‹ Le jésuite (volume 2)Chapitre 19 sur 35 · XI · texte numérisé non relu

XI

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J'arrivai à Lyon le 12 novembre, wm ^!il en. avait, été convenu av^ ma mère. J'allai néetSMiremenl. de$efndre dan$ une de nos dmisons, : celle au le Père de Montgazin était Pône miniatre. . Le lendemain, je reçus une lettre de ma mère^ Un événement imprévu, me diaak-eUe, la forçait de différer son départ de huit jours. Elle était extr^^^m^ment eonirariée ; mais il s'agigrsait de rendre un aerviee à la persomM ^'eUe aimait le plus au monde après moi, à la camteaae de Flaviac ; elle n'avait pu s'y refuser.

Ce retard, loin de me déplaire, me fut tvàir agréable: il me donnait toute une aemaine à paawr avec mou cher Père de Montgasin. Je le trouvai toujours mélancolique^ mais très-calme. Mous ne prononçâmes pas le nom. d'Alphousine, Je cam<pris qu'il voulait éloigner, autant que possible, un souvenir dangereux, et Je me gardai bien de lui dire (que la proloi^ation de mon séjour à Lyos tenait à des causes dans lesquelles madame* 4c Flaviac. se trouvait intéressée.

Ces tuiit jours passèrent rapÂdeoMni. Je f et çus une lettre qui m'annonçait l'acrifée de jaa

8 t£ JÉHJITS

mère pour le 20, à dix heures du sm. Le lendemain « à huit heures, nous partirions pour Marseille.

L'heure était trop avaneée pour que je me trouvasse k l'hôtel au moment où ma mère y arriverait; il aurait âilki une permission, et, disvaut partir le lendemain, je ne voulus pas la demaiider.

Le matin, quand je me rendis à l'hôtel, le Père de Montgazin, qui désirait voir ma mère, m'y accompagna. La voiture de voyage était déjà dans la cour tout attelée, et le cocher nous dit que madame la marquise de Sainte-Maure prenait une tasse de café dans la salle des voyageurs. McMis entrâmes dans cette salle, et là nous trouvâmes ma mère déjeunant avec... la comtesse de Fiaviac«

Sa petite taille, son teint bistré, la flamme qui s'échappait de ses grands yeux noirs, me la tirent reconnaître. D'ailleurs, la pâleur, le trouble de mon ami me le disaient assez: c'était bien ellel Ma mère, en nous présentant l'un à l'autre, m'apprit que la comtesse faisait avec nous le voyage d'Italie.

Ma mère aimait beaucoup le Père de Montgazin: elle fat charmée de le revoir. Celui-ci, après, avoir salué respectueusement, mais froide* ment, madame de Flaviac e^ causé quelques instants avec ma «ère , prétexta une affaire pressante et nous quittau

PAft l'âmms *♦♦ 9

Nous moiitànes en Toiture, et là j'aypm que madame de Plafiac était restée quinze jowe à Bruxelles, auprès de son inaii. Cehii-ei, au lieu de l'ordre de se rendre à Paris, avait reçu une lettre du ministre des affaires ^rangèree, qui lui, donnait une mission «spéeiale pour Saint-Pétersbourg, mission Imite conidenttelle, devant néceesaii*ement le conduire au poste, si désiré, d'am» bassadeur auprès d'une grande puissance. La conitesse voulait suivre son mari ; mais' depuis qu'elle était à Bruxelles, elle avait été constamment souffrante, et le médecin consulté déclara que le dimat glacial de la Russie serait mortel pour madame de Flaviac, que ses poumons étaient déjà dans un état d'irritation très-inquiétant, et que l'air chaud des contrées méridionales pouvait seul arrêter les progrès du mal. Cette prescription du médecin mit la comtesse au désespoir; elle voulait tout braver, disait-elle, pour suivre son mari. Celui-ci alors déclara qu'il donnerait plutôt sa démission que de permettre qu'elle exposât sa vie pour le suivre en Russie. La comtesse ne voulut pas accepter ce sacrifice, elle céda. M. de Flaviac, sachant que ma mère partait avec moi pour Naples, lui demanda d'emmener Âlphonsine avec elle en Italie. Ma mère aimait trop „sa fille adoptive^* pour refuser, et, aussitôt après le départ du comte pour Saint-Péters^urg, madame de Flaviac vint rejoindre ma mère à Paris, et elles partirent ensemble.

10 LB; ût^anM.

> Tf«ifc tm oie iaX Meonlé^fMir ma smip^ J'avoHtt qut yéprottvaÎA mw oirtiéiif corio^ilé au .Biqeli.dQ k.«MQitea9e.de:FJav«ic.. Je n'atirais p^ «té fiàohé do me renc^atnr ayee elte p#iir> quelques heiiff«; laais me trouver «n pelatioBB iotmes av«G elle y la voir en tier» enbre nia Bière «t BK>i, .eek .01'élait exceesiFieBieÀt' éwgréable; et otrteev fti> j'avais pti pcévoir un ificideM eem- UaUe^ j'aoraifr refusé de faire le voyage.

Arrivés à Marseille, oè nous* nous arrêtâioes deux jours, je ti-euvai à la poste une lettre do Père de Motitgazin.

„Prenez bien garde , m'écrivait-il , de laisser soupçonner à cette femme que vous connaissez son secret; et, pour éviter cela, croyez-le, il ne suffira pas de vous taire. Son regard peut atteindre les dernières profondeurs de l'âme et y lire cp qu'elle a intérêt de connaître. Ne m'en parlez Jamais dans vos lettres. Je ne veux plus me ressouvenir d'elle qu'à l'autel; partout ailleurs, je veux, je dois l'oublier. Ne craignez rien pour notre correspondance, comme Père ministre, j'ai le ^igilïum, et notre Provincial est incapable de décacheter sournoisement mes lettres. Dans toutes nos maisons, soit en France, soit à l'étranger, je ne connais pas quatre supérieurs desquels je

puisse en dire autant»**

Il . ■ . ^ . .

La santé >de madame de Flaifiae m'*io^iétait peu. Sa pâleur n'était nidtomeat mtkilgw >,> ^t la

petftê tout akàm qu'elle ifaimit entendre régii^ lièreoMiiil, âeoX'Ou tm» ioïs par 'hdqm, m ioe >|iarai«Bait pa» nalunsile; et;, biea qu'elle «radMt, «tisliit^eUe , le sang tous les mtCifis , je përs»ftt«i à jcitêite que ma poîlriiie était beaucoup plutf^^ ma^ laée que la sienne. i > •

• Nous «M restâmes que hait jours à Rome. Je TÎfi le «on'veratn Pontife, et je passai ees huit jours à ce Oesh où devaient s'acconiplh* plus tara leS' événement» 'de «»ta vie de religieux. J'ap- Iftris par hasard que madame de Fiaviac avvat fak une visite à notre Général. Elle c»cha à ma mère cette circonstance, et je n'en parlai pas «on |^hs. Je ne voulais pas porter dans ce monde, où je rentrais pour quelques jours, les habitudes de délation et d'inqaisition du Jésuite.

— Madame de Flaviac va à Naples avec ma* dafme la marquise de Sainte*Maure? me dit un jour l'Assistant pour la France, le Père Rozaven.

— Oui, mon révérend Père.

— C'est une personne très-pieuse.

— Elle parait du moins telle , mon Père.

■ — On doit croire qu'elle est ce qu'elle paraît être, me dit le Père Rozaven.

Je m'inclinai sans répondre, -r- Vous saveE, me dit-il, que sa famille nous est toute dévouée". Hélas ! il en est dé œtte noble famille /des Flariae comme de tant d'autres qui 6'iétetgnent tous les jours «n JP^anée^ La oemileèee, mariée depuis plusieurs «nnées, n'a ffàh

12 LE M0OITS

d'eafanttf, et rimmense forUine du marquis de Flaviac appartiendra à aoa nereu, le baron de .Flaviac Ceiai*-Gt n'a liii*mème qu'un héritier, un en&nt de neuf ans; le baron est voltairieti. Son lits sera élevé dans les collèges de l'Université: ce sera un impie comme son père. U ne conservera fiertés pas les traditions politiques et religieuses de ses ancêtres, et nous auixins en lui un ennemi plutôt qu'un ami.

— Il me semble, mon Père, que le comte de Flaviac, en acceptant le gouvernement de Juillet» «n se mettant à son service, n'a pas tenu beaucoup aux traditions de sa famille.

Je savais quelle Père Rozaven, enfant de cette Bretagne qui a fait tant de sacrifices à la cause de la légitimité, avait vu avec une profonde douleur la cbute de la branche ainée des Bourbons, et je n'étais pas fâché de le mettre en demeure de me dire sa pensée sur la défection des Flaviac.

— H y a des circonstances, me dit le Père assistant, où Ton doit abandonner quelque chose au flot qui nous entraîne, afin de conserver ce qu'on a de plus précieux. Il fallait, dans l'intérêt de notre Société en France, avoir au sein du corps diplomatique un homme qui fût complètement à nous; cet homme, c'était le comte de Fkviac. Beaucoup de ses confrères dans la diplomatie faisaient partie de nos Congrégations; mais seul k comte éi6i attaché à notre Ordre

par les liées de TaflMiation. Il y a nne eauae plus sainte que celte d'bne dynastie: c'est celle de la religion et de b Société à laquelle nous ayons le bonheur d'appartenir. Le Père Rozaven, le frère de Sainte- Maure peuvent conserver leurs sympathies, croire que la prospérité de la France est attachée à telle ou telle forme gouvernementale; mais tout doit s'arrêter là. Leurs opinions ne sauraient leur créer des devoirs, car la ligne politique qu'ils voudraient suivre pourrait ne pas être celle de la Compagnie. Souvenez-vous, mon cher enfant, qu'une fois le seuil du Qesh franchi, on n'est plus Italien, Français, Allemand, Russe: on est Jésuite, rien que Jésuite. Nos af/lliés sont soumis à cette loi. Je blâmerais le c^mte de Flaviac, s'il n'eût pas renoncé, en se donnant à nous, à l'exercice de sa volonté; je le loue, au contraire, d'avoir sacrifié ses affections personnelles, pour rester fidèle, avant tout, au glorieux étendard de saint Ignace.

