Z PREFACE
féré, comme Montaine et Montesquieu, élever 4^ graves monuments auxquels j'eusse mis mon nom avec orgueil, plutôt que de cacher sous le doubb voile de la fiction et de l'anonyme, et mon nom et mes pensées. Certes cela m'eût donné plus de gloire, mais eût imposé à ma plume une réserve qui eût rendu mes Uvres à peu prés stériles, puisqu'ils ne fussent pas descendus au sein des masses. Avec le roman, je me condamne à l'éternelle obscurité; mais, comme le levier qui soulève des blocs immenses, comme le levain qui gonfle la pâte destinée à dévenir le pain substantiel, j'obtiens un résultat précis, immédiat. J'arrive à la foule intelligente dans les deux mondes; je me méJe à tout ce qui a de chaudes sympatkies pour le progrès, de fortes aspirations vers les destinées nouvelles de l'humanité. Je sois moins écrivain, dans le vieux sens du mot; je suis plus homme; je m'incarne, je suis peuple!
Aujourd'hui je continue ma laborieuse tâche. Dix éditions, en quelques mois, de la Beiigietise, après le succès colossal du Maudit^ m'ont prouvé que les masses m'avaient compris, mieux que cela, que j'étais devenu l'expression vivante de ce qu*elles peSsent, de ce qu'elles espèrent, devant cette incommensurable question religieuse, à laquelle tout tient dans l'humanité, comme au sang tient la vie, comme à la sève tient la végétation.
J'ai compris, avec les masses, que Tâme humaine ne vit pas sans religion; et eQes ont trouvé,
an» moi, Texplicatton de Féniignie qur les tomrmentait, en ftice d'une Église dépositaire officielles du cbri^axiisiiie; qtii semblait ne vouloir les guider dans leors destinées spirituelles, qu*àr la condilion de les asservir sous le joug d'une théocratie avec laquelle ne s'allie pas la liberté. Chrétiens sans la liberté qui fait Ifiomme, hommes sans la religion qui contient tout le christianisme, 'û y avait là une antinomie efïhiyante. Ëlles< avaient raison lés masses, qui vivent de I^urspuissants instincts, de s'attrister du problème don-' loureux que leur posait le XIX® siècle: Taffaisse-^ ment social avec !e^ croyances traditionnelles; les grandeurs sociales, le progrès avec une sorte d'athéisme !
Ma grande mission, mon apostolat pacifique' au sera des masses est d'expliquer l'énigme religieuse. Humble guide, qui connaît le sentier pour atteindre au pic élevé, je viens dire au monde: J'fe restez pas là immobile au pied de ces rochers gigantesques auxquels Faigle seul se suspend; mais suivez-moi : je sais par où ces sommets, qui touchent au ciel, sont abordables.^* Telle est ma tâche au sein du XIX® siècle. Devant les désolantes pensées du doute j'apporte' une affirmation; après trois longs siècles de guerres religieuses^ entre la foi et là philosophie, j'apporte une parole de paix. — Que croire? a dit la raison. Et lès masses s'en sont allées tristement avec cette parc'Ie de négation, en répé^
4 PKBFACB.
tant: — Que croire? — Faites taire la raison^ a dit le prêtre, mèuie devant Tabsorde: Oreda quia abswrdum. Et quelques intelligences effrayées, s'imposant le suicide, ont répété: — Faisons taire la raison.
Ni le doute cruel de la raison, ni ia parole désespérante du prêtre.
La vérité est dans Tàme humaine ; elle ne périra pas. La religion est là, tout aussi bien que les lois du monde matériel et les axiomes inattaquables des mathématiques: la religion ne saurait donc périr.
Mais garde-t-elle impérieusement toujours les mêmes formes? Se manifestera-t-elle constamment avec le même culte? L'histoire seule du christianisme me répondra. Dieu recevait l'adoration des croyants, manifestée par un sacrifice de taureaux, de béliers ou de colombes, dans le temple pompeux que lui éleva Salomon, comme il reçoit l'adoration de la plus pauvre femme, qui assiste au service divin dans une misérable église de campagne. On le voit, le culte est variable, l'adoration ne Test pas.
— Vous voulez donc abolir le culte catholique?
