B«I!. IX
1° f Sincery v. To vhipe, lo rub, to make clean vith a clovt. » Cotgrave. — Cincer^ v. a. poit. Nettoyer le four avec la cince.
2^ Saine y sang, f Boudins de saine, • Livre des mestiers.
Sangler, i Le suppliant regarda sa dague qu'il trouva plaiée et sanglée, « Tr. desCh. JJ. 190, p. 161, an 1460. Sans, sang, i Se 11 sans qui descendi de mon visage. • Men, de Reims ^ § 270.
SARPES, subst. pi. (voyez à Arpes la variante que j'ai
adoptée, le vers ci-dessous n'offrant aucune construcdon
saisissable).
Prince des gajeulx les sarpes.
Bail. IV.
Sa sarpi et sa coignie prist Dont agaisié avott son pieas.
Ren, ▼. 16424.
Sarpe^ s. f. ancienne forme de serpe, — • En cas de résistance , mettez la main à la sarpe et frappez comme
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. 49s
des sours. » La Comédie des proverbes^ p. 12. — « Voire mais (dis-je) vous vous dampnez comme une sarpe^ et estes larron et sacrilège. » Rabelais, I, 302.
Sarper^ V. a. Terme de marine, t Le vent fut doux et la mer tranquille tant que l'armée des François et de Gennes firent ancres sarper et voiler tendre. » J. d'Auton, p. 271.
SAULDREZ. Deuxième personne pluriel du futur de sauîdrej v. a., ancienne forme française intermédiaire entre saillir et sauîter^ dont elle comporte les deux significations. Il signifie, je crois^ saillir dans l'exemple suivant :
Prince planteur, qaant vous sauldre^ la h je.
Bail. IX.
I Pourtant qu'il soit suffisant à sauldre les vaches. » Ane. coût, de Bret,i^ 157 r*', dans La Curne. — « Sauldra en la rue tout prest et ira à cheval devant le logis du chief. • W. de la Colombiére. Théâtre d'honneur^ I, p. 71.
Et adonc quant les Anglois voient Que nulz de Paris ne sauldroit, Ils se partent le chemin droit.
EusT. DitCH. ms. fe 57$, c. 3.
Sauldroit au même sens dans le Petit Jehan de Saintré^ p. 285. On conjuguait i je saulj tu saus^ il saut ^ Je sauldray^ etc.
Saudre, payer.
Se sainte yglise excommenie, Li frère pueent bien assaudre S'escommeniez a que sauire.
Ms. 72x8, f« 527, *p. La CuANB. .
SAULVE, subsc. f. Forêt, sûreté.
Brouezy benards, eschequez à la saulve.
Bail. X.
Le latin syha a donné en français silve^ selve^ sauve et seauve (v. Cocher is, Noms de lieu^ p. 2j)y et Tadjectif sauvage j littéralement qui vit dans les bois.
Cependant il est possible d'interpréter à la saulve en ce sens : € Fuyez pour votre salut, allez- vous en â la sauUe •.
— f En ce cas laditte ordonnance sera gardée jusques à la saulve de la légitime, i Coût. gén. II, 384.
François costoiant mainte selve Se vont logier sous Monz en Peive.
G. Gdurt, f» 3SI.
€ Sauvera la fuite », s'enfuir. — t Eussions poursuiv)' jusques en Ast, auquel lieu eussions trouvé le marquis du Guast se sauvant à la fuitie^ auquel, y estant arrivé, les portes furent refusées. » Du Bellay, p. 536. Mich. et Pouj.
— € Et fict Solehadins par sa courtoisie renvoier la dame, li disme des crestiens, et des damoiselles en Acre; et là elle fu a sauvetie, » Men. de Reims j § 211. — c Et sicost qu'ele pot, elle .se mist hors de son pooir pour escre à sauveté. » Beaum. XXX, p. 95.
SAUPICQUETS, subst. m. pi. Gens éveiUés, subtils. Saupicque{ frcoans des gours arqnes.
Bail. IV.
Le saupicqueij c'est-à-dire sauce piquante^ esc ainsi défini par le dictionnaire de Trévoux : c mecs assaisonné
avec du sel ec des épices pour irricer Tappécic. Il se die de toutes sortes de sauces qui sont de haut goût. »
Poar leur faire lear saupicquet, il ne vous faut point d'autre espice.
Vie tU S. Christopht.
Ou que l'autre, qui fist en vers un sopiquet.
Regmisr, mc. VI.
• C'est Virgile dans son poème intitulé Moretunij ragoût composé de ces huit ingrédiens : coriandre, ail, oignon, persil, rue, fromage, huile, et vinaigre. II faut écrire Saupiquet. Joachim du Bellay a traduit en vers François le Moretum de Virgile. » Note sur la satire VI de Régnier, dans Téd. de Londres, 1729, in-4«, t. I", p. 88. — t Le saupicquet pour connin et pour oiseau de rivière. » Alenagier^ t. II, p. 5.
Eveillé comme ung saupiquet,
CoauitLAKT, 1, 19 s.
11 Y avait en 140 1, à Melun, une prison dite ^atfpiVgKe/. Mat. du sgr. de CholiereSj p. 68.
Saîpicorij esp., viande froide hachée et assaisonnée.
f Je prie les honnestes dames qui liront dans ce chapitre aucuns contes... me pardonner s'ils sont un peu gras en saupicquets, » Brantôme. Dames gai, t. P'^, p. 2^6.
L'exemple tiré de la Vie de saint Christophe compare au saupicquet les préparatifs du supplice réservé aux brigands, Saulceéisixt a:icicnnement usité en ce sens.
Ces serments vains et peu dignes de foi Meriteroient qu'on vous fist vostre sauce,
La Fontaixb. La Confidente,
Un poi devant noue l'autrier En aloie par un sentier Qui estoit bien prés del essart A un vilain punés Lietart Qui m*a ceste sauce méue.
Renart, II, 367, V. 16847.
Que fais tu là? — Je plume ongnons Pour faire saulce de gibet.
Misl. de la Passion.
Oudin cradaic saulse par réprimande et punition. Il esc encore usité en ce sens dans la langue du peuple.
SAUVE, s. f. Sève; pour moelle épinière.
Maint coquillart, escorné de sa sauve.
fl Sabe de coing, liqueur faite avec du jus de coing. * Cocgrave. — Sabej poitev. ; sabo^ langued. ; saba^ prov. et esp., sève. — Sapa^ lat. suc, jus.
