‹ Le jeu de l'amour et de la mortChapitre 31 sur 50 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

JÉROME

(s'avance vers Vallée, en lui tendant les bras.)

Mon ami!

(Vallée ne bouge pas. Après un court arrêt, Jérôme continue d'avancer vers lui.)

Tu as pu échapper! On disait.

Dieu soit louél.….

(Il est arrivé près de Vallée, et veut l'embrasser, Mais Vallée se détourne et, entrant dans le salon, se tient à distance.)

VALLÉE (avec une froide ironie.) Laissons Dieu à ses affaires! Ii ne s'intéresse pas aux nôtres. Dieu est à Robespierre. |

| JÉROME

(arrêté dans son élan affectueux, reprend après un choc.) Vallée! Je te revois! Au milieu

des soucis el des noires tristesses

qui m'assaillent aujourd’hui, il me

semble qu'un rayon de soleil est

entré avec toi...

(Il a fait de nouveau quelques pas vers Vallée et, cette fois, lui tend la main, que Vallée ne prend pas.)

VALLÉE (du même ton ironique et glacé.) | N'approche point! Ta pourrais l'y brûler.

JÉROME (saisi, recule d'un pas.)

Vallée! Mon amil… Qu'as-tu 2...

Tu ne veux pas prendre ma main 2...

ET DE LA MORT 159 @/e/8/2/8e/t/8 0/88/2882 ee 2/22 2e ve/e/e tete tee Tu te défes de moi... Ma maison

est à toi. Je te remercie de l'avoir

élue pour asile. Doutes-tu de mon

amitié Elle t'est restée fidèle.

VALLÉE, amèrement.

Je connais ces amitiés, dont la fidélité nous a, depuis un an, livrés aux meuririérs.

JÉROME, attristé.

Vallée, j'ai bien peu fait, en vérité, pour vous défendre. Mais (je ne m'excuse point, condamnemoi si tu veux!) tu ne te rends pas compte de l'hospice d'aliénés, où nous sommes enfermés, et de l'impossibilité d'y faire pénétrer

CRRRRER ARR R TRE R RO RTRRR RL ReRR RTL 160 LE JEU DE L'AMOUR

une parole de raison. C'est une épidémie. Les cerveaux les plus sains sont peu à peu gagnés. Quatre ans de surtension, de discours délirants, d'écrits qui sentent la fièvre, de erreurs, de soupçons, d'espérances messianiques et d'âpres déceptions, ont fait une atmosphère empoisonnée.

La menace de la mort infecte toutes les pensées. L'homme ne peut sans danger se maintenir, des années, sur ce tranchant d'épée : « Vaincre ou mourir ». Îl s’y ensanglante et devient furieux. Qui tâche de le rappeler aux sentiments humains, il serait déchiré par les dents de ces tigres... Hélas! ce sont tes amis, Vallée, c'est ton parti, c'est toi, qui,

ET BE LA MORT 161 CAVAVARARAVALRReEReRTeRRrRrertrerrerrre82e les premiers, avez, en déclarant la guerre à l'Europe et jetant le pays dans les luttes civiques, déchaîné les furies, qui vous ont dévorés!

VALLÉE, blessant.

Nous avons refusé de pactiser avec le crime. D'autres s'en accommodent, pour préserver leur vie.

JÉROME

(atteint, mais se maîtrisant.)

Au-dessus de nos vies, il y a l'œuvre de nos vies : notre jeune Révolution. Elle a tant d'ennemis !

N'y ajoutons pas nos haines! Nous devons lui sacrifier toutes nos

passions.

VALLÉE, insultant.

Le sacrifice ne coûte point à ceux qui n'ont point de passions, et n'ont que des intérêts.

JÉROME

(qui ne veut pas comprendre.)

Nous ne parlons point de ceux-là.

Laissons les âmes viles! Il ne peut, de toi à moi, étre question que de ceux qui vivent pour les idées.

Il y a ceux qui meurent pour elles, et il y a ceux qui en vivent.

IÉROME, s'écrie.

V’alléel.…. Que veux-tu dire?.…

AOL

ET

Enfin, qu'est-ce que tu as? On dirait que tu m'en veux?

VALLÉE (après un moment, haineusement.)

Oui!

JÉROME, attristé.

En cette heure où ta vie est partout menacée, dans ce Paris plein de tes ennemis, ne peux-tu reconnaître l'attachement d'un homme qui, sans partager tes pensées, les respecte et voudrait te sauver ?

VALLÉE, avec emportement.

Non, je ne le reconnais point !

Ton attachement, mensonge! Tu n'es attaché qu’à toi, à ton salut, à tes

prudents travaux, à ta neutralité.à Maudits soient les tyrans qui assassinent la France! Mais vomis soient les neutres !... Tu sais si je déteste le monstre Robespierre, ce sinistre imposteur, bourreau de la République, et vendu à l'Autriche ! J'appelle de mes vœux une seconde Corday, et je baiserais le couteau qui lui arracherait le cœur. Mais je ne hais pas moins les prudents qui se taisent, qui ménagent également, dans cette lutte farouche, le crime et la vertu, indifférents à lout et seulement occupés de leur jeu de balancier, toujours prêts à servir l’un aux dépens de l’autre, et à le trahir demain l....

ET DE LA MORT 165 JÉROME (se maîtrisant, très caime; mais un frémissement, au fond.)

Vallée, ces paroles ne s'adressent pas à moi.

| VALLÉE, furieux.

A toil

JÉROME

(atterré, demeure un instant sans répondre.)

Mais si tu me hais ainsi, pourquoi es-lu venu chez moi chercher asile 2

(Vallée ne répond pas; mais son regard va, pardessus Courvoisier, vers la porte de l'escalier qui se rouvre : Sophie rentre; il s'attache à elle, avec un rayonnement passionné. Jérôme remarque le changement brusque d'expression. Et, se retournant pour en chercher

la cause, il voit sa femme qui vient à lui.)

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