— Pas le moins du monde 1 Je ne viens rien abolir ; mais je viens vous enseigner que les cultes se transforment, rien de plus, rien au delà. Je ne touche pas même à notre eau bénite, symbole de purification, qui a appartenu au paganisme
PRSFAGE.
eomnie à l'Ë^se, et que je comprends, tant que Pâme bomaine tient an symbole. Mais s'il yieiot un joHr où rame humaine soit complètement in^ différente au symiwle, par là même à Teau bénite, je ?ous <às que l'adoration ne cessera pas pour cela, et que plus elle sera dépouillée du symbole, plus elle se fera en esprit; et que plus elle se fera en esprit, plus elle sera vraie et divine, par conséquent chrétienne. Comprenez-vous cela?
Voici donc l'horizon que je suis venu ouvrir, le petit fragment de vrai que je suis venu déposer dans le monde, il s'opère une révolution religieuse lente au sein des âmes, comme le soulèvement, inappréciable presque à chaque siècle, des continents sur les mers; cette révolution transforme le christianisme, — la plus parfaite eipression de la vérité religieuse que l'humanité ait. comprise, — pour l'assimiler à un nouvel ordre d'existence del^ races humaines sur ce globe, existence qu'on ne soupçonnait pas dans le passé, et que préparent, aux yeux de tous, les étonnants progrès de la civilisation dont nous ne faisons qu'entrevoir l'aurore. Comprenez- vous encore cela?
Cette transformation religieuse amènera forcément une Église nouvelle, nOn pas nouvelle en ce sens qu'elle enseignera des dogmes négateurs dé ceux qu'elle a enseignés déjà, les nrathématiques religieuses ne' se contredisent pas plus que celles de la science, mais nouvells parce qu'elle aura
6 iwmM».
ime Mtpliaètion dUférent^» iBn.nitport an^d; lei J>e3oin8 nouveaux, de Id vérité impérisiable et 1109 jchangeaule. Est-ce clair?
Cette rév/Qitttion si iente, mais irrésistible 4»iis fie» effetjs, repoussera logiqjMemeiU }e sacerdoice ^ciel qui ^'obstin^ra à regarder codumb vérité ^absolue la forme sous laquelle il a vu et ooiqiiris Je cbristiaoisxne, oiais elle pe détruira pps» pour cela, le sacerdoce, qw viendra prendre sa ImUe place, comme fonction, au sein de l'Église OiNi*vellii.
Donc ^utioo du problème terrible qui se «dre^e «n ce rnomenl devant les masses. Plus d'antago- BÎsme qm ne puisse être arrêté! Plus de mur i'airain entre la raison qui est la foi «atunelle el la |(H qui est l^ raison révélée, c'est*à-^dire laaflilestée de Dieu. Évolution de Tâme bumaioe viers un christianisme moins envele|iipé de formels et da symboles, moins matérialisé^ par conséq^keiU xendant avec plus de vérité la formule divine: nVu mitwent viendra où Ton adorera le Père en esprit 4t en vérité.''
La raison garantie!
L'orthodoxie sauvée!
C'est Ik ce que r^fe^n^ ce mot si ji^te doiit mes livres n'^t été que le large comnexitaire : Transl(urmatii9|i religieuse.
Que dee bemmes, cpAserveteurs officiels dii dépôt sacré ppofié jf^ la foi, ne m bMent pw
lABftAOi. 7
d'acœptef ce pF«(r«mne; ^'ils eherchent, ayec une l^itime prudence, si cette parole de récrivaio» s'adreasant aux mausaes, ne cache pas qiielque piège, je n'ai pas à me plaiâire de cette réserve^ je n'ai pas à blâmer kw silenee.