En me rappelant ces paroles, que je trouvais alors admirables, je me suis dit, plus tard, que ce n'est pas en vain que l'on reproche aux lé* suites de n'avoir pas de patriotisme et d'être des étrangers dans leur pays; amis du gouvernement, si ce gouvernement consent à se laisser guider par eux; ennemis implacables, s'il veut au contraire marcher en dehors de leur prograimne politique et religieux. Comihent pourrionsHsous inspirer à nos âèves l'amour de leur patrie, le dé*

ûr de b yoir libre et âoriasante, puisque, pour iMHift, le mot patrie ne peut plos avoir aueua sens? Nou» ne rêvons que les splendeurs de la patrie idéale, les nationalités courbées sous h joug de la théocratie, la monarchie universelle voulue par Grégoire VII. Les Jésuites se cvoient encore assez forts pour réaliser celte utopie dans un avenir plus ou moins prochain. Moiiks ils seront citoyens dans le monde ac« tuel, plus ils accéléreront le moment du règsie ,iiitur où le Pape sera roi absolu de toute ia terre» avec le Général des Jésuites comme maire du palaiSé Toutes les institutions qui se trouvent» an France , en Allemagne , en Espagne , en Italie» en Amérique, etc.» en opposition avec ce plan doiveni être combattues par les iSls de Loyola. Devant le drapeau rouge de s^nt Igmee^ tous les drapeaux doivent s'incliner.

Le Père Rozaven me recommanda d'avoir les plus grands égards pour la comtesse de Flavtaa Je me rappelai que les mêmes prescriptions avaient été faites au Père de Montgazin, au sujet de oette fesime. Je me promis bien de m'en tenir avec eUe auK eiigences de la plus slricte politesse. Madame de Flaviac m'inspirait une r^Isîon tnirinoible, et je suîs sûr que, ne saefaant rien de sûM passé, cââte répulsion eût été la même.

Non» anrivàmes à Naples et nous mus établîmes à PoHseùkSy dans une vâki sittiée- au miliéft d'un bois éWangero^ entii^uMe de 4rois cdtéa

par de hautes muraiBca. Des mhere, s«r le»qoehs k mer Tenait se briser, conq>létai«iit ift clôture de notre habitation. Je n'aurais jamai» pu rêver une plus délicieuse solitude.

J'avais prévenu ma mère que je voulais mener à la villa, autant que cela me serait possible, ia vie d'un religieux. Ma mère était trop pieuse pour oontrarier là'^dessus mes idées. Il Ait convenu que je lui donnerais une grande partie de la ma-* tinée; c'était le moment où elle était seule. Madame de Flaviac, toujours souffrante, disi^-elle, déjeunait dans son appartement et ne paraissait dans le salon qu'à midi. Le reste de la journée^ je travaillais dans ma chambre. Je dhiais avec ma n!iére et madame de Flaviac, quand eUes étaient seules. De nombreuses visites affluaient, )e soir, à la villa: on y voyait des voyageurs de distinction, des hommes de Faristocratie napolitaine, des prêtres, des évèqwes, des supérieurs d'or-^ dres monastiques, ce qui donnait à ces réunions un caractère semi- mondain, semi- religieux , que j'aurais aimé à observer, si les ordres précis de mes supérieurs n'avaieât pas été un obsl»cIe à ce désir. Je ne m'y trouvai que quatre ott cinq fois, et cela par ordre du Provinctai deNa* ptes, qui, ces jours-là^ était un des convives de ma mère.

J'aimais ma solitude, et il m'en coûtaiÉ pett de j^oivre BcrvpùleusemenC la Npie ée cc^ndnnte (f«^oA lA'^aftâit tracée. Les ^nfiitoilcéB éa i^ére de ttoM^

16 LE IBSUTTE

gazin avaient jeté du trouble dans mon esprit Je regardais comme des tentations les pensées qu'elles m'avaient suggérées, et ces tentations il fallait les vaincre. Convaincu que ma vocation était d'inspiration divine , je voulais plus que jamais y persévérer. J'avais pris le Provincial de Naples pour mon directeur. Cet homme était le mysticisme incarné; il me remit aui exercices de saint Ignace, et, sous son influence, reprenant ma première ferveur , je me trouvai plus attaché que jamais à la Compagnie de Jésus.

Six semaines après notre arrivée, madame de Flaviac annonça à ma mère, avec des transports de joie, la cessation de cette ^ longue stérilité qui avait tant désolé son beau-père et son mari. Elle avait la certitude d'être enceinte, et elle était persuadée qu'elle devait ce bienfait de la Providence à l'intercession de la sainte Vierge. Elle avait fait une neuvaîne à je ne sais plus quelle Vierge noire miraculeuse, et ses prières avaient été exaucées.

Ma mère avait beaucoup de piété, mais elle n'était pas superstitieuse; elle plaisantait souvent sa chère Alpbonsine sur sa prédilection pour les Vierges noires, et lui demandait quelle supériorité elles pouvaient avoir sur les Vierges blanches.

Madame de Flaviac défendait avec beaucoup d'esprit sa Vierge noire, qu'elle prétendait avoir été sculpté par saint Luc Du reste, elle aimait

à sonteair les asaertioas les iplos^ paradonles; plus une chose était diisiirde, plus AlfdtoBsiiw mettait de chaleiur à la soutenir, tout en «êlant daas la discussion quelques traits piqiunlB et railleurs; si bien qu'on se demandait qvelqiM-* fms si eUe parlait sérieusement, ou si elle se moquait la première des absurdités auxquelles eie prétendait croire.

Ma mère parlait souvent du Père de Montgazin, qu'elle aimait beaucoup. La première fois que ce nom fut prononcé devaat la comtesse, je me trou» vai très-embarrassé ; j'osais à peine lever les yeux. Je ne voulais pas avoir Tair de m'apercevoir du trouble et de l'embarras que je lui supposais. Je m'aperçus bientôt que mes délicatesses étaient sih perâues; le nom du Père de Montgazin ne sem^ blait lui rappeler aucun souvenir pénible ou bumillant Depuis, elle parla souvent ia première du beau Jésuite^ de ses succès à MarseiUe, de l'enthousiasme des Provençales pour lui, et tout cela d'une voix calme et assurée. Il eût été imfpossible, à tout autre qu'à moi, de s'imaginer ^ue cette lèmme avait troublé l'existence de ce prêtre dont elle parlait avec tant de désinvolture; et parfois j'étais tenté de, croire qu'elle avait perdu tout«oi»* veni( du passa La comtesse de Flavîac, qm afi* chait une dévotion exaltée, qui se mettait de toiH tes Jes confréries, qui portait, disait-<eNe, deux scapulaires et je ne sais combien de médailles, ne me paraissait pas avoir le moindre repentir de «es m .

18 LE jésDira

fautes, pourtant si récentes; eBe Affectait même an rigorisme outré à Tendroît des femmes coupables, que ma mère, elle si parfaitement honorable, essayait de modérer, en lui disant que rindulgence sied bien à la vertu.

Quant à moi, je trouvais dans lès diatribes de madame de Fiaviac contre les pécheresses, ce qu'il m'est impossible d'excuser, l'hypocrisie et l'effronterie.

L'hiver s'était écoulé; il avait été pour nous un délicieux printemps, et ma santé s'était complètement rétablie. Madame de Flaviàc n'avait pas décidément, et de Favis des meilleurs médecins de Napies, d'autre maladie que celle des incommodités inséparables de l'état où elle se trouvait Elle recevait de son beau-père lettres sur lettres; il lui demandait avec instances de venir faire ses couches à Marseille. Les médecins ne s'y opposant pas, madame de Flayiac parut disposée à se rendre aux désirs de ce vieiUard, qui avait pour elle une tendresse aveugle, et il fut décidé que nous partirions dans les premiers jours d'avril. Madame de Fiaviac serait dans le septième mois de sa grossesse. La mer la fatiguant extrêmement, nous devions revenir par terre, à petites journées, et arriver à Marseille dans les premiers jours de mai.

Les quatre mois qui s'étaient écoulés n'avaient pas fait disparaître l'antipathie que j'éprouvais pour la comtesse. Je crois que cette antipathie

était purUfgée. Il me «0iiibhit reeoMIattre dana 1^ paroles qu'elle m'adressait quelque chose d'hostile. Je crois qu'elle haïssait en moi l'ami du Père de Montgazin, et qu'elle avait deviné que son secret m'était connu. Ma mère ne s'apercevait pas de l'antagonisme qui existait entre sa fille adoptive et moi; elle attribuait notre froideur mutuelle à la réserve que notre âge semblait exiger. C'était pour elle une question de convenance, et rien de plus. Le fait est que je ne pouvais me défendre du vague pressentiment que cette femme serait aussi mon mauvais génie, que ma destinée serait inséparable de la sienne, et quelle serait la cause première des plus grandes douleurs que j'étais destiné à éprouver.

Position embarrassante pour un jeune

Nous étions arrivés au 8 avril. Le printemps était dans toute sa splendeur, et l'air pur et vivifiant de notre villa avait achevé de rétablir ma poitrine fati^ée. Dans cette chère solitude, rien n'avait troublé ma vie. Cest là que j'ai goûté complètement le bonheur de la paix de Tame. Ces

20 XB M&fteiTS

tffteiqiies MMA «vaient iiebefé de faii^ iw^ ^ntre ma mèfe et moi, eette tendre intimité f mon cruri abandon avait altérée. Je liénMrigBaii ma mère tant d'affection, je hii répétai si souvve qu'après Diea etie serait tout éansmaTÎeetn'aQ rait jamais de rivale dans mon eœirr, qn^câe 9^ eepta, sa grande piété aidant, ie sacrifice que) lui arais imposé. Le P^e de Montgazin Ta^ déjà rassurée sur ia crainte de me voir un jos^ envoyé, par mes supérieurs, dans les missions i^ fÂmérique ou de l'Asie, et elle me disait: — ^^ *ie* t'est pas permis 4e venir me trouver, moif serai toujours libre de fixer mon séjour la où r<^ t*e»verra. — Enfin ces quelques mois resserrerai encore les liens sacrés qui unissent xme mère^ son fils, et, pour cela, je les bénis et je renaercfc Dieu de me les avoir accordés.

J'ai à raconter à présent la singulière aventure qui a eu sur ma vie une si grande influence Elle a été le principe de mes joies les plus intenses, les plus pures et de mes douleurs l<*s pl"^ amères. J'éprouve, je l'avoue, un certain embarras en commençant le récit d'un événement trés-s^ rieux, mais qui, il faut en convenir, avait bien sob €été èvrlesqne.

