‹ Le jargon et JobelinChapitre 39 sur 40 · V. ci-dessus, v° Bisac · texte numérisé non relu

V. ci-dessus, v° Bisac

yent au visage Rend l'homme sage,

COTGIUVB.

c Estre mis au vent, D'Auton. Annales de Louis XUj p. 179 I, dans La Curne.

VERGNE, subst. f. Ville ou lieu de réunion habité par les Gueux.

En ceste vergne où vostre an veult loirrir.

Bail. VUL

Un gier cojs de la vergne cygaait.

Par la vergne, tout au long de la broue.

Bail. X.

Veix abrouer à la vngne cygault...

Qui, par u^aige, a la vergne jolye.

Bail. XI.

Vergue (verne, vernay, vernois, vernay) signifie au propre un aulne ec un lieu planté d'aulnes; dans cette seconde acception, il esc exactement synonyme d'aulnaye. Du Cange. En argot du xvi« au xix® siècle, il signifie ville. Il semble que dans le Jargon il possède un sens mixte et s^applique à un lieu champêtre, mais habité, comme le pourrait écre un champ de foire ou le campement des Gueux (voyez Cygauli).

• Philippin. Il faut commencer à tourner vers la vergne. • La Comédie des proverbes^ p. 70. — • Nous approchons de la vergne. • Ibid,

Vergne^ une ville. Vie gêner. — 1 Iceux argociers ordonnèrent tenir par chaque an des Estats généraux pour aviser aux affaires de TEstat; et estoient tenus anciennement juxte en la vergne de Fontenay le Compte. • Jargon réf. — f Pour venir en cesce fameuse vergne de Paris, au lieu qu'on appelle le Port au Foin. • Response et complainte du grand Coesre^ éd. Tcchener, Joyetisetésy p. 24. Le Port au Foin était le quartier général des filous de Paris.

Vergne. Aune, verne. 1 II a les yeulx rouges com un jadeau de vergne. * Rab. I, 146. C'est-à-dire comme une jatte de bois d'aune, qui rougit en vieillissant.

Vergner. Garnir une rive de vergnes. Du Cange sous Guerinagium.

S'il fallait absolument trouver une étymologie à la vergne jargonnesque, j'irais la chercher au plus près, dans la pure latinité. Verna désigne l'esclave ou l'animal domestique né dans la maison de son maître : • Vernœ^ qui in vUlis vere nati... i Festus. Les latinistes de la corporation des Gueux auraient tout simplement transporté le sens du contenu au

Sjo LE JARGON DU XV* SIÈCLE.

contenant. De plus, Fadjectif vernaculus signifie qui est du pays, de la maison ou de la ville, d'où Tidée toute simple d'appliquer au pays ou à la ville elle-même le mot vernay traduit par verne, qui est la vraie prononciation de vergnej où le g est muet.

VERNAS, subst. ra. Printemps.

Ce devers coyi, par un temps du ver nos,

BaU. XI.

Ver^ lat. le printemps. Vernalus, latin, princanier; français cernai.

Le rameaa protecteur qui semble l'ombrager Donne un nou\rel éclat à sa grâce wernale,

Massok. Hehét. U.

Vernantj printanier : c Qui esmeut les oysillons des champs à si mélodieusement chanter, fors la vername saison et le vert gay délectable. • Sicile. Blason des couleurs^ p. 12.

VERONICLE, subst. f. Ancienne forme de véronique^ qui signifiait c portrait du Christ • .

Belistriens, porteurs de veronicles,

BftU. VUI.

Les porteurs de véroniques^ comme les < pardonneurs i ou vendeurs d'indulgences, parcouraient les campagnes en exhibant des portraits du Sauveur, diaprés l'image de sueur et de sang que la face de Jésus-Christ laissa sur les trois plis du voile de sainte Véronique.

Vera icon ou vericona^ la vraie image; telle est réiymologie communément reçue, que M. Alfred Maury a discutée et critiquée dans ses Croyances et légendes de Pantiquitéj p. 334. Voyez aussi sur ce sujet un curieux article du Quarterly Reviewj traduit dans la Revue britannique du mois d'avril 1874.