Hais que de telles Ihéories, si respectueuses pow ce qui est, pour TÉgiise calMique, teUe que les sièeles nous la Hioatreni à notre âge de reuouvelleflient, si respectueuses pour son chef exerçant une primauté que lui ont garantie \e9 grands conciles ok était réunTle mande civilisé d'dors de l'Orieut eC de l'Occident, oomœe pour ces é?éques successeurs, dans l'apostolat, des grandes figures historiques qui s'appelèrent saint Jean, saint Marc, saiot i^tÛa; que des théories qui, €fi s'attaquioit à l'église pour amener son érolution rationnelle, par conséquent son progrès et sa gleôre dans l'avenir, au même titre que les fercos intrinsèques de la nature pour maintenir et perfectionner l'oduvre merveilleuse du monde créé, soient de la part d'une école religiensa, combattue par moi, je le reconnais, avec quelque véhmence, l'objet d'anathèmes terribles comme à je venais renouveler 1^ erreurs d'Ariue, et, second Luther, bouleverser l'Europe chrétienne, cela ne se conçoit pas. C'est plus que de la colère, c'est de la déraison.
favffm voulu que l'éeote ultnamontaine, théocntique ^ formaliste, que je combats avec loyauté
8 ntPACB.
dans mes IWres, m'eût réponde avec un pea cette même loyauté. *'^
J'ai cherché vainement, dans les joumans et dans les revues. de cette école, une page de dis-> cussion sérieuse et calme avec moi. Elle a commencé, quand parut le Maudit^ par lancer dans le public religieux un petit livre, répandu à profusion, pour apprendre au monde que j'étais un prêtre interdît, nourri par les aumônes des presbytères parisiens, et de plus un maladroit h qui un célèbre banquier de Paris, en lutte naguère avec les tribunaux, et dont la fortune était comprise, avait acheté, pour une misérable somme, son manuscrit, afin d'en faire une spéculation et de relever ainsi ses fînafices. L'invention n'était pas riche, et peu de crédules même Tont adoptée.
Elle a changé de tactique à l'apparition de lœ Religieuse. Je ne suis plus un prêtre mendiant, un prêtre interdit. Le Mondes ce grand organe de ce que j'ai appelé la Secte , a mieux trouvé que cela. Par la plume de son chroniqueur de la littérature et des théâtres, M. Yenet, le Monde déclarait que la Religieuse était l'œuvre d'un des principaux feuilletonistes de la presse parisienne, PharèSf l'élégant chroniqueur de l Indépendance belge. Voilà le compère du célèbre banquier qui n'est plus qu'un abbé imaginaire^ et M. Venet s'irrite qu'on laisse planer des soupçons sur des prêtres respectables. „Nous allions innocemment, dit-il,
FBBPAGB. 9
OÙ Pon nous conduisait.^ L'innocent, en effet, fatigoé de feire enqnête mir une douzaine d'abbés pseudonymes, s'est décidé à nommer M. Louis Ulbach. Ouï, telle est fopînion que M. \etiH feuilletoniste a de M. Louis Ulbach feuilletoniste. M. Louis Ulbach, sous le nom de Phares, aurait fait un éloge chaleureux de son propre roman, se serait couronné lui-même ilans les colonnes de rindépendanee belge et du Temps; il aurait parlé du livre comme d'une œuvre capitale; Técrivain eût paru à ses yeux un penseur, une inteltigence d'élite, et lui, M. Louis Ulbach, eût été l'auteur de ce beau livre, l'écrivain de valeur qui en avait conçu l'idée! C'est un peu fort! Et quelle notion , bon Dieu ! a M. Yenet , et peuvent avoir ses confrères dans le Mande, du respect que se doit un écrivain, de trouver possible quil aille ainsi, sans vergogne, se vanter lui-même! Est-ce M. Yenet, quand il écrit des livres, qui chante la gloire -de Bf. Yenet?
Yoilà donc le chroniqueur sommé par M. Yenet, s'il n'est pas l'auteur àe la Religieuêe, „de livrer le nom du coupable dans les quarante-huit heures, sous peine d'encourir le reproche de n'avoir aucutie espèce de loyalisme/^ Et comment messieurs de la Httérature, qtii sont tous solidaires, igtiore^ raient-ils ce nom ? „Ils savent tous les secrets de la diplomatie et de la politique, et ils ne pourraient découvrir le nom d*un individu qui écrit, presque sous leurs yeux, un gros livre! qui lit
10 MSTAOI.
chtqiie jour k» épreuves panduil six swiiinurt qm partage son decifei avBC iw «teiier tyiMigra^ j^biqiie, des ondibîjBv daa garçons de boreaia» saiia OMupter les relations canaaradiéres dont ne saurait se passer rhoniaie qui wa à l'encre?''