Voyez Sdulve ci- dessus.
SAUVE, adj. fém., pris adverbialement pour .fan/. C'est mon advis, tout autre conseil sauve.
Bail. X.
Il est clair que le poète veut dire i sauf tout autre conseil » , et non pas que tout autre conseil peut sauver ceux qu^il admoneste. Il restait à trouver un exemple justificatif de sauve pour sau/^ accompagnant 'un. substantif masculin ; Rabelais me le fournie : i Les truyes en leur gesine [sauhe rhonneur de toute la compaignie). » II, 2^2,
SE YME, adject. Septième. Patrouille du guet ou des sergents, composée de six hommes et un capitaine.
Se seyme oyez, sojez beaucoap broueulx ; Plantez vos histz jusques elle rappasse.
Bail. vu.
f Sime^ s. f. Patrouille grise ; désignait autrefois le guet. • Vidocq.
Les formes anciennes de septième sont sedme et semé, cirées directement de septimus, Littré.
Et Tabors ert li sistes et Nastrans ert li semés.
Jiol, 4974.
Une semé signifiait aussi un service de sept jours pour les morts. Lacombe.
Saymej filet de pêche, aujourd'hui seine. — i Au travers des filets et de la seine, t Mont. II, p. 181.
Je suis avec les orgueiUeus...
Qui mondaines honneurs convoitent...
Et la povreté ilz vouz preschent, Et les grandes richesses peschent As saymes et as trainiaus.
Rot€, V. 11548-70.
SEYE, 3* personne du présent du subjonctif de seoir^ pris au sens de convenir, decere,
Qu'enastez ne seye en sûrie Blanchir vos cuirs et essurger.
Bail. V.
f Je veulx que l'esprit s'y seye^ non qu'il s'y couche. • Montaigne, IV, 295. « — Ja Dieu ne plaise que je seye jamais en chaire. » Amyot, Lyc, 43.
Je cite ces deux exemples de la conjugaison du mot seoir, quoique le sens y soie au propre : sedere. Les textes anciens portent : •
Quen astes ne soies en saerie Blanchir vos cuirs et essurger.
Le premier vers écrit ainsi contient dix pieds au lieu de huit. On a vu au mot enaster la raison de ma première correction. La réduction de suerie à la forme contracte sUrie ne fait pas difficulté. Reste soies dont Vs était manifestement surabondante. Cependant s'il fallait lire, à Timpératif, « soiei en surie •, on ne saurait la retrancher. Ne resterait nécessaire, car le poète ne peut conseiller aux Gueux de se faire brancher au soleil. Heureusement, la difficulté du second vers m'a permis de vaincre celle du premier. II fallait trouver le verbe dont les infinitifs blanchir et essurger sont le régime; or ce verbe ne pouvait être que soies. C'est encore l'homophonie qui m'a guidé. Supposé que soies ne soit pas un impératif, Vs devient muette, le mot sonne comme saie ou seye^ et ce dernier mot fournit un sens qui explique toute la période, i Qu'il ne seye pas que votre peau soit exposée à reluire au soleil (voyez Blanchir) et que vous soyez hissé au sommet d'une potence. »
SIEURS, subst. pi. Seigneurs; les pendus. Voyez Sirt ci-après.
Qae vueille ou non ne soit fait des sieurs.
bau. vn.
Car des sieurs pourriez bien devenir Se vous estiez happez en tels bouticles.
Bail. VIII.
Ces deux exemples sont fore clairs quant au sens. Être fait des sieurs ou devenir des sieurs^ c'est être pendu. On dirait qu'il s'agit d'être élevé non à une potence, mais à une dignité. Cest peut-être dans cette idée d'élévation qu'il faut chercher le sel de la plaisanterie et Torigine de la locution.
A remarquer que sieurs est de deux syllabes et se prononce si-euxj rimant dans la ballade VII avec délicieux ; sï-^urs dissyllabique reproduit d'ailleurs fort exactement se-nior dont il dérive.
• Je suis sieur de la maison. » Les Quinie joyes^ p. 132. — i C'est folie d'abandonner son cœur à homme du monde, car ils ne font conte àt% pauvres femmes, quand ils sont sieurs d'elles. » Ihid. p. 73.
SIRE, subst. masc. Seigneur (v. aussi Sieurs),
Et babignez tousjours aux ys
Des sires pour les desbouser...
Prince froart, dis des arques petis, L'un des sires si ne soie endormis.
Bail. I.
Mais plantez ilz sont comme joncz Pour les sins qui sont si longs.
Bail. III.
Et vous gardez bien de la roe Qui aux sires plante du gris En leur faisant faire ta moe...
Danger de grup en arderie Fait aux sires faire la moe.
Bail. VI.
Sur la sorne, que sires sont rassis.
Bail. VII.
... A mon beau pourpier !
Troaveray je point quelque sire Pour en acheter pour confire ?
Les Cris de Paris,
Dans le même sens sù-ois et syrois :
Embuschons nous sous la feullée Pour attendre quelque syrois.
VU de S. Christ.
S'il venoit quelque gourt sirois De qui nous fuissions estrenei.
Afir. des En/ans ingréti.
Beau sire et beau sire Dieux :
Saupicquetz frouans des gours arques Pour desbouser beaussire dieux.
Bail. IV.
Et frappez en la hurterie Sur les beaulx sires bas assis*
Bail. VI.
Couplez vous trois à ces beaulx sires dieux.
Bail. X.
Dans le langage ordinaire :
Pardonne moy, beau sire Dieu /
PiERRB DE Nbsson, ms. dc TA».
Et sont à genoux ou à terre Comme devant beaux sires dieux,
Dehat des deux saars.
Beau sire dieux était aussi un juron.
5 Sur beaux sires bas assis : i* Nous feirent sus une selette asseoir. Panurge disoit, gallefretiers mes amis, je ne suis que trop bien ainsi debout : aussi bien elle est trop
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. $oj
basse pour homme qui a chausses neufves et coure pourpoinct. I Rabelais, III, 48.
Sirois est une forme de siret^ diminutif de sire. Du Cange, JJ. 133, p. 106, an 1388. — « Ung beau sire esc autant comme de l'appeler coux. » JJ. 143, p. 143, an 1450.
