER, V. a. ou n., sulvanc le sens. — Au propre, c'est la forme verbale du subsc. brouée^ le brouillard, la brume; brumer, bruiner; puis par des transitions et extensions sucœssives, se dissimuler comme derrière un nuage, disparaître, se dissiper, s'éloigner, aller, courir,
Broue^ moj sur ces gours passans.
Bail. I.
Et eschequez tost, en hrouant.
Bail. II.
Rebecqnez vous de la montjoye
Qui desvoye
Vostre proye, Et vous fera du tout trouer.
Bail. m.
Nyaiz qui seront attrapez
Bien tost s'en troueront au halle.
Bail. IV.
Poussez de la quille et troue^.
Broue^ au large et vous esquarrissez...
Quant Abrouart sur la sorne a troue^.
Bail. vni.
Luay l'antryer en trouant à la loirre... Brouant au bay à tous deux walcqueriii:<... Pour les duppes faire trouer au mynsse... Elle est trouée entre ses arlonyns.
Bail. IX.
Broue^f benards, eschequez à la saulve.
Bail. X.
Or n'ay plus ne argent ne chapeaux; Tout est troué. . .
If loyer ditfoJhs amomrs.
ao8 LE JARGON DU XV« SIECLE.
Où brouent ils présent sur la sorne?... Jà n'y brourai dessus la plaine.
Mist. it h PassUm.
Brayhault broura sur son endosse.
Ael. des Apôirts.
Broue{ au large ^escarricez, Besoin est d'aviser la porte.
Mht, du P. Test.
Broues-tu? — Je cours le terrien.
VU de SMMt Christepbe.
Et voilà mon cousin le guet Tantost de brouer le terrien.
COQUILLART, PUiâ. I, 7.
Brouer, pour aller au bord. La C. sans exemple.
Voyez Abrouartj abrouer, troue ^ trouée y troueux, entrouer, etc. A observer au sujet de Tétymologie possible de trouée, par truma, se. trevùsima (dies)y une variante intéressante au mot emtrouer, donné comme emtrever par une ancienne édition.
Litcré, aux mots étrouer et retrouer, accepte de Diez plusieurs étymologies qui montrent que ni Diez ni Lictrc ne tiennent compce du verbe trouer qu'ils ne semblent pas connaître. (Cependant le Dict, Larousse Ta conservé avec cette explication : • Brouer, dissiper, consumer. Vieux mot.i) Le verbe e^roi/^r^ technol., signifie laver, passer dans l'eau une pièce de toile ou d'étoffe pour en ôter les fils, les pailles, etc. Du Cange, v° Estorrare, cite du xv siècle : f Nul ne pourra mouiller les draps jusqu'à ce qu'ils soient scellez tout escruz, ou qu'ils aient prins congié aux bou-
îonneurs de les esbrouer seulement. 1 — f Le son et les eaux douces étant bonnes pour ébrouer ^ dessécher et dé graisser les bleus... > Instruction générale pour la teinture des laines^ 18 mars 1671.
Il y aurait à discerner si ébrouer signifie ici nettoyer ou mouiller» Dans ce second cas, il serait bien inutile d'aller chercher l'allemand brûhen, échauder, qui, se prononçant brîenj donnerait difiBcilement ébrouer y dont brouer esc le radical visible. D'ailleurs, puisque Diez et Littré admettent urere (pourquoi pas burere?) comme radical de brûler ^ brûhen ne peut que passer au second plan, comme dérivant probablement lui-même de la souche romane. Le sens propre d'ébrouer serait ici de mouiller légèrement^ de rendre le drap et les étoffes humides comme s^ils avaient été exposés à la brouée.
Ebrouer possède un autre sens, se disant des animaux, spécialement des chevaux qui soufflent de surprise ou de frayeur (Du Cange, v. Brugitus). Ici nous restons dans le sens propre de brouée; ébrouer, c'est respirer ou souffler fbnement pour chasser les brouées qui semblent obstruer la gorge.
A ébrouer se rattache ébrouage, qui signifie proprement immersion des laines dans une eau lubréfiante, comme l'eau de son. J'y joindrai brouage, nom d'une ville célèbre par ses marais salants. Un brouage pourrait être un lieu perpétuellement humecté, tels que des marais ou des lagunes. Rabrouer j qui est le cinquième verbe se rattachant à ^rou^r^ ou mieux à abrouer^ se trouve dans Eustache Deschamps avecle sens actuel; Ducange le cite au mot rabolderia,. Diez veut que rabrouer ou rebrouer vienne de re et de brave. Je crois l'expliquer plus simplement : àbrouer
aïo LE JARGON DU XV* SIECLE.