Le jwir de notre départ était fixé au 10 a^' Nos amis nous atiaîent fait leurs adieui, «t ^^ mère, depuis huit jours, né recevait pjos pefsormfc J'avais €ru devoir ♦ui tlonner «étte dertiière semaine lotft entière. Je fis tr^ve k «les éttide^ ^ ^

PAU h'Ajm *** îl

CCI que madame ^ Ftoym a^palaii mA «laufi^r^^*. tkMQ a» milieu du. siècle. - ie ai»e trouvai aiosi en. rapports plufi ïnûm»& avec la comtesse <iue je m ravai& été pendant les quatre mais que nous avions passés dans le royaume de Naples; et, tout ea conservant contre elle des préventions tfop bien fondées , je compris q^u'à moin& de la connaître comme je la connaissais moL-même^ il était presque impossible de se soustraire à la fascination qu'elle exerçait sur ceux qui l'approchaient. Pour moi, je savais que tout était factice ea elle: ce n'était à mes yeux qu'une admirable actrice; mais quelte illusion dans son jeu! quel naturel 1 Quand elle jouait son rôle de vertu irréprochable et même intolérante, d'épouse fidèle et passioniaée, je n'étais pas sa dupe : je savais qu'elle jouait un rôle, et voilà 'tout Mais quand elle parlait reUgiOn, amour de Di^u, dévotion à la sainte Vierge; quand elle affirmait qu'elle croyait non-seulement aux mi* racles consignés dans les livres saints, mais encore à ceux qui ne reposent que sur la plus faible autorité, le témoignage d'une bonne femme bien ignorante, par exemple ; quand je la voyais passer quelquefois une heure en méditation dans notre oratoire et prendre la pose la plus séraphique, j'avais besoin de me rappeler sa lettre au Père de Montgazin, de savoir que cette haute dévotios^ était un parti pris d'avance, pour ne pas la croire sincère. Et puis idées superstitieuses, exagérationa des pratiques du catholicisme, etc., tout cda était

énoncé avec un esprit si charmant, si brillant, si original, avec un accent si profondément convaincui que j'étais tenté de me demander si cette femmej après avoir pris la religion comme une positioo honorable, n'avait pas été frappée par ce qu'il } a de divin dans l'idée chrétienne, et si Dieu n'a-l vait pas, par un miracle de sa grâce, changé m calcul de l'esprit en entraînement de cœur ? MaL« je me disais: — Non, non, tout cela n*est pa> vrai. Comédie! comédie! Rien de plus. Le manteau de la religion lui était utile, elle s'en est revêtue; elle s'y drape avec grâce, et tout sévère qu'il est, elle peut se dire qu'il lui va bien : elle sait le porter, et je dirais presque qu'elle a inventé la coquetterie de la dévotion.

Mais les thèses que madame de Flaviac soutenait avec le plus de charme étaient celles d'un amour maternel exalté. Ayant perdu pendant longtemps l'espoir d'être mère, elle était ivre de bonheur, en pensant à cet enfant qu'elle pourrait bientôt presser dans ses bras. Elle chantait les airs avec lesquels elle le bercerait, elle avait des élans de sensibilité passionnée pour ce petit être, qui n'était encore qu'un doux espoir, qui attendrissaient ma mère et dont j'étais moi-même ~ému, ou bien d'adorables enfantillages qui nous faisaient sourire. Cette femme, me disais-je, n'a su être ni épouse, ni amante, mais elle sera purifiée par l'amour maternel. J'ai tellement besoin d'éprouver le sentiment de la bienveillance, que

PAR L'iimÉ ♦** 23

je m'attachai à cette pensée; elle me rendait madame de Flaviac moins odieuse.

Je remarquai que, dans ses rêves sur l'avenir de son enfant, elle supposait toujours qu'elle aiH rait un garçon.

— Mais si vous avez une fille? lui dis*- je un jour.

— Une fille? me répondit-elle, comme si je lui eusse parlé de la chose du monde le plus en dehors du possible; une fille! avoir une fiilei Allons donc! Quelle singulière idée avez- vous làl Je serais au désespoir d'avoir une fille.

— Oh! ma chère enfant! Que dites- vous? s'écria ma mère ; vous n'y pensez pas.

— Dites que je n'y avais jamais pensé, et vous aurez dit vrai. C'est votre fils qui vient de me présenter cette affreuse idée. Que dirait mon beau-père, que dirait mon mari, si je ne leur donnais pas un héritier des Flaviac? Mais j'éprouverais la plus cruelle des déceptions, si j'avais une fille! C'est un fils que j'ai demandé à la sainte Vierge, c'est un fils qu'elle m'accordera.

La veille de notre départ, ma mère, qui aimait à faire, le matin, de longues courses à pied, me proposa de parcourir les environs de cette délicieuse villa que nous allions quitter, non sans regret. Jamais ma mère n'avait été plus tendre pour moi.

— Tu as voulu séparer nos destinées, me dit-elle. Il m'eût été bien . doux de voir perpétuer

24 LE JÉN7ITE

eft toi b raee des Sarate-Maure. Kern t'appdak à lui, je devais me soumettre. Mais, si tii étais evCré dans le clergé séculier, je n'aurais pas crainr d'être à jamais séparée de mon fils. Tu ne sais pas ce que j'ai souffert durant ces trois années de prdbatloa pendant lesquelles je n'ai pu te voir.

-•— ie vous écrivais, ma mère.

-^ Ah! mon cher enfîaint, tes lettres étaient k la fois u» bonheur et une doulem*. C'était ton souvenir qui m'arrivait; c'était un témoignage de ce respect qu'un fils bien né doit à sa mère; c'était ^accomplissement du quatrième cooiaiandement: „Tu honoreras.'^ Une mère veut plus qu'être honorée et respectée, elle veut être aimée; et je ne trouvais pas le cœur de mon fils dans ses lettres. Que de larmes amères j'ai versées en les lisant! Je t*avais toujours vu si bon, si affec* tœux, si caressant! Je ne te reconnaissais plus. Quelquefois un mot me rappelait l'amour que tu avais eu jadis pour moi, et je baisais ce mot béni en disant: Merci, mon Dieu! mon fils m'aime encore.

— Je vous l'ai déjà dit, chère maman, mes . lettres, les vôtres étaient lues, commentées.

— Oui, oui, je le sais, et je ne t'accuse plus. On te faisait un crime de donner trop d'expansion à ta sensibilité, même envers ta mère. Il vaudrait peut-être mieux développer les seules

Sections que le prêtre, le religieux paissent

PAR l'abbé ♦** 25

é{H*oavcHr légitimement que de cbercber à teff étonffer. Et, d'ailleurs, on ne détruil pas ce besoin d'aimer que Dieu a mis dans Thomme, qu'it a dû y mettre, puisqu'il est venu sur la terre^ pour nous dire : „Âimez-vous.^ Si l'on réussissait, on aurait détruit l'œuvre de Dieu, et ce serait un crime.

— Soyez bien assurée, chère mère, que 1» vie du religieux n'a pas affaibli Tamour que j'ai pour vous. Si dans un moment d'exaltation jfai perdu le sentiment de mes devoirs de fils, je n'ai pas attendu de sentir mon cœur réchauffé au contact du vôtre pour m'en repentir.

— Je le sais, mon fils; il y a déjà longtemps que je t'ai pardonné. Tu le vois, bien que je sache que tes vœux ne sont pas encore irrévo-

- cables, je ne te demande pas de renoncer à la carrière que tu as embrassée. Je ^serais heureuse, bien heureuse, de ton retour; mais enfin j'ac*^ cepte le fait accompli, et mes bénédictions mat^r-

Belles te suivront partout.

Nous marchions depuis longtemps; ma mère commençait à être fatiguée: nous entrâmes dans une petite^maisonnette de pêcheurs, et nous nous y reposâmes quelques instants. Il y avait là deox. femmes, l'une déjà âgée et l'autre dans tout l'éelal; de la force et de la jeunesse. Celle-ci nourrissait an petit enfant de trois ou quatre mois. Ma mère aimait beaucoup les enfants: elle se mit à car ress^ celui-là, qui était fort beau, tout en eau-^

26 LE 4BSUITE

taat avec le» deux femmes. La plus ftgée se plaignit de son excessive pauvreté: son gendre gagnait à peine de quoi les flaire vivre. L'intérieur de cette habitation annonçait en effet la misère. Il y régnait pourtant un ordre, une propreté qu'on rencontre rarement, en Italie, dans ]es habitations du peuple. Cela seul donna à ma mère une opinion favorable de ces deux femmes. Elle remarqua aussi Tunion qui semblait régner entre elles. La bonne vieille était fîère de la beauté de sa fille, et quant au marmot, elle en était folle.

— Voyez comme il est fort, disait-elle à ma mère. Oh! la Francesca! elle en nourrirait deux sans se gêner. On le lui a proposé plusieurs fois; mais il aurait fallu quitter son mari, sa mère; cela n'était pas possible: mieux vaut vivre misérables ensemble que riches et séparés. Et après tout la Madone, saint Janvier et saint Pierre, le patron de la barque de Giuseppe, ne nous ont pas encore laissés manquer de pain. * .

Ma mère, bien reposée, quitta la cabane ; mais, en s'en allant, elle glissa une pièce d'or dans les Yétements du beau bambino.

Le soir, en nous mettant à table, nous dfmes avec un sentiment de tristesse: — Voilà le dernier repas que nous ferons dans cette chère villa.

— Ma mère avait, depuis deux jours, congédié tous ses domestiques italiens. Nous n'avions ce jour-là, à Pouzzoles, qu'un cuisinier napolitain et la fille, qui travaillait habituellement à la lingerie.

PAR l'abbé ♦♦♦ 27

Notre cocher français a?ait demanàé è ma mère la permission d^alier à Naples, avec sa femme, pour assister à je ne sais plus quelle fête; il ne devait revenir que le lendemain matin. Nous étions donc 9 peu près seuls.

• A peine notre repas était-il commencé, que madame de Flaviac devint excessivement pâle.

— 0 mon Dieu ! s'écria-t-elle, je souffre horriblement!

Ma mère s'élança vers elle pour la secourir. La douleur se calma; mais bientôt elle revint avec une telle intensité, qu'il fallut conduire la comtesse dans sa chambre.

Quelques instants après, ma mère rentra dans le salon. Elle me dit que la comtesse se trouvait mieux. Elle dîna à la hâte, pour aller la retrouver. Je montai dans ma chambre, qui était située au-dessus de celle de madame de Flaviac, et je me mis au travail. J'entendais marcher dans la chambre de la comtesse, et je distir^guais même de douloureuses plaintes. Trois heures se passèrent ainsi. Il était dix heures du soir; je n'entendais plus rien au-dessous de moi.

Tout à coup on frappa à ma porte. J'ouvre; c'était' ma mère,- mais émue, tremblante, le visage bouleversé. Connaissant son attachement pour madame de Flaviac je crus celle-ci dangereuse^ ment malade.

— . Descends, me dit ma mère, je ne puis pas

20 LE ^movfE

quitter «etfte waibeureusA AIj^oiinQ; 4e»c«wte: il fimt qii« je H parlei nu% j^ te coasultie.

