PIN DU TOME QUATRIEME
Imprimerie de R. Balst à Francfort «.M.
AUTEUR DU XAITDIT ET DE LA BBUOIBVn.
FRANCFORT s/H., CHEZ B. BAIST, LIBRAIRE-ËDITEUR.
Départ pour ritalie.
Ma seconde année d'études philosophiques et scientifiques était près d'être terminée. Je regret* tai beaucoup de ne pas faire ma troisième année sous la direction de mon cher professeur. Tout en se renfermant dans les règles de l'enseignement imposées par les Congrégations de l'Ordre, il trouvait le moyen d'élever notre âme,^ d'élargir l'horizon de nos idées, de nous apprendre à nous servir de DOS facultés intellectuelles. Et quand tout dans l'institut était combiné pour faire de nou9 des machines, quelques paroles du Père de Montgazin nous rappelaient que nous étions des hommes.
Mais j^ regrettai encore bien plus l'ami que le professeur. Dans nos maisons, jamais le cœur ne peut s'épancher librement. A qui se confier? Aux supérieurs? On les redoute. A ses condisciples? Ils sont, comme vous Pètes vous-même, pleini^ ni i
de zèle et d'enthousiasme pour FOrdre; et s'ils n'ont pas pour la délation une répugnance instinctive, invincible, — et le cas est r^re, — vos confidences les plus innocentes peuvent, en raison d'une fausse interprétation, être dénoncées. Que faire? Se renfermer en soi-même ; mais cette concentration absolue est contraire à l'instinct de relation qui est dans l'âme humaine; et tout ce qui contrarie, tout ce qui dérange l'équilibre des focultés et des besoins que Dieu a placées en nous, comme un don de sa toute-puissante sagesse, est un mal pour Fâme. Dans le Père de Montgazin je ne redoutais ni le supérieur ni le confident. Et puis je pouvais lui parler de ma mère, de ma mère que j'avais abandonnée, au moment de ses plus grands chagrins ; de ma mère que j'avais presque oubliée pendant les ardeurs de l'initiation du noviciat. Je ne l'avais pas revue depuis trois ans; et nos lettres, par cela même qu'elles devaient être lues par ïe Supérieur, étaient froides et contraintes. Celles de ma pauvre mère étaient souvent tristes, désolées même. Et te Supérieur en me les remettant me disait:
— Vous n'avez donc pas su donner k votre Hière „cette conviction que cherche sa tendresse pour vous , que son fils est là où Dieu l'appelle, dans l'ordre de sa volonté, dans une famille de frères qu'unit étroitement la charité de Notre-Seigneur, et qui ïi'ont qu'à travailler pow la glwe dé Dieur*
PAR t'ABBÉ ♦** 3
AloFft, dans mes réponses, |e présentais à ma mère ces pieuses considérations, tout en sevlant hien que ee n'était pas avec de froides paroles, avec des théories de perfection religieuse, qu'on peut cicatriser les blessures faites à un cœur sa^r ternd. Aussi quelquefois, kissaat toutes ces beUetf. tbéories de détachement absolu^ je retrouyais^ pour consoler ma noère, les tendresses filiales que je lui prodiguais autrefois. Alors laes lettres éteient ijïcriminées par mon Supérieur. — Était-ce là le langage grave et réservé d'un religieux? Toute affection humaine, si légitime qu'elle fût, ne de* vait-elle pas s'exprimer au point de vue des der* Yoirs imposés par ma sainte vocation ? Une mère est sans doute pour nous la première des créartures de Dieu, mais enfin ce n'est qu'une créa^ ture; notre amour ne peut lui appartenir que dans une mesure restreinte; nous sommes voniés au Christ, et celui qui aime plus son père ou sa mère que lui n'est pas digne de lui.
Et mes lettres, sous ce niveau inexorable qui passe sur toutes les aspirations, sur tous les dé-< sirs, sur tous les sentiments de l'âme, redevenaient sèches et glacées, et désoJaient ma pauvre mère.
Dieu prit pitié de ses angoisses maternelles, et une circonstance imprévue nous rendit quel* ques mois d'intimiié, pendant lesquels il me fot doniié de faire ouÛier à ma mère les chagrins qœ je lui avais causés.