Au xvi^ siècle, véronique se prenait pour un portrait en général : c Et disoit qu'il (Charles VIII) avoit le visage c beau, doux et agréable, et Taccomparoit à un gentilc homme prés de nostre maison; et disoit que c^estoit sa ff vraye semblance, en Tappellant souvent par ce mesme

• mot la véronique du petit roy Charles VIII. • Brantôme. Capit. français .

VOLANT, s. m. Manteau.

J'en sais mieaix prins que voilant à la fojre.

Bail. IX.

La signification précise de volant est attestée par les anciens vocabulaires de Jargon, par Bouchet (xv^ serée), et quelques exemples authentiques :

c Laissons nos volons et le reste de nos habits à ces pauvres diables. 1 La Comédie des Proverbes ^ p. 60. —

• Voicy du monde sous ces arbres, qui joue à la ronfle (qui dort), qui ont quitté leurs volans avec leurs habits, de peur d'avoir trop chaud, • Ibid,

Voici le titre d'un opuscule publié à Paris, en 1727, in- 12 : f Satire sur les cerceaux^ paniers ^ criardes et manteaux yolànts des femmes, • — c Deux hommes dont Tun vêtu d'un volant cannelle. 1 Pièces du procès de Damiens^ t. !•', p. 62 et 63.

Les deux derniers exemples, bien qu'ils ne datent que du dernier siècle, sont très voisins des anciennes dictions qui qualifiaient volants et volantes toutes pièces légères et mobiles de l'habillement des hommes et des femmes. I Cottes d'armes armoyez au duc, les deux justes et les autres volans, » Etat des officiers de la maison des ducs de Bourgogne y xv* siècle, p. 238. Oudin nomme la visière d'un casque le c volant » d'une salade. De nos jours, on nomme volants la garniture flottante des robes de dames, qu'aux XVII» et xviir siècle on appelait falbalas ^ de Tes- ^3Lgno\ falda^ pli.

Volantinj même signification :

La coverture fur moult chiere, D'un riche paile volantine Jusques à la terre il traîne.

FahU 5. G. £• 195.

Bien que la signification de volant pour manteau soit certaine, elle me fournit l'occasion d'une dissertation entièrement neuve sur les mots vol^ voler^ voleur^ au sens actuel. Le mot voleur^ spécialement, est un mot nouveau qui ne remonte pas au delà du xvi* siècle. Voici ce qu'en dit Etienne Pasquier [Rech, de la France ^ éd. de 1645, P* 7^9) ' ' QiJ^i^c ^u mot de voleur^ l'ordonnance du roi François I" faite contre eux, nous enseigne l'origine, quand elle dit, qu'il y avoit des meschans hommes, lesquels faisans semblant de voler l'oiseau, aguettoient les marchands sur les chemins. Si cela n'est vray, il est bien trouvé. » Pasquier a négligé de nous fournir un renseignement que, en sa qualité de magistrat, il devait avoir sous la main, c'est la date de l'ordonnance. Cette date, je l'ai

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. $ji

découverte; c'est le 15 janvier 1536-7; quant à l'ordonnance elle-même, c'est autre chose : nos dépôts publics ne la possèdent pas. Je la trouve seulement citée dans un édit de Henri II, donné à Fontainebleau le 5 février 1Ç49-50 t contre les volleurs ou voleurs ^^t les volle^ f ries commises tant es chemins publicqs que es maisons de • nos subjectz. • Galiot du Pré, in-S", 1554. L'édit de Henri II ne répète pas la définition que Pasquier avait lue du mot voleur dans l'ordonnance , c'est-à-dire dans les lettres patentes de François V'. Maintenant que j'en ai fixé la date, il est probable qu'on en retrouvera quelque exemplaire, et qu'on pourra vérifier l'allégation de Pasquier. Celle-ci ne présente rien d'inacceptable en soi. Le mot voleur peut avoir désigné d'abord les gens qui faisaient semblant de voler (l'oiseau) et qui volaient réellement, avec ou sans faucons et éperviers.

C'est sans doute en ce sens qu'il faut comprendre les vers suivants de Coquillart :

Danceurs, mignons, fringans et gentz, Chassears, volleurs, tous telles gens.

Mon, de la hotu de f oing, I, 190.