Je suivis ma aése dans sa cbaiobre; ette était atteaaDte à celle de madame d« Flaviac

Ma mère entra cbftz la comtesse en me di^

gant:

— Atlends-moi là.

Une portière seule séparait les deux pièces; ma mère et son amie parlaient avec vivacité: il y avait évidemment une discussion entre elfes, et j*^entendis ma mère dire:

— Alphonsine, ayez confiance en moi. Il m'est impossible d'agir autrement. L'isolement dans lequel nous nous trouvons nous favorise. A ^^ent, il vous faut du repos; je vais envoyer te Gttisinier chercher le docteur C...

*— Non, non, s'écria madame de Flaviac. -^ 11 le faut absolument, ma pauvre enfant!

— Albrs donnez- moi une plume, de l'encre et du papier; je veux écrire deux mots au Provineial: il m'enverra son médecin.

— * Mais je puis écrire pour vous.

— • Non, chère marquise, n'écrivez pask Le Provincial sait déjà... Non, je veux écrire moimême.

— Allons 1 calmez- vous; écrivez deux lignes seulement Je vais raconter tout à num fils; je vous le répète, il le faitt absolument.

Et, revenant à moi, ma mère m'enlraina à Te exlréfliité de* la cbambi» et me dit :

PA» l'AttftÉ **♦ 29

— Je f afoue , mon «her fils , que f épriviii tiYi grand embarras pour le dire ce qui vient éè se passer. -

— Qoe s'est-il d0nc passé?

— Cette malheureuse Â^heneine est perdve^ si MUS ne trouvons pas le moyen ée cacher celte triste aventure.

— Expliqpuee^voQS, chère mère, je ne vous comprends pas; quelle aventure faut*il cacher?

— 0 mon Dieu! qui se serait imaginé une chose semblable? dit ma mère, qui, dans son •trouble, ne s'apercevait pas qu'elle répondait à sa propre pensée, et qu'elle me laissait dans l'incertitude.

— Voyons, ma bonne mère, lui dis-je en lui •prenant les m»ns, revenez à vous. Madame de Flaviac est^elle donc dans vêu danger imminent, puisque vous parlez d'envoyer chercher «n médecin ?

— Alphonsine est aussi bien qu'elle peut J^étre à présent. Tout s'est bien passé. ¥À en si peu de temps ! Heureusement je n'ai pas perd« la télé, et vraiment on la perdrait è moins... 9lais f^oue... qu'à présent il se foit en moi une réaction qui mer rend incapable >de m'explfqfier comme je le voudrais...

- Et 'ma pau'vrc mère agilée d'un tremblelnent «er^^fmt, se «laissa tomber sur un imrteuil'eii fMidant en laraves.

i" 11 y ^vait sur la chemiinée un flacon d^eau de

90 LE JBStlTB

fleun d*oraiigerv j'en mk quel^pies g[OUttes dans vm Yerre »yee de l'eau et du sucre. Dans ce moment j'entendis deux ou trois faibles cris Yenir de l'appartement de madame de Fla?iae. Ce n'était pas elle qui gémissait ainsi... Je compris tout; nuds ma stupéfaction fut si grande, que je laissai tomber le verre que je tenais à la main.

— Mon Dieu! ma mërel dis*je, cela est-il possible ?

— Malheureusement ce n'est que trop possiUe, Alphonsine vient d'accoucher d'une fille.

— Mais elle n'était grosse que de six mois. Comment l'enfant peut-il vivre?

— Ne te hâte pas de condamner la comtesse; je te jure qu'elle n'est pas coupable. Elle m'a tout confié : son enfant est né au septième mois. Si cette grossesse avait suivi le cours ordinaire de neuf mois, la pauvre femme n'eût pas été compromise. Mais, bien que la petite créature qu'elle a mise au jour soit très-délicate, il est à croire qu'elle vivra; et pour le comte de Flaviaci pour le monde, pour moi-même, hier Alphonsine n'était grosse que de six mois^ et vraiment elle était^ encore si mince, qu'il était impossible de supposer qu'elle fût plus avancé dans sa grossesse.

J'aVoue que je ne saisissais pas encore trèsbien les calculs de ma mère; seulement je voyais que la position était des plus critiques.

Madame de Flaviac avait eu le talent, ou plutôt

PAR L'ABM ♦♦♦ 31'

Taudace ée ftibriqoer tout un ronian dans It gelure héroïque, pour expliquer à nia mère la naissance de l'enfant. Ma mère avait promis le secret^ mais pa^ quelques mots qui lui échappèrent sur ,,raventure étrange^ et sur „la malheureuse et innocente Tictime>^ je compris que ce roman de* vait étfe aussi intéressant que compliqué, et que l'honneur de madame de FIa?iac sortait sain et sauf de son récit

Ma mère avait infiniment d'esprit; mais la vivacité de son imagination nuisait quelquefois à la solidité de son jugement. Les personnes qu'elle aimait exerçaient sur elle un tel empire, qu'il ne lui était pas possible de les juger, et sa crédulité pour tout ce qu'elles avaient intérêt à lui persuader était quelque chose d'inimaginable.

La comtesse, avec raison, comptait sur cette disposition bienveiUante de ma mère. Quant à moi, quelques minutes de réflexion firent jaillir la lumière dans mon esprit. Mais je n'eus pas la tentation de dévoiler un secret où l'honneur de mon ami le plus cher était intéressé. Je laissai ma mère dans toutes ses illusions.

— Il est évident, me dit-elle, que nous ne pouvons partir demain, et que cette pauvre petite fille ne peut rester ici: car il faut .sauver l'honneur d'Âlphonsine. 'Comment y arriverons-nous? Je n'en sais rien encore. Il faut commencer par cacher à j^résent l'événement à toutes les personnes de la maison, et nous prendrons une détermina*

32 !*« JÊsmwK

tm ensuite. HeureiiseBeAt mtm ooeher A sa feqame ne reviendront ici que demain matin. Now ^lYons le tempe d'agir.

— Agir! Et fue pouTOB8*niNie iiaâfe?

— Écoote-oioi bien: h ehanoiière oà nons sommes entrés ee matin est tr^-isolée. Pars à rinstant, porte cette petite fille à ces pauvres femmes.

— Mais, ma mère, tous n'y pensez |>a6 J Moi, me charger d'un semblable message?

— Songe donc que dans cette maison oh Jie te connaît pas, et je ne puis me confier <pi'à toL Cette femme ne doit garder l'enfaint que pendant quelques jours. Tu lui donneras tout de suite une assez forte somme, et tu lui. promettras le double, tout ce qu'elle voudra, pour obtenir le secret

J'avoue que la situation me semblait bizarre; et, indépendamment des idées que j'avais reçues dans mon éducation cléricale, je devais trouver étrange de jouer un rôle dans cette aventure ro* manesque. Je ne pouvads refuser à ma mère k service qu'elle me demandait. Je lui objectai cependant que je n'avais pas d'autre costume que ipon habit religieux, et que je craignais de paraître ainsi devant ces femmes et devant le mari, qni Mserait là sûremenL Cela pourrait faire aaftre, dans ^esprit de ces hraves gensy des. idées .peu avantageuses. Pour moi personnellement, cela m'importait peu ; sans doute J^ i^ \m reveirais

-PAR l'abbé *♦♦ 38

lamats; mais je tenais à ne pas jeter l'opprobre $ur l'habit que je portais.

Ma mère sourit et me dit:

— Si tu avais vécu ici moins en moine et plus en homme du monde, tu saurais que, dans cette Italie, si religieuse, ou plutôt si superstitieuse, il y a un tel dérèglement des mœurs du :lergé qu'en te supposant le héros d'une aventure scandaleuse, le pêcheur et sa famille n'en seraient pas le moins du monde surpris. J'ajouterai qu'ils n'en seraient même pas mal édiiSés. En France, pour respecter le prêtre, le religieux, nous avons besoin de croire à sa vertu. Nous voulons du moins savoir que, s'il tombe, il se relève, et surtout nous ne voulons pas qu'il af- Qche sa dépravation. En Italie, on vénère le prêtre parce qu'il est prêtre; mais comm'è le célibat ne saurait être la vocation du grand nombre d'individus qui endossent la robe du prêtre ou le froc du moine, on trouve tout naturel qu'il soit mal observé, et personne ne fait attention à cela. Le prêtre dont la vie est pure est ici regardé comme an saint, on le vénère; mais on ne méprise pas les autres. La sainteté est chose si rare! c'est une exception. Je t'assure, mon cher fils, que pour moi je n'avais jamais tant estimé notre clergé français que depuis que j'ai été édifiée, par les hommes les plus honorables et les plus religieux, sur les mœurs du clergé italien. Je n'en pense pas moins, comme toi, que, même au milieu de m 8

la licence la plus générale, on doit toujours faire respecter le caractère dont on est revêtu ; mais en prenant le manteau que Paul (le cocher) a laissé ici, tu pourras facilement ne pas être reconnu comme un religieux.

Il fallut bien me prêter à cette espèce de déguisement Paul était beaucoup plus grand que moi, et le manteau cachait en effet ma soutane. Je mis sur ma tête un bonnet grec, qui me donnait une tout autre physionomie que celle que j'avais sous mon grand chapeau à la Basile. Je devais être ainsi méconnaissable pour ces deux femmes qui ne m'avaient vu qu'un instant.

Ma mère plaça dans mes bras la pauvre petite fille, en m*indiquant la manière dont je devais la tenir.

On comprendra sans peine que j'étais assez gauche dans mon nouvel emploi. Je voyais pour la première fois un enfant nouvellement né. J'avais toujours entendu dire qu'en entrant dans la vie nous étions très-beaux pour des yeux maternels, mais qu'en réalité nous étions quelque chose d'assez laid. Je regardais avec curiosité la petite créature; je la trouvais charmante; mais elle me paraissait bien faible. La pensée me vint qu'il serait peut-être prudent de la baptiser. Ma mère, tout en m'assurant que la petite fille était trèsbien constituée et très-viable, se rangea de mon opinion. Elle reprit l'enfant, et, pour la première fois, je remplis une fonction sadierdotale, en ver-

PAR l'abbé *♦* 35

sant Teau du baptême sur ce petit front. Je Ta» doptaî au nom de TÉglise, et il me sembla que je l'adoptais aussi, et qu'il y avait, dès ce moment, entre elle et moi, un lien sacré que rien ne pourrait rompre. Ma mère lui donna un de ses noms à elle, Marguerite. Je repris l'enfant dans mes bras, et, en songeant de qui elle était la fille, je sentis mes pleurs près de coûter. Je penchai ma tête vers elle, et dans mon cœur je jurai d'aimer et de protéger toujours cette enfant, si Dieu ne lui retirait pas ce souffle de vie qui me paraissait, hélas! si léger, et que j,e tremblais de voir s'éteindre. Pour cacher mon émotion à ma mère, je me hâtai de m'éloigner. Je couvris mon précieux fardeau de manière à le préserver de la fraîcheur de la nuit, et je pris le chemin de la maison du pêcheur.