La maladie qui s^étaît déclarée le jour où, malgré moî, je surpris les secrets du Père de Mofitgazîn, n'avait pas d'abord paru grave; mais, après le départ de mon cher professeur, ma santé, qu'on croyait à peu près rétablie, s'altéra profondément. Il y avait en moi un tel ébranlement du système nerveux, qu'il m'était impossible de suivre les exercices de la maison sans fatigue, et les médecins prescrivirent le repos le plus absolu. Ma mère apprit que j'étais malade, non par moi, car, mon mal ne paraissant pas encore dangereux, je ne lui en parlai pas dans mes lettres. Elle vint à F... pour me voir, et, secondée par les médecins, elle obtint la permission de m'emmener en Italie. On fit d'abord de grandes difficultés. Si l'air du midi de l'Italie m'était indispensable, il y avait, dans le royaume de Naples, des maisons de notre Ordre où l'on pouvait m'envoyer. En présence de cette opposition, ma mère fit valoir un argument irrésistible. Elle possédait une grande fortune personnelle; elle fit entendre aux Pères que de leur condescendance à ses légitimes désirs dépendrait la disposition de biens dont elle pouvait facilement m'enlever, ou plutôt enlever à l'Ordre, la plus grande partie. L'effet de cette menace ne pouvait être douteux. Il fut décidé que je partirais avec ma mère, et que nous passerions l'hiver dans les environs de Naples.
Ma mère retourna à Paris, dans les derniers jours d'octobre, pour régler des affaires d'intérêt
PAB l'aube ♦♦♦ 5
assez iinpoitanle& Â la fin de la première quia*zaine de novembre, ' nous devions nous réunir, .à Lyon, et de là partir pour Tltalie»
J'avoue que- ce vopge, si peu prévu, me causait une joie d'enfant; mais, dans une Société où tout se commente et s'interprète, je cachais soî^ gnensement cette impression.
Ma mère, pendant son séjour en Suisse, me parla beaucoup de madame de Fiaviac. Pour elle, la comtesse était un ange, un idéal réunissant toutes les perfections. Avec un esprit supérieur, une instruction sérieuse, une imagination d'artiste, des talents remarquables, elle avait une simplicité, une naïveté qui la rendaient adorable; et puis elle était si pieuse! elle avait une foi si ardente! etc., etc.
On le comprend, d'après les révélations da Père de Montgaziu, je n'avais pas besoin de con* naître la disposition naturelle de ma mère à l'enthousiasme, pour rabattre beaucoup des éloges qu'elle prodiguait à la „iille de son cœur,** c'est ainsi qu'elle l'appelait; et j'avais quelque peine à m'empécher de sourire, en entendant vanter la candeur et la naïveté d'Alpbonsine. La délicatesse me faisait un devoir de me taire, et je me taisais.
La seule perfection que ma mère n'accordât pas à sa favorite, c'était la beauté. Elle avait, diaaitreUe, les plus beaux yeui du monde, mais
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une potite figune «Uflbftiiée liiè8--piifittate, M ^<iik tout
Pendant son séjour 4t F***, ma mère reçut plusieurs kUres 4e la .caatfes&e. Dans la der- (Oière, datée du 2 octuhre, madame de Flaviac anflOA^k ^u£ sou juari revenait en France; et, pour le voir quelque» jour« |djus tôt, «Ue partait pour Bruxelles; le comte devait y rester près d*un mois.
Celte lettre était un chef-d'œuvre de passion conjugale. Ma mère, en me la lisant, était \m\ attendrie. Madame de Fiaviac exprimait à „sa chère mère adoptive" tous ses regrets de ne pas se trouver à Paris au moment de son arrivée. „Dieu seul, ajoutait-elle, sait quand je vous reverrai. Si M. de Fiaviac n'obtient pas la position qu'il désire, et qui le fixerait en France, s'il est encoure envoyé en mission, certainement rien ne m*empéchera de le suivre n'importe oii il ira- H m'est impossible de supporter davantage les douleurs de ces longues séparations."
Certes ma pauvre mère tte pouvait pas soupçottiier ia skicérité de cette Pénélope moderne, »aîs j'avoue que son enthousiasme pour elle me causait parfois une véritable irritation.
PA« 4-.AJWR, ♦♦*