‹ Le jeu de l'amour et de la mortChapitre 32 sur 50 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SOPHIE

(en proie à une vive émotion, a refermé la porte et accourt vers Jérôme.)

On vient! On vient! Jérômel.….

Îl'est perdu l.…

(Jérôme, observe les yeux de Vallée, qui, nullement ému par les paroles de Sophie, ne cache point son ravissement de la voir; puis, il se tourne vers Sophie, dont il étudie le trouble. Et il en oublie de fixer son attention sur le sens des paroles.)

(lui saisit le bras.) Vitel Vitel Jérômel.. Ne m'enten-

dez-vous pas ?

JÉROME Qui vient à Qu'avez-vous vu?

CQRRRRRRrRR2rRrRrrr2rrrer8rrerr2rrrr2RR/RR2RAR/8 SOPHIE ;

La rue est investie. Des troupes

d'hommes armés vont d'une maison

à l'autre. Notre porte est gardée...

Venez, voyez!

(Elle mène Jérôme à la fenêtre de droite, que voilent d'épais rideaux. Elle soulève un coin de rideau, et Jérôme se penche pour voir. Vallée les a suivis, mais ne regarde que Sophie.)

JÉROME On fait dans le quartier des visites domiciliaires.

SOPHIE Pensez-vous que cet homme, déjà, … nous ait dénoncés ?

JÉROME Qui Denis Bayot3.. Non... Du «:

moins, pas encore. Îl s'agit, en ce :

moment, d'une mesure générale, qui ne nous vise pas seuls. Voyez celte troupe qui entre dans la maison d'en face. C’est sans doute un ordre de perquisition méthodique, édicté par le Comité de surveillance de section. Toutes les maisons sont visitées. Mais il se peut qu'après les incidents de la journée, la nôtre le soit, avec un soin particulier.

SOPHIE, bouleversee.

Fuyez, Claude!

JÉROME

Claude? Ahl oui, Vallée.

La fuite est impossible. Regardez, au bout de la rue, la barrière est

fermée, un factionnaire s’y tient.

Nul ne peut plus sortir, avant la perquisition terminée. On procède par échelons. Après la maison d’en face, vient le tour de la nôtre.

Nous avons un quart d'heure.

(perd peu à peu le contrôle sur soi.)

Jérôme, il faut le sauver!

JÉROME, toujours calme.

Ma chère, notre vie à tous est également menacée.

SOPHIE, s’'exaltant.

Mais lui, si on le trouve, il est perdu! |

JÉROME Vous ne l'êtes pas moins, si on le trouve ici.

SOPHIE (emportée par sa passion.)

Je ne me soucie point de ma vie,

pourvu que je sauve la sienne!

(les yeux rayorinants.)

Je ne crains plus rien, maintenant que j'ai atleint au bull SOPHIE

Non, le but est de vivre. Je ne

veux pas que vous mouriez l

VALLÉE

Vivre ou mourir ensemble!

SOPHIE, passionnément.

Vivrel!….

V ALLÉE (débordani d'allégresse.)

Nous vivrons!.…

(Ils ont tout oublié, tout ce qui les entoure, le

danger et Jérôme qui les contemple, tous deux, la main dans la main et les yeux dans les yeux.)

(après un silence, très froid.)

Les minutes sont comptées. Et si vous voulez vivre, ne les perdez point, si bien utilisées que soient pour vous celles-ci. |

(A ces mots, Sophie se ressaisit ; elle lâche la main de Vallée qui, de son côté, recule. Et elle tourne vers Jérôme — mais sans oser le regarder en face — ses yeux pleins de trouble.)

Sophie, vous connaissez, au fond de cette chambre (il montre la chambre à gauche, près de la rampe), dans le mur de l’alcôve, le réduit en menuiserie maçonnée, que jai moi-même bâti, pour y mettre des documents qui ne peuvent sans péril tomber dans foutes les mains. Îl y a la place

d'un homme étendu, au fond.

Faites-y entrer Vallée, et refermez soigneusement sur lui la paroi, la tenture. Si l'inspection se borne, comme c'est l'ordinaire, à une simple visite générale de section, on ne

fera que passer, nous avons chance d'échapper.

Venez! Hätons-nous, Vallée!

JÉROME

Attendez! Mais il faut tout prévoir. Si la perquisition vient d'ordre du Comité de Sûreté, ou si déjà cet homme — ce Bayot — nous a livrés, aucun recoin, aucun mur ne sera négligé. Alors, rien à faire. Un

seul recours nous reste. Prenez...

(D'un pli de sa large cravate, il tire un petit sachet, qu’il ouvre, et dont il partage le contenu.)

Ce poison est sûr. Il me vient de

Cabanis…. Pour vous, Vallée. 2

Sophie. Je garde ma part Allez !.….

(Sophie, émue, Vallée, agité, tous deux partagés entre des sentiments contradictoires, regardent Jérôme, qui ne les regarde plus et va vers la fenêtre. Ils sortent, par la porte de la chambre, à gauche, près de la rampe.)

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