J'avais à peu près deux kilomètres à parcourir, en suivant presque toujours le bord de la mer. Je dois confesser que la peur de rencontrer quelques-uns de ces brigands dont les étrangers croient toutes les routes de l'Italie infesfées vint quelque-fois troubler mon esprit. La réflexion me disait que, dans le sentier que je suivais, il passait peu de voyageurs, et que les brigands n'avaient nul intérêt à se promener de ce côté-là.

Un peu rassuré, je songeai à la complication d'événements qui me jetaient, moi jeune religieux, dans la position étrange où je me trouvais, seul,

au miliea de la nuU, marchant dans ces sentiers déserts et portant dans mes bras une pauvre petite créature qui, je n'en pouvais douter, était la fille du Père de Montgazin, d'un Jésuite! Et je me rappelais les confidences de mon ami, ses longues douleurs, ses chutes, ses comhats, ses déceptions, toute cette vie si tourmentée; et je me sentais au cœur une immense pitié pour lui, pour cette enfant qui ne recevrait jamais ses caresses paternelles, dont il ignorerait peut-être toujours l'existence. Car savais-je, moi-même, quelle détermination on allait prendre au sujet de Marguerite ?

Je me promettais bien d'employer tous les moyens possibles pour ne pas rester étranger à sa destinée. Je me sentais le cœur inondé de sentiments doux et tendres dont je n'avais jamais eu l'idée. J'aurais voulu être l'unique protecteur de ce petit être, dont un faible souffle manifestait seul l'existence. Rien ne peut donner l'idée d'un clair de lune dans les contrées méridionales : c'est quelque chose de splendide. De temps en temps j'écartais mon manteau, pour voir ce petit ange qui dormait. Comme sa peau d'un blanc rosé était fine et transparente ! Marguerite ne serait pas brune comme sa mère; et déjà, dans ce petit vis9ge, il me semblait trouver une ressemblance quiX^^'^^'^ battre mon cœur. Oui^ lui disais-Je, oui, th es bien sa fille ; tu auras ses traits, tu auras sWout son âme. J'etnbrassais ses petites

PAR l'abbé ♦** 37

mains, q[ûi se crispaient à mon contact, comtne la feuille délicate de la sensitive. J'aimais cette enfant qui était entrée dans la vie il y avait à peine deux heures. Je Taimais avec passion. Je lui prodiguais les noms les plus doux, les plus «dressants, comme si elle avait pu m'entendra. Tu seras ma fille, lui disais-je. Et me reprenant: JVon, je ne veux pas usurper ce titre de père, je veux le laisser à celui auquel il appartient. Il est aussi mon père; car la virilité de mon intelligence, c'est lui qui Ta créée: elle est fille de la sienne. Si j'ai entrevu, dans mes études philosophiques, des horizons que mes autres maîtres semblaient au contraire voiler à mes regards, c'est à lui que je le dois. Tu seras donc ma sœur, ma chère Marguerite, ma sœur adorée; et quels que soient les obstacles, je saurai bien empêcher que ta vie soit séparée de la mienne. Je te protégerai, ma sœur; et s'il fallait un jour me sacrifier pour toi, je n'hésiterais pas un instant.

J'embrassai encore ses petites mains, son joli front, mais celte fois avec tant de vivacité, que Marguerite -se réveilla et jeta quelques faibles vagissements; il n'en fallut pas davantage pour m'effrayer outre mesure. Comment la calmer?

En me rappelant cette nuit si douce et si terrible à la fois, je ne puis m'empêcher de sourire de toutes les folles terreurs que mon ignorance des saints mystères de la vie me suggérait làarguerite pleurait toujours; désolé, je m'â»^^

sur un tertre. Je me souvins que j'avais vu des mères balancer doucement leurs enfants dans leurs bras, quand ils criaient. Mais ces enfants -étaient bien plus forts que Marguerite. Elle était si petite! j'avais peur de la briser. Et puis ses cris avaient quelque chose de si plaintif! Je n'en avais jamais entendu de semblables. Si elle allait mourir dans mes bras! Et mes pleurs coulèrent à cette pensée. Je crois que Dieu, dans cette nuit-là, me fit un cœur maternel. J'éprouvai toutes les angoisses, toutes les joies, toutes les appréhensions, toutes les espérances de la jeune mère qui voit, pour la première fois, l'enfant qu'elle vient de mettre au jour. Mais la jeune mère est entourée de sa famille, de ses amis; ils la rassurent, son inexpérience les attendrit et les fait sourire; et elle sourit avec eux de ses craintes. Mais mof j'étais seul avec ce doux mystère que je ne comprenais pas. Heureusement les yeux de mon enfant se fermèrent; elle s'endormit, je me levai pour reprendre ma marche. J'arrivai bientôt à la maisonnette du pécheur, et je frappai.

— Qui va là?

— Un voyageur qui vient vous demander un service.

— Bien, dit Francesco en ouvrant la porte, si cela est possible, on le fera de bon cœur.

J'entrai. Dans le lit. que Francesco venait de quitter était sa jeune femme; leur petit enfant reposait à côté d'elle, dans un berceau, chef-

PAR l'abbé ♦*♦ 39

d'œuvre de Françesco, qui faisait, avec des joncs marins, de charmants ouvrages de vannerie. Quand la pèche ne donnait pas, ce travail aidait à faire vivre la pauvre famille. La vieille mère filait encore au rouet, malgré l'heure avancée. La lampe qui brûlait devant la madone jetait dans la pièce une faible lueur.

Francesco alluma une autre lampe, et il me fit asseoir.

— A présent, signor, me dit-il, que voulezvous de moi?

J'étais très-embarrassé. Je ne savais comment aborder la question avec ces braves gens. Pendant la route je n'avais pensé qu'à Marguerite. J'avais ouvert mon cœur à des impressions nouvelles ; j'avais donné ma vie à ce petit être. Tout entier à ce doux sentiment, j'avais oublié de me demander quelle histoire j'allais faire à francesco et à sa femme. Je n'avais pas les ressources d'imagination de madame de Flaviac; et bien que, plus tard, j'aie été appelé à remplir des négociations beaucoup plus difficiles que celle-ci, j'ai toujours dû m'avouer que je ne serais jamais qu'un intrigant médiocre. Je ne sais pas louvoyer, et si je ne me décide pas à aller droit au but, je suis sûr de ne faire que des maladresses. Yoilà pourquoi, sans doute, je n'ai pas réussi dans la grande entreprise à laquelle je me suis dévoué avec tant d'ardeur.

Après avoir hésité quelques instants, m-aper-

88 LE JÉ8UITK

sur un tertre. Je me souvins que j'avais vu des mères balancer doucement leurs enfants dans leurs bras, quand ils criaient. Mais ces enfants étaient bien plus forts que Marguerite. Elle était si petite! j'avais peur de la briser. Et puis ses cris avaient quelque chose de si plaintif! Je n'en avais jamais entendu de semblables. Si elle allait mourir dans mes bras! Et mes pleurs coulèrent à cette pensée. Je crois que Dieu, dans cette nuit-là, me fit un cœur maternel. J'éprouvai toutes les angoisses, toutes les joies, toutes les appréhensions, toutes les espérances de la jeune mère qui voit, pour la première fois, l'enfant qu'elle vient de mettre au jour. Mais la jeune mère est entourée de sa famille, de ses amis; ils la rassurent, son inexpérience les attendrit et les fait sourire; et elle sourit avec eux de ses craintes. Mais mof j'étais seul avec ce doux mystère que je ne comprenais pas. Heureusement les yeux de mon enfant se fermèrent; elle s'endormit, je me levai pour reprendre ma marche. J'arrivai bientôt à la maisonnette du pécheur, et je frappai.

— Qui va là?

— • Un voyageur qui vient vous demander un service.

— Bien, dit Francesco en ouvrant la porte, si cela est possible, on le fera de bon cœur.

J'entrai. Dans le lit. que Francesco venait de quitter était sa jeune femme; leur petit enfant reposait à côté d'elle, dans un berceau, chef-

PAK l'abbé ♦♦♦ 39

d'œuvre de Françesco, qui faisait, avec des joncs mariDS, de charmants ouvrages de vannerie. Quand la pèche ne donnait pas, ce travail aidait à faire yivre la pauvre famille. La vieille mère filait encore au rouet, malgré l'heure avancée. La lampe qui brûlait devant la madone jetait dans la pièce une faible lueur.

Françesco alluma une autre lampe, et il me fit asseoir.

— A présent, signor, me dit-il, que voulezvous de moi?

J'étais très-embarrassé. Je ne savais comment aborder la question avec ces braves gens. Pendant la route je n'avais pensé qu'à Marguerite. J'avais ouvert mon cœur à des impressions nouvelles ; j'avais donné ma vie à ce petit être. Tout entier à ce doux sentiment, j'avais oublié de me demander quelle histoire j'allais faire à françesco et à sa femme. Je n'avais pas les ressources d'imagination de madame de Flaviac; et bien que, plus tard, j'aie été appelé à remplir des négociations beaucoup plus difficiles que celle-ci, j'ai toujours dû m'avouer que je ne serais jamais qu'un intrigant médiocre. Je ne sais pas louvoyer, et si je ne me décide pas à aller droit au but, je suis sûr de ne faire que des maladresses. Yoilà pourquoi, sans doute, je n'ai pas réussi dans la grande entreprise à laquelle je me suis dévoué avec tant d'ardeur.

Après avoir hésité quelques instants, m'aper-

cevant que Fraacesco me regardait déjà d'un o»! soupçonneux, bien que Texiguîté de ma personne fût de nature à le rasiïurer beaucoup, car ii avait près de six pieds, et il était admirablement proportionné, je me décidai à aborder la question: et, écartant mon manteau de manière à dissimuler autant que possible mon habit religieux, je portai ma chère e))fant sur le lit de la femme de Francesco, en lui disant:

—- Voilà une enfant. On vous prie de h nourrir pendant quelques semaines; on vous récompensera généreusement.

Marguerite s'était réveillée; elle criait. La jeune femme la considérait avec de grands yeux attendris et surpris. Elle lui présenta son sein. L'enfant le saisit avec avidité, et je tressaillis dans tout mon être en voyant s'accomplir une des plus ^sublimes fonctions de la nature.

La vieille mère avait quitté son rouet, et elle considérait la petite créature attachée au sein de Francesca.

— Est-ce une fille ou un garçon? me ditelle.

