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PREFACE

N'ayant lente ni pavillon, croix ni pile, écuelle ni plat, ne possédant vaillant un oignon, en grand besoin Tété aussi bien que l'hiver, de petite foi et de large conscience, pleins de mélancolie, pauvres de sève, ne mangeant figue ni date, étourdis et défaits par la faim, cherchant, tant jours ouvriers que dimanches à faire de l'alchimie avec la mâchoire, eux qui n'ont dçnt qui ne cliquette, prêts à se repaître de cœur dévot sans regarder à la faïence, petit ou grand madré, sans s'occuper si l'on est treize à table ni éplucher la chance, plus rusés que vieux rats et savants à tromper sans recourir à conseil d'avocat, ils vont, éternels vagabonds de la ville et des prés, avaleurs de frimas, gosiers de fer rouillé desséchés par la soif, coquefredouilles écrécisse demandant, hélas! s'ils seront jamais saouls et rêvant aux moyens de se procurer de façon subtile pain bis, vin frais

tiré et pot-au-feu, proip happée par mdmerie, pillerie et piperie, galants sans souci aimant

faite, pour tout travail ne sachant que et n'attendant autre héritage que les

hasard, résolus à tout sauf à payer leur renient que par une chanson, eu volonté jr leur hôte échec et mat et, pour rester omme plâtre, prêts à fuir courageusement itte des sergents et l'indiscrète interview ons, voulant éviter à tout prix la paille

des cachots massifs où la luette n'est ie que par l'eau de la question et d'oJi, les

chevilles, conduits par le roueur, on va ■inage au mont sans joie, au perchoir où, i de chanvre, les corps bleus se balancent

comme peaux chez le tanneur, tristes

des champs donnant héncdiction avec s, amollis par les brouillards et ratatinés ;oleil dont le trop géiiéioux dispensateur ■and-Prévôt,

ont les lamentables miséreux dont nous lous occuper.

le inouie, unique, peut-être, en l'histoire

iple.

le cent ans durant, de i3a8 à 1453, c'est

e, farouche, implacable, cruelle, sauvage.

rimpitoyable guerre de terroir, la guerre pour le sol et le seuil, pour le pain et Teau, pour la femelle et les petits, guerre aggravée de l'énervement d'armistices, de trêves, de paix provisoires, — paroles données, jamais tenues — plus néfastes que la lutte même, en ce qu'on s'y émousse et démoralise. — Où est la patrie?

Et l'on voit, sous le valois Philippe VI le malheureux, sous Jean-le-Bon, — et surtout le captif — sous Charles V-le-sage, — prince prudent et tacticien habile — sous Charles VI le mineur et le dément, sous Charles VlI-le-Victorieux, enfin, tout le pays à feu et à sang, Ile de France, Bretagne, Normandie, Auvergne, Limousin, Poitou, Saintonge, Artois, Picardie, Champagne, Languedoc, Aunis, Périgord, Agenois, Rouergue, Angoumois, Bourgogne, Guyenne, tout le territoire, on les envahisseurs, Edouard III, Richard II, et Edouard IV sont plus maîtres que le roi national. — Où est le pouvoir ?

Sur terre et sur mer, partout, effroyables défaites — Crécy, l'Ecluse, — qui nous coûte 3o,ooo matelots et soldats. — Calais, — perdu en i347 » ^^^ bourgeois de la ville s'y dévouent pour le salut de tous, Eustache de Saint-Pierre, Jean d'Aire, Jacques et Pierre de Wissaut, et deux autres, héros dont l'histoire a

oublié les noms, reconquis seulement en i558 — Poitiers, Auxcrre, Cocherel, Auray, — Du Guesclin (Du Claquin le bon breton) y devient le prisonnier de Chandos — Azincourt, Crevant-sur- Yonne, Verneuil, — où est tué l'écossais Buchan, connétable de France, par Ricbeniont remplacé — Orléans, — enla journée des harengs — Drenor, Beaugency, Meaux, Rouen, Paris. — Où est le secours ?

Et tandis que l'anglais nous taille ces deuils, l'ennemi intérieur, princes et grands, lutte de folle ambition et de vil intérêt, se disputant comme larrons en foire, s'cxtcrminant en mesquines, en honteuses rivalités, en basses querelles de privilèges, d'héritages, linge publiquement lavé dans le sang. Tout est trahison, guet-apens, meurtre, assassinat, crimes inqualifiables aujourd'hui qualiliés, poison, corde, fer, noyade. — Où est la loi ?

Le doute multiplie les schismes. Jean WiclelT, dont l'Esprit préparera le chisme de Henri VIII, pense que Dieu ne peut pas l'impossible : exécuté. Jean Hus pense comme Jean Wicleff; exécuté. Jérôme de Prague pense comme Jean Hus : exécuté, Hussîtes, Calixtins, Orêbites, Orphelins, Adamites, Taborites, tous ceux partageant même erreur, exécutés. Dieu semble obéir au diable. — Où est la raison ?

Le tout, doux Jésus, au nom du Christ. — Où est la pitié ?

Seul, Du Gueselin ose demander à ses troupes d'épargner les vieillards, les femmes, les enfants, le pauvre peuple « qui n'est pas leur ennemi ».

Anarchie dans l'Eglise. Spectacle peu fait pour affermir la foi, seul reconfort du malheureux. Guerre ouverte. Prélats contre Papes. Concile contre Concile. A Bâle, le 17 novembre 1439, en la trente-neuvième session, huit évêques tirent le duc Amédée VIII de Savoie, l'un des princes les plus riches de son temps, de son château de Ripaille pour en faire l'anti-pape Félix V, déclarant contumax et déposant Eugène IV, 24^*'"*' successeur reconnu de Saint-Pierre qui, de Florence, les condamne, eux et leur élu. Communions s'excommuniant. — Où est Dieu ?

Noble exemple des orages d'en haut se traduisant par le soulèvement, d'ailleurs savamment fomenté, dés masses, hordes affamées, affolées, inconscientes, excusables dès lors, des Flagellans, de la Jacquerie, des Maillotains, des Bourguignons, des Armagnacs, des Cabochiens, de la Praguerie.

Nul chaos comparable. Plus de repos jamais.

Ce qui se déroule est fantastique, incroyable, indescriptible.

Un roi de France, captif en Angleterre. Un roi d'Angleterre, sacré à Notre-Dame de Paris. Un autre, prenant le titre d'Héritier du trdne de France. Et le présomptif légitime traité, dans les actes publics, de « soi-disant Dauphin ».

Comme Jean-courte-cuisse, évCque de Paris, refuse de faire soumission à Henri V, maître de la capitale, le prélat, que son cœur et ses mérites avaient fait surnommer le Sublime, est contraint de se réfugier k Genève où il meurt en 142a.

Déjà, en 1 169, Henri II d'Angleterre était plus puissant en France que Louis VII, les possessions de ce dernier en son royaume n'étant pas la moitié de celles de son Suzerain,

France est comme inondée. Des bandes étrangères y vivent, y font loi, y font souche. — Cent ans « d'accointance et de cousinage » — Trente mille anglais la traversent, de Calais à Bordeaus, sans qu'on leur puisse livrer bataille, sans qu'on y songe. Nature les réduit à six mille.

Les Grandes-Compagnies, Jilii Belial, gaerralores de cariis nationibas, non habentes ti/alum, Malandrins, Tard-venus, Routiers, ravagent à leur gré, tout leur saoul. Jacques de Bourbon est par ces gens battu à Brignois sous Lyon. Un pape, Urbain V, désintéresse ces bandits par une forte somme pour épai^ner massacre

et pillage à la cité avignonnaise — qui est sienne, ayant été précédemment acquise moyennant quatre-vingt mille florins d'or par marché passé le 19 juin 1348, entre Clément VI, pape, et Jeanne, reine. Lui, Tami de Pétrarque et du tribun révolutionnaire Rienzi, homme d'ambition, politique soucieux de constituer pouvoir temporel en France à défaut de la ville éternelle. Elle, femme détrônée, faisant argent de sa Comté de Provence pour ressaisir la royauté de sa bonne ville de Naples, où on Texècre. — Princes, alors, sont aussi gueux que les gueux.

Aussi, chaque jour, prestations nouvelles, s'additionnant. De la veille au lendemain, genre d'impôt de ces temps, impôt de bénévolence, arbitraire et fantaisiste, l'argent change de valeur, diminution progressive et continue, preuve tangible du malheur public, façon d'agir si monstrueusement préjudiciable aux intérêts de tous que, pour obtenir du roi qu'il ne changeât plus la valeur de l'argent, on lui paya, de trois en trois ans, douze deniers par feu, droit de Monnéage ou Fouage se retrouvant inscrit dans les Chartes comme aux Coutumes de diverses provinces, notanmient de la Normandie. — Déjà, en 1266, les Arragonais avaient, de sept en sept ans, payé au roi un maravedis par feu pour éviter même calamité.

Philippe VI, ayant institué ou du moins très considérablement augmenté l'impât de la gabelle, Edouard III, méprisant, dédaigneux, tout eu créant l'Ordre de la Jarretière et en interdisant l'usuge de la langue française dans les actes publics en Angleterre où l'on s'en était servi jusqu'alors, fait un calembour, surnommant son vaincu o l'auteur de la loi Salique ».

Toute industrie morte. Plus de commerce possible. On guerroyé par nécessité d'employer les troupes. Des villes sont saccagées, brûlées, anéantie». Metz, entr'autres. Il faut bien ijue tout le monde vive. La guerre nourrit la guerre.

Folie et brigandage. Du haut en bas, tout le monde est coupable.

Klevé à l'école de tromperie, le peuple est devenu trompeur.

A Paris, creuset des révolutions, l'ordre, l'ordre divin détraqué, toute hiérarchie disparait et, dans le tohu-bohu, « chacun se paye une tranche de ce qu'il ne sait pas faire (i) » — Nous avons vu cela — Etienne Marcel règne. Trente mille revendicateurs sont armés. Massacre continu. Conciergerie, Grand et Petit-Chatelet, Université, Saint-

[ij Gustave Courbet. — Lettre lue dans uoe réunion ]jubl..|ii(; à l'Athénée, le samedi 29 octore 1870, quaranteet-unième jour du siège de Paris, et publiée ensuite en brochure.

Eloî, Fort-FEvêque, Tyron, Bastille, Saint-Magloire, Saint-Martin-des-Ghamps, le Temple, le pilori des Halles (Pille- ory : pille-oreille), toutes les prisons regorgent. Coupables et innocents mêlés. Et les captifs sont écharpés par la populace. Gomme, après la Journée des Barricades, Guise répondra à Henri III : « Ge sont taureaux échappés, je ne les puis retenir », le Prévôt de Paris, impuissant contre le flot, dit à ces hordes : a Mes amis, faites ce qu'il vous plaira ». Ge qu'il plait à ces « amis » de faire, c'est, en une seule journée, plus de quinze cents victimes. Un bourreau, Gapeluche, s'illustre — avant d'être à son tour décollé par son valet.

Il faut une Ordonnance interdisant les jeux de hasard. Il en faut une contre le luxe insolemment provocateur de la noblesse. Il en faut une défendant les guerres privées.

Avec cela, peste, — peste venue d'Egypte, qui décime l'Europe et inspire à Boccace le Préambule de son Décanter on, lequel ne sera traduit en français qu'en i52i par Laurcns du Premierfaict — maladies contagieuses, infection, — grâce aux Croisades, deux mille léproseries existent depuis la fin du XIII® siècle — famine. Et nulle police.