Cet exemple, qui avait échappé jusqu'ici à tous les lexicologues, recule d'un siècle et demi la date du mot volleur^ que Littré cite d'après Pasquier seulement. L'étonnant, c'est que le mot soit né si tard, comme aussi l'assimilation de vol et voler en chasse, avec larcin et dérober.

Ainsi vol^ d'après les plus anciens textes, signifie uniquement chasse à l'oiseau, c'est-à-dire au vol de l'oiseau de proie. De môme pour volerie et voiler (Eustache Deschamps, Comynes, Rabelais). D'une pièce, telle que per-

drix, caille, colombe, etc., prise au volj on disait qu'elle avait été volée. Comment l'équivoque ne s^est-elle pas établie entre la chasse et le larcin? Je ne sais; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle apparaît pour la première fois au XVI' siècle, authentiquement d'abord avec l'édit de Henri II du 5 février 1550, puis bientôt après dans Brantôme : f Pour l'enormité du fait il s^enfuit à Venize, où, estant retiré, il fut tué par deux déterminez soldats de vollerUf (c.-à-d. des pillards), où il y en a tous jours de bons. » Capit, estr. II, 23. Enfin, le verbe moderne acquiert son droit de cité dans la langue vers la fin de ce même XVI* siècle : t VOLER, peculatum facere > . Trésor des mots fiançois^ Rouen, 1%^.

Il est donc bien établi que le Gueux du xv* siècle qui se lamente d'être mieux pris par sa maîtresse que • voilant à la foire > , n'entend pas par là qu^il est mieux pris que s'il eût été arrêté à la foire en flagrant délit de vol^ mais qu'il est mieux pris c qu^un manteau en foire «. Ceci rappelle, d'ailleurs, Tamusante plaisanterie d'un vaudeville du théâtre des Variétés, les Trois épiciers : • le silence était complet, on aurait entendu voler... un foulard. • Le XV* siècle ne disait pas voler au sens de prendre.

Et cependant, le latin et le bas-- latin avaient formé les mots involare^ voler^ et involator^ voleur^ sur vola^ paume de la main. Les exemples classiques abondent : c Remitte c pallium mihi meum quod involasti, » Catulle, 25, 6. — c Hercditatem accepit, ex qua plus involavitj quam illi relictum est. » Pétrone. Sat. 43, — i Anuli, quos amicx tux involasti. • Frag. trag. 56. Burm. apud Forcell. Nous retrouvons involare synonyme do/urarij à presque toutes les pages des capitulaires mérovingiens et carlovingiens :

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. s)$

f Si quis alicujus amîssarium involaverit,.. Et si ille talem equum involaperit quem Alamanni marach dicunt... De eo qui alterîus caballum involaverii. » Bal. I. 77 etpassim. Les écoliers du moyeu âge apprenaient encore dans le Donec, c^est-à-dire dans la grammaire latine d'^lius Donatus, composée au iv* siècle, que • vola dicitur média pars manus... unde et involare dicimus, quum aliquid furtim vola manus subtrahitur •. Du Cange cite encore des exemples di involare^ et même de volare, dans la latinité du moyen âge : 1 Si per furtum illum involaverit • . Canones S. Patricii, cap. 32. — Volare^ gallicè voîer^ anc. charte citée par Du Chesne. Ann. Massil, 1266.

Il est certainement fort curieux et même extraordinaire que les verbes involare ou voîare^ conservés par le baslatin du XIII* siècle, n'aient pas été recueillis par la langue française. Ce phénomène appelle une explication, et elle m'apparaît plausible, parce qu'elle est simple. Du Cange traduit involare par empaulmer, mettre en paulme. Rien de plus exact ; la paume de la main est synonyme de la vole. Ce dernier mot a laissé quelque trace dans notre littérature :

Et d'un sierf à vole puant, Boistenx, faoz hermite et traant.

Pr. Mousses, p. 68$.