Devant cette sommation ai régie de rhoÎBsier littéraire de la Secte, M. Louis Uttach n'avait plus, sauf le dtiai de quarante-liuit heures, qu'à se BOOiBier ou qu'à nommer l'abbé aux trois étoiles.
Voici quelle a été sa réponse dans le feuilleton du Tempe:
„j'jnvite les confrères qui me dénonçaient aux fureurs de l'Église, et j'invite les sacristains qui ne dénonçaient au parquet, k choisir désormais une autre yîctiine: la rérité me contraint à refuser la gloire Ssiciie du joli petit martyre que l'on m'offrait
„ie ne suis point l'abbé *** ; je n'ai pas écrit un mot du Maudit^ je n'ai pas même achevé la lecture de la Religieuse, dont j'ignorais la prcvmière ligne avant la publication; et, s'il faut tout dire enfin, je suis aussi désappointé que tout le public à l'endroit de la personnalité de l'auteur. Je crois cependant avec fermeté qu'il est pr^re, et je l'estime pour son courage et sa sincérité. Quant à son nom, je ne le cherche même pas: il s'appelle la Conscience et la Justice."
Cette dernière parole, qui semble s'échapper, comme une inspiraUim, du cœur loyal de M. Louis Ulbach, pourrait à elle soute compenser les Uta*
ques hameuses de la Beide^ Naus ganieroii^ pour cet écôvain distingué «I pour le» autres or^fm de la cniique liitéraire fui ont aocneilli ïiatve œuvre avec liienyeillaiiQe» le «ovurenir d'une doaee et yi¥e gratitude.
Ne piûiiTaiU fias écrire à cfaBeim d'eux peur leur dîre Bian 4Qerài him aioûère* je im iprie de prendre ces lignes, qui le«r .seront ftersomeUammi envpjiiées de ma part, oomm^ j^areie cordiale 4e jeaoQnaiasaoce.
Us ne se aoiit pas livrés à la lioiKtâMee ûi^uftsition des hoquoes de Ja Secte« |Kiur «onnaUre le nom d'un prêtre obligé de cacher ses hardiesses sous ie ¥oile de l'anoByme; ils Tout «akiÀ cemme un hMBaïQe de Go»victioii et de oieur; et» à la place des étoiles qui cachaient soa JMwn, par une délicate attentian qui les honore, ils -ont joscrit un double nom qui fait maintenant sa gloire:
fonsdenee e|t «histice t
Merci i eux tous. U» ^ant bieji vu nfue Timpérieus0 conviction où je suis que de tristes sei^ taires jettent l'ÉgUse dans un abîme m'a seule forcé à entreprendre ees litres hardis, destinés à flétrir le système dangereux de ces lM>mmes pto malheureux q«e <x>upahles dans leur fanatisme. Et H. Louis Ulhacb était l'interprète intaUigeAt de l'opinion générale, quaffd il disait des hommes de la Secta : ,iUn pnéftre les embarrMse, cela se eouçoft, un prêtre révélant avec dou^ur H avec douleur les misères de l'Église 1*^
12 NUSPACB.
Mes lecteurs devraient croire qu'après ia dé négation si franche et si loyale de H. Louis Ulbad sur la paternité de la Biltgieuae, le Monde \ courtoisement déclaré qu'il se tenait pour satisfait. Nullement! M. Venet est Tenu ergoter d'un< manière misérable, dire que cette dénégation D( loi suffisait pas, et qu'il était plus facile de niei que de donner des preuves.
Digne fin de ce petit débat littéraire, où h Secte, comme toujours, a étalé de la haine, de grossières injures et son mauvais style, je devrais ajouter une mauvaise foi complète. Qu'on en juge.
Il m'avait fallu une raison prépondérante, capitale, pour m'imposer l'anonyme. Quoique, depuis trois siècles, les Jésuites, tant prônés par la Secte, eussent fréquemment publié leurs livres de discussion avec ce nom seul : „Par un Père de la Compagnie de Jésus,'* et qu'on ne se soit jamais avisé pour cela de les taxer de lâcheté et d'hypocrisie, cette raison, que tout cœur honnête comprendra, était le désir ardent de ne pas voir briser ma carrière sacerdotale. Le prêtre qui monte à l'autel, qui dirige les âmes, qui porte dans la chaire la grande parole évangélique, éprouverait une protonde douleur de se retirer du sanctuaire et d'interrompre son modeste mais fructueux apostolat dans le monde, au milieu des fliibles el des pauvres.