Sur ce fumier sanglant, le vénitien Gabriel Condolomero, pape sous le nom d'Eugène IV,

ayant consenti la procédure contre Jeanne d'Arc, en i43i, Tannée même où Fanglais brûle la bonne lorraine, enfant du peuple qui vient de tout sauver, nait François Villon, François Villon, prédestiné maudit dont la mission sera d'être poète, poète flamboyant de ces jours ténébreux. Charles VII, « qui trouva le royaulme en grant désolation », est d'abord accablé. Mais il fonde une armée permanente disciplinée, dix-mille lances de cavalerie et, comme infanterie, un francarcher par paroisse du royaume, plus une compagnie de Taupins, pionnieçs, mineurs, taupes, soldats du génie. Dans l'écariate de la noblesse, des hommes se trouvent, dont un, grand entre tous, Dunois, heureux à Montargis, dévoué partout, habile toujours. — Et avec lui, Etienne VignoUes, dit la Hire, (lequel mourut à Montauban en 144^9 s'étant fait voleur de grands chemins, la paix venue), Gilles de Laval, seigneur de Rais, maréchal de France à vingt-cinq ans et pendu à trente-six, Barbe-Bleue de l'histoire qui, en 1420, donna en France la première représentation d'un Mystère, Potron de Xaintrailles, Barbazan, Honnecourt, Penthièvres, de Foix, Pierre II dit VEpée-Terrail, Jean III, le chevalier Ambroise de Loré, Charles de Culant, Poulengy, d'Armagnac, d'Alençon, Louis III de Sicile, Artus de

Rîchemont, le vaincu d'Azincourt , le triomphateur de Patay et de Formiguy où il libère déQnitivement le territoire en tuant sir Thomas Kiriel et kyrielle d'Anglais, fait connétable de France le 7 mars 1426 à Chinon, duc de Bretagne le i«^ novembre i456, et mort à Vendôme le 29 octobre 14^7 •

On sait profiter de l'impression enthousiaste produite par Jeanne, que l'attrait du miracle fait déclarer « la plus pure des saintes après la vierge », dont on réclamera dès i43i la béatification — pas encore obtenue sous raison que la vierge de Domrémy a n'a pas accompli de miracle dûment constaté ».

Pas de miracle ? Elle a ressuscité un peuple !

Sans rien remettre au hasard, les généraux qui la conduisent ont l'air de la suivre. Sans nul commandement, elle parait ordonner de tout.

Elle marche en personne, ayant aux mains la hache et l'épée, cette épée fameuse « qui étoit propre à donner de bonnes buffes et de bons torchons » . Son audace se, communique à chacun et, en quelques mois, du 6 mars 14^9 au 3o mai 1430, change la face des affaires.

Guerre prend donc fin, guerre intérieure, s'entend, mais pour que, matériellement et moralement, le calme se rétablisse en haut comme en

Ensuite, à travers des luttes imprudentes et de résultat douteux, mais offrant cet avantage de purger le territoire, deux rois seront encore nécessaires, le premier, Charles VIII, «petit de taille et grand de cœur, dit Philippe de Coniines en ses Af emo/r^s, peu entendu, mais si bon que meilleur ne se pouvoit », le second, Louis XII, qui ce aimoit mieulx, dit Claude deLeyssel, en ses Lùuenges de ce roi, que ses louenges soient au cœur des hommes qu'en leur langue :s> et «dont le règne fut pour le peuple le meilleur temps qu'il connut » , dit Jean de Saint-Gelais en son Histoire de ce prince.

Transition dure à la gent miséreuse, privée des chances inhérentes aux calamités publiques où Ton pêche en eau trouble. Innombrables seront les déclassés. Sans parler des criminels échappés à justice ni des hommes d'armes se faisant brigands faute d'emploi, paysans, colporteurs, aventuriers, gens de chicane, bazochiens, clercs, avocats et même procureurs, — tout, en litispendance, on ne plaidait plus guère — artisans, marchands, paresseux, fils déshérités, tout le contingent, des chevaliers du pavé glissera facilement au vol. — Estomac vide a la main prompte.

Or, en ces sombres jours, nourriture était

chère; 1439 ayant été une année de disette, l'hectolitre de blé se vendit trente-neuf francs. — Sous Henri IV, il en valait vingt et l'ouvrier agricol gagnait à peine quatre-vingt centimes par jour. — 11 a été de dix-huit francs quatre vingt en 1874, de dix-neuf francs cinquante en 1876, de vingt francs en 1891, de quinze en 189a.

Et les industrieux que nécessité fait saillir du bois, affamés « qui pain ne voyent qu'aux fenêtres, » assoiffés « crachant blanc comme cotton », dont aucun n'a ce qu'il souhaite et à qui grand pauvreté ne permet pas grand loyauté, vomis par des repaires tels que l'abreuvoir Mascon et l'abreuvoir Popin, mauvais garçons et bonnes filles, six mille ribaudes ayant bon bec, recrutées parmi les ouvrières de la grand'ville, expertes au bas métier, de se mettre en branle pour enjôler les musards allant à la moutarde et alléger les fêtards naïfs à bourse bien garnie, leur faisant prendre cendre pour farine, paille pour foin et vessies pour lanternes, leur extorquant ces rares et précieux écus que, révérencieusement, ils dénomment « beaux sires dieux », comme Murger appellera les pièces de cinq francs de « nobles étrangères».

Ceux-ci vendent des drogues plus que don-

teuses, ceux-là, porteurs de fausses Bulles, agio- ^

tenrs de la banque aux pardons, des Indulgences plus douteuses encore. Tous, « pipeurs, hézardeurs de dés, tailleurs de faulx coings, trahistres, bateleurs, rimeurs, joueurs de cymballcs, de luth et de fluste, comédiens de parade, de farce ou d'imbroglio, portant par villes et campagnes mascarades, moralités et mystères, cliquepatins, ribleurs savants en joncherie et jonglerie » sont prêts à tromper et derrière et devant pour s'en aller ensuite esbaudir en Repues Franches à Vincennes, à Saint-Maur, à Bicètre, appelé la grange aux gueux, à Bagneux, a Bourg-la-Reine, k Boulogne, au Mont-Valérien, à Ruel.

La nuit pleine, de la vesprée à l'aurore, « menant joie, fêtes et danse » tout en s'enivrant, non du meilleur et du plus cher, non de vin d'Epernay, de Reims, de Saint-Emilion ou de Beaune mais de cervoise ou de godale, ou de Morillon et de Chablis, vins d'Argenteuil, d'Aunis, de Jergeau ou de Meulan, moins ou plus frelatés par les taverniers brouilleurs de crus, on joueJe trémerol, — trois dés comme le Zanzibar

— la marelle, le brelenc, le glic et la séquence —

— grippe-naïfs proches parents du Tirlibibi et du Bonneteau — en des tavernes aux enseignes bizarres, Grosse Margot, Ane rayé, Ane rouge,

Lion d'Angers, Cheval blanc, où retentissent les grivoisepes en vogue, « Ma donlce amour », «Marionnette», «Donnez vostre huys, Guillemette » .

Gueux et gueuses en toute liberté comme oiseaux jar dissent et font tels coups que, nuit venue, nul ne s'ose aventurer hors les murs.

Les jours de multiples exécutions, on va même à Montfaucon.

Construites sous Plilippe-Auguste — ou sous Philippe le Hardi, — détruites seulement par la Révolution, les fourches patibulaires de Montfaucon, dites «la grande justice», exactement décrites par Victor Hugo en la Préface du Dernier jour d'un condamné, (i5 mars iSSa), étaient situées entre les faubourgs Saint-Martin et du Temple, à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui le bassin de la Villette, a quelques centaines de mètres de cette barrière du Combat illustrée par l'inoubliable premier chapitre de Vâne mort. C'était un massif édifice de maçonnerie dont la base, parouart^ haute d'environ six mètres, longue de quarante, large de dix, supportait seize piliers de dix mètres de hauteur sur lesquels plusieurs étages de poutres transversales où pendaient des chaînes destinées à accrocher une soixantaine de condamnés, macabres

statues de ces sortes dje hurmes, de cases ou niches de la funèbre colonnade.

A noter que niche Vient de l'italien niecAio, coquille, et que le Coquillard, par son genre d'existence, est tout désigné pour aller finir, Ingnhre farce ^ dans la niche des fourches, bon à rien, propre à tuen

Pour ne rien omettre, constatons qu'au xvi'' siècle, les ouvriers imprimeurs de la bonne ville de Lyon, membres de la Confrérie des Joyeux Drôles, jouant des Farces aux jours de fête et de gaudisserie, jours chers aux coquillards, s'intitulent Suppôts du seigneur de la Coquille, — Un curieux petit in-8*, publié à Lyon, avec figures sur bois, contient les Plaisans deç>is récités par eux, le dimanche 6 mars i594, pour célébrer la réduction de la ville de Lyon à l'obéissance d'Henri IV — coquille, terme demeuré en l'argot typographiqiie pour définir une erreur de composition, faute constituant le plus souvent une joyeuse farce en changeant le sens d'une phrase.

Et dans l'argot de Saint-Cyr, le cuirassier, vêtu d'une carapace où il est enfermé, comme en une sorte de niche, est appelé coquillard, '

Les Coquillards, bande recrutée parmi ce qui restait des Ecorcheurs de Bourgogne, dénoncés

par leur chef, Dinianche-le-Loup, aussi nommé Bar-sm'-Aube, pris à Dijon en i455, un an avant l'achèvement du Petit Testament, furent bouillis ou pendus sur la place du Morimont. Parmi eux, au nombre de soixante-dix-neuf, notés par le procureur Jehan Rabicotel, étaient René de Montigny qui, accroché au gibet, jargonna, pris de la tremble, et Colin de Gayeux dit Colin de TEstoile ou l'Escollier, lequel

Pas ne sçavoit oingnons peller...

cynique et cruelle plaisanterie à rapprocher de celle d'une des Femmes du peuple, en Lysîstrata, menaçant un vieillard.

Une recrudescence du crime — ou des Arrêts — rendait-elle la place insuffisante àMontfaucon, comme en i45o où Ton exécuta toute une bande de brigands, les cadavres, « debuez et lavez, desséchez et noirciz, les yeux cavez par pies et corbeaulx, la barbe et les sourcilz arrachez, plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre, » étaient jetés en un souterrain ouvrant au centre de l'enceinle.

En i4i6, on fut en nécessité d'élever de nouvelles fourches non loin de l'église Saint-Laurent et d'autres encore, en 14^7» dites « le gibet de Montigny», dans les mêmes parages.

Et c'est par bandes joyeuses qu on se rend à ces tueries de justice, y partant dès la veille, en chemin psalmodiant complaintes et cantiques spéciaux dans le genre de la troisième des Ballades du Jargon :

Espelicans

Qui en tous temps,

laquelle est bien plutôt une manière de «chanson de métier » — le crime est une profession — qu'une Ballade, puis on couche sur la dure au gazon pelé, — nudo humo cubat^ dit Virgile — s'y livrant à de grossières ripailles, entonnant vins et refrains et caressant les filles en attendant qu'on se gaudisse au spectacle des moues grimaçantes et des contorsions des patients, lesquels, après tout, meurent folâtrement puisqu'ils finissent « le caiche roide », comme dit Rabelais, condamnés qui sont compagnons, amis, parents dont on s'honore, dont on admire et célèbre les exploits, qu'on imitera et qu'on ira quelque jour remplacer aux picons des hurmes, aux crochets des niches de justice. — On était alors cruel d'habitudes et de mœurs.

Misère est noire conseillère Le crime engendre le crime. Entre souffrir et mourir, on se rue aux

vices avec la frénésie des désespérés, remettant tout ès-griffes de Monseigneur le Diable. Chacun fait du plus mal qu'il lui est possible, rien ne pouvant être pis. Partout, possédés qui ne sont que fripons, partout, sans rien dire de Jeanne des Armoises, partout fausses Jeanne d'Arc, ribaudes au costume impudique, vendant leur soi-disant fleur d'innocence dans les églises même, devenues marchés de débauche, toute maison, pourtant, en ces « rues chaudes », recelant un mauvais lieu, sans parler des étuves, des établissements de bains, où « tout se passe. »

Deux Ordonnances , l'une de i^^m) , l'autre de 1446, seront impuissantes à empêcher les courtisanes déporter cette ceinture dorée que Martial appelle ceinture de Vénus, Lorum, d'où lorette, nom déjà porté par les belles-d'amour sous Henri III.

