‹ Le jésuiteChapitre 26 sur 32 · LE RÉFORMATEUR · texte numérisé non relu

LE RÉFORMATEUR

La grande idée.

L'orgueilleux Ricci avait répondu au Pape Clément XIII, qui lui demandait une réforme des Jésuites, de la part de la France: Sint siciU 8unt, aut non sint.

Je retournai la réponse et je me dis : — Qu'ils restent, mais qu'ils se réforment! — Pourquoi, instituée pour les luttes du seizième siècle, ordre militant plutôt que corporation paisible destinée à l'enseignement et à l'apostolat, la Compagnie ne renoncerait-elle pas aux idées guerroyantes du seizième siècle? Pourquoi, après les révolutions profondes qui ont créé dans le monde une civilisation nouvelle, l'Ordre ne se mettrait-il pas au

PAR l'aBBB ♦♦♦ 131

service de cette civilisation? Pourquoi, abandonnant la folle théorie du Pape Hildebrand, n'acr cepterait-il pas cette sage donnée de l'esprit moderne, la séparation de rÉgiisé et de l'État, se mouvant chacun dans la lihre sphère, sans rêver la domination de l'un sur l'autre, sans perpétuer un dualisme éternel?

Comme l'imagination marche vite, je ne trouvais aucun obstacle sérieux à cette réforme. U ne s'agissait pas d'imposer à l'Ordre la moindre humiliation, d'exiger de lui un seul sacrifice* Tonte la question était celle-ci: Prendre un esprit * nouveau.

Depuis mon entretien avec le comte de ***, je n^e confirmais de plus en plus dans la conviction que nous avions suivi, jusqu'à notre suppression par Clément XIV, des errements déplorables, et le mot du comte de Chambord était toujours à mon oreille que, „sans un changement radical, nous étions dorénavant impossibles/' Mes idées prenaient un nouveau cours. Et, le sentiment personnel se mêlant à tout, j'en arrivai à me figurer, dans l'avenir, le rôle glorieux de réformateur de la Société de Jésus.

Hélas 1 triste ambition, si c'est l'ambition qui m'inspira, et nullement l'intérêt ardent que je portais à l'Ordre où j'étais entré de mon libre choix.

Mais n'anticipons pas sur les événements.

En arrivant à Paris, j'allai descendre rue de

132 LE itfiUITE

Sèvres. Je devrais prêcher la station de rAvent à Saint-Thomas-d'AquÎD.

Le révérend Père Général m'avait donné peur madame de Flaviae une lettre de condoléance, an sujet de la mort de son bean-père; il m'avait enjoint de la remettre moi-même.

Je me rendis à Thôtel de Flaviacl La comtesse me reçut de la manière la plus gracieuse. Toute l'hostilité qu'elle m'avait jadis témoignée semblait avoir disparu. Elle me parla de la mort de son beau-pére en termes convenables et ne parut pas blessée le moins du monde des dispositions testamentaires du vieillard en hveur des Jésuites. Savoir Gustave déshérité était une consolation pour elle. — Jamais, me dit- ^le, je n'aurais consenti à ce mariage, et d'ailleurs ma fille veut se consacrer à Dieu.

— Marguerite est encore une enfant, lui disje, et une telle résolution ne saurait être irrévocable.

— Sainte Euphrasie, princesse de sang royal, n'avait que sept ans quand elle entra dans un monastère, me dit madame de Flaviae D'ailleurs vous allez voir Marguerite, et vous pourrez vous convaincre que ce développement précoce des facultés intellectuelles et morales, que vous avez toujours remarqué en elle, n'a fait que s'accroître. Marguerite n'est plus une enfant.

— Est-ce que vous l'avez retirée du Sacré- Cœur?

PAR l'abbé *** 133

— Oui, je l'ai reprise pour quelque temp» avec moi. La mort de son grand- père Fa cruellement impressionnée. La sensibilité de cette enfant est excessive. Combien je suis heureuse de voir son cœur se donner tout entier à Dieu, à celui qui seul peut le remplir!

£t sonnant, la comtesse donna Tordre à son valet de chambre de faire prévenir mademoiseUe de Flaviac qu'on la demandait au salon.

Un instant après Marguerite entra.

Elle était d'une pâleur que ses vêtements de deuil rendaient plus frappante encore; mais, en m'apercevant, une faible rougeur colora ses joues. Un cri de joie lui échappa.

Cette fois, madame de Flaviac sembla trouver tout naturel que sa fille éprouvât quelque plaisir à me revoir ; elle plaça elle-même la petite main de Marguerite dans la mienne.