Mais il faut aller ensuite jusqu'à Rabelais pour en trouver un nouvel exemple : t De la main dextre, il frappa du doigt milieu contre le muscle de la vole, i I, 315. Il est visible que la vole a été remplacée par la paume dans la langue courante; d'où cette conséquence naturelle que voler et envoler j dont le radical s'oubliait, cédassent la place à paulmer et empaulmer^ ce qui eut lieu; comme on le peut

Sî6 LE JARGON DU XV« SIECLE.

voir sous ces deux mots au présent vocabulaire. Quant à la suggestion de Litcré, que envoler aurait fait double emploi avec embler^ qu'il en dérive, je ne la repousse pas; je la réserve seulement, d'abord parce que l'étymologie à*embler par involare n'est pas prouvée, et, que faute de textes qui permissent d'établir les transitions, on en pourrait essayer d'autres, par exemple d'ablatio et d*tf— hiatus j le verbe auferre possédant par lui-même le sens de voler y auquel Ta employé Tite-Live (Forcellini sous Aufero. p. 28c, col. 3), comme synonyme à&furari^ lequel, d'ailleurs, s'explique communément « clam alienum auferre \; ensuite parce qu! envoler coexistait dans la vieille langue, Littré lui-même en cite des exemples du xiii* siècle, avec embler ; et cette coexistence permet de présumer pour ces deux mots une origine différente .

Ce n'en est pas moins un cas philologique fort singulier que de voir un groupe de mots latins et bas-latins perdre pendant cinq ou six siècles leur droit de bourgeoisie ou du moins leur signification primordiale, pour les recouvrer ensuite en vertu d'un concept nouveau, aboutissant au même sens.

WALCQUERINS, subst. pi. Mot d'origine germanique qui reproduit le français pèlerins^ au sens étymologique de peregrinusj voyageur, étranger, coureur.

Brouant au bay à tous deux walcquerins.

BâU. IX.

Travellié somes et pené,

Et moult avons par mer walcré.

Par ton, 3429

Mais ades waukrent et cancelent Car trois jours dura li orés.

Roi GuHU p. 133.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. sjr

Ainsi vaucrant alla Lyonnel par la forest.

Perctf. n, f» 82.

Le chevalier vaucrant parmy la praerie.

IbU. f» 126.

Vaucrer^ errer. « L'armée qui toute Tannée s'estoit tenue sur mer, vaucrant et frontenant le pais de Bretagne. » Froissart, III, £«357. — t Ilprint deux vaisseaux de mer. . . et commença à vaucrer et errer sur la mer. » Modusj f«» 329. — « Ala tant par mer waucrant qu'elle arriva au castel de Biaucaire. » Ms. 7989, f® 79.

Du Cange enregistre les verbes walkrer^ waucrer^ vau" krer^ vaxare^ qui rappellent le verbe latin va gare.

En allemand du moyen âge, walch et waller^ pèlerin ; walcken^ être ballotté sur les flots; wailen^ voyager, aller en pèlerinage. Scherz.

En ail. moderne, walken^ fouler aux pieds ; n'â/Z^n^ aller en pèlerinage ; ivaller^ pèlerin. •

En anglais anc. et moderne, walk^ promenade; to waik^ marcher, se promener.

En italien, xalchera, lieu où Ton foule (les draps). N. Duez.

YS, huis, porte, cordons ou cordes.

Et babignez toujours aox/j Des sires, pour les desbouser.

Bail. I.

Men ys vous chante que gardez Que n*y laissez et corps et pel.

Bail. n.

Et autour de vos^^f lurie Pour la poe du marieux.

Bail. V.

Voici quelques exemples d^us pour huys^ forme intermédiaire entre huys et ys :

Et vint courant josques à Vus.

FM, nu. S. G. I* w, c I.

Pas a très bien les us fermés.

Ihid. fb a r«, c. i.

En Vus ot de fer une barre.

Pncevûl.

^orthographe ancienne est uis :

Mais li uis de la chambre li fu mult défendus.

Tb. le Mort. 12S.

Mais cil qui garda Vuis ne li laissa entrer.

Ibii. 49.

Quar vous oez dire à la gent :

 Vuis, à Vuis qui n'a argent.

Rut. n, 41.

J'inclinerais cependant à identifier ys et histi (v. ce mot) au sens de cordes (issas), cordages, cordons. Il s'agirait, dans le premier exemple, des cordons qui soutiennent les escarcelles des seigneurs qu'on se propose de c débourser I ; dans le second, t autour de vos y s • se traduirait par autour des cordages qui soutiennent vos tentes, c'est-àdire autour de vos repaires ; enfin, dans le troisième, men y s signifierait au propre ma corde; prenez-y garde de peur d*y laisser le corps et la peau.

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