On a beau brûler et enterrer vif, plonger en chaudière, rouer, écarteler, noyer les coupables, rien n'y fait. Nul supplice n'intimide plus. On s'habitue à tout, on se blase sur tout.

Il n'est trésor que de vivre à son aise mais, pour faire bonne chère et avoir bonne mine, il faut du caire, du bien; donc, pour être curieux^ nanti de quelque capital, vendengeurs de costé, ^isez pickpockets, se jetant sur les passants attar-

dés, sauront, en iRhurterie, en la bagarre, cueillir des feuilles, voler des bourses, à défaut de la forte somme contenant maille et blanc, menue monnaie de billon variant entre six et treize deniers, prise faisant mince d'argent mais ne laissant pas du moins tout à fait descarieux, décavé, à gousset creux, pas tout à fait sans plue, sans butin.

Trouvant tfop maigre ce profit, les gueux s'adressent aux gras coffres, muets qu'ils obligent à parler. Autrement dit, ils forcent les caisses. Le papier-monnaie alors inconnu, tout avoir consiste en métal trébuchant et sonnant enfermé dans des huches dont les fermetures ouvragées et compliquées sont chefs-d'œuvre de serrurerie.

Un de ces coffres, précisément du temps de Louis XI, meuble d'un mètre de long sur 80 centimètres de haut, tout chargé d'écussons armoriés soutenus par des lions, des licornes et autres animaux chimériques autant que décoratifs, se trouve à l'Hôtel-Ghiny (N° 611). Son côté le plus intéressant est divisé en sept panneaux chargés chacun de sculptures minutieuses traitées en pointes de diamant, chaque centimètre carré présentant un motif différent des autres.

Ces meubles luxueux, ornementés, ciselés comme châsses et reliquaires, s'appelaient des Arches.

Ce sont les Arques et Arqaes-petis ou cassettes, coffrets, revenant à tout bout de vers en cei Ballades. Avant de parvenir à les ouvrir, ii fallait travailler dur et longtemps, « limer » devan) la résistance de leurs combinaisons savantes. El voilà pourquoi les voleurs avaient pris poui patron le saiut roi David — « David, ly roy seige prophète % — qui, lui aussi, avail dans« devant l'arche ; voilà pourquoi ils nommaienl Daçiot le levier leur servant aux pesées nécessaires pour faire sauter les serrures. Ce petit instrument s'appelle aujourd'hui un n rossignol ft mais David u'était-il pas aussi le patron de: musiciens ambulants lui qui, en dansant, s'ac compagnait en jouant de la liarpc ? Au reste, musique a toujours tenu grand place en l'ai^ot, qui nommait harpes les barreaux de fer grillan' les fenêtres des cachots appelés aujourd'hui violons — Violons, des instruments à cordes ? — ei qui appelle /jidnisies les valets accompagnan\ le bourreau.

Le vieux dicton" 11 est parent du roi David, il joue de la harpe», s'explique donc aussi clairement que le nouveau, cité par Privât d'Anglemont, « Jeanne pince de la guitare avec les bw reaux de saint Lazare ».

La clé en bronze d'un de ces « Ficliet » gothi ques, longtemps conservée au musée de Cluny

(N'' 3.725), et maintenant au musée de Saint- Germain, offre cette particularité que son anneau est i:^ne bague s'adaptant au doigt, et que la clé, renversée à l'intérieur de la main, ne gêne aucun mouvement, tout en étant invisible et imperdable. En ces temps de perpétuel qui-vive, prudence justifiée, on ne laisse pas traîner ses clés.

Le « Serrurier », d'ailleurs, est un surnom encore aujourd'hui familier aux voleurs.

Villon, de petite naissance, fort pauvre, pauvre comme un écolier de Sorbonne, paiXperrima domus, — Un bas-relief extérieur de Notre- Dame de Paris, signé de Jean de Chelles, laSj, représente les bourgeois faisant l'aumône aux pauvres écoliers, — d'intelligence Vaste, et officiellement gradé par l'Université, — Bachelier en mars i45o, il était licencié, maître ès-arts en 1452 — par cette Université, « mère et nourrice de la sagesse », alors puissance souveraine, comme tant d'autres, se trouvera des droits et, dès lors, bachelier réfractaire, fréquentant les sans-vivres ses pareils, s'associera . à la fortune de leur malfortune.

Vienne quelque bon tour à faire, sceptique spirituel n'ayant que deux haines, celle du Juif

t celle du Lombard « snblet ea poche les croîs, le irai quelque peu oblitéré, ière, enuemi-né des taverne, Villon, qui n'était ^eur d'images «i grand «rmons, volontiers sera ir sa supériorité même, ra l'âme, autant pour le ; que pour les avantages seigneur commeun poète donner lai^ part b ses s, car il est leiv proviroi, royauté de taverne arme irrésistible, comme

urnciere

yent point d'ai^nt,

es, le Xénophon inconnu

ez et buvez, car ceci est des sots, lesquels sont

. Du vol à l'assassinat.

il n'y a que la promptitude de la main à la dague, au cope-gorgiase.

Inutile de controverser dans l'inconnu ni d'obscurcir par des éclaircissements. Donc, pas de biographie « établie sur des documents nouveaux » — mum quique — et surtout échafaudée sur un point de vue personnel, la connaissance que nous avons des faits concernant notre poète étant très vague, les documents, rares et contradictoires. Hors ce que l'impératif testateur dit de lui-même, rien de certain.

Mais l'humanité demeurant toujours semblable à elle-même, les actions des hommes sont logiquement en rapport avec l'époque dont ils font partie et le milieu où les entraînent les circonstances — et leur passion, leur Dominante, comme (}it la langue musicale.

Point qui demeure certain, les termes de chicane sont familiers à Villon, accoutumé à comparoire en justice, en esterie, pour s'y défendre, et, s'il sait le nom de tous les malandrins, orphelins, et cliquepatins, celui de toutes les filles et de tous les mauvais lieux, item connaît-il celui de tous les représentants de l'autorité et de la loi, mouchards, soldats du guet, geôliers, geôlières, même, — Il lègue aux prisonniers « la grâce de a geôlière » — greffiers, auditeurs, procureurs.

lieutenant-criminel, bourreau, celui de tous les corps de garde, de tous les cachots et de tous les gibets.

En i456 comme en i46i, aux legs de ses Testaments^ il mentionne les procureurs Fournier et Jehan Cotard et, naïve inconscience, tous deux les appelle mon président, un peu comme Jean Hiroux dit mon juge.

Point qui demeure certain, il se vit au pied du gibet et ne dut sa grâce qu'à l'esprit pratique de Louis XI, lequel, la part faite de l'époque, sachant le plus grand nombre plus ou moins coupable et ayant un pays à reconstituer, oubli volontaire des méfaits devant les mérites, eut la très politique science de n'y pas regarder de trop près, fermant les yeux sur le passé de ceux-là que nature avait doués d'une aptitude quelconque pouvant devenir utile au prestige, à la gloire de France.

Voulant mettre un frein à l'individualisme effréné des bandits héroïques constituant le monde féodal, il menaça d'une cage de fer les chevaleresques pillards des manoirs crénelés, les forçant de combattre 'pour le pays au lieu de guerroyer pour leur compte. Esprit ironique, il se plut donc à favoriser l'aristocratique démocratie de l'esprit parce qu'elle fait bon marché du res-

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pect des puissants. Volontiers il permit qu'on touchât à toutes choses — hormis à sa personne, bien entendu, et à sa Patronne, la tant bonne vierge Notre-Dame d'Embrun.

Berger soucieux de son troupeau et le connaissant bien, Louis comprend qu'à cette nation dévoyée et assauvagle, une croyance est nécessaire qui la ramène à douceur .

Or, par Jeanne d'Arc, pour qui ses contemporains ont un culte absolument religieux, comme par la vaillance de Jeanne Hachette, la femme triomphant, tandis que Sixte IV, pape à qui le inonde latin doit l'écrasement de Mahomet II à Rhodes, ordonne que la fête de l'Immaculée Conception soit universellement célébrée, le roi, se ressouvenant de la Bulle du 7 mai 1827 par laquelle le français Jean d'Euse, il était de Gahors, pontife sous le nom de Jean XXII (i3i3-i334), accordait des indulgences à ceux qui diraient la Salutation Angélique à la fin de la journée, Bulle remise en vigueur par le 39^ Concile de Paris tenu du 9 au 14 mars i3^4> dirige la dévotion vers la « Dame des cieulx, mère des bons et sœur des benoistz anges, haulte déesse à qui pescheurs doivent tous recourir», institue YAngelus, en mai 1472, commandant « que la prière de VAçe Maria soit dite et sonnée matin et soir, à neuf

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heures, tant en la sainte chapelle du Palais que | dans les trois cents églises et couvents de Paris ' et par tout le royaume ». — Et, au huitain XXXV du Petit Testament dont la manière fantaisiste fait songer à Musset en Namoana, nous lisons :

Finablenient, en escrivant.

Ce soir, seullet, estant en bonne, Dictant ces laiz et descripvant, Jo ouysla cloche de Sorbonne, Qui tous jours à neuf heures sonne Le Salut que l'Ange prédit ; Cy suspendy et mis en bonne.

Pour pryer comme curé dit.

Et comme, à ce politique, tout doit rapporter, il profite du pieux élan par lui créé pour éteindre la suzeraineté du comté de Boulogne en la conférant , de son autorité privée , à la Mère du Sauveur. — C'est là tout à fait religion spirituelle.

Voltaire, qui voit rouge devant l'idée chi-ôtienne, se fâche encore à ce propos et croit ou, bonne foi n'étant ni son fort ni son faible, feint de croire que la seule dévotion détermina Louis il donner par contrat le comté de Boulogne à la Sainte- Vierge, ajoutant, inconsciemment naïf.

« que la piété ne consiste pas à faire la vierge comtesse ».

Le prince s'occupe aussi des besoins matériels de son peuple, de ce qu'il aime, des plaisirs [qui lui font prendre patience, du théâtre, surtout, qui le console par la satire. Rire est déjà se veng'er. Il connaît Tesprit de ses parisiens, qu'il considérait comme grelots à mettre au bonnet de son fou, et, dès lors, sait le prix des auteurs qui sont Jean d'Abundance, Arnould et Simon Greban, au bien résonnant style, auteurs de MystèreSy des Actes des apôtres et d'une très curieuse Epitaphe de Charles VII en vers français, Pierre Gringoire, Jean Michel, et l'utilité des Sotties et de leurs interprètes, les Sots, qu'il favorise et défend, « aimant fort les subtilz esprits. »

Et, de la part de ce roi, pareille résistance est acte révolutionnaire entre tous. Les choses, en effet, n'ont pas changé depuis le concile d'Elvire, tenu vers l'an 3oo, dont le Sg** canon « exclut de la communion les cochers de Cirque et les Mimes », depuis le premier concile d'Arles, assemblé en 3i4 par l'empereur Constantin, dont les canons 4 ^t 5 séparent semblablement de l'Ëglise « ceux qui conduisent des chars dans les cirques, les gens de théâtre, farceurs, sauteurs, on comédiens », depuis le quatorzième concile de

Carthage, tenu en 898, et qui, renouvelant ces sévères mesures pénitentiaires, excommunie, en son 88* canon, « celui qui, en un jour solennel, va aux spectacles au lieu d'aller à l'office de l'Eglise » ni depuis le troisième concile de Tours, ordonné en 81 3 par Gharlemagne et défendant, en son 7® canon, de fréquenter les spectacles a où les vices, pour trouver l'accès de l'âme, ont coutume d'enchanter les yeux et les oreilles par des attraits flatteurs et sont deshonnêtes et dangereux pour les mœurs ».