Je regardais cette enfant: elle avait prodigieusement grandi, et sa vue produisit sur moi une étrange impression. Il me sembla retrouver en elle cette douce vision qui s'était emparée avec tant de force des années de ma jeunesse. Mon idéal était bien là devant moi. Je subissais le charme de cette apparition ravissante, sans me rendre hien compte de l'attraction qu'elle exerçait sur moi. Je sentais du bonheur à la voir, et voilà tout. Elle n'était à mes yeux ni tout à fait une enfant, ni tout à fait une adolescente; cet ensemble de création féminine, à laquelle je

ne saurais donner un nom, me .disait plutôt un ange descendu parmi les^ommes.

Pendant le temps que je restai à Paris, je re- Tins tous les jours à Thôtel de Flaviac. La comtesse se montrait de plus en plus bienveillante pour moi. Je repris ma direction d'autrefois sur les études de Marguerite, et je passai là les heures les plus douces de ma vie.

Mais cette vocation religieuse que madame de Flaviac ne semblait pas mettre en doute, je ne la reconnaissais pas. Un jour que j'étais seul avec Marguerite, je Finterrogeai là-dessus. Je compris, que la pauvre enfant, que j'avais vue souffrir cruellement, à Rome, de l'indifférence, de l'aversion même que sa mère lui témoignait, avait voulu gagner, à tout prix, ce cœur qui semblait fermé pour elle ; et malgré le peu d'attrait qu'elle se sentait pour la vie religieuse, elle était résolue de s'y engager. Elle l'avait, promis à sa mère, et celle-ci lui. avait témoigné, après cette promesse, tant d'affection qu'il lui était impossible de se repentir de l'avoir faite.

— Ma mère, me dit Marguerite, se fera religieuse dans le même couvent que moi, au Sacré- Cœur. Nous ne nous quitterons pas, et auprès d'<^lle je serai heureuse. Je l'ai tant aimée, ma mère! même quand il me semblait qu'elle était bien sévère pour moi, qu'à présent que nos deux cœurs se comprennent je sens bien que je ne saurais vivre sans elle.

PAR l'abbé *** 135

Marguerite s'exagérait beaucoup cette affection tardive que sa mère lui accordait. Pas un amour ne devait réchauffer le cœur de glace de la comtesse, pas même l'amour maternel. Elle était devenue réellement dévote, et dévote jusqu'au fanatisme. Mais là aussi l'amour était absent. Le mot carîtasy qui renferme et le sentiment de gratitude filiale, d'abandon à la douce providence du Père qui est aux cieux, et la sainte fraternité que le Christ est venu nous enseigner, ce mot divin, qui est tout le christianisme, n'avait pas de sens pour la comtesse. Sa religion était du dévotisme et rien de plus. A mesure qu'elle vieillissait, ce dévolisme devenait acerbe, intolérant: il se concentrait dans une multitude de petites pratiques qu'elle imposait à sa fille, joug pesant que l'enfant acceptait, en comprenant le vide de toutes ces choses, uniquement pour plaire à sa mère.

Hélas! je dois faire ici l'aveu d'une faiblesse! Je me promettais bien, quand le moment serait Tenu, de parler à Marguerite le langage de la raison et de lui dire qu'on ne s'engage pas dans un état de vie exceptionnel uniquement pour obéir à la volonté maternelle. Mais, au fond du cœur, je désirais que cette vocation devint sérieuse. Je n'avais pas fait sur les couvents de" femmes les réflexions que j'ai eu l'occasion de faire plus tard. Je n'avais pas encore reconnu que tous, hors ceux où l'on s'engage, par des vœux simples et pour

US temps limité, à soigner tes paovres et les malades, sont un contre-sens dans les temps modernes et n'ont aucune raison d'être. La pensée de voir un jour Marguerite religieuse était douce pour moi. Là elle serait ma sœur ; et, déjà, prévoyant quelles réformes on pourrait apporter dans les couvents pour les mettre en harmonie avec les besoins nouveaux de la société, je faisais des plans d'avenir auxquels j'associais Marguerite. Dans ce but, je développais cette jeune intelligence au point de vue des idées sérieuses. J'oubliais l'âge de Marguerite; et trouvant en elle les aptitudes qui faisaient de son malheureux Père, un homme si distingué, je l'initiais aux procédés philosophiques. Elle me suivait sans effort, se passionnait pour ces études, et gardait cependant toute la simplicité, toute la candeur de l'adolescence. Et moi, auprès de cette adorable enfant, je passais les seuls instants de bonheur parfait qu'il m'ait été donné de goûter sur la terre.

