‹ Le jeu de l'amour et de la mortChapitre 29 sur 50 · LE JEU DE L'AMOUR TITI TITTINIIII HIHI LIT · texte numérisé non relu

LE JEU DE L'AMOUR TITI TITTINIIII HIHI LIT

rais voulu me coucher par terre, dans la terre, et ne plus me relever.

Dégoût, dégoût des hommes, et de moi-même. Humanité, Raison, Liberté... dérision! Dérision de ma foi! L'homme est né pour seroir.

L'homme est né pour trahir. Tout ce qu'on fait pour le rendre libre, fout ce qu’on tente pour le relever, ne sert qu'à étaler sa bestialité.

Qu'’ai-je fait? J'ai perdu ma vie!

(IL retombe sur la table, la tête dans ses mains.)

SOPHIE

(qui l'a écouté, avec un saisissement et une pitié croissante.)

Le pauvre hommel Le pauvre

homme!

(Elle se penche vers lui, elle lui écarte les mains elle les lut prend.)

RRRRR RAT RRR ERREUR RTTeRRRReR re ET DE LA MORT 145

Jérôme, mon amil… mon cher mari! Ne vous abandonnez pas! Je vous comprends, je vous plains. Ce que vous avez souffert, je le souffre avec vous. Mais je ne veux pas que vous ayez perdu votre foi… notre

Hors:

JÉROME

(soulève la tête ; d un ton de doute .)

Notre foi 2

SOPHIE

Elle est aussi à moi. — Sans doute les hommes sont bas, cruels et décevants.…. Hélas! nous savons trop combien nous-mêmes porltons en nous de monstres, des indignes pensées,

que nous n'oserions dire, et qui nous

humilient.… Mais c'est parce que

que nous le savions que nous avons entrepris cette Révolution, pour libérer les hommes et pour les relever.

Nous ne nous sommes dissimulé ni

les difficultés ni les dangers. Peutêtre notre tort fut-il de croire trop tôt que la bataille était gagnée.

Mais en ces premiers jours de la libération, c'était bon de s'abandonner à l’'embrassement de toutes les âmes de France. Devons-nous le regretter ?

Cela ne pouvait durer. Mais qui ne nous envierait — qui ne nous envierà d’avoir connu ce bonheur, une fois en notre vie ? Nous'avons cueilli sa fleur.

Et la fleur s’est flétrie. Notre joie d’un moment, nous l'avons payée, depuis.

ET DE LA MORT 147 C'est dur. Mais cela devait étre. Vous qui avez appris, dans vos fravaux de

LA

science, à reconnaître les lois inflexi-

bles de la Nature, est-ce une raison pour vous de douter ou de renoncer ?

Vous avez eu la force de monter assez haut pour embrasser en une large vision la terre d'au delà des monts et le fleuve qui serpente, le Progrès de l'Esprit humain. Vous n'avez jamais cru

que, pour suivre son Cours, quelques

années suffisent; vous prévouyiez des siècles, avec plus d'un arrêt et d’un retour en arrière. Non, nous ne verrons pas, de nos yeux, la Terre

Promise. Mais n'est-ce pas beaucoup

déjà de savoir où elle est et d’en montrer la route à D'autres viendront,

dD/8/E/ à

plus jeunes, qui poursuivront la course interrompue. Nous qui sommes liés à l'heure d'à présent, consolons-nous en eux! Contre l'affreux spectacle qui vous oppresse, mon ami, il vous reste tant de recours en vous! Votre labeur personnel, vos recherches, vos découvertes, ce royaume de [la Science, qui échappe aux folies de: hommes et à leurs méchancetés, et, qu'ils le veuillent ou non, qui les affranchira.…

JÉROME (peu à peu s’est redressé, et les mains dans les mains de sa femme, il ne la quitte plus des yeux.)

Ah! cela fait du bien !.…. Dans votre bouche, ces pensées. Cette foi, ma foi perdue, qui me revient par

vous... Ma femmel… Mais vous

m'aimez donc? Je croyais que

non !.….

(II lui baise les mains.) (Sophie, troublée, détourne la tête, tandis que son mari est penché sur ses mains.)

JÉROME

(relève les yeux vers elle, la considère avec reconnaissance et, quêtant humblement la réponse :)

Sophie, vous avez pour moi, vraiment, un peu d'affection à SOPHIE, tâchant d'échapper.

Ah! j'ai tremblé tout à l'heure, pendant votre récit... Je craignais… je

craignais…

JÉROME

(avec un triste sourire.)

Vous craigniez ma lâcheté à

SOPHIE

Non, ne dites pas ce mot!

JÉROME

Ne l'ai-je pas assez montrée 2

SOPHIE

Vous vous êtes refusé à l'avilissement des autres.

JÉROME

Ah j'aurais dû parler. J'ai fui. Je suis un pauvre homme, qui n’a que le faible courage de ne pas faire.

(Vallée apparaît sur le seuil de la chambre et, sans qu'ils le remarquent, les regarde avec un dépit jaloux. Quand leurs yeux se tournent machinalement de son côté, il recule au fond de la chambre.)

SOPHIE, affectueusement.

Vous êtes un pauvre homme, faible, et c'est pour cela...

(Elle s'arrête dans son élan.)

JÉROME

(l'attire par ses mains qu’il n’a point léchées.)

Et c'est pour cela 2... (elle ne répond pas, {L'insiste) Et c’est pour cela 2... Dites!... que vous avez pour moi un peu. un peu de bonté?

SOPHIE (gênée, échappe encore.)

Et c’est pour cela, mon ami, c’est parce que vous êtes faible que vous avez plus de mérite à risquer votre vie. Car vous l'avez risquée. Ne vous rabaissez pas, en parlant de votre fuile !...

JÉROME

Îl est vrai. Et je sais qu’on m'en demandera compte. Déjà, depuis deux

mois, ma pensée est suspecte. Tous.

mes pas sont suivis, {ous mes mots relevés, et jusqu'à mes silences. Les délateurs m'épient. Il en est parmi nos amis. J'ai pu aujourd'hui même (j'attendais d'être sûr, pour vous faire part de mes soupçons sur lui), j'ai pu avoir les preuves que le vieux Denis Bayot.….

SOPHIE, terrifiée.

O dieux!

- JÉROME Tout ce que l'on dit ici, il va le rapporter...

Page 1