Il entre donc en lutte ouverte avec les idées du temps, avec les Parlements même , intolérants persécuteurs des Clercs de la Bazoche et du Châtelet qui, pourtant, payent, non seulement le Droit des pauvres, — Déjà ! mon Dieu ! — droit dont Louis XIV ne fit que régulariser la perception par l'ordonnance du aS février 1699 — mais encore abandonnent une part au bourreau. Que dirait-on si, aujourd'hui. Monsieur de Paris prélevait un tant pour cent sur les crimes et délits fictifs commis nuitamment, et même en matinées, par nos auteurs sur les bois de théâtre ?

Malgré les Lettres patentes données par Charles VI le 4 décembre 1402 et annulant Tinterdit du Prévôt de Paris, daté du 3 juin 1398, le clerc Jean l'Eveillé, roi de la Bazoche, est, pour

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crime de représentation donnée sur la Table de marbre du Palais, emprisonné par ce même Parlement qui, en i538, établira la Censure théâtrale. Plus libéral, Tévêque, — ,qui tient au droit des pauvres — le fait relaxer.

Or Villon qui, au dire formel de Rabelais, devint, « à l'abord de sa vieillesse » ; entrepreneur de tournées dramatiques (bien que rien ne démontre qu'il ait fait faillite), Villon, tout le proclame, la forme de l'œuvre surtout, pour qui a le palais fait aux crus littéraires, est l'auteur de cet exhilarant bijou venu jusquà nous, fine satire des gens de chicane, si connus du poète, et qui a nom La Farce de Maître Pathelin, farce qui n'a de pareil en notre langue que Les plaideurs^ emprunt à Aristophane.

Le jour où feu Villemain, ne sachant quel nom d'auteur mettre sous le chef-d'œuvre, Ta purement et simplement attribué « à personne et à tout le monde », il a purement et simplement négligé de considérer sa forme, si personnelle, la claire vivacité du dialogue où le trait abonde, la finesse de l'observation, si profondément humaine, la coanaissance qu'a l'auteur de tous les patois, iK)rmand, picard, champenois, provençal, poitevin, turc, même, à l'aristocratie d'esprit qui sont les qualités dominantes du seul Villon à son époque.

C'est ce qui le fait, je me vante, Gergonner en limosinois

est-il dit en Pathelin.

Une preuve, tirée du Grant Testament, huitain CXLIII, où le poète cesse de plaisanter, et qui, pour nous, est la signature de l'œuvre anonyme :

Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu Donner, n'aux povres hospitaulx ; Bourdes n'ont iey temps ne lieu.

Car povres gens ont assez maulx.

Chaseun leur envoyé leurs aulx.

Les mandians ont eu mon oye; Au fort, ils en auront les os :

A povres gens menue monnoye,

« ont eu mon oye », c'est-à-dire la menue part revenant aux pauvres sur le droit prélevé par les Frères Mendiants pour les hôpitaux sur les représentations de Pathelin dont l'oie, célèbre encore aujourd'hui, était dans toute la fraîcheur de sa popularité en 14^1, date du Testament, la farce ne remontant qu'à 1457 ou i458.

L'oie, dont le mâle, le Jars, babille en gier, c'est-à-dire jargonne, est du reste chez Villon dée fixe et souvent caressée, poulaille friande si

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liaut notée en son estime que, dès le Petit Testa^ ment, c'est-à-dire en i456 (où il peut déjà se dire le bien renommé)^ il lègue « tous les Jours une grosse oye » à son ami Jacques Cardon, aj outant que

Pour manger de ces morceaulx chiers, On feroit bien ung mauvais faict.

Autre preuve : Dans la pièce LXXX XIX du Trésor des Chartes des Archives Nationales, JJ, 189, Lettres de rémission données au. mois de septembre 1487 » trente-cinquième du règne de Charles VII, pour Régnier de Montigny, parmi les cinq forfaitures à lui reprochées, on lit :

« Aussi d'avoir esté en la compaignie d'ung « nommé Jehan le Sourt, en la ville de Poictiers, « par devers ung marchant drappier, feignant « d'apcheter du drap, ouquel marchant ils firent a tant qu'ils eurent pour vingt- quatre escus de « drap et vingt escus en argent ; et de ce lui fut <c baillé une bougecte ou boiste en laquelle ils « faignirent mectre vingt nobles, mais ils lui en- « trejectèrent une autre bougecte ou boiste où « il n'y avoit rien qui vaulsist. »

Le poète n'a pas manqué de connaître en tous ses détails l'exploit de son compagnon Montigny; or la bonne farce du coquillard est-elle pas l'idéemère de Pathelin ? — idée qu'on retrouve en la

Repeue du « Marchand de poisson » et qua em" pruntée à la fois à Pathelin et anx Repeaes -franches, l'auteur de TU Ulenspiegel en son LXXI" chapitre.

Et, puisque nous sommes amenés à rapprocher de Pathelin, les Repeaes, publiées après la mort de Villon pour perpétuer le souvenir de ses « bons toiu*» n, disons qu'aux yeux du versificateur inconnu de ce Recueil comme aux yeux des contemporains de celui qu'il célèbre, le poète des Testaments est si bien l'auteur de Pathelin que, dès les premiers vers, « conviant tous les gueulx à vienir escouter son joyeulx sermon », pour désigner elairement son héros à ceux-là qui l'avaient connu, lu, applaudi et admiré, it leur dit, s'adressant tout d'abord aux gens de chicane :

Procureurs, nouveaulx advocatz, ■ Aprenans aux despens d'aultmy,

Sergens à pied et à cheval, Venez-y d'amont et d'aval.

Les hoirs du deffanct Pathelin, Qui sçavez jargon jobelin ; Gapitain' du pont-à-Billon ; Tous les subjetz François Villon ; Soyez, à ce coup, réveillez.

Et plus loin, recommandant h un compagnon d*ôtre habile k se procurer du vin sans bourse délier s'il veut passer maître, il lui donne ce conseil significatif :

Passe tous les sens Pathelin De Villon...

Toujours le nom de Villon rapproché de celui de sc^ Pathelin,

Quand on est Villon, comment résister à la joie vengeresse de livrer au ridicule de la comédie toute la séquelle plaidoyante pour patron ayant le curé de Bretagne Saint- Yves, Saint- Yves dont parle si plaisamment Claude Tillier en son Oncle Benjamin.

RabèlaiSi qui savait tout et ne faisait absolument dii*e à la lettre moulée que ce qu'il voulait, Rabelais qui, plusieurs fois, cite et des vers du Testament et des vers de Pathelin et des vers du Franc-archier (de ce Franc-archer qu'il catalogue en la librairie de St- Victor), n'a pas mis par hasard en ttiôme enfer, et groupés ensemble, Pathelin, Maître François Villon et le Franc-archer de Bagnolet (ii, xxx), parlas en leur vie triomphant aux Champs-Elysées. 11 a tout naturellement réuni à leur auteur les deux types créés par

-Sise trouvait à la même librairie, revêtu du même Ecu de France, marque des Trepperel.

Attribuer Pathelin à Pierre Blanchet? — Au dire rien moins qu'aflirmatif de Godard de Beaucbamps aventurant que « Pierre Blanchet pourrait être bien Fauteur de Pathelin », un rapprochement de dates répond ; Blanchet, mort en 1619, est né vers 1489» à Poitiers ; Pathelin est de 1457. Outre que ce Blanchet n'était qu'un faiseur de grosses farces sans lettres, écrire — et faire jouer, à Paris — une telle œuvre avant sa naissance (ou même à dix ans, si l'on admettait, comme quelques-uns, la date de 1467 pour la première de Pathelin), c'est bien jeune.

L'attribuer à Antoine de la Salle? — Mais celuici, né vers 1398, mort en 1462, en dépit de Change pour change, des Quinze joyes de mariage et de La Salade où se trouvent les Cérémonies et gages de bataille du roi Philippe, restant de la vieille école des romans de chevalerie, est le prosateur d'un roman plein de tendres soupirs, Utrystoire et cronicque du petit Jehan de Saintré et de la jeune dame des Belles Cousm^s, dont conception, forme, style, dont l'esprit est de tous points antipodique à celui qui vivifie Pathelin, De plus, se mettre tout à coup à versifier si frétillante, pétillante et vivante folie sur le coup de cinquanteneuf ans, c'est bien vieux.

En se conservant le poète, le roi voit juste car le poète en son œuvre aide le roi. Tandis que le porte-couro nue-défricheur, qui avait tout son Conseil dans la tête, entreprend de créer la pati-ie, le porte-parole, qui avait toute poésie en son cœur, commence de fixer la langue nationale.

Cette langue, il la trouve comme France ellemême, bouleversée, disloquée, déformée par l'importation, impoi'tation d'en bas, corrompue, vocables de toutes provenances, anglaise, italienne, allemande, espagnole, flamande, manière de patois composite vraiment babélique.

L'effort de Villon est donc prodigieux. On connaît ses deux Testaments, franche et naïve confession le peignant tout au vif et peignant son époque, on connaît son œuvre, personnelle et intime, ayant les fines arrêtes, la sécheresse distinguée des primitiis sans la roideur gothique, son œuvre vivante et moderne, Par son génie du terroir, par le côté humain de son inspiration, souvent s'envolant très haut, par la sincérité de son émotion et la philosophie de son cri douloureux, Villon est le créateur de cet esprit de France, net, vigoureux, bien portant qui, à travers les âges, a produit Malherbe, Régnier, La Fontaine, ~ " Musset, Beaudelaire, Coppée,

ts pour être simples, 'ue sera moins limpide, moins

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intelligible au xvi« siècle qu'aux xiii®, xiv® et xv®, et Rabelais, malgré son génie, moins facile à lire que Comines et Villon.

De plus^ ce dernier, qu'on accuse de libre-parler, est au contraire un délicat. Patru, dans ses Remarques sur celles de Vaugelas, reconnaît que, pour la langue, le poète a eu « le goût aussi fin qti'on pouvoit l'avoir en ce siècle ». — Consultez les manuscrits de l'époque, à commencer par les Sermons où la licence change en tréteaux la chaire, regardez de près les peintures des missels et l'ornementation sculpturale des églises, certaine porte de Saint-Maclou à Rouen, exemple entre mille.

Malheureusement, si le poète entend la valeur et la couleur des mots, l'harmonie du nombre et le charme du rythme, ventre affamé n'a pas d'oreilles. Il est donc affilié à ceux-là pour qui, tout étant à craindre, une langue spéciale est nécessaire, rigoureusement indispensable.

Cette langue, régulièrement formée, méthodique, syntaxée, c'est le Jargon ou Jobelin, langue double, douteuse, ambiguë, appui de tous les souffreteux, idiome énigmatique fait pour déjouer les justiciards.

Chaque corps de métier, chaque association a son argot spécial où, parfois, se rencontrent ce

que nous nous permettrons d'appeler des similitudes par opposition.

Un exemple :

Chez les Francs-mitoux, dont les pudeurs ne marchandent pas pour faire remarquer leurs marquises qui, pourtant, n'ont pas besoin d'enseigne, les femmes s'appellent des marques.

Chez les francs -maçons, plus réservés, « toute personne du sexe qui reçoit les affections de l'un de leurs frères s'appelle Clandestine », du moins en l'an 1808 : Vocabulaire des francs-maçons, suivi des Constitutions générales de V Ordre, etc., par un franc-maçon. (179 pages in-i6, Paris, chez Petit, Nepveu et Martinet).