SONGEARS, adj. pi. Songeurs, rêveurs, endormis.
Songtars ne soiez poar dorer.
Pall. I.
C'est le mot picard qui s'écrit en orthographe moderne songeardj en français songeur,
Toat endormy, songeari, mélancolique.
Faiieu, 14.
Songeât s maulditz plains de mélancolie.
nu. X.
Voire, mais il est si songcart Que a peine se peult remuer.
CoauiLLiRT, I, 194.
Mais pour Tadieu je fus taciturne et songeart.
Cap. Lasphrisi.
« Mais tout le monde souppoit, exceptez quelques rcsveurs songears, » Rabel. II, y^, — t Telle humeur active plaisoit fort à François P', en ses enfans et aux gentilshommes françois, ne les estimant point s'ils restoient songeards et lourdauds et endormis. » Brant. III, p. 108.
SORNE, subst. f. La nuit, la brune.
Sur la sorne que sires sont rassis.
Bail. VII.
Quant Abrouart sur la sorne a broaez.
BtU. VllI.
Ou brouent ilz présent sur la some?
Mist, de la Passion.
f Lorsque sur la sorne ils prenoient sobrement leur pain et vin. » Pasquier. Recherches^ VIII, p. 703.
Le languedocien a sour^ noir, obscur; le provençal sorn. Franc. Michel. L'argot allemand ancien sorna.
Le Jargon réformé donne sorgne^ qui nécessairement, au moyen âge, se prononçait sorne.
Le mot était ou avait été du langage usuel. Nicot le traduit par hruney substantif; Cotgrave par the eveningy le soir, mais remarque qu'il est vieux et peu usité. Oudinle traduit par principio délia note, Vaube ou le matin, c*est la blanche; la sorne ou le soir, c'est la brune.
Chose curieuse, tandis que la sorne était du français pour Estienne Pasquier, Bouchet signalait la brune comme un mot de Jargon (fil, 130); en quoi Bouchet avait tort, car f sur la brune » se rencontre déjà dans Monstrelet : f Et sur la brune rencontroient en leur chemin. • T. II, P 96 r^
L'ancien français avait, et nous avons conservé en certains cas l'adjectif j"<2ur^ qui signifie une couleur jaune tirant sur le brun et sur le roux; cheval saure^ hareng saure ou sorety oiseau saure (t. de fauconn.). Je n'en citerai qu'un exemple, qui nous met sur la voie des origines : f Le visage est de belle forme en toutes façons, sur le clair brun, assez couloré, et bien barbu, et de poil brun sur le sor, I Bouciquaut, IV, I.
Rvfa est traduit par sora dans le Gloss. de Reichcnau.
Sur le sor nous conduit à entendre cette expression tirée des trois exemples du Jargon ci-dessus : sur la scrne. Celleci semble être le féminin de celle-là ; du moins, on aperçoit que saur, tiré, comme le dit Littré, du bas-latin sauras et sorius^ a dû aboutir à sorne par une forme intermédiaire, celle que saurinus^ saurina^ saun'nia.
Sournois et le verbe poitevin sorgner, se retirer à Técart, faire le sournois^ se rapportent évidemment aux origines de sorne.
Le latin avait le subst. serum^ le soir ; l'adverbe sero^ c'est-à-dire au soir ou tard ; l'adjectif serus^ c'est-à-dire du soir ou tardif; Tital. dit sera^ le soir; et la forme seretinoj qui, dans la même langue, signifie sournois, achève d'établir le rapport étymologique entre le soir et la sorne.
Sur personnes brunes et sorts,
Fist Diex mainz biaus miracles lores.
Gl'Ill. Guurt, f» 245 r«.
* SORNILLER, v. a. Brunir, au figuré voler. Sornille{ moy ces georgetz si farciz.
Bail. VII.
SorniîUr paraît être un verbe ciré du substantif sorne sous forme de fréquentatif et ne peut vouloir dire que brunir ^ au sens de faire disparaître, voler.
Le mot sorner^ dont sornîUer pourrait être le diminutif, a existé dans la langue, au sens de dire des sornes ou sornettes ; mais il a une toute autre origine. V. Littré v® Sornette et Du Cange v« Subsannatio,
Brunir^ dans son acception primitive, la plus usitée au
joeî LE JARGON DU XV« SIECLE.
moyen âge, signifie essentiellement polir, rendre brillant ; voilà pourquoi sorniller (brunir), polir et fourbir sont, avec nettoyer en argot moderne, les synonymes de voler- On reconnaît ici la persévérante logique des créateurs du Jargon (v. suprà Pollir).
« Sornarj jarg. esp. dormir, » Oudin.
Dreites ces hanstes, luisanz ces espiez bruns.
Ch. ie Roi LXXXVI.
SOUE, subs. f. Etable à porcs.
Prince, cil qui n'a bauderie Pour soi eschever de la soue.
Bail. M.
Soue, en auvergnat, et quelquefois en français, s'écrit pour jotf ou seu, avec la même signification d'é table à porcs, tirée du bas-latin sudis. Du Cangc.
Le fils du roy passa, Il m'a tant regardée, Dans la soue aux cochons Il m'a tant bousculée...
Chanson du Maint, citée p«r Cr. Kuakd.
Soue est identique à souille, lieu bourbeux, dans les deux sens indiqués au mot Sou, ci-aprés : c Le sanglier vient de mangier, si vient au seulg, f Modus, f» XXXII. — f A plusieurs mariniers qui ont amené ladicte galleacc de la soulle en place prés la tour dudit Havre. • Despence faicte, dans Jal, C'est le substantif du verbe souiller.
Le mot s'adapterait donc très bien au passage ci-dessus de la ballade VI, qui signifierait t pour éviter la souille •,
c'esc-à-dire le cachot humide, et je F adopterais s'il résolvait la difficulté de sa position dans le vers. Mais il est visible que le fil de la phrase est rompu; il se renoue, au contraire, en divisant la soue en las oue. (V. Las et Oue ci-dessus.)
SOUS, subst. pi., littéralement : étable à pourceaux. Levez les sous et si tastez lesquelz.
Bail. Via
Tel est le vers fourni par le ms. Stockholm. J'y propose une triple correction, qui lui donnerait cette forme :
Luez les sous et si tastez les coys.