— C'est une 611e.

■^ C'est bien délicat, bien chétif: pourtant elle pourrait vivre; et ma foi, ajouta-t-elle en riant, si on ne nous la réclame pas, nous la marierons avec notre Beppo. C'est lui qui est fort et bien portant!

— Ah! dit Giuseppe, on aura le téitaps de

jeter souvent ses filets à îa mer avant de faire cette noce-là.

*— Mais, signor, dit tout à coup la vieille femme, c'est bien vous! Vous êtes venu ce malin avec une dame. Comme moi, elle n'est plus jeune, mais elle est encore bien belle. Mais vous, vous n'aviez pas la coiffure que vous portez maintenant, ni ce manteau. Cela vous change un peu, mais je vous reconnais tout de même; vous êtes si beau! on dirait un ange. Ah! dame! dans la vie on est quelquefois obligé de se déguiser, nous le savons bien.

— Oui, c'est moi, dis-je impatienté; et comme vous avez dit que votre fille aurait bien la force de nourrir un aulre enfant avec le sien, je vous ai apporté cette petite fille ; sa mère ne peut pas la nourrir... Et... j'ai pensé à vous.

— Oh ! mon fraticeUoy reprit la vieille, il ne faut pas chercher à nous tromper. Nous voyons bien qu'il s'agit d'une histoire d'amour. Vous êtes pourtant bien jeune ; vous avez au plus dix-Sept ans, — le fait est que je ne paraissais pas' en avoir davantage; — il est bien possible que vous ne soyez pas le père de cet enfant.

Je me sentais rougir jusqu'aux yeux en écoutant les suppositions de la vieille femme. Giuseppe riait d'un gros rire, et sa femme regardait Marguerite et moi alternativement, comme si elle eût cherché une ressemblance entre nous deux.

-^ Vous êtes peut-être, continua la mère,

42 LE iÛBVnE

dont la loquacité étail intarissable, le frère de la malheureuse jeune fille qui a été séduite , ou de moins un de ses parents? Ce n*est pas par curiosité que je vous demande cela. Vous nous direz tout ce que vous voudrez, nous le croiroos. s'il le faut Je vois que ma fille est décidée; t>: si Giuseppe y consent, nous garderons ceiU petite.

— Moi, dit Giuseppe, certainement j*y consens. Si j'avais trouvé cette mignonne créature sur le rivage, je ne l'aurais pas jetée à la mer: je l'aurais mise dans un de mes filets et je l'aurais apportée ici, en remerciant pour elle la Providence de ce qu'elle la faisait tomber entre les mains de braves gens comme nous. Elle aurait partagé avec mon fils, d'abord le lait de Fraucesca, puis notre pain. Vous nous dites qu'on sera généreux envers nous. Eh bien! nous remercierons Dieu qui nous envoie ce petit ange, pour mettre Qn peu d'aisance dans notre pauvre demeure. Â ceux qui n'ont que leur travail 'û faut si peu de chose pour arriver au bien-être! Nous ne serons pas exigeants, allez!

Je tirai de ma poche une bourse qui contenait une centaine de pièces d'or, et je la mis dans la main de Giuseppe.

— Oh! signor, me dit-il tout ébahi, vous ne nous donnez pas tout cela?

— Si, Giuseppe, et je vous en donnerai encore davantage si vous gardez le secret, et si vous

PAR l'abbé *** 45

avec ma mère, qui fut appelée pour consentir à tout ce qu'on avait décidé d'avance, il fut convenu qu'on dirait, dans la maison, que madame de Flaviac, *par suite d'une chute faite dans son appartement, était menacée d'une fausse couche, et que le médecin ne quitterait pas la villa pendant qu'elle serait dans un état aussi inquiétant* Le Provincial envoya de Naples une femme qui, ne devait pas la laisser un instant. Cette femme était Française; elle avait épousé un Italien qui l'avait emmenée à Naples. Elle avait tout au plus trente ans, et paraissait toute confite en dévotion; ses traits étaient assez beaux, sa mise très-soignée, et je remarquai qu'elle ne manquait pas de coquetterie. Je la surpris, deux ou trois fois, dans la chambre de ma mère, essayant des poses devant une armoire à glace, arrangeant ses cheveux et se souriant avec complaisance; mais aussitôt qu'elle entendait le plus léger bruit, elle prenait bien vite son air mystique, roulait entre ses doigts les grains d'un rosaire toujours suspendu à son côté. Jamais elle ne vous regardait en face; elle parlait lentement, d'une petite voix claire et douce, qui n'était pas du tout sa voix naturelle. Bref, Félicité Morbini avait toutes les allures d'une hypocrite.

J'en fis l'observation à ma mère. Elle me répondit qu'elle avait éprouvé toutes mes impressions au sujet de Félicité; mais que le révérend Pèirç ProvijiciaJ lui avait donné cette femipe pour

44 LE jrésDiTE

— Comment ne pas aimer la petite créature à laquelle on donne son lait?

Cette réponse me suffisait. Et je sortis en bénissant Dieu, qai a mis tant d*amour dans !•= cœur des mères, qu'elles peuvent en donner mêm^ aux enfants de l'adoption.

xnr

Félicité Morbini.

Je revins à la villa. Ma mère commençait a trouver mon absence beaucoup trop prolongée. Les histoires de brigands qu'elle avait entenda raconter, depuis qu'elle était à Pouzzoles, — et toutes n'étaient pas des fictions de TimaginatioD napolitaine, — lui revenaient à l'esprit et la remplissaient de terreurs. Je lui appris tout ce qui s'était passé, et elle me dit que la' comtesse, depuis mon départ, avait reposé paisiblement.

Le Provincial de notre maison de Naples arriva le lendemain , en toute bâte , à la villa , accompagné d'un médecin, qui était celui de la Compagnie. Après une longue conférence entre madame de Flaviac et le Provincial, entre ces deux personnages et le médecin, et puis enfin

PAR l'abbb *** 46

ivec ma mère, qui fut appelée pour consentir à out ce qu'on avait décidé d'avance, il fut conirenu qu'on dirait, dans la maison, que madame ie Flaviac, *par suite d'une chute faite dans son Bippartement, était menacée d'une fausse couche, Bt que le médecin ne quitterait pas la villa pendant qu'elle serait dans un état aussi inquiétant. Le Provincial envoya de Naples une femme qui^ ne devait pas la laisser un instant. Cette femme était Française; elle avait épousé un Italien qui l'avait emmenée à Naples. Elle avait tout au plus trente ans, et paraissait toute confite en dévotion; ses traits étaient assez beaux, sa mise très-soignée, et je remarquai qu'elle ne manquait pas c|e coquetterie. Je la surpris, deux ou trois fois, dans la chambre de ma mère, essayant des poses devant une armoire à glace, arrangeant ses cheveux et se souriant avec complaisance; mais aussitôt qu'elle entendait le plus léger bruit, elle prenait bien vite son air mystique, roulait entre ses doigts les grains d'un rosaire toujours suspendu à son côté. Jamais elle ne vous regardait en face; elle parlait lentement, d'une petite voix claire et douce, qui n'était pas du tout sa voix naturelle. Bref, Félicité Morbini avait toutes les allures d'une hypocrite.

J'en fis l'observation à ma mère. Elle me répondit qu'elle avait éprouvé toutes mes impressions au sujet de Félicité; mais que le révérend Pèr^ Provincial lui avait donijié cette femipe pour

dame de Flaviac avait rqoipt son mari à Bruxelles, avait une existence légale; que, quelles que fassent les circonstances qui pouvaient faire croire à la comtesse que sa fille n'appartenait pas à son mari, personne n'avait le droit d'enlever à Tenfanl sa possession d'état. Dans ces cas-là, suivre les prescriptions de la loi était le parti le plus sûi*. Mais il y avait, dans ce malheureux événement, une autre considération: celle de sauvegarder l'honneur de madame de Flaviac; et, pour cela, il fut décidé que la .naissance de Marguerite ne serait déclarée que dans dix semaines. Ma mère consentit sans peine à rester à Pouzzoles tout le temps que la comtesse y resterait «Ile-même. Quant à moi, je dus retourner à F***, pour y reprendre mes études interrompues. Le Provincial m'ordonna, au nom de la sainte obéissance, de me taire sur les événements dont j'avais été malheureusement disait-il, le témoin. Je pris l'engagement qu'il désirait. Je n'aurais jamais pu être tenté de parler de la naissance de Marguerite qu'avec le Père de Montgazin, et lui-même ne m'avait-il pas défendu de lui rappeler le souvenir de madame de Flaviac? Toutefois le Provincial me défendit de passer par Lyon. Peut-être craignait-il qu'en promettant le silence le plus absolu , je n'eusse usé d'une restriction mentale. Il se trompait: je ne connaissais pas encore là-dessu3 la doctrine de la Compagnie, et je puis* le dire,, après avoir, en théologie, étudié nptre Père Escobar et quelques autres de nos

PAR l'abbé,*** 49

ioi^eurs, je a^ai jaBom en pour eUe une grands dmiration.

Je reyis deux fois Marguerite avant mon dé^ >art. Elle était bien délicate. Je crois que là comtesse s'était beaucoup serrée dans les com- [nencements de sa grossesse. La pauvre petite créature souffrait des cruelles et homicides précautions de sa mère. Cependant Francesca assu-* rait qu'elle avait vu vivre des enfants bien plus faibles. Je crois bien que mes anxiétés eonfir^ niaient ces braves gens dans la pensée que je tenais de très-près à Marguerite. En l'embrassant la dernière fois, je ne pus retenir mes larmes, et la bonne Francesca, tout émue de ma douleur, me dit:

— Soyez tranquille, /ra, non, monsieur, j'aurai bien soin de votre petite fille.

Il était inutile de chercher à désabuser ces braves gens. Je sortis tout confus.

Philosophie et sciences.

En rentrant en France je devais, d'après les ordres du Provincial de Naples, m'arréter deux jours à Marseille et remettre moi-même au vieux III 4

BUtpqoîs de Fbrriao «m léÈn du médecin et «

beUe-fiile. Cette lettre contenait tous les détails de tacaîdetU dont ke sukes jMNrraieot être si fatales pour la stgttora et pour Yemîaaai qyiék portait dans son sein.. Le médeda espérait cependant prévenir un événemest fôchem: et 2'tiléustrissime famille des Fiaviac ne serait pas déçue de ses plus chères espér^ioes. 11 se recommandait pour cela, comme devait le faire le pieux Eseiriape des Jésuites, à la samte Vierge et à saint Janvier, pour mener à bien une si heUe entreprise.