Chaque école a son langage. Celui de nos Saint-Cyriens, dont le mot coquillard a été cité plus haut, est tout particulièrement intéressant. Remarquons-y ce double sens bien argotique où, par une ironie matérielle taisant moralement honnem^ aux trésors purement intellectuels du professeur de Belles-lettres, celui-ci est appelé « l'homme riche ».

« L'homme riche », Villon n'eut pas mieux trouvé, lui « si pitieux aux pauvres clercs allant nudz d'huys en huys pour mendier leur pain ».

Pour l'argot de Polytechnique, surtout fait de la simple abréviation des mots ou des noms

propres, on y rencontre un terme se retroavant en la troisième des Ballades de Stockholm, Riffault^ dérivé latin dans le vieux texte signifiant toute chose cuicte^ roussie au feu ou, au sens Poitevin, brûlant par âpreté, comme le Riffort ou Raifort, Sur la montagne Sainte-Geneviève, Riffault désigne un petit carton octroyé aux élèves par le colonel Riffault, et remplacé par un carton plus grand, le /Sa/a/iAon, portant semblablement le nom de son donateur, le général Salanson.

Tout peuple a son argot.

L'historien FluviusBlondus, mort en i463, soutient que, chez les romains, plèbe et grands çi valent même langage, croyant prouver son dire en déclarant que, s'il en eut été autrement, orateurs et dramatices n'eussent point été entendus de tous. Fausse preuve. Molière n'exclut pas Tabarin, les prédicateurs sont compris des voleurs. Et Léonard Bruno, mort en i444» ^^^ répond qu'au théâtre, le peuple voit et n'écoute pas.

Au reste, à en croire Cicéron et Varron, tout au moins y avait-il à Rome une langue populaire dont ils citent des exemples, et ne sait-on pas que le vivace et vivant orateur des Catilinaires, familier aux arcanes de la rhétorique, comme tout véritable écrivain, ne se pouvant empêcher de jouer avec les syllabes, sens, forme, sonorité.

cooleur, ainsi qu'Aristophane , Shaicespeare . Hugo, s'amusant au calembour et se plaisant à percer à jour tous les mots de sa langue, lui qui, un jour, devait avoir la langue percée, volontiers allait rechercher dans la conversation des mariniers d'Ostie l'origine de certains vieux mots détournés de leur sens primitif.

Aulu-Gelle, en nous disant de quelle façon la langue latine était défigurée par le peuple et là soldatesque, ne nous fait-il pas songer au lexique tout spécial du paysan, dç l'ouvrier, du troupier français ?

Les voleurs ont partout et toujours, toujours et partout tenu une grande place dans le monde. En font foi le rôle important de Sarvilaka dans le Mritchtchakati « le chariot de terre euite », drame indou du roi Soudraka traduit en vers par Méry et Gérard de Nerval (lequel se pendit (ou fut pendu) le 35 janvier i855, en cette même rue de la Vieille Lanterne où avait ilori le trou de la Pomme de pin), et représenté à l'Odéon le i3 mai i85o, ainsi que le Conte merveilleux remontant à douze cent trente-sept ans avant l'ère chrétienne et rapporté par Hérodote en Euterpe, chapiti'e cxxi du livre ii.

Sans nul doute, les larrons de la ville des Césars avaient donc leur jargon.

. Mais, pour dire comme Villon, laissons le moutier où il est.

Si Fargot, langue dans la langue, idiome de la misère, est né avec Thumanité, pour le Jargon proprement dit, qui nous occupe, à quelle époque peut-on faire remonter son origine ?

Pour la première fois, le mot Jargon se rencontre en la xxii® fable du Dict d" Ysopet, de Marie de France qui vécut en Angleterre de iai6 à 127a et dont le Laïs du frêne est une première version de Grisélidis.

Lors tuit diseint en lor jargon Que cil oisax qui si canteit...

Quand les hommes de vol approprièrent-ils le mot à leur gazouillement ? Très probablement vers le commencement du xv« siècle.

Jargon, mot que chaque savant distillateur ès-lettres a extrait d'une racine différente, Ménage de Bapêapo^wvwv, employé par Homère, Iliade, chant II, vers 867, et de Barbaricus employé par Sallustc au sens d'étranger, par Plante, Tacite, Virgile, Lucrèce, Çolumelle et Glaudien pour exprimer toute chose sauvage, non civilisée; Furetière, réfuté par Granval en son Cartouche, à'Argos ; le Duchat, en ses Notes sur Rabelais,

de Ragot ^ bélitre fameux sous Louis XII ; Clavier, de VErgo des écoles ; plusieurs de grœcum et de gallulare^ d'autres du Scandinave ^ar^, bavardage, ou du sanscrit yar<?, parler, péjoré, avec suffixe diminutif ûna, on, parler en l'air, parler mal. — Pourquoi pas? Car non? A en croire Ménage épigrammé par le chevalier de Cailly, Alfana vient-il pas d'Equus?

Pour Molière, le père Bouhours, Gondillac, jargon caractérise rincompréhensible, la recherche, la prétention.

Quant au lieu de sa naissance, ni là ni là précisément, mais un peu partout. Pas de patois qui n'ait lien de parenté avec le jargon.

Difficilement, vainement, on rechercherait l'exacte origine des patois car si les mots sont l'étoffe du langage, pour parler avec Klaproth, le berceau de chaque langue est un nuage. Qui retracera le chemin poursuivi par la langue romane, déjà parlée sous Gharle magne, pour arriver au français du xv* siècle ? Nous sommes loin, très loin, des temps où, dit Moïse (Genèse; G. xi, V. 1-6), « Dieu descendant voir la ville et la tour que les enfai^ts de Noé bâtissaient au pays de Sennaar, y trouvait les fils de la terre ne formant qu'un peuple n'ayant qu'une seule langue et qu'une même manière de parler. »

Lespalefs, idiomes en fusion, pousses toQJown» progressant, sont comme le fmnier d^où sort une langue qui, une fois fixée, demeure stationnaire, inapte à changer de peau, selon l'expression de Jérémie, jnsqu^à ce que, retombant en enfance, elle retourne, en se décomposant, à des patois nouveaux, susceptibles de former à leur tour une langue nouvelle.

Le jargon, comme les patois, n'est qu'une suite de croisements, quelque chose comme l'incestueux produit d'une carpe et d'un lapin.

Chercher en Normandie? — Peut-être bien cette façon de déguiser sa pensée en bossuant la parole a-t-elle été inventée par les vauriens de la bonne ville de Rouen. En l'argot d'aujourd'hui, jargolle oujergolle ne veut-il pas dire la Noi^ vmiàie^jargollier ou jergollier, un normand?

En Poitou ? — Enfant de Paris, Villon se vante de parler aussi « ung peu le poictevin » que deux dames lui ont appris. Mais poictevin et jargon sont même chose à peu près. C'est en Poitou que se tenaient les Etats-généraux des mercelots^ des bizouarts, où se discutaient les intérêts, où se jugaient les « causes.» de la vaste association commerciale. Or, les francs larrons qui fréquentaient les importantes et célèbres foires telles que celles de Fontenay et de Niort étaient des

nomades — nos forains d'aujourd'hui — conservant entre eux leur langage spécial, en quelque province qu'ils opèrent.

En Vendée ? — Pas davantage quoique nous retrouvions nombre de mois du jargon en ce patois où Toie mâle s'appelle un jar et le coq Mnjau, où gargoglâer répond à jargonner, bagogUâer, bagoulâer, bagauâer à b^bigaer et babiller (d'où bagou), mot pour lequel le grec nous donûe Boêa^eiv ; l'allemand, babbeln ; l'anglais, to babble; le hollandais, babbelen;\e vieux français, babeler (comme en la tour de Babel ?) et babqyer (aboyer)

Sçais-tu qu'il est, ne me babilles Meshuy de ton bée et me paye.

dit Pathelin ; gouaillâer à gayeulx, trompeur ; gourâer à gourer, tromper ; buffâer^ souffler, à ruffle, rafale ; arrâée^ terre qu'on laboure, à arerie, prairie (d'où errer); macre^, petit polisson, à macquin, grand polisson (vous m'entendez bien). Toutes ces variantes, Villon les connaît, lui qui sait aux rustres parler le jobelin^ aux ouvriers le pathelin, et aux n^ignons donner l'accolade pour « frire le rigolo », autrement dit pour les voler. Il sait même aussi quelques mots d'anglais,

biffod, comme Figaro, Goddem ! le fond de la langue. Et, en anglais, un substantif, un adjectif, un verbe actif et un verbe neutre, Canty ont les sens analogiques de narquois et d'argot, d'oblique, de tourner et d' enjôler ou jargonner.

Poète des bumbles de la rue, à ses heures « de la pinse et du croq », Villon a laissé Six Ballades, unique spécimen de cette écriture, composées, selon toute vraisemblance, entre le Petit Testamentf qui est de i456, et le Grant, qui est de i46i.

Ballade, le mot lui-même tient du Jargon en ce qu'il est d'imp^ortàtion étrangère, venant du sanscrit bâla, jeune, et dâra, femme, darika^ fille de joie, selon Burnouf, Bâla-dâra, jeune fille galante, Baladera, bayadère, selon Gh. Toubin et, selon Brachet, Scheler et d'autres, de Pâli, poésie laudative, récit épique et de tandi, art de danser « chanson à danser i>, les danseuses chantant de l'Inde, sœurs des Guesha japonaises et cousines des Ouled-Naïls de la tribu de Laghoust, prêtresses d'amour qui, par leur pas de l'Abeille, charment toute l'Afrique du Nord, étant, selon Emile Deschanel, appelées Balladières et non Bayadères et le mot ayant été emprunté par nous a l'Italie où l'avaient introduit les zingari qui le tenaient des arabes.

Ce Jargon de Villon, dit le bon Colletet, est un recueil de mots dont se servaient les voleurs de son temps, « mots qui sont même passés jusqu'au nôtre », mystère de gueux de Thostière que je n'entends pas « et que touthonneste homme ne doit pas aussy tascher d'entendre. »

Pour l'irrégularité et les négligences des Ballades du Jargon, alors que les vingt-neuf Ballades de l'Œuvre sont si parfaites, à quoi bon s'y étendre ? Telles elles sont, telles nous les prenons.

Une observation.

En la Ballade V, les mots roupieux, cariettx et marieux riment avec le mot emboureux ; en la Ballade VII, ce même dernier mot Emboureux, rime avec Joyeux, dieux, mieux, curieux, et marieux. On sait combien Villon est à la fois l'esclave et le maître de la rime ; ne peut-on supposer qu'emboureux s'écrivait et se prononçait embourï'eux ? Ceci dit uniquement pour ceux-là plus soucieux de la philologie que du sens poétique.

Ces Six Ballades, le regretté Auguste Vitu les a, pour la première fois, et avant qui que ce soit, déchifîrées, accompagnant son « essai de traduction » d'un vocabulaire analytique du plus haut intérêt, publié en 1884, et que l'Académie Fran-

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çaise a eu toutes raisons de couronner. (Prix Archon-Z)espérouses.)

L'éminent écrivain a, pour la première fois aussi» publié et expliqué Cinq autres Ballades provenant d'un manuscrit du fonds français de la Bibliothèque royale de Stockholm, recueil anthologique où se trouve copie des deux Testaments ainsi que de neuf pièces de Villon et où, sur 280 feuillets in-4°, les Ballades du Jargon en occupent trois, de 25 à 27. Ces dernières, traitées de pastiche, contestées, peuvent l'être.