Le sens deviendrait ainsi parfaitement clair : 1 Surveillez (litt. éclairez) les repaires et sondez les cabarets > , ce qui se relie parfaitement à la suite du couplet : « De peur qu'il ne s'y trouve des sergents munis de poucettes, en cette vergne (ville ou foire) où vous vous proposez d'exercer votre industrie. •
f Sou ou seu^ étable à pourceaux. » Trévoux. Bourguignon sa. De susj lat. et sudis^ bas-1.; jo;»-, angl. Truie. Suejaj niçois, latrine, fosse à ordures. Ancienne forme seulgj lieu bourbeux.
En es^^gnol porqueron (fr. porcheron), conducteur de porcs, est • un archer ou sergent chargé d'arrêter les malfaiteurs. • Oudin. Les sous pourraient se dire ici des lieux où s'embusquent les « anges • de la ballade VIIL
< Souj t. de marine. La terre qui est au fond de Teau. » Trévoux. On traduirait alors : < sondez les fonds 1, c'està-dire € éclairez le terrain », ce qui reviendrait au même.
5o8 LE JARGON DU XV« SIECLE.
*STARICLES, subs. m. pi. Prévôt, Ueutenanc criminels, bailli; juges en général, peut-être geôliers, gardiens de prison.
Anges bossus, rouastres et staricles.
Bail. Vin.
Les langues slaves nous offrent stank^ vieux; starike^ vieillesse en russe; stary^ vieux, staroscy vieillesse en polonais, d'où, dans Tune ec Tautre langue, staroste : en russe, ancien du village, bailli, préposé ou prévôt, inspecteur; en polonais, préfet, etc.
Le sens de senior pour starik et stary est de la même valeur en dignité que staroste et starosta,
La provenance de starike ne peut être douteuse, aucune langue romane ou germanique ne nous fournissant Tombre d'une étymologie ni d'une explication. La ballade donne plusieurs rimes telles que manicles^ bouticles^ veroniclesj qui se ramènent naturellement à maniques, boutiques et véroniques. Semblablement staricles se ramène à stariquesj qui est précisément le mot slave au moyen duquel le sens du vers est complété de la manière la plus naturelle : « sergens maudits, bourreaux et juges t.
Les significations du starosta polonais vont, par dégradations successives, depuis souverain jusqu'à intendant, régisseur, surveillant et garde.
Le zincalô donne les mots estarica^ s. f.; ark, cheste (coffre), arca. — Estardo^ subs. et adj. Prisoner, captive. — « Estaripelj s. m. Prison. • Borrov. — M. Francisque Michel donne ostariben comme variante d*estaripei.
Ces divers vocables fournissent les éléments d^une variante, qui, au lieu de juge ou prévôt, selon les sens
slaves, ramènerait les starîcîes aux simples fonccions de gardiens de prisons.
STAT, c'est la -y pers. de Tind. présent du latin stare^ avec sa signification usuelle.
Qui stat plain en gaudie ne se mauve.
Bail. X.
fl Que celui qui se tient en joie. 1 Villon en fournit un autre exemple dans la ballade de la grosse Margot :
S'iiz jouent bien, je leur dis que bien stat,
£t Rabelais s'est servi de la même expression à la seconde personne :
Puisque bien stas (grâce au souverain Jove).
EspUre du Lymesitt, III, 278.
SURIE, subs. f., action de suer.
A l'assault ! tost, sans suerie.
BaU. II.
Qu'enastez ne seye en sùrie- Blanchir vos cuirs et essurger.
Bail. V.
Mais bien qu'il soit hors de surit, Que cette gale soit guérie, Cela ne se peut nullement.
Parodie de Berthelot sur Us skme* de Malherbe,
Nous iiij tons montés es chevaz de Surie,
Brun de U Mont. t. xJ}4.
Le calembour sur le pays de Surie et de Syrie est vieux comme la langue française.
f Celluy n'esc pas réputé vaillant champion, qui n'a fait cinq ou six voyages en suerie, i Apol, pour Hérodote j p. 97. — « Vous faites suer le bonhomme, tel est votre dire quand vous le pillez. 1 Harangue du capitaine la Carbonade aux soldats de M, le Prince en 161^^ p. 189. — i J'ai achevé aujourd'hui ma douche et ma suerie, * M"* de Sévigné,4 juin 1676.
TALLE,subs, fém. Queue.
Plus n y vault que tost ne happez La baudrouse de quatte talle,
BaU. IV.
Je n^hésite pas à traduire : < Le fouet à ^u^ 2/« de chat. > Ceci demande une explication assez longue, car le couplet entier de la ballade était à restituer, et l'on va voir que l'explication comme la restitution tiennent à un seul s.
Voici le texte fourni par Téditionde 1489, sauf la ponctuation que j'ajoute pour ne pas épaissir inutilement l'obscurité.
Niaiz qui seront attrappez Bien tost sen brouent au halle ; Plus ny vault que tost ne happez La baudrouse de quatre talle.
Des tires fait la hirenallc Quant le gosier est assegis, Et si hurcque la pirenalle Au saillir des coffres massis.
La mesure des vers est régulière, sauf le second qui se redresse aisément en mettant broueront au lieu de brouent ;
d'ailleurs, cecte correction sUmposaic par Taccorcldu temps avec seront qui précède. Lorsque nous aurons substitué des tirer à des tires au cinquième vers, nous n^ aurons plus rien à changer. Il ne restera qu'à élucider et à comprendre. Il subsiste cependant une difficulté : elle semble minime et elle est majeure. L'adjectif numéral quatre qui précède talle voudrait que ce dernier mot portât Vs^ marque du pluriel, talîes; mais alors talles ne rimerait plus avec halle ni avec hirenalle et pirenalle qui sont au singulier. Des éditeurs anciens ont écrit halles un peu au hasard; on a vu, sous ce mot, que je n'adopte pas leur conjecture; il ne s'agit pas des halles^ mais du hâle^ c'est-à-dire de l'air du gibet ou de l'échelle patibulaire elle-même (scala). Halles rimant avec talles ne mènerait à rien, sinon à marquer la disparité des rimes plurielles du premier quatrain avec les rimes singulières du second. Il y a lieu, d'ailleurs, de se montrer ici fort circonspect, puisque nous avons affaire à une portion de texte exceptionnellement saine.
Ne pouvant raisonnablement toucher au mot talle^ mon attention s'est portée sur le mot quatre qui devait renfermer le nœud du problème.
