PREFACE
féré, comme Montaine et Montesquieu, élever de graves moDumeuts auxquels j'eusse ûiis mon nom avec orgueil, plutôt que de cacher sous le double voile de la fiction et de l'anonyme, et mon nom et mes pensées. Certes cela m'eût donné plus de gloire, mais eût imposé à ma plume une réserve qui eût rendu mes livres à peu près stériles, puisqu'ils ne fussent pas descendus au sein des masses. Avec le roman, je me condamne à l'éternelle obscurité; mais, comme le levier qui soulève des blocs immenses, comme le levain qui gonfle la pâte destinée à devenir le pain substantiel, j'obtiens un résultat précis, immédiat. J'arrive à la foule intelligente dans les deux mondes ; je me mêle à tout ce qui a de chaudes sympathies pour le progrès, de fortes aspirations vers les destinées nouvelles de l'humanité. Je suis moins écrivain, dans le vieux sens du mot; je suis plus homme; je m'incarne, je suis peuple!
Aujourd'hui je continue ma laborieuse tâche. Dix éditions, en quelques mois, de la Religieuse, après le succès colossal du Maudit^ m'ont prouvé que les masses m'avaient compris, mieux que cela, que j'étais devenu -l'expression vivante de ce qu'elles pensent, de ce qu'elles espèrent, devant cette incommensurable question religieuse, à laquelle tout tient dans l'humanité, comme au sang tient la vie, comme à la sève tient la végétation.
J'ai compris, avec les masses, que l'âme humaine ne vit pas sans religion; et elles ont trouvé,
avec mM, rei][)lication de rénignie qiri les tour* mentait, en lace d'une Église dépositaire officielle du christianisme, qui semblait ne vouloir les gm-* der dans leurs destinées spirituelles, qu'à la con* dition de les asservir sous le joug d'une théo* cratie avec laquelle ne s'allie pas la liberté. Chrétiens sans la liberté qui £Mt l'homme, hommes sans la religion qui contient tout le christianisme, il y avait là une antinomie effrayante. Elles avaient raison les masses, qui vivent de leurs poissants instincts, de s'attrister du problème don* loureux que leur posait le XIX® siècle: l'affaisse* ment social avec les croyances traditionnelles; les grandeurs sociales, le progrès avec une sorte d'athéisme!
Ma grande mission, mon apostolat pacifique an sein des masses est d'expliquer l'énigme religieuse. Humble guide, qui connaît le sentier pour atteindre au pic élevé, je viens dire au monde: ttNe restez pas là immobile au pied de ces rochers gigantesques auxquels l'aigle seul se sus* pend; maïs suivez-moi: je sais par où ces sommets, qui touchent au ciel, sont abordables.** Telle est ma tâche au sein du XIX® sièele. Devant les désolantes pensées du doute j'apporte «ne affirmation; après trois longs siècles de guerres religieuses entre la foi et la philosophie, fapporte une parole de paix. — Que croire? a fo la raison. Et les masses s'en sont allées tristnaent avec cette parole de négation, eu répéta
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tant: — Que proire? — Faites taire la raison, a dit le prêtre, même devant Tabsurde: Oredo gttdà (ibsurdum. Et quelques intelligences effrayées, s'imposant le suicide, ont répé^: — Fai^^ sons taire la raison.
Ni le doute cruel de la raison, ni la parole désespérante du prêtre.
La Térité est dans Pâme humaine ; elle ne périra pas. La religion est là, tout aussi bien que les lois du monde matériel et les axiomes inattaquables des mathématiques: la religion ne saurait donc périr.
Mais garde*t-elle impérieusement toujours les mêmes formes? Se manifestera-t-elle constamment avec le même culte? L'histoire seule du christianisme me répondra. Dieu recevait l'adoration des croyants, manifestée par un sacrifice de taureaux, de béliers ou de colombes, dans le temple pompeux que lui éleva Salomon, comme il reçoit Tadoratîon de la plus pauvre femme, qui assiste au service divin dans une misérable église de campagne. On le voit, le culte est variole, Tadoration ne Test pas.
— Vous voulez donc abolir le culte catholique ?