(v. ce mot) signifie arriver, accourir; rabrouer, dest rebrousser chemin ou repousser quelqu'un : yabroue^ aurait die un jargonneur, et je suis rabroué,
* BROUEULX, adj. pi. Celui ou ceux qui brouent (voy. BroueetBrouer)y très enveloppés de brouillards, c^escà-4ire très prudents, et par conséquent très fugaces.
Se seyme oyez, soiez beaacoap hroueulx.
BaU. vn.
BROULLART, subst. m. Forme ancienne de brouillard.
Pour mienlz abbatre et oster le broullart, Adragaerent de guobie maint crapault.
BaU. XI.
C'est ridée d^Alaigre dans la Comédie des Proverbes / f II n'y auroit point de danger de boire un coup de peur du mauvais air. • P. 98. — c Et desjeunoyt, pour abacre la rouzée et maulvais aer, belles tripes frittes •, etc. Rabelais, I, 78. f Abattre le brouillard, i. boire le matin; vulgaire. • Oudin, Cwr, franc.
On disait, au même sens de boire le madn, c charmer la brouée 1. V® Brouée ci-dessus.
BUSARS, subst. pi. Petits tonneaux ou barils, conte* nant soit du vin, soit du poisson salé :
On verroolla et terra les busars.
Bail. XI.
Bussart, Fût à mettre vin ; la moidé ou le quart de la busse ou busj ce qui admet l'orthographe busart. La busse
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. au
étale de la contenance d'une pipe. Mancellier, t. III, passim. — c Le vin est plus fort et meilleur en une pippe qu'en un hussard, i Bouchet, VI, 53. (Sans doute par cette raison que la pipe contient le double ou le quadruple du hussard.)
La buse éuit un fût à mettre poisson salé de la contenance de deux barils ou caques. Mantellier, III, 240. — f Le bussart des Danaïdes. • Rabelais, II, 13.
Bussarty flacon, amphora^ lagena, Lacombe.
CAIRE, subst. m. Argent, ou plutôt richesse, se confondant avec mine, apparence, d'où il dérive. C^est en vallon la forme du mot latin cara, venant du grec xotpa, tête ; bas latin, port, et esp., cara; ital., ciera^ français, chère. signifiant visage. Les exemples suivants montrent la connexion et même la fusion des deux sens :
Les dnppes sont privez de caire.
Bail. IIL
Est-il goart? — Mais mince de caire.
Mist. iê la Passion.
Tant est poyre et mince de caire.
CoQjnLLART. Dr. nouv., l, ii8.
Qnant iing homme est mince de caire...
Jhid., 131.
Mats avant il nous fault contendre A le servir de belles bourdes Pour tousjours attraper du caire.
* Jue. ih. fr., t. ni, p. 419-30.
La signification de mince de caire est clairement établie par les synonymes suivants :
aia LE JARGON DU XV« SIECLE.
Nous sommes pour le temps qui court . . . Mynces d* argent,
VU Je saint CbrisL
« . . H aster me fault de vendre ; Je sois minse de haubert.
Les Cris de Paris.
Voyez Mynce,
CAN, subst. m. Chef, c'est-à-dire le prévôt de la justice criminelle.
Que le grant Can ne vous face essorer.
Bail. I.
C'est tout simplement P application au prévôt royal ou au prévôt des maréchaux du titre de grand Can donné au prince ou chef suprême des Tartares. Cette appellation était fort connue dans la vieille littérature française : f Ils zovLt y dres (idolâtres), et font ardoirles corps morts, et sont au grant kaan, > Marco Polo, p. 465.
Mon voisin je tiendrais un an Sur le vin, lorsque du grand chan
Ou du Soudan Je lui conte quelque fable.
bassel», xxxm.
Mais le langage des lincaîi traduit Tindoustani khan par le soleil (Borroir) ; de là, un second sens qui s'inscrit sous le premier, sans le détruire :
Que le soleil ne vous fasse sécher.