Commençons cependant par la discussion du mot talle.
On a vu V® Baudrose qu'il faut vraisemblablement traduire ce mot par fouet; maintenant que signifie talle?
Talle^ considéré étymologiquement et abstraction faite de sa valeur expressive, est la figure ancienne du mot taille. Le substantif grec doXXoç, branche, et le verbe grec ôfléUtiv, pousser du feuillage, sont représentés en latin par thallusj avec le même sens , et par talea^ branche d'arbre coupée par les deux bouts pour être plantée. Pline.
De talea sont venus, en bas-latin, taleare ou taliare^ inter-
ealiare, taliaturaj tailler des arbres, taille des arbres.
Talea a passé dans les langues romanes sous les formes taglia, ital.; taja^ tala et taîla, esp.; talla^ cat. ; iaïha, provençal et portugais ; talle et taille en français ; teie, en vallon. Cette dernière forme donne le passage aux langues germaniques : tail en anglais ; theil en allemand.
Le français moderne garde les deux orthographes taUe et taille en leur assignant des acceptions différentes ; iaile est une branche enracinée qu'un arbre pousse à son pied; it. tallo; il s'^accompagne du substantif tallement et du verbe taller. En poitevin, taie est une feuille de légumes. Talle j dans le même dialecte, est le nom du châtaignier. La taille comporte bien des acceptions diverses, dont la plus ancienne et la plus proche de l'origine est la taille de bois sur laquelle certains marchands, tels que boulangers et charbonniers, marquent leurs fournitures journalières.
Ainsi, rigoureusement parlant, la taille est un tronçon, une certaine longueur prise à part. Le theil allemand, partie, division, signifie aussi organe, membre, c'est-à-dire partie du corps prise à part.
Cette partie du corps prise à part, les Anglais Font spécialisée pour désigner la queue d'un animal, tail. Palsgrave donne tayle of a beastj queue, en même temps que tayle of wodde, taille de bois. La preuve que le tail anglais, anciennement écrit tayle^ n'est autre que la talle ou taille française, c'est que les origines germaniques lui auraient fourni schivani ou schweïf^o\xv désigner la queue de l'animal.
Ceci exposé, retournons à notre exemple. La talle dont il s'agit dans le Jargon pourrait être : i® une branche ; 2» une taille^ pour indiquer une longueur quelconque, la taille
d'un homme par exemple; }<> une queue, en prenant talle dans le sens spécial de la langue anglaise.
Ce serait alors, en négligeant pour un moment la difficulté du pluriel : i^ la lanière ou la corde à quatre branches, soit la potence avec ses quatre piliers fondamentaux; 2<* la corde de quatre tailles d'hommes ; 3° la lanière ou corde à quatre queues.
. Maintenant, il faut en revenir à ce pluriel si nécessaire et si impossible, au cas où l'on persisterait à lire quatre avant talle, La première supposition ne nous conduit à rien de tangible. Il n'en est pas de même des deux autres. Et ici je demande au lecteur la permission de le faire repasser par la filière d'inductions qui m'a conduit moi-même de la deuxième hypothèse à la troisième, qui me paraît la vraie.
La correction d'une seule lettre dans le mot quatre j qui deviendrait quatte^ m'ouvrit un horizon nouveau.
Le verbe moderne cacher est représenté dans les anciens idiomes romans et français : par le provençal quait^ tapi, caché; par l'italien quattOj même sens, quattare, cacher; quat lamente j d'une manière cachée; espagnol cacho, serré; vieux français quaicher; dauphinois se quaisiéj se taire; bourguignon, queichai; normand et poitevin, carir^ cacher; enfin, en picard, quatir.
Ajoutons que cacher se confond anciennement avec chasser, de cacciare,
D*bù il suit que quatte talle pourrait signifier cache ou chasse talle j soit la lanière de cuir qui chasse ou cache la taille du supplicié en s'enroulant autour de son corps. La difficulté du pluriel exigé par l'adjectif numéral ^iia/r« disparaît, et nous n'avons rien à changer au texte.
JJ
Arrivé là, je ne pus pas n'être pas frappé de la ressemblance de quatte talle avec Panglais cat taiî^ queue de chac. Cat o nine tails^ le chac à neuf queues, esc le nom bien connu du fouecdonc se serc la juscice anglaise. Observez que Vo de o' nine tails esc l'ancienne conjonction française od ou o, avec. J'adopce donc définicivemenc la craducdonde baudrouse de quatte talle par le fouec à queue de chac. Que le copisce ait pu prendre quatte pour quatre^ on me le passeraic aisémenc. Mais pourquoi quatte pour chat> Parce que c'esc Torchographe ancienne : c Catte a beest^ chaci, nous enseigne Palsgrave. Et cette orthographe est fort congrue, s'il est vrai, comme le dit Isidore, que le latin cat tus vienne de cattare, voir, guetter, se. captare; esp., catar. Consulter sur cette curieuse étymologie Vossius, v« Felis, '
Il n^ aurait pas non plus à s'étonner qu^une expression anglaise se trouvâc dans le Jargon (v. Gauldouse)^ si Ton se souvient que dix ans à peine séparent l'époque approximacive où furenc composées nos ballades et Tévacuacion des provinces de Normandie et de Guyenne par les Anglais qui les occupaienc depuis si longcemps..
§ Talesj au sens de dé à jouer, n'a pas d'application ici; j^en recueille cependanc quelques exemples : t Ce que des dez, ie vous ay dicc, je diz semblablemenc des taies,,, Ec ne m'alléguez au concraire le forcuné gecc des taies que feic Tibère dedans la foncaine de Apone à l'oracle de Gerion. i Rabel. II, 58. — i Es membres plus inférieurs de cesanimaulx divins, ce sont les piedz, y a un os, c'esc le calon, l'astragale.... duquel.... Ton jouyoic antiquement au royal jeu des taies,., 1 Ibid. 293.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. s'S
* TARDE, adj. f. La tarde i^our Theure tarde j la nuit.
Et sur la tarde Desboursez les poavres nyois.
Bail. III.
Le moc esc d'exemple unique, dans le Jargon comme dans la langue usuelle, à laquelle il semblerait appartenir; je ne l'ai rencontré dans aucun texte ni dans aucun dictionnaire.