— Pas le moins du monde! Je ne viens ries abolir; mais je viens vous enseigner que les cultei se transforment, rien de plus, rien au delà, j} ne touche pas même à notre eau bénite, symbo^ de purification, qui a appartenu au paganisme
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comme à TÉglise, et que je coraprends, tant que l'âme bniiiaine tiefit au symbole. Mais s'il vieni un jour où Tâme humaine soit complètement iodifféreole au symbole , par là même à l'eau bénite, je vous dis que l'adoratioii ne cessera pas pour cela , et que plus elle sera dépouillée du symbole, plus elle se fera en esprit; et que plus elle se fera en espnt, plus elle sera vraie el di-* ?ine, par conséquent chrétienne. Comprenez-Yous cela?
Voici donc l'horizon que je suis venu ouvrir, le petit» fragment de vrai que je suis venu déposer dans le monde. Il s'opère une révolution religieuse lente au sein des âmes, comme le sonlèvement, inappréciaUe presque à chaque siècle, des con«« tinents sur les mers; cette révolution transforme le christianisme, — la pLus parfaite expression de la rente religieuse que l'humanité ait comprise, -*« pour l'assimiler à un nouvel ordre d'existence des races humaines sur ce globe, existence qu'on ne soupçonnait pas dans le passé, et que préparent, aux yeux de tous, les étonnants progrès de la civi-* lisation dont nous ne faisons qu'entrevoir l'aurore. Comprenez-vous encore cela?
Cette transformation religieuse amènera forcément une Église nouveMe, non pas nouvelle en ce sens, qu'elle enseignera é^ dogmes négateurs de ceux qu'elle a enseignés, déjà, les mathéou^iqués religieuses ne'>se contredisent pas plus que <eelles de la scienc»^, mais no«vette pftrce qu'^e aiirè
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une «j^lication différente» on rapport a^te les liemns DouYsaux» de la vérité îinpériBsablâet.iion ebangeante* Est-ce clair?
Oette révolution si lente, mais irrésistible dans ses effets, repoussera logiquement le sacerdoce ofiGciel qui s'obstinera à r^arder eomme vérité absolue la forme sous laquelle il a vu et conqirîs le christianisme, mais elle ne détruira pas, pour oela, le sacerdoce, qui viendra prendre sa belle place, comme fonction, au sein de l'Église non- Telle.
Donc solution du problème terrible qui se dresse en ce moment devant les masses. Plus d'antagonisme qui ne puisse être arrêté] Plus de mur d'airain entre la raison qui est la foi naturelle et la &î qai est la raison révélée, c'est-à-dire manifestée de Dieu. Évolution de l'âme bumaine vers un christianisme moins enveloppé de formes et de symboles, moins matérialisé, par eonséqu^oit rendant avec plus de vérité la formule divine: „Un moment viendra où l'on adorera le Père en esprit et en vérité."
. La raison garantie!
L'orthodoxie sauvée!
C'est là ce que renferme ce mot si juste dont mes livres n'<mt été que le large commentaire: Transformation religieuse.
Que des hommes, eonservateurs offioek du dépôt sacré confié par la foi, ne se baient pae
d'accepter ce pro^raniBi^; 4|ii'ils eberohent, «ree une légitime prudenee, si cette purole de réoriT^io, «'adressantam masses, ne cache pas quelque piège, je n'ai pas à me plaindre de cette réserve^ je n'ai pas ^ blâmer leur sileBoe^
Mais que de telles théoriee, si respectueuse» pour ce qui est, pour T^Use catlMi>lu|ue, telle ^e les sièdes noua la moatrent à noW âge de renouvellement, si respectueuses pour son chef exerçant une primauté que lui ont garantie les {[rands conciles où était réuni le monde civilisé d'alors de l'Orient et de l'Occident, comme pour ces évéqiiwfi successeurs , dans l'apostolat, des grandes figures historiques qui s'appelèrent saint Jean, samt Marc, saint Pethin; que des théories qui, en s'attaquant à l'Église pour amener wm évolution radounelle, par conséquent son progrès et sa gloire dans Favenir, au même titre que les forces intrineèques de la nature pour maintenir et perfectionner l'oeuvre merveilleuse du monde créé, soient de la part d'une école religieuse» combattue par moi, je le reconnais, avec quelque véhémence, l'objet d'anathèmes terribles comme li je venais renouveler les erreurs d'Ariuft , et, second Luther, bouleverser l'Europe chrétienne» eeb ne se conçoit pas. Cest plus que de la oolère, c'est de la déraisen.
J'aurais voulu que l'édrie ultramontaifle, théo^ antique «t formdiste, que je combats avec loyauté