‹ Le Jésuite (volume 3)Chapitre 33 sur 47 · RÉACTION A KOME. — SITUATION NOUVELLE · texte numérisé non relu

RÉACTION A KOME. — SITUATION NOUVELLE

accord tacite, ont cessé de paraître. Le peuple, qui s'est afFriandé à la lecture des journaux, plus libres qu'autrefois et discutant ses intérêts, a jeté feu et flamme. Et le malheureux Pape, fort embarrassé, a dû révoquer les mesures rigoureuses qu'il avait prises.

« Ceci vou^dit toute la position. 11 est évident pour moi que le Pape, faible de caractère comme on le connaît, se laissera intimider par la faction rétrograde. Ce jour-là, nous sommes perdus. »

Ces lettres me mirent dans une transe extrême. Quelque énergie que je puisasse dans ma convie* tion, j'avais vu de trop près le Gesû pour croire que, sans une main puissante, l'ébranlement que ma parole avait donné au vieux colosse pût suffire à le renverser. C'était une œuvre gigantesque; et plus le moment approchait où je ferais à tous, dans la Compagnie, un appel suprême, plus je sentais de quelle force eût été, pour la réforme, le bras du chef de l'Église, qui en définitive peut faire valoir, en cette matière de pure discipline, le vœu d'obéissance que l'Ordre lui a fait avec tant d'ostentation depuis quatre siècles.

Je continuai ma propagande en Frayce, en Suisse et en Belgique. J'avais, dans ce dernier pays, un Père qui venait de quitter Rome, et qui était parti tout imbu de mes idées. Ce fut lui qui remua

l'élément belge, très-accessible aux idées d*amélioration. En France je gagnai quelques Pères ; mais je trouvai l'ensemble des Jésuites français, chose incroyable, moins disposés que les romains, les belges et ceux des autres nations à briser avec les vieilleries du seizième siècle. Jusqu'en Pologne, je le sus par une lettre secrète, l'idée marchait» Mais en France nos Jésuites, à part le petit nombre dont j'ai déjà parlé, étaient des réactionnaires de la pire espèce, c'est-à-dire des sceptiques tombés dans rindiflerentisme politique, et encore imbus des idées d'alliance de l'autel et du trône qui avaient fait le catéchisme religieux sous la Restauration • Ils ne savaient quelle marche suivre pour ne pas faire sombrer définitivement l'Ordre. Je les voyais singulièrement montés contre Pie iX; et quand toute la France avait retenti' d'éloges pour le nouveau pontife, leur mot avait été celui-ci : « Nous verrons bien comment finira ce grand Pape ! » La parole réformatrice fut donc reçue à Paris avec une certaine réserve*

J'ai le malheur de ne pas excepter mon vénérable Pèrç de Rav. . . , dont la haute intelligence menaçait de plus en plus de s'étioler au souffle glacé du formalisme religieux. Le digne homme s'était jeté dans la voie d'un ascétisme ardent où les Pères, qui redoutaient ses boutades et ses retours de raison, l'avaient attiré, afin de le mieux tenir. Quand je pus

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