Avant de commencer mes prédications, je voulus m'acquitter de ma mission diplomatique, pour être tout entier à ces fonctions religieuses qui m'allaient mieux, je l'avoue, que celles de favoriser les visées ambitieuses de mon ordre.

Je me rendis chez M.***. Rien dans l'appartement où je fus reçus ne m'indiquait un fougueux démocrate, un ennemi des prêtres. Je n'en étais pas alors à séparer ces deux idées l'une de l'autre. Le salon était meublé avec goût, mais sans luxe:

PAR L AB0B

quelques tabl«aax d'une composition sévère le décoraient

Quand j'entrai M.*** était en famille. Troi» jeunes enfants lisaient ou feuilletaient des images. Une grande Bible, aux figures coloriées, était sur les genoux de la mère: le plus petit des enfants se faisait expliquer ces figures.

M.*** me présenta à sa femme, et il me dit :

— Mon Père, bénissez ces enfants. Marie^ l'aînée, fera cette année sa première communion à Saint-Louis-d'Antin. M. le curé est assez content d'elle. Sa mère s'est occupée de son éducation religieuse.

Je n'en revenais pas. Ce n'était pas certes une mise en scène faite pour moi. Je na pouvais être attendu ni ce jour-là ni à cette heure.

M.*** était un petit homme aux formes les plus douces. Sa longue barbe blonde et soyeuse, des yeux bleus, un sourire bon et franc en faisaient un type de ces natures aimantes qui se montrent de loin en loin. On voyait qu'il aimait la vie de famille, qu'il se plaisait dans son intérieur.

— Voulez-vous passer dans nu)n cabinet, mon Père?

— Très-volontiers, répondis-je.

Et j'entrai dans son cabinet de travail. Ce visage s'était tout à coup transfiguré. Cet œil, sans cesser d'être doux, était devenu ferme; le sourire avait fait place à un calme impassible, et

j'ai su depuis que, dans les événements de 1848, au sein du Gouvernement provisoire, cet homme avait montré une extrême énergie.

J'étais assis dans un fauteuil, en face de lui Il ne prononça pas une parole; il m'attendait

— Je dois, vous être annoncé, monsieur, lai dis-je en lui remettant la lettre qui m'accréditait auprès du comité démocratique dont il était le représentant officiel.

— Oui, mon Père, me répondit-il.

— J^'ai auprès de vous une mission délicate, à laquelle notre Général m'a dit que vous étiez préparé.

— Expliquez-vous, mon Père.

Je me sentis impressionné de la réserve et du sang-froid de cet homme. J'exposai cependant avec assez d'aisance les idées que le Père Roothaan m'avait dit de faire valoir, pour engager les démocrates français à nous être favorables.

11 me répondit:

— Mon Père, il s'est fait dans la démocratie un notable revirement, et votre ordre doit en retirer le bénéfice. • Nous avons la prétention de n'hériter d'aucun des griefs du passé. 11 y a tant à souffrir du régime restrictif de cette royauté, arrivée au pouvoir avec des mots de libéralisme, qu'au risque de tomber dans un autre excès, nous sommes bien déterminés à inaugurer franchement Tére sérieuse de la liberté pour tous. Nous croyons très-rapprochée l'heure de notre délivrance; mais

nous ne la hâtons pas. Nous laisserons faire le temps, qui use ces royautés d'usurpation ^^es droits du peuple et du droit des royautés renversées plus vite que toutes lés autres.

Je puis vous garantir, au nom de la démocratie, votre légitime place parmi nous. Dès le lendemain de son triomphe, la République ne distinguera rien, nobles, prêtres, bourgeois, riches, prolétaires. Elle pe verra que des enfants de la grande famille française, des citoyens soumis à la loi. Croyez-le bien, nous serons lidèles à ce. programme; et dût-il n'être qu'une généreuse illusion, dût une réaction, qu'il faut toujours prévoir, se servir de cette immense tolérance, poussée jusqu'à la bénignité, pour renverser l'ordre nouveau inauguré par nous, nous ne • dévierons pas de nos principes. La démocratie est assez forte pour essayer, à ses risques et périls, la conciliation universelle.

Vous pourrez donc rentrer en France, mes Pères; vous y serez sous la protection de la loi; vous serez régis par le droit commun. Pas plus que le clergé séculier, vous ne serez exclus de ce droit, comme nous n'aurons aucune pensée d'ostracisme contre les hommes que leurs anciennes sympathies rattacheraient aux familles détrônées.