Néanmoins le devoir littéraire s'imposait d'autant plus à l'éditeur-critique de les joindre à son Etude sur le Jargon du XV^ siècle qu'inconnues de tous, elle font cependant partie de notre trésor national, le manuscrit dont nous parlons remontant au xiv® siècle et ayant appartenu à Claude Fauchet, historiographe de Henri IV, esprit exact et judicieux, grand amateur et connaisseur ès-lettres, auteur d'un intéressant ouvrage sur l'origine de la langue française où sont cités des vers de cent vingt-sept poètes antérieurs au XIV® siècle et qui, né à Paris en 1629, devait tout naturellement s'intéresser à la tradition Villonnesque, très vivace encore à cette époque.

Au livx*e I de son Origine des Chevaliers et armoiries i Fauchet enregistre une intéressante

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remarque : « J'ai faiet cette excapade pour la mémoire de Villon un de nos meilleurs Poètes satyri" ques duquel si nous sçavions bien entendre la poésie, nous découvrirait l'origine .de plusieurs maisons de Paris, et des particularitez de ce temps-là ».

Notre Interprétation des Six premières Ballades était achevée quand parut le travail philologique d'Auguste Vitu. Sans nous vouloir préoccuper de l'authenticité discutable des nouvelles venues, nous avons fait pour elles ce que nous avions fait pour les autres, les trouvant, d'où qu'elles émanent, pittoresques et intéressantes.

En volonté de ne prouver ici nulle érudition et trouvant superflu de commenter ce qui s'explique de soi, nous nous bornerons à dire l'indispensable, montrant que, même alors qu'il enseigne la spoliation et l'assassinat, le poète à des ailes, indiquant à grands traits l'esprit du Jargon, nous arrêtant seulement à quelques particularités intéressant les mœurs.

« Pour suflisamment cognoistre et entendre Villon, dit Marot en TEpitre aux lecteurs précédant l'édition qu'il a donnée du poète, en 1533, il auldroit avoir esté de son temps à Paris, et avoir cogneu les lieux, les choses et les hommes dont il parle ».

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Paris, à cette époque la cité la plus puante — En pleine ville, au cimetière des Innocents, les morts sont enterrés sans cercueil — et la plus sale du monde, cloaque sans nul éclairage, la nuit, c*est la nuit tout à fait, noire et morne. L'hiver, les loups de la forêt de Boulogne viennent enlever les enfants jusque dans les ruelles avoisinant la Tour de Nygeon, située à peu près où est le Trocadéro. Le couvre- feu, c'est rouvrecrime et, par les rues tortueuses aboutissant à la Seine, linceul qui marche, les cherche-fortune, chevaliers du mal-faire, redoutant le clair-parler autant que le clair de lune, leur morte-saison, ont ce fallacieux auxiliaire, perfide et décevant, le brouillard, pareil à leur argot.

Jai^on n'est-il pas un brouillard ? A gens de nuit convient langage obscur. D'où, la langue bigorne, à deux cornes, comme le colimaçon, à deux sens, lexique ondoyant et divers spécial aux malfaiteurs de tous les temps, de Villon à Maurice, surnommé le Bérenger des bagnes.

S'éclipser dans l'inintelligible, là est le

salut.

Le brouillard, c'est le dieu protecteur, c'est la disparition, Tévaporation, l'incognito, l'impunité. C'est l'asile. — Grâce à lui, ni vu ni connu, je t'embrouille !

lix^:

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Toute une famille de mots en dérive, a tout instant employés, sans cesse avec de nouvelles nuances d'acception.

Abrouart, c'est le brouillard, vapeur qui couvre la terre (Barh, couvrir, hala, terre : sanscrit), la broue, c'est la brume, brouer^ c'est fondre sur la victime choisie, être broueulx, c'est fuir (comme une ombre), s'embrouer, c'est, pendu, entrer de la lumière du jour dans le noir de la mort où le cadavre, devenant lui-même broueulx, mangé parle broullas, se balance, nageant sous la nue, de l'aube à la nuit, du jour çerdoiant — « L'aurore grelottante en robe rose et verte » , dit Beaudelaire — à la sorne^ à la veillée, souffleté par la frissonnante rafale, en proie à la fressoue du ruffle^ à tous les vents, à toutes les bises, bisacet bisans^ avant de s'en aller du tout à néant.

Le crime une fois commis, dans le brouillard, il importe de paraître innocent, la I«^® Ballade du Jargon le conseille :

Qu'au mariage soiez sur le banc

Plus qu'un sac n'est de piastre blanc,

Il est dit en Pathelin^ le rapprochement s'impose :

Parmy le col soy je pendu

S'il n'est blanc comme ung sac de piastre.

Avant tout il faut éviter d'être « mis a l'ombre ». Prendre, oui. Etre pris, non. Telle est la devise du débrouillard. Le coup fait, il faut gagner le large à travers champs, happer le taillis, fuir.

Le grand Ca/i, — où le Jargon a-t-il emprunté l'expression ? Au mot Khan, en en changeant l'orthographe, mot d'origine mongole ayant deux acceptions, la première ; « chef suprême » (Nos armes ne viennent-elles pas de nous apprendre que, chez les Djedji ou Dahoméens, chef se dit Gan ?), la seconde, « marché public », marché entouré d'une colonnade et de nombreuses cellulules (comme le gibet de Montfaucon ?) — ou, pour désigner celui qui a tout pouvoir, au verbe anglais to can ? — le grand Can, ayant en Jargon deux sens aussi, désignera donc tout à la fois et le soleil auquel vous expose le grand Prévôt et le grand Prévôt qui vous expose à ce soleil, sens double et double sens classique en tous les argots où, le plus souvent, chaque mot a plusieurs acceptions, opposées seulement en apparence, de très juste rapport, en réalité.

C'est la raison pourquoi, en la première Ballade, voulant accoler les deux acceptions du mot Can^ pour une unique fois, nous avons ajouté un pied, deux syllabes, au décamètre original.

Que le grant Can ne vous fasse essorer,

le traduisant par un alexandrin,

Que soleil ou Prévôt ne vous fasse essorer.

Après le grand-Prévôt viennent les sous-ordre, les subalternes. Ceux-là, selon les textes, tous différant, sont les Spelicans ou Espelicans.

Il est indispensable ici d'ouvrir une parenthèse.

A Paris, on ne commence à se servir de l'imprimerie, inventée à Mayence, en i55o par Jean Gutemberg et perfectionnée ensuite par Jean Fust et Pierre Schoiffer qu'en 1470 et ce, grâce au vouloir initiatif de Louis XI.

Dévoré du noble désir d'innover, l'infatigable activité de ce large esprit prépare un monde nouveau, entreprenant la réalisation du rêve de Gharlemagne « qui voulait faire de la France une Athènes chrétienne » ; il tente l'unification des Coutumes du royaume, rédigées en langue française, l'unification des monnaies, des poids et mesures, — Dès 1461, pour garantir le titre de l'argent, il fait poinçonner les pièces d'orfèvrerie — ébauche l'organisation des Postes, — îi3o courriers à ses gages portent chaque jour ses ordres — conçoit la première idée d'Expositions indus-

trielles, — Il envoie les commerçants Jean de Beaune et Jean Bricourt, de Tours, à Londres avec aS.ooo écus de produits français, épicerie, draps et toiles, pour les comparer et échanger — fait casser par son Conseil l'Arrêt du Parlement ordonnant saisie de tout livre imprimé, paye 2.4^0 écns ce qu'il peut faire retrouver en Angleterre de la bibliothèque de Charles V et, en 1469, autorise les trois allemands Ulric Gering, Martin Krantz et Michel Freiburger à installer une imprimerie dans laSorbonne, sous la surveillance du prieur Jean de la Pierre et du docteur Guillaume Fichet.

Villon, par conséquent, n'ayant point été imprimé de son vivant, nous avons traduit ce mot de Spelicans ou Espelicans par espions de cans, nous autorisant des perpétuelles variantes des copies et des éditions pour couper en deux ce mot d'exemple unique et y voir, à travers le sanscrit spaça^ espion (avec le préfixe E : faisant partie de, une déformation voulue et raisonnée de l'anglais espial^ espion, de l'italien spiare, de l'allemand spdhen ou de l'espagnol espiar au môme sens, — Pour dire examiner , Plante emploie espicio pour adspicio. Pour dire espion, Rabelais se sert à'espies et à'espial — nous autorisant surtout de Villon lui-même en sa Ballade

de V Appel, à laquelle un autre ordre d'idée nous ramènera tout à l'heure, et où, lui que la nécessité de la rime ne gène jamais par cette raison qu'il est poète^ déclare, dans V Envoie qu'un peu plus il était pendu

Gomme ung espie^

comme un espion ou, selon certains commentateurs, comme un épieur, ce qui, pour la racine ici proposée, est tout un.

Sous Louis XIII^ de petits bâtiments servant aux escadres de barques d'Avis et d'éclaireurs, étaient nommés des espies et, si l'on s'en rapporte à Albanès en ses Mystères du collège, Pion ne serait pour l'écolier qu'un diminutif d'espion.

Enfin, pour justifier notre décomposition du mot EspélicanSy nous nous autoriserons par analogie de celle du mot engouleçent, nom pour ainsi dire générique alors chez les gueux et dont notre « crève-la-faim » moderne peut être considéré comme un juste équivalent. En Provence, avaler se dit encore aujourd'hui angouler, de in gala, d'où in gula ventam, « en gueule vent d — et c'est la raison pourquoi Rabelais, dont le Gargantua engoule d'abord cinq pèlerins (xxxviii), nomme Engoulevent son capitaine de

chevaux-légers, oiseaux de guerre envoyés en éelaireurs (Pantagruel, xxvi). — En ses Misérables, Hugo appelle Fauchelevent un charretier.

De fait, ces Espélicans, sans uniforme, sans la cornette dénonçant les soldats du guet, sont mouchards, agents provocateurs, rusés matois plus pervers et redoutables que chat noir en la nuit ou chat blanc sur la neige, habiles à faire parler malgré eux et par traître surprise ceux qu'ils flairent fet recherchent pour les livrer, quand passe la Seyme, patrouille de sept hommes, six soldats et un caporal, à Tun des deux cent vingt archers du prévôt.

On ne saurait trop «cognoistre quand pipeur jargonne », trop fuir les moutonniers, pareils à ce malotru de Ghangon, forts à vous compromettre en procès, ni trop éviter de se laisser enterçer par ces enterçeux, expression que nous avons traduite par tire -aveux, y reconnaissant le mot aujourd'hui revenu d'Angleterre chez nous, mais Jadis importé par nous en Angleterre où l'on en a fait interview, comme on a fait reporter de notre rapporter, dans le sens où le prennent les enfants, comme on a fait attomej' de notre atonrné, budget de notre bougecte, ticket de notre étiquette et flirt de notre fleureter. A pro-

pos de ce dernier mot, Baloze, en son Histoire d'Auvergne^ cite nn exemple àefloretas employé au sens d'amoureux propos et remontant à i4B4<

En employant enterver, enterveux, Villon ne fait du reste que se servir d'un mot déjà vieux en notre langue puisqu'on trouve chez Rutebeut enterçéer^ savoir, comprendre, de inter, entre, et çéer^ voir, simple dérivé de videre.

Rien de surprenant, l'Anglais avait pendant près de vingt ans occupé la capitale et le Connétable de Richemont n'était rentré dans Paris désert que, le vendredi de la Quasimodo, 20 avril de l'an 1436. Sur les 15.799 ^aots du Dictionnaire anglais de Johnson, paru en ijSS, 4.812 viennent du français.

En leur ronde, ces agents, ces angelz — ange s'est conservé au même sens : ange gardien, le sergent de ville «protégeant» un ivrogne — parviennent-ils à saisir leur proie, ils vous passent aux mains les menicles, les menottes, les poucettes, vous engrillonnent les doigts, — nous avons toujours le cabriolet, encorde à boyau, qui coupe, ou en fer tressé, qui broyé — vous fixent aux pieds lès farges, les fers, les ceps, instrument fermé à clé sur la cheville, puis, la prison s'ouvre, et commence, dans les cachots massifs où l'on vous met au bloc^ le dur séjour sur les

(( gluxons de feurre ^> sur les joncs, paille gluante des cachots.