PftérAce* 13
Eh bîenl voici ce que la Secte a vu dans cette parole „briser ma carrière sacerdotale'^ :
„0 pères de la libre peasée, à quel degré d'abjection vos successeurs et vos fils sont*ils descendus! Us n'éprouvent d'autre crainte que celle de voir leur marmite renversée. — Quand les prêtres Julio et Loubaire courent au martyre, dans le Maudit et la Meligieuse, l'auteur, qui se dit pourtant le héros de ces livres, court... à la caisse/'
Cela peut se lire dans la Bévue du Monde CatkoUque, où le Monde puise fréquemment Cest ainsi que ces hommes comprennent le prêtre; son sacerdoce qu'il aime, c'est sa marmite qu'il regrette, et sa caisse où ne tomberaient pas les quelques sous du budget des cultes. J'ai honte pour ces hommes!
La Se'cte fanatique se trouve donc maintenant en face de deux affirmations contradictoires. J'étais d'abord un prêtre, un pauvre diable, vendant sa plume, pour quelques centaines de francs, à un banquier juif à demi ruiné. Je suis maintenant l'un des principaux feuilletonistes de la presse parisienne.
La Secte est aussi sûre de l'une que de l'autre de ces deux assertions. Franchement, elle n'a pas été habile dans ses recherches. Voyez ce qu'elle écrit par la plume d'un M. Chauvelot dan» la Sevue du Monde Catholique:
„Le loup libre penseur, aveuglé par son pre-^
i PÊànLoUi
succès, d'est trahi de it pranière iH k tlerniène page de son lifre. PDur ma part ^ je n'atiais pas hi trente lignes de la Rdigieuêe que je« me- suis écrié: Non! non! I^autirar ^m a \^é ici. son àme tout entière n^est poht nu' prêtre ééiroqué, mais bien un Kbre penseur efnfroqné/^ G^rtest Toiià qui est de bon goût, et M. Gàafi- Tieioti pour la pénétration, ne 1^ eède en rîetf à M. Yeiret. H est; peu«*êtfe plus amusant; et nos lecteurs , heureusement peu habitués an style de 1» 8ecte, ne m^en vondront pas trop si f ajoute etiicopfr. cette citation:
„0n dit qu*avc« un os fossite, Titostre Cuvier dennaôt' kh natare et les proportions de 1» bête à laquelle ciet os avait appartenu. Ici dans ces ^imeii (c'est paquets que je devrais dire), que j'ai sous les yeux, je trouve non-seulenrent nn signe isolé, mais tôt» }es caractères réunis et tranchés d'un philosophe humanitaire, doublé d'un romancier de bas étage ^ «t m'est avis qu'avec un pen de bonne volonté, jointe à la connaissunee parfaite que je possède de la carte philosopbieo-<drafiiatîco^progressiV0^hanxanitaire, je pourrais aisément lever le masque grossier sons lequel le véritable auteur essaye de se cacher, et, si je ne le. nomme pas, il s'en faut dé bien peu.^
> Quel hattle homme que ce M. Chauvelol! Ce 6avier littéraire, en me tâtant les os, me prouyera que je ne sm's pas prêtre, mais bien un lîfarci penseur mafçonniifBre; -^ „L'anMnr de la
BeUgiemg^ ovivtB' mec bonbevr Ufia^lm le9 eate^ raetes de la libre pensée. -^ Dans ses livres^ Jése»-Christ, malgré quelques éqwvoqtes qin ne trompent personne, jesi ostensiblement et bruyam^ ment nié, nié tout ^entier, sa di'vtnité, son œuvre, ses dogmes et son Église.^ — Enfin, toojours d'après M. Cbauvelot, qai possède si bîen> sa carte philesophîco- drawatieo - progressivo -^ bunianitaire', „0D y tp<m?e le cnrculus de M. Pierre Lerotir, la métempsycose du père Enfantin, le naturalisme de MM. Taine et Micbeiet, et partoni un rationalisme sans raison/*
Tout cela, évidemment, selon Ciivier*-Chaave» k)t, n'est pas d'un prêtre, mais d'un maçon.