Une anecdote fort curieuse, que je vais rapporter, semble prouver que Pidée d'être mis au soleil, pour exprimer la
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. ai)
pendaison en particulier et la peine capitale en général, survivait encore, il y a un demi-siécle, à la suppression de la potence ec à l'avènement de la guillotine. Uancien préfet de police Gisquet a publié, dans ses Mémoires, une lettre par laquelle Boireau, Pun des complices de Fieschi, se félicite d'avoir échappé au supplice : c Là, dit-il, je ne craindrai plusFieschi, car j'avais toujours peur qu'il ne me chargeât davantage. J'ai été bien près du soleil; la camisole (des condamnés à mort) avait été aussi apprêtée pour moi. M'en voilà encore échappé d'une cruelle, i Gisquet, Mémoires^ t. IV, p. i86. Boireau était un ouvrier lampiste, d'instruction médiocre et de très peu d'imagination, incapable d'inventer une expression aussi fortement imagée que J'ai été bien près du soleil. 11 faut donc croire qu'elle subsistait dans le langage du peuple de Paris en 1835. A noter que dans la Caballe des Filous^ pièce du xvii« siècle, monter à l'échelle patibulaire s'appelle 4 prendre le ciel par escalade 1 .
CARAS, subst. pi. Il faut lire carras^ charrettes.
Tant qu'il n'y eust de vivres en caras.
BalLXI.
Il est bien évident que caras ou carras est une forme aujourd'hui disparue de cars pour chars (v. ci-après Cas),, Au couplet qui précède l'exemple ci-dessus, dans la même ballade, on lit :
Tant qa'il n'y east de l'arton sur les cas^
ce qui offre le même sens.
Le mot carras a été enregistré par M. Tabbé Couzinié dans son Dict. de la langue romano^asnaise avec cette définition f forte charrette i. MM. Duméril, dans leur Dict, du patois normand^ donnent le mot caras usité dans cette phrase proverbiale c bâti comme un grand caras i ; et ils le dérivent de charagusj sorcier en bas latin. Ne serait-il pas plus naturel de traduire le proverbe par c bâti comme un grand char i , commme une grosse charrette rustique ^
Peut-être aussi faut-il rapprocher caras des mots orientaux qui suivent : arabe, qurai^ cruche; esp,, aicarrana^ Littré; alcarraja^ Oudin; al kourrai^ Devic.
* CARIEUX, subst. ou adj. pi. Qui a du caire, c^està-dire de l'argent (Voyez Descarieux).
Se greffir laissez vos carieux,
BâU. V.
Je suppose que c^est Fadjectif de caire, sergent, et que par conséquent carieux veut dire qui a de Targent.
On pourrait comprendre aussi, par carieux, ceux qui char^
i rient sur les cars le caire de la bande, c'est-à-dire le butin.
On admettrait aussi, par hypodièse, que carieux serait le
substantif corrélatif à cariage au sens qu'on lui donnait en
Picardie et dans les provinces wallonnes, celui de chérissage
venant de carus, cher. (Vocab. à la suite de la Dance aux
. aveugles. Lille, Panckoucke, mdccxlyiu.) c Martin est
1 Je car à Perrette. — Perrette carrie avec Martin. •
Car plas ne puis, tant suis nsé^ Fors que fujr le cariage; Qui ne peut plus est excusé.
BûUtuk iê rExcuMtiom *ux Dtmus»
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. ai$
Carieux signifierait ici faux amisy espions ou archers. Je me borne à signaler cette interprétation comme possible. sans Tadopter.
CAS pour CARS. Chars, charrettes. Mot de la langue ordinaire:
Tant qu'il n'y enst de Tarton sur les cas,
Bail. XI.
rimant avec ars et pars.
Cars pour chars dans les Vigiles du roi Charles VII, — « Se cars ou caretes ou sommiers ou gens carquiés. • Beaum., xxv, i8. — c Apié, à queval, à car^ à carrette i, <lan8 Raynonard.
Pic, car; prov., car^ carre; esp. et ital., carro; lat., carrus.
Le bas-limousin donne cas avec ^acception de c grande cage ronde et haute sous laquelle on enferme la volaille • . Le vers ci-dessus voudrait alors dire : f Tant qu'il n'y eût de pain dans les paniers i .
CAULX, adj. plur. pris substantivement. Malavisés, niais, dupes :
Od accoliez sont cauUc et agarcis.
Bail. Vn.