Parmi les obligations du chambellage, nous trouvons celle de garnir les appartements de feurrCy l'hiver, de jonc. Tété. (1068 — Charte de Guy, comte de Poitou, citée par Bignon en ses notes sur Marculphe, Liv. I, ch. i3, page 474édition de 161 3) — Aux classes, les écoliers étaient assis sur de la paille qu'on appelait du feurre, d'où rue du Feurre ou du Fouarre. — Rabelais nomme feurre^ la paille. — En plusieurs de nos provinces, on distingue encore la paille ou écorce enveloppant le grain, du feurre, le tuyau même, et de Vestrain ou gros feurre, et le gluy, défini par Furetière, abbé de Ghalivoy et de l'académie française, « une grosse paille de seigle dont on couvre les granges et les maisons des païsans en plusieurs provinces, » (c'est le chaume), est resté le nom d'une grosse paille de seigle. A Nantes, on nomme des Groux une bouillie de blé noir. La glu se fait avec les baies du gui.

Après quoi, sinistre figure, apparaît le tourmenteur, préposé à la question et autres épouvantements.

Sans parler des bagatelles préparatoires telles que la ceinture à pointes comme celle trouvée au château de Pérussac, près Prémirol et conservée

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au musée de Gluny (n^' 3,648), nombreux, variés, inimaginablement imaginés, ingénieux, terribles sont les supplices dont le gibet soulage, et le gibet lui-même a ses variantes.

A Londres, pays des chevaliers du brouillard, sous Henri VIII, dit Reginal Pol en ses Lettres^ « le bourreau, expert aux raffinements, savait, d'un doigt exercé, arrêter le nœud coulant au moment propice pour suspendre les étreintes et multiplier les baisers de la mort. »

Le blasphémateur, marqué au front d'un fer chaud, a, pour la récidive, langue et lèvres percées au fer rouge. Chaud, rouge, n'omettez pas la nuance.

L'hérétique est brûlé vif — et l'hérésie est facile en ces temps d'ignorance où nul n'est censé ignorer Aristote (la lumière de Platon ne devait éclairer que le siècle suivant), personne n'ayant le droit de penser, même sans s'en douter, autrement que ce grand maître d'école du Moyen- Age, traduit par un païen, disciple de l'arabe Abou- Bekre, l'arabe Aboul-Walid-Ibu-Boschd, vulgairement Averrhoes, au xiii® siècle de l'ère chrc tienne. (La première édition d' Aristote est de i497» celle de Platon, de i5i3).

Notez, le comique jamais ne perd ses di'oits, que cet Aristote faisant loi au quinzième siècle,

au treizième était anathématisé. Un Concile tenu à Paris en 1210, le vingt-et-unième en cette ville, ayant en effet condamné les erreurs d'Amauri, clerc de Chartres, mort depuis peu, et quatorze de ses Disciples à être brûlés le tio décembre, avait aussi condamné au feu la Métaphysique d'Aristote, apportée à Paris et traduite de Grec en Latin, avec défense de la transcrire, de la lire ou retenir, sous peine d'excommunication.

Les Dieux changent !

Un premier vol, vous voilà des ences circuncis, les oreilles coupées. A remarquer que le mot anglais ear signifie oreille et anse. Hideux supplice encore en usage au dix-huitième siècle. Sous Guillaume III, Daniel de Foë, l'auteur de Robinson, n'eut-il pas les oreilles coupées? — pour un pamphlet I

Un deuxième vol entraîne l'amputation d'un membre (au choix de qui ?), un poignet, le plus communément, et le coupable va désormais avec son moignon, le bras sans main, />nW de proue.

Au troisième vol, pendaison.

Qui vole en une église ou, de nuit, soustrait cheval ou jument, ayeuglé .

A ^incendiaire, les yeux sont arracAes. Encore une nuance.

Pas de potence pour les faux-monnayeurs, la

chaudière d'huile bouillante établie au lieu dit « Place aux pourceaux », située sur cette intéressante Butte saint Roch dont l'avenue de l'Opéra est venue aplanir tous les souvenirs.

La femme d'un voleur ou d'un assassin, par ce seul fait qu'elle est sa femme, brûlée vive.

Et, singulière clémence rappelant les Instituts de Tamerlan et la loi Bérenger, clémence qu'on est surpris de rencontrer en ces coutumes barbares, la mère une première fois infanticide est livrée à la justice ecclésiastique qui enjoint la pénitence ordonnée par les Canons. La récidive, — la seule idée de prévoir pareil cas peint toute une époque — la récidive, par exemple, mène au bûcher a comme coutumière du fait ».

Le vingt-deuxième Canon du Concile d'Ancype, en Galatie (3i4), condamne l'auteur d'un homicide involontaire à sept ans de pénitence (ce qui équivaut k sept ans de surveillance).

Comme clerc non marié de l'Université, Villon relevait de cette justice ecclésiastique, les Ecoles de Paris étant encore régies par les Règlements du Cardinal-Légat Robert de Courçon, édictés au 23® Concile de Paris, tenu en août I2i5, privilège très à considérer, cette juridiction se montrant aussi indulgente et bénigne que la juridiction criminelle était sévère et cruelle* Et s'il fut néan«

moins condamné, c'est hélas, que «toujours n'ont pas clercs le dessus ! »

En dernier ressort vient maître Henry Cousin, tourmenteur-juré de la prévôté de Paris, le bourreau, dénommé Vemboureux ou remboureux parce qu'il vous passe au col le « gorgerin d'Ecosse », cache-nez funèbre, la fatale cravate dont l'huis est de chanvre, vous étouffant dans la filasse, vous livrant aux affres de l'agonie, vous mariant avec la mort, service rendu à la société qui vaut au marieux , à l'exécuteur, de s'adjuger, maigre prise, la défroque de l'exécuté, lequel n'a le plus souvent ni robe ni pourpoint, d'hériter des objets volés (étonnante jurisprudence) et surtout le droit de haçage, c'est-à-dire l'autorisation de prélever, non avec la main. Vu l'ignominie de son utile profession, mais à l'aide d'une sorte de croc, crochet ou cuillère, le haçet, une poignée, la haçée, sur les grains se vendant aux marchés de la capitale. — En Angleterre, quiconque entrait à la Tour devait son manteau au geôlier.

Notons qu'au premier dizain de la Ballade I, rapport délicat prouvant quel ciseleur était Villon, — L'étonnant et harmonieux enchaînement des soixante-et-un sixains du Dialogue de Mallepaye et Bailleçant , 366 vers sur 6i rimes, coupe de son invention valant pour le moins les terza-

rima^ est là pour le prouver — celui-ci, rapprochant le Beffleur^ voleur au boniment, de ce hai^age ou droit an grain, transposant une lettre, écrit Bleffeur, évoquant ainsi la vieille forme Bleif, bled. — Le sanscrit nous donne Bali-âdi, aliment premier. — Respectant Tidée charmante du poète apportée par cette métathèse, nous avons traduit bleffeur par glaneur et havage parle pain du bourreau.

« Gibet n'est que pour malheureux », dit un vieux proverbe. Ajoutons donc que le premier exemple en France d'un seigneur condamné au supplice infamant de la corde est celui de Remistang, sous Pépin, et que ce genre de châtiment ne fut aboli que par François I*'', comme en fait foi un Edit du II janvier 1535 lui substituant la roue, de beaucoup plus douloureuse, horrible et barbare que la potence, arhor infelix, comme rappelle Tite-Live.

Villon, d'une époque dont les mœurs sont incompréhensibles et comme indéchiffrables pour nous, nous demeure peu et mal connu mais, incontestablement, fît sur ses contemporains une vive impression et laissa « son bruit », trace durable dans les cœurs aussi bien que dans les esprits. Si ses vers restèrent sur les lèvres des hommes, sa vie « de bohème » eut de nombreux imitateurs,

j'allais dire des disciples, et longtemps, très longtemps, la tradition Villonnesque demeura populaire.

Jehan Bouchet, procureur à Poitiers, vaste esprit ouvert à toutes les connaissances comme à toutes les spéculations, amateur éclairé des choses intellectuelles, — il était ami de Rabelais — auteur d'une trentaine de volumes de Chroniques et de Poésies, parmi lesquels Les Annales d'Aquitaine, son meilleur ouvrage historique, L'amoureux Transy, Les Triumphes de la noble et amoureuse Dame et Vart de honnestement aymer, et surtout de Satires de haut intérêt, né en 1476» mort en i55o, avait été contemporain du héros des Repeues Franches et, se ressouvenant, eut pu dire de lui ce qu'il dit de tant d'autres, « j'ay veu »- — Qui sait même si le récit traditionnel des légendaires aventures du poète parisien n'ouvrit pas les yeux du « traverseur des voyes périlleuses » sur ce qu'il appelle « les dangiers de l'imberbe et folle jeunesse » et ne lui inspira pas l'horreur, ou tout au moins la crainte <c des accidents des choses mal régies » pour le tourner vers « les choses moralles et historialles? »>

Au milieu du xviii® siècle, GoUetet, soupirant « après le curieux et tant désiré Dictionnaire de l'Académie », constate qu'on dit encore « C'est un Villon », « il ne fait que villonjier »,

Je donne ici de beaux conseils sans doute :

Les ai-je pris pour moi-même ? Hélas, non !

dit le bon La Fontaine en ses Ai^eux indiscrets. Ainsi Villon. Pas plus qu'un autre, il ne se sent homme sans défaut, lui de tous le plus imparfait ; ni d'acier ni d'étain, il est pécheur et le sait bien, mais s'il a toutes hontes bues, nécessité seule l'a fait condescendre au mal. Pourtant, en ses deux Testaments, souventefois, comme dans le Jarg-on, en belles leçons aux Enfants perdus, il conseille à ceux de mauvaise vie d'éviter d'être de la confrérie.

— Dupes, — pour Villon, qui a la morale lacédémonienne, les dupes sont quelquefois les volés, mais bien plutôt ceux des voleurs assez niais et maladroits pour se laisser prendre — dupes, à l'improviste grefjis (sanscrit, grah, prendre et upa, en dessous ; hollandais, grijpen) au gart^ grippés, saisis au garot ainsi que' par la catharreuse grippe qui, elle aussi, rend tout roupieux, mis comme oisillons en cage, on vous verra semblables

Aux pigons qui sont en l'essoine Enserrez soubz trappe volière,

en vain criant : Haro ! la gorge m'ard ! Puis, à

coups d'escourgon serez battus « comme a ru telle » , comme toile au ruisseau. Pour un plaisir, mille douleurs ! Est-ce pas payer plus cher encore qu'aux usuriers de la rue des Lombards ? Beaux enfants, chacun de vous m'écoute ; si vous allez vous ébattre à Montpippeau ou à Ruel, gare à votre peau (i). Potence n'est pas un jeu et, le mauvais coup fait, repentailles sont vaines. Perdre corps et âme pour si peu ! Vin ne se boit deux fois, vite argent s'apetisse et ne repousse pas. Jamais mal acquis ne profite !

Gardez-vous bien de ce mau hasles Qui noircist gens quand ils sont mortz ; Eschevez-le, c'est mauvais mors.

Passez- vous-en mieulx que pourrez.

Montfaucon, c'est la Roquette, à là différence qu'au lieu d'être « raccourci », on est «« allongé », les pieds éperdus cherchant en vain le sol. Aussi le gibet et la peau, le pel, ne faisant qu'un, l'idée du pendu revient-elle sans cesse dans les Ballades

(1) Simple rapprochement. — Le nom seul du hameau de Montcoupeau près Montmirail (Marne), qui s*élève à 205 mètres, épouvantait jadis les criminels car c'est là qu'on les pendait et la route y conduisant s'appelle encore le Chemin de Justice. — Le coupeau, comme on sait, est le sommet d'une montagne.