U n'y a pas à répondre à ces excentricités calomnieuses dont le seul énoncé est la réfutation; Seulement je tiens à faire comprendre qn'elles ont on but: détourner sérieusement Tc^inion &ti monde catholique de l'idée ^e le Maudit et la Reh'gieM&e soient l'ceuvre d'un prêtre. C'est la tactique du moment et le mot d'ordre du parti'.
U est évident pour moi que j'ai frappé hi Secte au ceeur; que, dans sa rage, eUe ne sait qui trouver pour lui jeter toutes ses colères; qu'elle feit de la strat^ie- pour tromper les siens sur la valeur morale et la portée de mes écrits* Mais rien de tout ce)» ne réussit. C'est surtout dans les presbytères qu'à son grand désespoir c^ éerits sont arrivés^ Et les rapports de la Seet», parvenus de- tou» les cKocèfle», conirmeiit
16 PRÉFACB.
Taction puissante des deux ouvrages publiés, nonseulement sur le clergé des campagnes, accusé de lire peu, mais encore sur celui des villes et sur l'entourage même des palais épiscopaux.
Je n'espère pas moins de ce nouveau livre: le Jésmte, Inutile de dire que les personnages que je mets en scène sont fictifs, et que le fon(^ du drame est de pure invention. Mais ce qui est vrai, ce sont les faits et les idées qui sont la^ substance même du livre.
Je déclare, devant Dieu, que je ne suis anime d'aucun sentiment de haine contre un seul membrej de la Compagoie de Jésus. Ceux que j'ai connus m'ont paru individuellement honorables; parm^ eux se trouvent des hommes de quelque savoir, et certainement beaucoup d'entre eux ont des^ vertus. Je n'ai jamais eu à me plaindre ni d'ui^ Jésuite en particulier ni de l'Ordre lui-même^ Aussi me suis- je trouvé beaucoup plus fort eni écrivant ce livre. Ce n'était pas ma cause, c'était celle de l'Église, du clergé secondaire, de l'espritj moderne de liberté et de progrès, que j'avais à venger contre leur esprit de domination absolud et d'absorbante théocratie.
Seulement il est démontré pour moi que leur association, union hybride du clergé séculier etj du moine, par sa constitution même d'ordre militant, par son ambitieuse prétention d'être le centre de l'Église, afin de distribuer le mouvement aux corps hiérarchiques, sans en excepter
HiÉFAGB. 17
la papauté elle-même, et au grand corps de TÉ* glise enseignée, est l'association la plus dangereuse qui ait pu être formée dans le monde moderne; qu'elle fait, par son système, par son impétueuse ardeur, même par le talent et ja vertu de ses membres, un mal profond à l'Église, dont elle divise les forces et qu'elle assimile à une exploitation humaine; qu'il y a intérêt, nécessité, pour rÉglise, de dissoudre un corps qui, disséminé sur la surface du globe, comme une vaste agence d'affaires, la fait dévier nécessairement de ses voies pacifiques, et la change en une institution belliqueuse destinée, pour la plus grande gloire de Keu, à troubler la paix de tous les peuples; qu'enfin il y a urgence, pour toutes les nations civilisées, de se protéger, par tous les moyens légaux, contre une corporation dont l'enseignement est, au fond, cette farouche théocratie, des tructive de toute liberté humaine, devant, à ur heure prochaine, faire régner visiblement un sei roi sur la terre, le Pape, ou plutôt, sous ce noi vénéré, la seule Compagnie de Jésus.
Le dernier roi de Naples, père de François II, ne pensait pas autrement. Au moment où les Jésuites commencèrent, il y a quelques années, leur publication théocratique la CivUta Cattolica^ â se hâta de signifier aux révérends Pères qu'ils eussent à cesser l'enseignement de pareilles théories, jugées par lui incompatibles avec la sûreté de sa couronne. Ils durent transporter leurs I s
18 neà^^aiL
Imreaux à «Rome; et plus tard tin pauvre velijgîettï M impitoyablement exlHé, povr le seul <ïrime d'avoir lu et conservé, qoelques jours, dans sa cellule, un numéro du journal des lésuites. Ce fait a été raconté par le journal r Univers.
