RÉACTION A ROME. — SITUATION NOUVELLE
plus qu'appeler mon ami. Mais réussirons-nous?
« L'insuccès des efforts du Général pour faire arriver Lambruschini à la papauté, au moyen d'une déchéance de Pie IX, pourrait beaucoup nous servir. Un supérieur Général d'un Ordre religieux qui conspire hautement contre un saint Pape, élu bien canoniquement, qui se fait l'agent de l'Autriche, qui soudoie des bandits pour opérer une émeute dans Rome où le Pape serait enlevé et forcé de signer son abdication, n'est-ce pas un fait qu'on croirait emprunté aux âges de violence et de barbarie où il se passait de si étranges choses? Et la Compagnie, consultée en assemblée générale, n'aurait-elle pas le droit de prendre cette étrange prévarication de son chef, ce crime de conspiration patente contre un pape, pour changer complètement sa direction générale, l'esprit de son institution, et se proposer un but nouveau au sein de la société chrétienne?
« J'espère donc sur cela ; mais il nous faudrait le secours du pape lui-même ; et plus que jamais il recule et il a peur.
«Aumomentoùj'allaiscloremalettre, j'apprends que le fameux complot Lambruschini a échoué. Cicirruachio devait être frappé par un jeune paysan que le sort avait désigné, et dont Cicirruachio avait secouru le vieux père. Agité de remords, il est venu lui-même prévenir sa victime. Cicirrua-
chio avait été déjà F objet d'une menace publique de la part de Nardoni. Dans le moment, une lettre anonyme lui dévoilait tout le complot. Il est allé aux Théatins demander le Père Ventura. Celuici s'est rendu immédiatement auprès du Saint- Père. Pie IX a voulu éviter l'éclat, et il a fait prévenir les chefs du complot qu'il savait tout. Le cardinal Lambruschini, Grossellini, Nardoni se sont échappés de Rome. On a arrêté le colonel Freddi et le capitaine Alaï, au moment où ils passaient la frontière. On dit le Pape furieux contre notre Général. Que n'ètes-vous ici ? On le presserait. Peut-être obtiendrait-on quelque diose? Mais je crains bien que Roothaan ne vous laisse votre mission en France que pour vous retenir loin de Rome.
« Je çontinu^ai à vous faire savoir les événements.
Deuxième lettre du Père G... au Père de
Sainte-Maure.
. « . . • . Notre Général est visiblement affecté depuis quelque temps. Je suis parvenu à savoir à peu près l'état de son âme par l'un de ses affidés, le Père ***, celui qui nous racontait avec tant d'ébahissement les belles espérances du parti
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extrême pour déposer Pie IX. Rootfaaan travaille maintenant à faire revenir Lambraschini. Il obsède le Pape ; et, chose singulière, au liai de lui dire : Vous êtes le premier coupable, le Pape essaye de le gagner et de s*en faire un partisan.
c< Voilà la situation nouvelle. Nous sommes de plus en plus Tobjet de la haine générale. Les comî* tés savent que Roothaan était de la conspiration, et le voir accueilli favorablement à cette heure au Vatican fait dire de Pie IX d'étranges choses* Celui-ci vient d'accepter, par une lettre rendue po^ blique, la dédicace du livre du Père Paonne sur la sainte Vierge. On lisait hier au pied de la statue de Pasquin : « Pîe /X est devenu Jésuite. » On fait courir une caricature où le Pape est métamorphosé en tortue.
<K Vous voyez que les beaux soldas déclinent. »
TroisièmelettreduPèreG...auPèrede
Sainte-Maure.
Le G€$ù, 12 sei)lembre IS47.
« Il y a ici grand remuenoiénage dans le journa^ lisme. Monsignor Gauola a attaqué, dans le CohtemporaneOy le parti politique qui, en Suisse, ^ Belgique et en France, a pris le nom départi catholique. 11 a démontré quelle imprudence il y avait, pour les catholiques, à sortir du cercle jexclusivement
religieux et à se perdre dans les conflits de la politi* que humaine. Mais comme il attaquait les Jésuites pour la conduite que nous tenons en Suisse^ le Père Général a fait des plaintes amères ; n(^re parti à Rome s'est ému; on est allé jusqu'à faire intervenir le confesseur de Sa Sainteté. On a dit au Pape que tout était perdu ; qu'en raison de cette funeste liberté de la presse, qu'il a accordée, on commence à s'attaquer maintenant aux catholi* ques, aux Jésuites, et qu'on finira bientôt par s'attaquer, au milieu de Rome même, à la religion et au Saint-Siège, On avait choisi ce thème qui a été admirablement mis en œuvre. Le confesseur du Pape, gagné par notre Général, a été foudroyant* On a su qu'après sa confession le Pape avait beau* coup pleuré, et que l'impression de l'algarade du père de son âme avait été telle qu'il s'était cru en état de damnation.
« 11 a fait immédiatement de l'arbitraire, ni plus ni moins que ne l'eût fait son prédécesseur. Il a ordonné que l'on condamnât l'article dans le Journal offideL 11 a expulsé de Rome monsignor Gaz- Tiola; elle professeur Betti, coupable d'avoir laissé passer l'article, a été suspendu de ses fonctions de censeur*
« Notre Général et les partisans du Gesû ont eu leur triomphe; mais ce triomphe a été court. Dès le lendemain, tous les journaux de Rome, par un