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du Jargon, avec le ressouvenir symbolique, qui s'impose, de toutes les expressions habituelles aux tanneurs, « aux bons mièges » , artisans mégissiers faisant des cuirs ce qu'ils veulent, les étendant sur les chevalets pour les parer — d'où parouart, le piédestal, le dé en maçonnerie dans lequel était fixé l'arbre peu ou prou dégrossi servant de potence — et les exposant à tous les vents pour les blanchir et essorer.

Comme nous avons l'écorché de Michel- Ange, nous avons le long sire mal assis, le pendu de Villon, car le poète sait à fond l'anatomie du lamentable tremble-au-vent qui, le veuille ou non, farci, comme l'oiseau de proie captif, d'ung lourd plumbis à coing, saisi à iRj'arte, à la gorge, pris du tremple et roupieux, pris de la tremble et roupie au nez, loin de la dure, au-dessus de la terre et dominant la foule, éprouve les affres de la suerie, — « Puy sue Dieu sçait quelle sueur ! » — Tangoisseuse agonie où le gosier, mis à siège, est en proie à Varderie, à l'incendie, — Arsure, brûlerie, se trouve en Monstrelet relatant l'incendie du château de Pierrefonds en 141I5 par le comte de Saint-Fol, envoyé de Charles VI, dont les hautes chambres furent arses — faisant au plus endurci faire la baboue, moue de babouin, avant que, le suc rompu, l'épine dorsale brisée

il reçoive la giffle du ruffle ad i>is, le visage souffleté de toutes les intempéries.

A rapprocher, la page où Tabbé H. J. Dulaurens, en son Compère Mathieu, illustré par Ghasselat, qui est de 1766, nous montre la fin lamentable du père de son Jean de Domfront, « auquel il prit un resserrement de gosier accompagné d'empêchement à la déglutition, d'engorgement dans les vaisseaux capillaires, de sifflement aux oreilles, de battements dans les artères temporales, à quoi succéda une suffocation qui lui ôta la vie malgré la précaution qu'on avait prise de l'élever à plus de douze pieds de haut afin qu'il fut moins gêné par la presse. »

Quant à en appeler au Parlement d'une sentence du Châtelet, c'est contre tout usage établi et nul n'y avait même songé avant Villon.

Longtemps, malgré vouloir des rois, malgré l'Ordonnance donnée à Grémieu par François I*'* en 1 536 et réitérée en 1542, portant que « pour le regard des matières criminelles dont procez auroyent esté faits extraordinaire ment les appelans de sentences de torture, banissement, amende honorable, dernier supplice ou autre peine afflictive de cors, données par les Prévosts ou autres juges supérieurs seront menez ès-Gonciergeries des Gours et Parlemens esquelles lesdites oausç$

d'appel seront la connoissanee en appartiendra ausdits Baillis, Séneschauxou aleurslieutenans », malgré l'Ordonnance de Henri II en i549, longtemps, — plusieurs siècles ! — les bons juges résisteront, ne voulant tenir compte de l'appel .

A preuve a l'Arrest donné en la Chambre de a l'Edit, le 28 janvier 1606, pour avoir Lieutenans <t du Bailly de Caen au siège de Vire fait exécu- « ter nonobstant l'Appel la sentence de mort par « eux donnée contre Guillaume le Croix, furent « iceux interdits et suspendus pour un an de « l'exercice de leurs offices et en grosses ainendes, « et le procureur du Roy suspendu pour six mois, « pareillement avec amende, sans toutesfois note « dïnfamie ».

« Sans toutefois note d'infamie ». En attendant, Guillaume le Croix est exécuté !

Lui premier, Villon, « se bandant contre la tricherie d'un jugement arbitraire », osa pousser le cri « J'en appelle ! » en l'éloquente Ballade signalée plus haut

Cuydez-vous que, soubz mon cappel, Ny eust tant de philosophie Comme de dire : « J'en appel ? »

Et voilà comment, en réclamant l'appel — « E^-

toit-il lors temps de me taire ?» — le poète^ audacieux faisant faire aux lois un pas immense, a contribué, lui coupable, à humaniser la justice, k civiliser les codes.

Avant de finir, citons quelques mots^ identiques ou analogues à ceux du Jargon, employés, soit au sens identique, soit en un sens analogue, par Rabelais.

Affaicté, plein de zèle ; Affiner, Affineurs^ tromper, trompeurs; Allegrer, rendre léger; Arer, labourer ; Bélistres, gueux ; Boucler, fermer; Coçuart, sot; Cornette, coiffure s'attachant « sous le menton » et aussi corde « servant à pendre » ; Disparoir, disparaître et Apparoir, apparaître au gibet (Au gibet ? k Paroir?) ; Drue, l'herbe (épaisse) ; Embourer , Emboureux, bourrer, rembourreur ; Empas, entraves, liens ; Endossure, dernier vêtement, terme d'architecture ; Entonner, boire et chanter ; Escorné, vil, méprisable (de l'italien Scorno) ; Escorniflé, bafoué ; Espies, Espial, déjà cités, espion ; Essors, qui prend le vol ; Fée, charmé, ensorcelé ; Galler, se divertir ; Gallier, viveur; Gaultier, mauvais plaisant ; Gaçion, gosier (jarte) : Grupper, accrocher ; Herpe, harpe ; Hurtis, choc ; Jus, à bas ; Momerie, mascarade ; Mont-joye, monti-

cule ; Pardonnigère , colporteur de pardons ; Pallandreries^ peaux; Piot et Pj'ot, vin clairet; Piper, Piper le, tromper, tromperie ; Quérir^ Querre, chercher ; Rez, ras; Rifler, érâfler; Rouart, roueur, bourreau ; Ruach, soufle, vent (de rhébreu) ; Ruer, frapper, se jeter sur; Saulve, sauf; Songeurs, songeurs; Veronnique, représentation du Christ sur un linge ; Yssir, sortir ()^s, portej.

Cette Interprétation, quoi qu'en vers, n'est point une belle infidèle, ces vers étant un calque, ce qu'en peinture on nomme une copie exacte, faite aux carreaux, où tout, rigoureusement, est respecté, l'idée et la forme, la rime et le mot, le mètre et le nombre et jusqu'aux ellipses, aux allitérations, aux assonnances, aux effets obtenus à l'aide du heurt, du tintinnabulement des lettres, consonnes ou voyelles, par le grand artiste que fut Villon.

Le souci et la difficulté ont été pour nous de n'être pas moins intelligibles que le texte du jargon que nous avons tenté d'interpréter en français de 1460.

Sur 354 vers, aucun mot moderne équivalent n'existant qui donnât à la fois et le sens et la rime, nous avons dû changer 4 rimes produisant

34 vers et, ea réalité, i8 seulement, le vers de Refrain, changé en deux ballades, se répétant quatre fois pareil, nous attachant à toujours conserver le sens strictement exact comme en ce vers de la Ballade VI, deuxième huitain :

Prenez du blanc, laissez du bis traduit par

Ne prenez pas objets sans prix.

A la troisième strophe de la II* Ballade de Stockholm, nous avons traduit :

Gueulx gourgourans par qui gueulx sont gourez,

par

Gueux grommelants par qui gueux sont gourés,

car, si le verbe gourer, tromper, n'existe plus, le substantif goure signifie encore aujourd'hui en pharmacie toute drogue falsifiée (mot celtique : gaél, Gaorr, ordure), et aussi une attrape, et l'adjectif ^o«rei*r,^oMrett.<?e, désignant celui ou celle qui falsifie les drogues ou qui trompe, qui attrape en un petit commerce. — Nous avons dit que Villon savait tous les patois, turc, même. Or, ce

trmm^t^^m i m m ii^'

vers, « Guealx gourgouraas par qui gueulx sont gourez » offre l'exemple d'un de ces redoublements si Iréquents dans la langue turque où Ton répète les substantifs, les adjectifs et même les adverbes pour donner au mot plus de force.

Les rimes changées sont les suivantes et Ton voudra bien considérer que Tune d'elles, arques, revient trois fois, une autre, marque, deux fois.

Dans la Ballade III, Arques et Marques, Hurmes et Grumes ; dans la Ballade IV, Arques et Marques, Harpes et Arques; dans la Ballade V, le mot du refrain, Marieux, remplacé par Bourreau donnant le sens exact sans la rime et, naturellement, ses quatre correspondants : Roupieux, (deux fois) Curieux, et Emboureux ; dans la Ballade YIII (Stockholm), le mot du refrain, Staricles, remplacé par Sicaires, donnant le sens exact sans la rime et, naturellement toujours, ses quatre correspondants : Besicles, Menicles, Bouticles et Véronicles.

Nous avons osé traduire Staricles par « Forts sicaires )> (assassins gagés), en nous appuyant sur la racine Str exprimant l'idée de force et d'action violente, et en dérivant le sens du mot à travers Str, jeter à terre, tuer, Stâ, tenir ferme, et stœra, sanscrit, forcé, orepEoç, fort, inflexible, (rraupwTYjç,

celui qui met eu croix, (sx^aiyycLkôb}, étrangler, Stare, se tenir, Strangulare, étrangler (toujours la pensée du gibet), strugg^le, anglais, lutte.

Enfin, dans la Ballade X, premier vers du deuxième huitain, une rime à laquelle nous n'avons pas satisfait. Sauce, Ce mot ainsi écrit, au temps de Villon, rimant en Auçe, nous l'avons simplement traduit par Sèçe, sens exact, les cinq autres rimes correspondantes épuisant les consonnances possibles en auçe que nous avons tenu à conserver.

Dans la Ballade II, nous avons traduit :

Changez vos andosses souvent Et tirez tout du raiz au temple

par

Changez vos costumes souvent

Du rez de chausse au front du temple

et demandons à ce sujet place pour remarquer que, non loin de Busset, sur la limite de l'Allier et du Puy-de-Dôme, sont un village nommé Les murs du Temple et une montagne nommée le Ret du sol^ une légende rapportant que les Templiers purgèrent le pays d'un despote fortifié sur cette montagne « et qu'ils rasèrent son château à ret de sol ».

Intéressante serait l'étude de l'incessant changement de la prononciation. Ainsi la forme des caractères se modifie de règne en règne sur les monnaies et les médailles.

Comme enfant de Paris, observe Marot, Villon, qui n'abandonne jamais la rime riche, prononçant a pour e (ouvert), fait rimer haubert et appert avec part, diadème avec <!lme, terre, serre et enquerer avec barre et farre, tertre avec Montmartre, Ro- bert avec Lombart, perde avec garde. Colin Galerne, verne et gouverne avec Marne. Desportes, La Fontaine écrivent treuve pour trouve. L'accent parisien ^- ce qu'on appelle aujourd'hui le « Raglagla de la Bastille » — disait alors, et parfois dit encore, seuf pour soif, sercher pour chercher, parde pour perde, guières pour guère, farrer pour ferrer, oue pour ou, quie pour qui, etc/ Jusqu'au milieu du xvi® siècle, on prononça le q comme le k, c'est-à-dire comme le kappa grec, disant kamkam pour quamquam, kiskis pour quisquis, koké pour quoque, etc. De Qua hinc, quâ hac, nous est resté cahin-caha, qui s'écrivait kahinkaha au xvii° siècle.

C'est Ramus qui réforma ces manières de parler dont nous n'avons pas à nous montrer surpris plus que de rai- son, nous qui prononçons femme

comme gamme, alors pourtant que le mot s'écrit comme gemmé.

Et maintenant, voici le singulier Sermon sur la montagne — gibet, de l'arabe djebel, montagne (Les Siciliens appellent V^lndi Mongibello) — Sermon où sont édictés les Commandements du Crime.

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