Je s'evs rien à ajouter aux mensonges contenus dans cette lettre. Le vieux marquis n'est pas. la pensée de demander des détails à ce petit Jésuite ({«'il voyait pour la première fois, et qui lui paraissait être encore un enfant II fat pour moi très^affectueux. Ma qualité ée membre de la Compagnie de Jésus suffisait seule potEr capter sa bienveillance. Jamais laïque n'a poussé aussi loin que lui le dévouement à FOrdre. Après nous, ce qu'il aimait le plus au monde, c'était sa bellefille. Aussi son inquiétude était extrême. Le vieillard rêvait depuis quelques mois de se voir revivre dans un petit-fils; si ce rêve ne se réalisait pas! Il me demanda de prier beaucoup pour sa obère Alphonsine, et pour cet enfant qui n'était pas encore.

Six aemaines après mon arrivée ô F***, je reçus une lettre de ma mère. Elle m'Inimoiiçait

PAR L'aSBB ^** 5l

•fSeiéBemeiit q«e la eonrteM^ éè Fhmac étrit ftccottchée d*uiie fflHe, à faïquéHe on «rait donné le nom de Marguerite. On Faraît mise en ncforrice, ajoutait ma mère, aux onTirons de Ponzzo^ les: la nomrice s'aillait Praiicesca. Citait la femme d'un pécheur nommé Giuseppe.

Je sus gré à ma mère de me faire ainsi connaître que ma chère petite Marguerite était toujours avec cette excellente Francesca. J'aurais vu avec peine qu'on l'eût confiée à une autre nourrice. Et puis je connaissais la maison du pécheur* J'en avais fait de mémoire un petit dessin. Je m'y transportais par la pensée: je voyais le berceau où ma chère enfant dormait; et tous l& souvenirs qui se rattachaient k elle avaient pour *inoi un charme inexplicable; car je ne pouvais me rendre compte à moi-même de ce que j'éprouvais; et je me demandais comment fl se faisait que mon ccHur, mon âme, ma vie tout entière fussent liés par des liens, que je sentais aussi forts que ceux que la nature aurait pu former, à cette, frêle créature que j'avais tenue à peine quelques heures dans mes bras.

Ma mère ajoutait qu'elle reviendrait en France avec la comtesse de Flaviac à la fin de septembre, et qu'un an après, Félicité Morbini se chargerait de ramener à Paris la fille de la comtesse.

J^étais arrivé à F*** à b fin de la prettrière fiBnzatiie de m». Je subis un «csmen sur ka

99 u jiniArB

Andes qm j'avais fûtes seaU à Pouzioles, d'après k plan qui m'a?ait été indûiué^ et il fut décidé ({ue je reprendrais les cours de ma deuxième année, au point où en étaient mes condisciples, et comme si je ne les eusse pas interrompus.

La philosophie de l'Ordre, c'est encore celle pauvre scolastique enseignée sur les bancs. Rien de plus. Je sais tout ce que donne de souplesse à la langue du raisonnement,* l'habitude de l'argumentation syllogistique ; mais quand on a passé son temps à s'escrimer latine et in forma, à part cette petite facilité à tourner un argument l'esprit qui s'est amusé à ce jeu, que les universités de l'Europe ont proscrit comme puéril, demeure avec un vide effrayant.

Si l'Ordre craint de former des penseurs, il fait bien de conserver, tant qu'il aura de vie, cette vieille méthode: c'est bien la mort de la raison ; la philosophie scolastique en est le suaire. Je penche fort à croire que c'est par système que l'Ordre conserve cette forme surannée d'études. La méthode rationnelle mène si loin! Elle ouvre tant d'horizons! Elle place l'esprit sur le bord de tant d'abîmes, qu'un excès de prudence a pu conseiller ce suicide philosophique au sein de l'illustre Société.

Les rares écrivains en matière de philosophie qu'elle possède, coomie le$ Pères Chastel et Raœière, ne se sont pas formés, que je pense, sur

PAA %*iMà *^ 6d

ses bancs ^ ^-d^illèurs iis n'ont. abordé ancone d^s grandes ^pieslions que soul襫 cette magnifique science.

Il en est à peu près de même des études physiques et mathématiques.

Nous avons eu, au dix-huitième siècle, des physiciens et des astronomes. Depuis sa résurrection, rOrdre s*est mis à la vie militante; et ce n'est que pour mémoire qu'il faut maintenant parler de sciences exactes chez les Jésuites. Les hommes qui ont pu s'y livrer sortaient du monde. Un Arago entrerait aujourd'hui dans la Société, qu'il n'aurait pas été formé par elle.

Ajoutons que, dès qu'un Jésuite s'occupe un peu d'une branche quelconque des sciences humaines, ses confrères se hâtent de lui faire sa réputation. Celui qui a étudié un peu d'hébreu ou d'arabe est aussitôt uii orientaliste. Mettre l'œii dans un télescope vous £ait astronome; distinguer une ogive d'une arcade romane vous fait archéologue. A ce prix, la Compagnie foisonne de savants.

Tout cela m'est pénible à dire. Je crains qne mon lecteur ne m'accuse de partialité, en raison de la brusque franchiise avec laquelle je • fois tom«ber, de tous ces fronts, la fausse couronne sden- ^qne. C'est la faute de l'Ordre, le pks vaniteux qui existe sur le globe. Avec la maxime: „Utt doit toBt savoir^"' on a im arriver à em^

Ka régence et le aignum.

Les Jésuites se persuadent volontiers, et surtout ils voudraient le persuader aux peuples, qu'ils sont la clef de voûte de la société; qu'eux renversés, l'ordre social ne saurait se maintenir; et m Vvm en crok levrs organes le» frfus aecrédités, tête ^w rKifbsTtf, le Bien pwMioy etc., etc., Ken iui-néme se chargerait de venger leurs querelle»; et les souverains et les peuptes, p«>uF toaelîer aux efil»nls de saint Ignace, seraieni pude- DMAt chàliés« Selon les pieux écrivains Jafques êè la rue de (k«na|le-^int-Germain, Louis XVI seraîC raonlé sur l'échafand, parce que Louis XV avait banni les Jésuites; et, sans les ordomaDoeB de 1828 el de 1845 contre ks iUastres Pères, Cbades X et Louîs-Philippe n'auraieni; pas {«v le ch^nin de f exil. Mais» d'après le» mêmes éccivMJBSy le diable eat l'auteur de toutes les révolu-. tMASi S'il e» est ainsi, -^ et oamneni douiar de la paroki de^ MM. VemUot, Gbsiitsel, MauflHpiy ei ^uUk-?. ^ laa Jésuttes n'ant pas è àe.plaiaîte

PAM L'âlMS ^"*^ 66

ém* minwe âfltaDâs «t^ch sis àdléMntos m wà

souverain redoute les gouyernements occulte» ^

prie iet MmUs êm se retwer, le diable Ml une

réwofaiitie», il chanerThaprudeol souviBraîn et outt»

nvoL Jésuites fat porte dn pay» dont on les avait

iMMiis. Sons le» riTolutioou de IBdQ el de 1848^

^îls ne seraient pent-^étre jamais rentré» en France;

ils ne tieadraitnt pas; so«s lemr joug la plus grande

partiel des cadMttque» Mges \ et ils ne traineraiettit

pas le ekrgé français à. leur remorfne et ne loi

împoscraieKti pas rulU^asnoBtanisnw comme article

de foi la ont grand tort de> maudire Fesprit

BfioAerne et le dîÀle^ qui, selon eox, en est Fa»*

tcur : lia leur éamnt- leurs plus béanx triomphes^

La Belgique ne; fèt pas plna tôt libre, q\m les

Jésuite» la couvrirent* de leurs établieaeinents. Le

eoHége» de Nmnur, celui d'Alost^ vm no^ciat à

Nivelles furent les premières prises de posseseién.

En i9d4, on comptait en Bel^ue cent dix-sept

Jésnilee; dix ans aqMrès il y en avait près de einq

eentss et la pragression a coolinoè.

Om voulait surtout, en attendant des temps

. imâleurB, aveîr un coUége met tes frontière» de

la France^ 0» en étaUit un à Brngelette près

d'AA. Cétak e» 1996; je finissaÎB ma pkik>so*<

phie^ et A fut décidé qao je ferai» mon eoufs

de lé^snce à Bnigelettei Ma mère faMfn déeidéi

^ à fe> séparer de mei le moins, possible^ lona une

, jdiie peiiÉe imisan de eampagne,. à très-peo de

I diijawof du oattéige^ et il fiit «eatrenn que le Ip

M LB fAHJira

dennera» tout le 4empft,^ 4oBt je -pmandk poser.

Sden la règ^e, en me mit à wae ctease de granmairey et je derais suàvre nés élevée yasqvli la in de leurs humanités. La méthode opposée est adoptée partout. On a cru avec raison qn'oo bon professeur de granûnaire serait peu apte à enseigner la littérature, et qu'un bon pri^esseor d'bumaniiés ne ferait qu'avec dégoût, et presque toujours ^ sans fruit, des classes de grammaire. Je soupçonne que c'est là une des raisons prioripaies de l'infériorité des études classiques chei les Jésuites, et je suis convaincu que, si l'Ordre durait et pouvait se ^transformer, comme on verra que j'ai vainement essayé de lui en ios* pirer la pensée, il en viendrait à la pratique universelle et formerait de bons professeurs spécialistes.

Mais l'idée de cette institution bizarre est celle-ci : , taire suivre au jeune rdigieux note seconde fois, avant ses études théol^iques, son saeerdoce et sa profession, un cours complet de grammaire et d'humanités. Le plan est beau; l'idée est heureuse. Plus de monotonie pendant six ou sept ans de régence; plus dégoût dans là répétition annuelle des mêmes- matières; plus de nouveaux caractères à étw|ier, chaque année, à Feutrée des cours. Toujours, avec les mêmes ^ves, le maître les connaît -^ autant pour leurs Éftitudea que pour lemr :Garaelèjre; il rwnpU

PAA h* Ami *♦♦ 67

plQS ÙKàmumi sa rode Hcbe* On ne peut M#r que ce ne soit un avantage immense: mais il est t€Nii pour \» maître; les élèves sont sacrtiéa. Ils sont condamnés à subir le même homme pendant toute la durée de leurs études. Mauvais littéra*teur^ il n'aura fait que grammairiens; mauvais grammairien, il aura fait des littérateurs sop^* liciel» auxquels manquera la connaissance sérieuse du mécanisme des langues.

Ce système est donc tout entier en faveur des religieux de l'Ordre; et il ne serait acceptable que si, par exception dans rhumanité,*un Jésuite était un homme universel. Mais n'est-ce pas là la prétention de l'Ordre à l'endroit de ses membres ?