Cependant c sur le tard » est français; on le trouve dès le XIV* siècle. • Et quant vient sur le tard, » Modus^ f» XL VIII; encore dans Comines au xv« siècle : • Il estoit jà sur le tard, t II, i . Parallèlement on disait : f l'heure tarde i . — « Et, pour l'heure tarde^ aurions continué et remis ladite assemblée à deux heures de relevée. » Cou^ tum, gen, I, f° 709. — t Alors elle, pour l'heure tarde. le baisa et puis luy dist. • Jehan de Saint ré, 18.
Il était aussi naturel de prendre substantivement le féminin que le masculin de Padjectif tard; la tarde semble donc légitime au même titre que le tard; cependant l'Académie française n'enregistre que celui-ci. Elle est dans son droit ; son dictionnaire, ne recueillant que l'usage, devait rester fermé à une locution absolument exceptionnelle, enfouie dans une ballade du xv* siècle. Cet isolement donnerait à penser que la tarde serait jargonnesque, si je n*en avais découvert la source dans une des langues du midi, la seule qui l'ait adoptée, je veux dire l'espagnol. Oudin {Trésor des deux langues) nous fournit l'article suivant : • tarde , le soir, l'apres-disnée, la vesprée 1 .
§ Je ne cherche pas à compliquer les énigmes suffisamment embrouillées que nous propose le Jargon; cependant je
$i6 LE JARGON DU XV* SIÈCLE.
crois Utile d'indiquer une variante possible de la tarde. On
verra, sous Tarcicle targer, qui suit, que ce verbe n'est qu'une
forme ancienne, et très répandue, de tarder. Puisqu'on a
die couramment targer pour tarder ^ même dans le Jargon,
n'aurait-on pas, par hasard ou pour le besoin de la rime,
opéré la mutation contraire, en écrivant tarde pour targef
Targe signifie, en général, toute espère de bouclier, et,
par une appropriation spéciale, rempart ou protection
quelconque :
. c .Une petite rivière Dont faisoient leur apuy et targe.
Vig. dt C*. Fil, p. 87.
f Deux mil archiers de pied, targei d'une haye, de bois et de vignes. • Hist, de la Toison d^or^ f* lOp. Or voici la phrase entière du Jargon où je recueille le mot tarde :
Espelicans
Qui en tous temps Avancez dedans le pogoiz
Gourde piarde.
Et sur la tarde Desboursez les pouvres nyois. . .
Cette portion du premier couplet de la ballade III comporte une première équivoque, assez difficile à résoudre, sur les mots gourde piarde qui, d'après ceruines analogies précédemment déduites sous les mots Gourd et Piarde j peuvent se traduire par • bonne boisson •, mais qui, cependant, pris à la lettre, signifient en langue usuelle < lourde pioche 1 . Si Ton admettait ce second sens, c sur la tarde t se traduirait alors t sur le rempart 1, c>st-àdire sur les établis des marchés où les truands cherchaient
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. si7
un refuge nocturne, témoin ce passage du Petit Testament
de Villon :
Et aux piétons qui vont dagaet Tastonnant par ces establys. . .
Lequel désigne les archers cherchant à tâtons les malfaiteurs dans l'ombre. Cf. ce passage de Y Histoire de Bertrand du Guesclin (485) : c Pionniers bien /argiV{ lesquels porcoient picques et houes. >
TARGER, V. n. Forme ancienne attarder.
Bignez la mathe sans targer.
Lors s*en part que plas ne se targe.
Cité par Lacomu.
Que perte que g'en doie encourra, Ne targerai de vous secourre.
G. GOULAT, f^ X09.
Targer et targier^ norm. ; targer j rémois et poitevin. Du bas-latin tardiarej tardjare,
TEMPLE, subst. m.
changez vos andosses souvent Et tirez tout de raiz au temple.
Bail. II.
Il n'a [ne] tirandes ne endosse, Aubert, temple, ne pain ne poulce. •
Mist, dt h PastioH,
On disait autrefois temple pour tempe :
ysLj de leurs bontez mille exemples Voire par Dieu plaines mes temples,
EUST. DiSCHAMPt.
5i« LE JARGON DU XV« SIECLE.
Et le mot écaic masculin :
De siin cervel li temple en est rampant.
RoK CL\a.
Au xvi« siècle le genre devient indécis. Ambr. Paré le fait tantôt masculin et tantôt féminin : t Je luy conseille de se faire ouvrir Tartére du temple. • XV, 4. — « Si un malade a les yeux caves, les temples abatues. . . 1 Introd. 23.
Au xvir siècle l'Académie confirme temple^ condamne tempe j et fait /^mp/e du féminin. Obs. sur Vaugelas^ p. 180, dans Pougens.
Etym. lat. tempora, pi. n. de tempus. d'où tempra ou templa par permutation des liquides.
Que le coup brisât Tos et fît pleuvoir le sang De la temple y du dos, de l'épaule et du flanc.
Chatelaiv, i« PuuîU,
Portez en (des mouches) à l'œil, à la temple. Ayez en le front chamarré.
Chaos, dans Tau. Hhtor. t. Il, p. 33$.
Temple^ bas-ventre.
Temple^ au sens de manteau, donné par M. Franc. Michel, est inapplicable à notre Jargon, cette signification toute moderne dérivant du marché du Temple à Paris. J'ignore ce que c'est que le temple du Mystère de la Passion^ placé entre l'argent (aubert) et le pain ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'au temps de Bouchet (III, 129), on disait volant pour manteau, que remplaça le vieux mot français tabar, lequel persistait au temps de Grandval (1778), qui ne connaît pas encore le mot temple.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. s'P
Templene^ bandeau qui va d'une tempe à Tautre. Du Bellay, 242.
TERRANT, subst. m. Terrain, c.-à-d. pays, spécialement ici pays habicé.
Par le terrant pour le franc ront quérir.
Bail. VJII.
Terrant est le participe présent du verbe terrer^ habiter. Eust. Desch. ms. f® 317. — Terran^ terrane^ qui se loge dans la terre. Littré. Il est employé ici substantivement. De même Tadjectif terrien, qui se prononçait terrian (Palsgrave, p. 63), de terenusj est devenu le substantif terrain^ qui n'apparaît qu'au xvi« siècle.
Italien terragnop terroir. N. Duez.
TREMPLE pour TREMBLE, subst. m. Tremblement.
