‹ Le jeu de l'amour et de la mortChapitre 23 sur 50 · LE JEU BE E'AMOUR · texte numérisé non relu

LE JEU BE E'AMOUR

VALLÉE (sans prendre la tasse, du même ton âpre.) J'apporte la mort. -Chassez-moi donc! |

SOPHIE (lui porte la tasse aux lèvres et la tient, tandis qu’il boit.)

Buvez!

(IL boit avidement, et veut parler ensuite.) Ne parlez pas !… Mangez l!..

D'abord, reposez-vous.

(Quelques instants de silence, pendant lesquels Sophie s'occupe à le servir, le regarde manger, eomme une mère apitoyée. Vallée lui prend la main, qu'il baise longuement. Elle ne cherche pas à la lui retirer, sourit tristement, tendrement.)

SOPHIE

(après un moment, pose sa main sur la tête de Vallée.)

Comment éles-vous venu? Comment avez-vous pu arriver Jjusqu'ici ? |

VALLÉE

Metlez-vous devant moi, si vous voulez que j'aie la force de répondre!

Que je vous voiel… Plus près.

Îci, asseyez-vous !.…

(I! la fait asseoir en face de lui, tout près, et il lui tient les mains pendant son récit. )

O dieux! c’est elle! ce n’est plus cette insaisissable image, qui depuis tant de mois flotte devant mes pas.

C’est elle, je la tiens, je sens contre ma paume la paume de ses

mains, la pulpe de ses doigts, la chaleur de sa chair qui se fond

avec la mienne. [Non, ne me les enlevez pas! Ne me laissez pas retomber dans le gouffre d'où je

EU

@RÈR 2 2/8 à D/D/D/8 0 D/©/©/0/8/8/0/2/ 104 LE JEU DE L'AMOUR

sors! Gardez-moi dans vos mains!

Ce sont elles qui m'ont sauvé.

SOPHIE | Plûät à Dieu qu'elles eussent ce pouvoir !... Mon ami, racontez ! Profitons des instants. Comment vous éles-vous sauvé à :

VALLÉE

À l'instant que je viens de dire, où la féroce lâcheté des amis nous déñniait jusqu'à l'écuelle d'eau qu'on ne refuserait pas à un chien blessé qui vous implore, l'excès du désespoir même nous ranima. L'indignation me rendit la conscience et la force. Je me relevai, criant : « Fuyons, fuyons les

hommes, fuyons dans le tombeau!

Sn ten:

Mais nous cacher encore devant la vile espèce, non! Droit devant nous!

Leur passer sur le corps, ou mourir!

Plus de milieu! » Nous regagnâmes la grand'route. Et là, aux lueurs blafardes du jour naissant sous la pluie, j'embrassai mes amis, je parta-.

geai avec eux mes quelques assignats, je me dépouillai de mon ballot de linge et de vétements, de tout ce qui * pourrait m'alourdir dans ma marche :

car j avais décidé de revenir à Paris.

Mes amis me crurent fou: mais rien n'eût ébranlé ma résolution: et ils n'essayèrent point. Car, quand tout est perdu, qu'a-t-on à ménager à Il ne s'agissait plus de vivre. Il s'agissait de vous revoir.

Page 1