TESTAMENT IN ARTICULO MORTIS
au plus offrant, il ne s'agissait que d'y mettre le prix. Mais, quand j'allai chea Betf ino, il se trouTa qu'il avait quitté Rome. Où avait-il porté sa p»* lelte et ses pinceaux ? Personne ne put me renseigner là-dessus.
Le Père Ruffin avait été habile !
Je me {nrésentai alors chez le marquis. Depuis le départ de son neveu il était malade. Je ne fus pas reçu, et son vieux valet de chambre, qui était toirt dévoué à Gustave, s'attendrit beaucoup avec moi sur le sort du bon et charmant jeune bonune; il ne me dissimula pas qxTil savait très-bien que le Père Ruffin était la seule cause de la disgrâce du baron. Ce méchant Père, ajouta le bonhcMnme, ne quitte pas le chevet du lit de mon maître.
Pendant que je causais avec Antoine, jevis passer dans la cour une femnïe qu'il me sembla reconnaître pour Félicité Morbini.
— Connaissez-vous la personne qui vient d'entrer dans la maison? dis-je au valet de chambre.
— Oui et non, me dit-il; elle est venue ici plusieurs fois depuis trois semaines; mais je ne sais pas même son nom. C'est une béate comme il y en a tant dans ce pays. Il n'y a pas longtemps qu'elle est à Rome, le Père Rufïîn la connaît. Elle fait uïfe neovaine pour le rétablissement de la santé de M. le marquis. Le Père Ruffin assure qu'il s'est
manifesté un mieux sensible depuis que la neu» vaine est commencée. Je ne trouve pas cela; mon pauvre maître me paraît au contraire baisser tous les jours davantage. Ah ! si M. le baron Gustave et mademoiselle Marguerite étaient ici !
Le lendemain, dans la soirée, nous étions, quelques Pères et moi, dans la chambre du Général ; la conversation s'était engagée sur la maladie du marquis de Flaviac,
— On assure qu'il est sans ressource.
— Oui, dit le Général, ce malin le médecin ne laissait aucun espoir,
— Nous perdons en lui , dit l'Assistant pour la France, le plus fidèle de nos affiliés; il ne s'est pas démenti un seul instant.
— Est-il vrai qu'il a chassé son neveu ?
— Oui, et il a bien fait ! c'était un impie, un ennemi de notre Société.
— Le marquis avait pourtant formé le projet de marier ce mauvais sujet avec sa petite-fille.
— On lui a ouvert les yeux.
— Notre Père Ruffin, dit le Général, a tenté de convertir ce malheureux jeune homme, il a échoué. L'éducation première avait été si détestable !
Dans ce moment le Père Ruffin entra.
11 portait la tète haute ; son air était plus altier que de coutume.