£^7 jargonnast il le tremple,
BaU. II.
f Sans que la femme en patist qui demeura longtemps en tremble et aux alertes. 1 Brantôme. Dames galantes^ t. I^ p. 15.
La permutation des deux labiales b ezp fait d'autant moins de difficulté qu'elles étaient muettes l'une et l'autre, ainsi que le prouve la rime de branle avec tremble dans Villon, Grant Testament, On prononçait tranle, Beaumanoir écrit sanle pour semble : c Ce nous sanle grans profis. » LXIV, 10,
TROIS, prononcez très. Je crois qu'il faut lire tout
Sao LE JARGON DU XV' SIÈCLE.
simplement dans le premier exemple qui suie : les traicUj c.-à-d. les cordes.
Et leur monstrez des trois le bris.
Bail. I.
Couplei vous trois à ces beaulz sires dieux.
Bail. X.
f Tendoic le vêle, montoit au macz par les traicti, i Rabel. I, po.
Et si faut un cordier des très*
Dbscb. fo 500.
Très. Tente d'armée, t Li très ert toz de soie fine. • Partonop, f» 126.
Et cens qui n'avoient hostez Faire loger et tendre trh,
Romam d^Artus,
Il signifie aussi poutre ou perche fort longue. Lacombe. Sans doute du latin irabs.
De deux très qu'ils taillent égaux Ils font aussi des mangonneanx.
FnOttSAJtT.
DuCange donne les sens suivants : i. Tente, pavillon. Gl. Treffa. — 2. Voile de navire, id, — 3. Proche, auprès, gl. Très, — 4. Dés, depuis :
Je ne manjai très avant hier.
Ktnart, v. 2334S.
TROYS. Quelque chose comme turlututu ou le {u/ des gamins de Paris.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. sai
Chantez leor troys sans point songer.
Bail. V.
N'as tu rien apporté? — Troys t troys Par nos dieux^ j'ai tout oublié.
Vu dt S. Christopht,
S'ils veulent servir, oui dea troys^ Marotte les met à l'office.
Hor. dtj Enf. ii MainU
Trouptt troupt! vivons hardiement...
Tprouptt tprouptl où que soit passé Diex.
Li Jus it saint Nicholai,
Truc I avant ! ce n'est que redicte.
Mor, dts Enf. dé Mnmt,
Trut ! trut I povre homme n'a que honte.
Conv. de S. Paul, Jui. I, p. $3.
Trout l au gibet ! ne nous boujons.
Mart, dt S. Denis, Ih, 15a.
Trout! je n'y donne un brin de bourre.
Mir. de sainte Genev, Ih, a^i.
Trutt truti baille ca!...
Ihid. 243.
Nous baillez vous de vos trudaines?.,»
Trutt à qui parlé je.
Patheîin^ v. 568 et 608.
• Trut avant. Nostre féal, estes vous marié?» Rabelais, II, 174. — fl Le seigneur Basché jouoit aux troys cens troys avecques sa femme. » Rabelais, II, 321.
On voit par ce nombre d'exemples que trut n'était pas si rare que Ta cru Génin. Pathelin^ p. 284.
Trut, f And some be interjections of indignation : trut! as trut avant, trut! % Palsgrave, p. 889.
I Trutj tour, ruse, finesse. Gl. Trufa, 1 Du C.
$aa LE JARGON DU XV* SIÈCLE.
L'identité de troys et de ttut ou truc résulte de ce passage des Jeux de l'Inconnu^ p. 128 : t Contente-toy de manger ton lard en repos, joue au truc avec ta femme. > Cest le jeu du Sgr Basché.
TRUYE, subst. f. Truye maris, la truie de mer; c'est un poisson.
Trvyt mariSj sans avancer ravaalt.
BaU. XL
On ne devine pas pourquoi l'auteur n'a pas écrit truia ou troga maris ou truye de mer^ qui entraient également dans la mesure du vers.
Dans la classification des ichtyologues modernes, truie de mer est le nom vulgaire de la scorpéne scrofa ou truie (Lacépède), famille des acanthoptérygiens de Cuvier. Mais comme on donne encore, dans nos ports de Normandie, le nom de truie à la morue verte de basse qualité, il est permis de supposer que la truye maris du Jargon était tout simplement de la morue, que mangeaient les convives de la • vergne cygault • pour s'exciter à boire, et qu'ils avaient pêchée sans ravault, ligne ni hameçon, c'est-à-dire volée; cf. avec cette locution c vendenger sans couteau • sous Vendengeurs ,
f Porc de mer, marsouin, pourpris est tout un. • Mena'gier, II, 198.
TURQUIE, subst. f.
Ou qu'elle soit de l'assault de turquxe Pour les duppes faire brouer au mynsse.
Bail. IX.
VOCABULAIRE ANALYTIQUE. s^j
Le ms. Stockholm porte bien lisiblement turquie. En étudiant les significations possibles de ce mot, je crois prudent de laisser de côté la Turquie géographique, c^est-àdire le pays des Turcs. Les Ballades du Jargon sont à peu prés contemporaines de la prise de Constantinople. Villon, en son Grant Testament^ ne connaît encore que l'empereur d'Orient. Je n'ai rencontré aucun emploi du mot Turquie au xv* siècle.
Revenons aux sources françaises. L'ancienne langue avait un verbe turker^ dont voici deux exemples :
Espagner voel un mien ami Ki ier soir se turka à mi.
Poés. av. 1300, IV, 1346.
Mais Valencenois s'ont turkié»
Ph. Mousxis, ▼. 35015.
La traduction de turker donnée par La Curne, se faire turcj est évidemment sans valeur. Le premier exemple doit se rattacher à torcher j au sens latin de torquere; c'està-dire < se tordit à moi 1, s'est attaché à moi, ne m'a pas quitté.
On pourrait expliquer d'une manière analogue le vers de Philippe Mouskes, dont le sens visible est t mais les Valenciennois sont incertains, ou trahissent 1. Le savant éditeur de Ph. Mouskes, M. le baron de Reiffenberg, pense qu'il faut identifier ici turkiés avec truchUs pour /nicheursj trompeurs ou traîtres, de l'allemand trug.
C'est précisément à cette interprétation que je me suis arrêté pour le vers du Jargon qui m'occupe ici. Je crois qu'il faudrait lire :
Oa qu'elle soit de l'assaolt de rruc&iV,
$a+ LE JARGON DU XV« SIÈCLE.
c'est-à-dire • à moins qu'elle ne soit occupée à quelque entreprise fructueuse contre la bourse des dupes • .