Chose singulière, je n'ai bien compris la vie de l'enfant dans nos collèges, l'éducation qu'il y reçoit, ni pendant que j'étais élève, ni pendant ma régence. Élève, je subissais complètement i'influence de mes maîtres, je trouvais tout par-^ fait ou à peu près. Je ne me rappelais plus le lendemain ce qui m'avait blessé la veille. Et puis, avant que je me fusse dit à moi-même: — Tu seras un jour Jésuite, ~ nos Pères avaient pressenti une vocation qu'ils ne cherchent jamais à inspirer dkeclement, mais qui en réalité vient d'eus. D'après cela, on compresMi que. j'étais cheyé, aimé; j'aimais moi- même ces bops Pères: conôBCiit aurai&-}e pn me douter que l'éducation

6» tB

qm p MMvaii chaB mx pMfait àManr ^MMaril «bose à désirart i

▲ptfèa ks eoB^HMaBÎMis 4» noviciaC «t ém éUaàtê^ pUMophiqiMii, un jeiuM MMite^ «nv^i dHM UQ ooUége, wteêL gHèr» autre choas ^'«i éeolier lut^méfliCk II a «ae inatmotm plus ot DMÎM variéa; inaist pour 1& jugeneuly il a» gai paa ea km «aagaw Cette laeiiilè, i^ii la poasèdfl; est encore endormie chea kû, ou pliatàt eUe ait dM» un demMomaasil. Quand elle se réveiUe, on aa aaitvififit, on retrouve ses impreaaioiis d'adokacent, et ou juge» alors airec eonnaîsaaiice de cause»

ie Tais donc ici évoquer k paaaè ti faJaaer parler tantôt l'élève timide et craintif qui^ sert éa la anison paternelle, s'étonne é'aboi4 de tout ce qu'il voit autour de lui» et lastôt Jb jeoM Jéauile» encore Coût bdUaat des ardeurs du née* pbyla et commeaçant sen apostolat dans* ce asonde, éoat il so croit déjà Fun des eaacpiiranls, par réducation de la jeunesse.

Je prendrai cette revue rétrospealive au aaa- Bient où, paa suite da eompreans passé entra mea père et nui mère, on eavojrait mon firèva dana vat coUéga et moi au petit séaiiaaifa da Saiot-AcheuL Petit séaiinaûra, dia^-je, et non aoUége; les Jasiiîtsa, reatréa en Ftanaa malpé lae lois qui les i^eaeriaaiint et. qui n'aasîeot paa été rapportée» ^iaa qu'dle» fusaaat^ ik tel en i| convenir, abrogées de droit par le lait da la

PAAa'iOtB ♦♦♦

CaMTte. amwtitliwiiiBii), «fabnlairaè mm ta li^

■Bamo yiolietle 4qs éyàpiM; ik dkigaîeDt des

oiaisoiifi que oeuxH^i paraksaieDt ieut €»oûer;

imnr^, tm a— ime» «m laiiMiB n'étaient même pas

isowwee à k juridictien épiacc^e. Lee évêqwet

.^M oda étaîsAt --^ je demande grâce pour cette

^«xfveieion vulgaire, -^ ke hoinaes de peiUe dea

JHwiifes. ik 86 Gûmpremeltaient aÎM aux yew

4}e» pdpuikliaiiay qui n'étaîmt pas dupes d« k su*

percherk. Je ne dirai pas que, si ks Jésuites

i»e fusseirt akrs francbeneni nommés^ en ks eâl

^^1189 ea France, avec pkisir; oiak enfin k dreîl

xnoderne, ce droit qui consacre k liberté pawr

t^uSy auquel il font aujoiirdliuî une guerre adiar-

nén, t0Ui en Finroquant au besoin, ce droit eût

^té' leur sauvegarde. Au lieu de s'affirmer, ik

vfMdnrent ruser avec k loi, ruser avec l'opinion

puUique. L'équivoque était k, conme lovjovrB^

^vee en. Étaknt^ils Jésuites, ou ne Fétaient-ils

pas? Qn. disait aux enneus: „Nou8 sommes des

{Nrétres affelés par les évêques pour diriger knrs

pfitîts sémnaires;** aux amk: „Nous soasaies Jé-

nnîtes; mak il n'est pas encore temps de le dé*

daeer/^ Le secret était mal gardé; on ne ks

baissait pas moins, on les mépnsait davmtage;

on ks ccaignaîi: de eetfte ombre dent ik s-en-

vdoH^aîent on croyait vdr sortir queiqne chose

de eiaifilBe. En essayant ée se confondre aieo le

ekrgé sécadier^rik incriflunaient eelui^ci aux yeon

des peuples, et ik ne se âdudenl pas abiettdiei

60 LE mamm

Bl b grande frai» d« <^ffgé séeiilmr b&ol \fft jours de ne pas séparer hauteaieiil sa cause de celle du elergé régulier. 1

Parmi les puDîtious en usage éaa» nos nat-i aens celie du sig$ium a un caractère paiticayeri et l'esprit de TOrdre s'y peint teut entier: la dé-' lation et l'espionnage reçoivent là une prioue; ^ quand j'aurai raconté ce qui m'arriva six seraaiae» après mon entrée comme élève à Saint-Ac^eul, od pourra apprécier si cette étrange punition, que ¥ous pouvez éviter en Timposaot à un de vos oondisdples, est faite pour développer le seos morial et l'élévation du caractère.

J'étais, je puis le dire, iin très^bon élève : doui, intelligent, fournis; on ne pouvait pas exiger davantage; mais aussi j'avais dix ans; je n'étais pas impeccable ; la vivacité et la gaieté de mon caractère m'intrafiiaient quelquefois.

Ma première faute grave fut celle de dessiner, pédant l'étude, une série de figures grotesques. Un de mes camarades, placé près de moi, suivait les évolutions de mon crayon, et m'assurait que telle figure ressemblait au préfet des études, telie autre à notre professeur, etc., etc. Toot cela nous amusait beaucoup; mais l'œil du Frère qui surveillait l'étude se dirigea de notre côté : et ce bon Frère, tijrant de sa pocbe deux petites pièces d'argent, nous les donna, en nous prévenant qu'au moment du diner û faudrait les pcéseater au réfectoire, et qm nous din^ions dd>oxit, afec du

FAR t'iEflSÉl*^ 6t

paÎB see et de Teau. Ces deux pièceé étaient appelées des êtgnftm.

Mon camarade ne me parut pas très-épouvante de lu meatee, et il se remit tranquillement à Tét«ëa Quant à moi, ^fant gâté par ma mère et qui n'avais jamais été mis an pain sec, j'étais consterné. La punition me -paraissait des plus

, humîfontès. Je cachai ma tète dans mes deux mains, et je pleurai amèrement — Bah! murmurait mon camarade, nous avons deux heures jusqu'au moment du dtner : je ne mangerais point

, de pain sec. — Comment espérait-il sortir de ce mauvais pas? C'était un mystère pour moi. Je n'osais pas lui en demander l'explication. Parler pendant l'étude était un autre délit, et j'étais trop accablé par les suites du premier pour ne pas craindre d'en commettre un second.

^ La matinée se passa. Au moment d'entrer au réfectoire, je présentai le fatal stgnum, et on me planta debout, au milieu de la salle, avec ma maigre^ pitance; mais au lieu d'avoir Jules de Marsay, le complice de ma faute, pour compagnon, ce fut un autre élève, fort bon enfant II man-^ geait son pain sec; sans faire la grimace, tandis que moi j'avais peine à avaler le mien , surtout i retenir mes larmes.

En entrant en récréation, je demandai à Mar^

I mj comment il avait échappé à la punition.

— En donnant le êignum à Favières, me ré*

I p6ttdtt*«i*

6i XV jÉmnrB

''•^ Etii'a prnf

— Il le fallait bien, il étaH en Cainla

-«- Cmninent, il était en feule? {

— Oui. Pendant la «laeee, Pa?ièraB fC(Mi en moment où le professeur tournait hi tête, po* kû faire des grimaces.

— £t le professeur Ta tu?

*— Pas du toat C'est moi qui ai tu toi eela. Alors j'ai fait mgne à Charles de BeaoïDOtf et au bon gros Gireau , et je suis ailé , arec nx^ deux témoins, présenter le signum à Favièni il a bien fallu qu'il l'acceptât

— Et après?

— Et après? Comme je ne ratais phis, p^ de diner debout au mîHeu du réfectoire , pas ^ pain sec.

— Je ne comprends pas.

— Vous ne comprenez pas?

— Non.

— Eh bienl Favières ayant le etffnmm devait nanger du pcân sec à »a place ; mais il Ta passé à Gameron, Gaj(*neron Ta donné à Dnrfort, Do^ fort à Lambert, et celui-ci, pris en flagrant dékt aà «loment du dîner , n'a pas eu le temps de If passer à un autre coupable , et Toîlà pourquoi ^^ a eu le plaisir et l'honneur de diner à celé an vicomte de Sainte-Maure.

— Ainsi, lui dis-je, on^ évite une p— iftiuw «D Msant punir un de ses camarades.

— Précisément Le stgnum est ùk poor

PAR I'MHÉ *♦♦ tt

obmkr^ Au Monenl eritài«e, il Mt étr» pré» seule; mais ce u^st ppesqne jamak jper celui qoi Ta reçu le prenfier. Senlmeot eoa?eneB^ouÉ hm qai*mi éiève ae peal le denner à un soitre ftt'ea préeenœ de devi témcHOs.

Je trouvai d'abord cela très-étrange: il y avail en moi un instinct de déitcatesse qui se réroltait eontre ce procédé. Mais, à Fàge que j*a¥ais alors on subit faciteflient las impresâons du milieu oè l'on se troHTe, et j'appris assez vite à faire àr^ euler le signvm.

Quand je fus régent, j'appréciai cette singi»^ Hère méthode à sa juste valeur. Elle n'aboutis^ sait, en réalité, qu'à fonn^ les élèves à l'espion- Bage. Oafare que les pumtioBs devenaient une espèce de jeu où les habiles gagnaient toujours, le m'gnmn créait, entre les élèves, des animosités quelquefois indélébiles. On n'était pas toujours délicat sur les moyens de se débarrasser du «t^ gmtm; an ne se contentait pas d'exercer sur tons les actes de ses eoniysciples une vigilance ÎB^isitoriale, dans l'espeir de les trouver en faute, mais encore on descendait au rôle d'agent provocateur. Vraônent je serais tenté de dire que, si l'ctt tenait à former des hommes capsA>les de se distinguer dwas h police secrète, nos méthodes seraient les meilleures que l'on ^ employer.

La diiectien morale et religieuse qu'iw donne aux élères laisse aussi beanoMip à désirer.

Nans avimis, avant tout, l'intentiao de fwe des

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