La phrase se construit ainsi : Où les pauvres malheureux sont pendus et hagards (V. plus haut agarcis). Le mot caulx offre plusieurs sens, mais ici le véritable me parait fixé par la variante contenue dans la ballade I :
OA accollea sont duppes et noircis.
sitf LE JARGON DU XV» SIECLE.
On verra ci- après au mot duppe qu^il se prend également pour le voleur et pour le volé ; le volé est qualifié dupe lorsqu'il laisse couper sa bourse, et le voleur devient dupe à son tour lorsqu'il se laisse f greffir i par les sergents.
Au sens de dupe, caulx vient du vieux verbe coucher; pic, cauquer; bourg., côquai; provenç., calcar; italien et latin, calcar e. fouler, qui est le radical de cauchemar ,
Ne serés si caus,..
Pois. fr. ftTant 1300 dans Là C
Soubz quel docteur a il ouy Ses grans couleurs rhetoncaniz Par foy, sire, sous Pirtoay, Qui régente le petis caulx,
Jo. MimuR ap. Fabkt, Ari, de RbéL, t. H, f9 4^ y.
Voici maintenant la signification contraire, du ladn cautusj qui signifie avisé, prudent : c Icellui Moce, qui est cauli et subtil, i Lettre de rémission, an 1426. — c II n*est homme marié, tant il soit sage, caut ou malicieux...» Les Quinie Joyes^ p. 202.
Nous sommes si francs, si parfaix.
Si savans, si eaux en nos faix.
ViLLOM. Diahgut d* UaUpajt et BtUintHi,
Caulx a été employé pour ceux-là, ces gens-là :
A caus qui il fn comandé.
Pa. MoutKBt, V. 11151.
CHAPPE, part, passé de chapper; fr. se couvrir d'une chappe; Jargon voler, du latin capere :
Incontinant mantheaulx chappe^.
Bail. IV.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. air
L'équivoque saute aux yeux : des manteaux chappei paraissent être des manteaux à chappes, ou des manteaux donc on a relevé le capuchon ; et Ton pourrait croire qu^il faut lire à l'impératif : chappei les manteaux. Mais le sens du couplet ne s'y prête pas, car il roule sur cette idée : si vous êtes pris, vous serez pendus. Si Ton admettait Timpératif, la phrase se déroulerait ainsi : t Chappei ces manteaux, et vous serez pendus • ; ce qui est contradictoire. J'avoue que le passage est difficile, car il exige de nombreuses restitutions que j'ai indiquées en mon discours préliminaire. Mus il s'agir bien ici de manteaux volés, qui deviendront le panage du bourreau si l'on se laisse mettre en prison.
Le sens prendre, et par extension péjorative voler ^ ne se déduit pas seulement du latin capere ; il s'appuie sur les exemple suivants :
Amonr^ ta m'as si fort capi,
ViLL. o'Amibhs, /< PtUgturrn, ap. La C.
Bien en peut faire cape.
Pois, mss, ATant ijoo. Ihii,
I Capearj esp. On dit à Paris tirer la laine, c'est-à-dire ôter les manteaux de nuit, comme font les fripons quand ils trouvent quelqu'un qui se retire trop tard. — Capeador^ tire-laine, voleur de nuit. — Capeadura^ tirement de laine, volerie de nuit. > Oudin. Ces trois exemples prouvent que tirer la laine est la même chose que caper les manteaux, ce qui est précisément notre affaire.
Dans le sens le plus usuel du mot chappé^ à savoir couvert d'une cape ou chappe^ je n'en citerai qu'un, où le mot est pris au double sens. Bouchet raconte, dans sa quinzième serée (III, 107), Thistoire d'un curé qui essaye une cha-
ti8 LE JARGON DU XV* SIÈCLE.
subie; encre temps on lui coupe sa bourse, ec il court dans la rue après son voleur : c Ce curé, voyant emporter sa bourse, sort aussi de la boutique, et tout chappé comme ilestoit... • En eflfet, le curé était chappé et volé, c'està-dire chappé dans les deux sens du mot.
Capa^ manteau. Isid. XIX, 31 : c Quia quasi totum capiai hominem. 1 Ital., cappa. t Sermo meus non capit in vobis 1, dans la Vulgate; c.-à-d. c mon discours ne prend pas t. De même ital., capere; esp. et prov., caher.
CHOISIE, part. p. f. de choisir :
Et la marque, suivant le gaing choisie.
Bail. IX.