Cependant, peut-être n'est-ce que la continuation du sens obscène des vers précédents, et faudrait-il lire torchU. Il me suffit d'indiquer cette hypothèse sans insister.
Le Jargon espagnol donnerait, d'après Oudin, turquuij une pistolle ; et turco^ du vin. Mais rien d'analogue dans les Jargons français, anciens ou modernes, ne permet de s'arrêter à ces deux vocables.
§ Une expression proverbiale t prendre le turc • mérite cependant qu'on s'y arrête. Je donne la parole à Brantôme :
c Un gentilhomme rencontrant M. de Bussy au lever du roi (Henry III) lui dit : f Vous estes tost endormi à ce madn, Bussy; vous avés la mine d'avoir couché cette nuit avec une dame, i Bussy répondit : • Vous pourriez bien dire vrai, et possible encore mieux, si vous disiés que ce fut avec une de vos parentes, i L'autre, sans s'étonner, lui répliqua : t Ah ! mon Dieu ! je ne prendrai pas le turc^ non plus que vous, car il n'y a pas deux nuits que j'ai couché avec une des vôtres qui me plaisoic fort. • C'estoit un petit quolibet qui se disoit de jadis, que qui n'avoit aucune femme galante en sa race pourroit prendre le turc; de sorte qu'il est encore en* proverbe. • Brantôme. Qu^il ne faut parler mal des dames. Disc. VII. Ainsi rapporté en marge de la page 557, t. II, dans mon exemplaire du Dict, comique de Leroux, Pampelune, 1786, préparé avec des notes manuscrites pour une nouvelle édition.
TURTERIE, subst. f. Le gibet.
Et qae point à la turterie En U hurme soies assis...
Aller fault à la torterie C'est à dire au joUj gibet.
Mût. dm Vteux Test.
Ces deux exemples d'un moc qui ne se renconcre pas dans nos ballades, mais qui s^ raccache par d'étroites affinités, montrent que, comme la plupart des mots de Jargon, il offre deux sens figurés, indépendamment de sa signification effective :
!• La turterie^ c'est le pigeonnier, le gibet où les pendus sont accrochés, chacun dans sa hurme ou cage (v* Hurme], Tourtre^ c'est la tourterelle ^ latin turtur; la turterie est donc le pigeonnier, le haut perchoir, soit prison, soit gibet :
Et tous les jours plain pot de Seine Aux pigons qui sont en essoine Enfermez sous trappe volière,
ViLiOM. Petil Test.
La tourtre, désolée et plaignant son veuvage, Remplissoit tous les bois d'un long gémissement.
Pem.
2° La torteriej c'est le même lieu envisagé au point de vue de la corde, c'est la corderie. Torta en arg. it. c'est la corde. Tourtouse est la corde du gibet (Jarg, réf,) et le gibet lui-même, f Hard^ ce mot signifie les cordes dont on étrangle une personne; mais ces cordes ne s'appellent pas aujourd'hui de la sorte par le bourreau de Paris. Il les nomme tourtouse et les cordiers les appellent mariage, » Richelet. Voyez suprà v® Mariage.
Que pleust aux dieux que le taulard Vous eust branchés en la tourtouse.
VU it S. Christ,
Us m'ont mis la tortouse.
Cbamion i^ërgol du xyqi* sUel*. Vioooai 1. 1", xxv
Tourtouserj argoc. Attacher avec des cordes.
VENDENGEUR, subst. m. Récolteurs, c'est-à-dire voleurs.
Car vendengeurs des ances circnncis.
Bail. L
Et vendengeurs des ances circoncis.
Bail. Vn.
Gaignenrs aussi, vendengeurs de costé.
Bail. VIII.
Le vendengeur^ beffleur comme ane choae.
bail. X.
Vendengeurs de costé signifie, à ce qu'il me semble, coupeurs de bourses, lesquelles se portaient suspendues au côté.
Vendengej subst. f. Récolte, butin.
As-ta de l'or, teste estoardie?
— Nous en aurons assez vendange.
Vii de S, Chriti,
Le mot est de la langue ancienne dans Tacception
ci-dessus :
Li bon paulmiers fait grant vendenge De Sarrazins. . •
Hitt, des trois Maries, dans La C.
Rabelais décrit la perception des impôts et revenus dans rile des Apedefces sous Tallégorle d'un pressoir de vendange. III, a 12.
Fendenger^ verbe actif. Récolter , butiner , arrêter.
pendre.
Nous 7 allons laer au bec Poar le vendenger ï l'effray...
Ne te laisse point vendenger Si ta as pain, anbert ne plnc.
MisL de la Passion.
Si une fois vous puis reveoir^ Je ne vous garderaj qu'ung peu; Vous ferez raisin de vismeu :
yendenge{ serez à l'eschelle.
Ad, des Apôtres.
Bouriaus fu, n'ot autre mestier.
Oreilles aprint à trenchier Par son pechié, par son anui ; En la fin en ot tel loîer Qu'ainsi li covint vendengier Ses oreilles comme les otrai.
Renarl,
Tout est vendengii et grapé.
Br. de Toy. lign.
Je l'ay pris en ceste boteille.
— Tu as vendengi sans Cousteau.
Vie de s. Christ,
Lorsque le fils de Dieu, vengeur de son mespris^ Viendra pour vendanger de ces rois les esprits.
D'AuBioxi. Tragiques, éd. LaUnne, p. I36.
Vendengier les oreilles, ms. 7218 f> 78. — • M. de Moncluc et tous les Siennois estoienc vendangés ou bien fricassés, 1 Brantôme.
Racimoj grappe de raisin, pour pendu en argot espagnol et allemand.
Toutes les acceptions ci-dessus dérivent Tune de l'autre par extension.
Sa8 LE JARGON DU XV« SIÈCLE.
VENT {mis au). Expression figurée et proverbiale pour pendu.
Là sont bleffleurs aa plus haalt bout assis Pour le havage, et bien haalt mis au vent.
BaII. I.
S'esctiiez ers de la terre Ou se ge cre mis au vent,
Rtm*ri, ▼. 17684.
On disait également mettre à la bise.
Gel féisse mètre à la bise.
IbU. ▼. 1779a.