En France, nous n'avoBs pas à prendre les précautions excessives et odieusement arbitraires du roi napolitain. Nous sommes assez forts pour avoir pi^u à redouter la publication d'une revae comme la OiviUa Gattcitca; mais je n'ose pas 'dire que nos institutions libérales soient assez robustes pour ne pas éprouver, à la longue, de perturbation par faction délétère d'une société ^ouée à l'enseignement, douée d'une activité extrême, dont le but dernier est l'absorption de toutes les forces sociales dans l'omnipotence de la roputé spirituelle et temporelle des poBtifes romains.
Je crois avoir fait toucher du doigt, dans ce livre, combien a été maladroite la Compagnie 'de Jésus lorsque, rétablie par les papes, elle n'a pas compris qu'un ordre nouveau s'inaugurait dans le monde, et que sa première condition de durée, comme la grandeur et la sainteté de la tâche qu'elle pouvait remplir dans cette société, fondée sur de nouvelles bases, consistait à s'assimiler les principes nouveaux, à marcher avec le siècle, à être de son temps et de son pays, au lieu de s'imposer la lutte colossale et absurde de faire
Grégoire y^, en pimn moyen ègf , et que le ipop4« QMNkroe repoussera a^ec une iqaplacable horreur»
Que les Jésuites aiept cpojçm cette foUe idéc^ p'il^ la poursuivent avec des effprts inopfs et uae persistance digue .d'une meilleure cajMse, pn le Terra dans ce livre. Qu'ils marchent ainsi k upe .lutte dernière et inévitable, en achevant, par leurs imprudeinces, de réveiller les soupçons de ceux qui les supportent encore par respect pour la liberté, c'est ce qu'il. n'est pas difficile de conclure ai^ourd'hui, pensée que j'ai dû peu déve-^ lopper,. parce ,que j'ai voulu la laissjer à l'intelligence et à la logique de mes lecteurs. On ne peut pas faire un défi éternel à la vérité, à la raison, à la force expansive du progrès, sans quf cette vérité nous dévoile, sans que cette rai^(|P nous arrête, sans que cette force nous écrase.
Pendant que les hommes de la Secte voyai< dans le Mcwâit et dans ta Religieuse des liv; sortis de l'enfer, d'autres critiques leur repj chaient de se renfermer trop étroitement da. l'orthodoxie^ et de ne pousser la hardiesse qu'aux limites du gallicanisme. „Nous pouvons, dit l'un d'eux dans l'un des grands organes de la presse parisienne, rassurer les fidèles que la réputation du Moiudit éloignerait de la Beligieiuse. Ce dernier travail est orthodoxe, et l'on peut, sans crainte d'y rencontrer Je poison ^ l'hérésie, en faire sa lecture et .S4^i profit" On . cpmpreud ma répoi^^.
20 PBBFACB,
Je reste dans l'orthodoxie, surtout parce que mes convictions sont orthodoxes, et que j'ai dû me respecter, même au milieu des écarts que semblait tolérer le roman; mais j'y reste encore, et c*est ce que mon illustre critique n'a pas entrevu^ parce que la sainte cause du progrès dans l'Église^ que je ne sépare pas, comme il le suppose faus* sèment, du progrès de l'humanité, eût été compromise par une profession de foi hétérodoxe.
On aurait demandé avec raison au prêtre, auteur du Maudit et de la Rdigteuse, et se jetant hors des barrières du symbole, pourquoi, ennemi de l'Église, il viendrait se dire, dans son sein, un réformateur pacifique, un transformateur ? Les Yeuillot, les Yenet et les Chauvelot eussent été forts contre moi. C'est précisément cette orthodoxie rigoureuse qui est leur . désespoir. Ils peuvent rugir, me jeter leurs injures, et les plus grossières encore; ils peuvent, pour tromper les niais de la Secte, qui ne manquent pas de les croire sur parole, avancer quç j'attaque le Christ, sa loi, son Église ; ce qu'ils ne peuvent pas produire, c'est un passage enseignant, d'une manière formelle, et intentionnellement, une grave erreur dogmatique.
Qu'on y prenne garde! si le christianisme est divin, il sera un jour définilivement la grande religion de l'humanité. Est-ce mieux servir la cause du progrès, de procéder par des négations du dogme, qui n'ont pas avec elles leiir force de