Nous n'avons donc pas de reconnaissance à vous demander; il nous suffira que vous gyez foi dans notre parole.

St jnaintenaiit, ce qui est dans les choses possibles, nous nous Urouvons avoir fait un faux calcul, avoir mal compris les intérêts et les passioos politiques, nous subirons les conséquences de notre faute; mais nous pourrons, en voyant tomber la République, affirmer que, dans notre pensée et dans nos principes, elle aura été pure.

Je désire qu'un jour, si votre ordre a toute liberté pour s'établir en France, on n'ait pas à reconnaître que vous n'avez pas compris cette liberté et que vous n'avez pas été dignes d'elle.

Ces dernières paroles dites simplement, mais avec un ton presque ému, et qui me semblèrent prophétiques, me touchèrent: je pris la main de cet homme.

— Je vous jure, lui dis-je, par ce qu'il y a de plus sacré pour moi, que je ferai tout pour que le gouvernement qui nous accueillera n'ait pas à se repentir de nous avoir rendu la plénitude de nos droits dans notre patrie.

— Les Jésuites n'ont pas de patrie, me répondit-il: ils appartiennent à l'Ordre. Ce n'est point au nom d'un Français que vous venez traiter avec moi, mais au nom du chef d'un gouvernement étranger, d'une organisation plus puissante et plus vivace que celle de la plupart des royautés de l'Europe. En vous donnant la liberté, comme Français, d'avoir des maisons, des noviciats, des collèges même, on ne pourra se dissimuler que

PAR l'abbé ♦** 141

VOUS êtes liés bien phis fortemenl; au gouvernement de rOrdre qu'à celui du pays où tous êtes né.

' — Et c'est cette malheureuse opinion que l'on a de nous, qui nous a toujours mis dans un état de suspicion.

— Vous ne pouvez nier que cette opinion ne soit fondée. Mais enfin, je vous le répète, si nous arrivons, nous ne marchanderons la liberté ni à nos amis ni à nos ennemis.

— Et alors, lui dis-je, nous ne serons jamais vos ennemis.

— Qu'il en soit ainsi, me dit-il.

Je sortis émerveillé de ce sanctuaire paisible où j'avais vu un délicieux tableau de vie intime, un intérieur vraiment chrétien. J'avais remarqué un beau Christ d'ivoire dans le cabinet de M.***. En repassant dans le salon, je saluai la jeune épouse, entourée de sa gracieuse famille. Les enfants me suivirent d'un doux regard.

— J'espère, me dit le démocrate, que vous voudrez bien vous souvenir de nous.

Et il ajouta:

— Si jamais je puis vous être utile, comptez sur moi. Dans un moment de danger pour vos Pères, ce que je ne crois pas possible, vous auriez un asile dans cette maison.

Je le remerciai cordialement, et je sortis en me disant:

142 LE IBSUITB

— Des hommes comme lui ont l'esprit de rÉvangile; nous en a^ons la lettre.

' Alea jacta est*

J'avais écrit, de Venise, au Père Général pour lui transmettre la réponse du comte de Chambord. Ma lettre était chiffrée à l'aide de notre grimoire. Je n'avais pas manqué de lui donner trèsjQdèJement cette réponse, ainsi que les réflexions qui me paraissaient si sages du comte de ***» Je lui témoignais mon regret d'avoir si mal réussi pour mon premier essai. Maintenant je pouvais lui transmettre les assurances si positives que me donnait le comité démocratique. Je reprenais ma revanche.

En réponse à ma première dépêche, Je reçus du général une lettre chiffrée, courte et sèche, où pas un mot de bienveillance ne m'était dit, et qui m'annonçait une lettre, non chiffrée ,' dont serait porteur un Père de la Compagnie de Jésus qui allait partir pour la France.

Je reçus en effet cette lettre, et ce fut le Père Ruftin qui me la remit; elle se croisa avec ma seconde dépêche annonçant le succès de mes

PAR L ABBE

négociations à Paris. J*ai gardé l'original de cette réponse :