Je note ici ce verbe, bien quUl appartienne à la langue courante, parce que, jusqu'au cours du xvi' siècle, il a eu la signification presque exclusive de voir. Je ne citerai qu'un exemple du xv« siècle : f Ung beau pertuis, par lequel maistre cordelier pouvoit appartement le choisir, 1 II* Cent nowfelUs nouvelles.
Cependant il signifiait aussi, mais rarement, nommer à Télecdon, et c'est par là qu^il a passé au sens de prendre de préférence.
Quatre de ses serjans il méismes choisi.
BerU, XQ.
Choisire^ b.-l. : i Seu choisire maluerit • , cité par Du Cange. Choaisie pour choix. Ibid. — • Et la teneur de la cedule de ladite choaisie et élection d'armes. • Preuves de VHist. de Bretagne, II, col. 504..
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. aip
Palsgrave ne donne pas à choysyr d'autre signification que voir. — t I aspye, I se a thyng sodaynly at unvares that I loked noc for. Je choysysj J'ay choysyj choysyr j etc.» second, conj. And as I loked backe I aspied hym comynge : et en regardant derrière my^ je le choysys comme y ien venait, •
Cfunsiej s. f. Choix, option. Style de procédure du Par» lement de Normandie^ f» 72. — f Choisir de l'œil, i. regarder avec dessein. • Oudin, Cur. fr.
CHOUE, subs. fém. C'est une corneille, c'est-à-dire un oiseau noir, quoique le diminutif chouette désigne une autre espèce. Il s'agit du pendu comparé à l'oiseau noir qui dort dans les hautes branches. (.Voyez Duc)
Le vendengear beffleur comme une choue.
Bail. X.
Elle est plus noire qn'nne choue.
FabUs *i coni$s amâtns, m, 361.
Sa colors n'estoit pas en semblance de choe.
Btru, XXXUI.
D'an vilain conte qui avoit Une choe qu'i nom, qu'elle parle.
La CnMB. FM, nus, ât SahUmGtrm,
Yeux de corbaut, noire comme une choue,
EasT. Dbscb., ms. f» 211, c. 3.
Ils aiment pins deniers Que ne fet une choue.
La C. Fahl. wus, n» 761$, t. H, f> 141 ▼•, c. r.
Chouette. On dit de celui qui esc accoutumé à dérober : w est larron comme une chouette» Ce proverbe est venu des
sso LE JARGON DU XV« SIECLE.
Latins; ils appelaient la chouette /no/i^^fu/a^ parce qu'elle vole l'argent. Leroux, Dictionnaire comique^ et Lacume. c Jeu de la chouette; tour d'escroc, jeu de dupe; c'est à qui plumera son compagnon. • Oudin.
CIRCUNCIS, part. pi. du v. a. circuncire, alias circoncire. Le mot est pris ici dans le sens littéral du latin classique circumcidere^ rogner tout autour, couper, tailler. C'est un pur latinisme. Circoncire les ances, c'est couper les oreilles. Voyez Ance.
Car vendengeurs des ances eireuncis.
Bail. L
Et vendengeurs des ances circoncis.
Bail. VU.
Et de paour d'estre circoncis Des ances, sanltay la fenestre.
Fii de sûint Cbriitopbe.
t II nous commande aussi de circoncire nos coeurs. » Calv. , Instit.j 231. — Il faut que nos cœurs soyent circoncis de Dieu à ce que nous l'aimions. 1 Ibid.j 2^2.
CLAVES, subst. f. Clefs.
Qn'ange n'y ait des claves empoué En ceste vergne où vostre an venlt loirrir.
Bail. VIIL
Ciavisj latin ; ciave^ esp. ancien; llavêj esp. mod.; chiave, ital.
Le texte ancien de la première ballade de Jargon donne le vers suivant :
Qu'en claves ne soiex deux et deux.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. aai
Ce qui se comprendrait aisément en traduisant claves par clefs. Mais le vers étant trop long, j'ai dû substituer encloi (V. à ce mot les motifs philologiques de ma correction).
Clave^ massue. Libertés de Mâcon^ 33, jj^ '34^9 L& Cume.
COFFRES et COFFRES MASSIS, subst. pi. Cachots de pierre; prisons.
Escheqaez moj tost ces coffres massis,,, Enmalés en coffre et gros mars.
Bail. I.
Mes frères, soyez embraye ax Et gardez les coffres massis,