„Père de Sainte- Maure, je vous accuse réception de votre lettre chiffrée. Devant la réponse si catégorique de M. le comte de Ch..., vous n'aviez rien à faire, et je ne puis vous en vouloir de rinsuccès de votre mission. Quant aux réflexions officieuses de M. le comte de ***, qui se prétend en cela l'interprète des pensées du prince exilé, j'ai de la peine à croire qu'il les ait rendues bien iîdèlement. Si je l'osais, je dirais qu'elles sont d'une haute outrecuidance, et de quelque part qu'elles viennent, nous n'avons de leçons à recevoir de personne. L'Ordre a traversé bien d'autres épreuves, et il n'a pas faibli. Il s'est affirmé ce qu'il est; il ne changera pas. Nous ne voulons pas, comme ces pauvres royautés qui s'affublent du manteau constitutionnel, consommer notre suicide. Cela plaît aux Bourbons de la branche aînée; c'est leur affaire. Pour nous, nous avons d'autres pensées, comme nous avons d'autres ressources et d'autres espérances. Nous tenons plus, en Europe, que les plus forts potentats sur leurs trônes. Croyez-moi, Père de Sainte-Maure, nous serons longtemps après eux.

„Quant à ces belles idées de changement dans notre ordre, j'ignore si jamais un de mes successeurs fera l'insigne folie de les laisser pénétrer parmi nous. Pour moi je briserais comme le jonc tout membre de la Compagnie qui aurait la fai-

144 L£ JBSUIT£

fale88e de se laisser séduire par elles. Je ne vous fais pas Tinjure de croire que le langage de ces pauvres exilés, qui voudraient se rattraper à toutes les branches, ait pu faire sur votre esprit la moin* dre impression. Ce sont des idées extravagantes qui ne sauraient entrer dans une intelligence qui m'a paru aussi droite que la vdtre.

^Toutefois, au milieu de ce monde de Pansy où bouillonnent, plus qu'ailleurs, toutes les sotti* ses humaines, il sera tendu des pièges à votre candeur et à votre loyauté. Tenez-vous bien en garde. Nous ne pouvons être, dans l'avenir, que ce que nous avons été au temps de notre gloire. II faut vaincre sur le terrain où se sont placés nos illustres Pères. Et ce terrain, c'est de ne faire aucune concession ni au temps ni aux hommes. Nous ne serons forts qu'en étant inflexibles. Entrez plus que jamais dans cette pensée; elle est notre salut. - "

(Venaient des recommandations personnelles.)

«ROOTHAAN, P. G. s. J."

Cette lettre ne pouvait pas me convaincre. H n'y avait pas huit jours que j'étais à Paris, at milieu de nos Pères, que choyé, fêté par eux, par conséquent recevant sur toutes choses leurs confidences les plus intimes, je m'apercevais que tous , ne voyaient pas l'avenir à un point de vue aussi exclusif. Je compris tout de suite qu'il y avait dans la Société deux esprits bien tranchés, dont Tuo, le

PAR l'abbé *** 145

plus nombreux, se cramponnait fortement au passé, mais dont l'autre irait sans répugnance vers les idées modérées dont se compose Tensembie des croyances politiques et sociales , qui sont comme le domaine intelligent d'une époque. Soit que je me fusse trahi par quelques mots, malgré cependant mes belles résolutions de prudence, soit que nos Pères , moins absolutistes que le Général, n'eussent pas été fâchés de voir un homme de mon nom, et qui paraissait prendre dans l'Ordre une position importante, se rallier aux idées modérées, soit même, ce que je crois maintenant, que les espions missent avec insistance la conversation sur ces matières, afin de me sonder et de faire ensuite leur cour aux dépens du nouveau venu, je me vis entouré d'un petit noyau de Pères qui se mirent à soutenir devant moi, quoique avec une certaine timidité dans les formes:

— Que les temps étaient mauvais ; que le règne de Louis-Philippe pouvait durer; que se poser toujours en adversaires des idées dominantes dans un siècle était chose bien chanceuse; que c'était se croire bien forts que de ne pas craindre de se mettre en hostilité avec toute son époque; que peut-être une conciliation lente, mais sérieuse, valait mieux que cette lutte où notre courage s'épuisait, et où, en définitive, nous étions les vaincus.

Tout cela était plus vague, plus confus que je ne saurais l'exprimer. Je dirai, pour me faire IV 10

146 LB JÉSUITE PiSk i'ÀBfiB **♦

ëomprendre, que c'était rendu jésuîàquemetit c'(*$t-à-dire mêlé souvent à des propositîotis contradictoires, pour ne pas paraître renoncer aux vieux principes, et insinué plutôt qu'indiqué avec une certaine netteté de contours. On jouait aui finesses, aux énigmes; et je vis que tous se comprenaient au milieu de ces énigmes et de ces finesses.

PIN DU TOME QUATRI£ai£.

Imprimerie de R. Baist à Francfort s. M.

yGoogle

En Tente à U même librairie:

Page 1